‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 21 sur 348 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

vêque de Palerme, qui la célébra : le sermon fui prononcé en latin par le frère (1) Ami»roise Polite , de Sienne. Ce dominicain, d'abord professeur de droit civil, dans le siècle, y avait eu le premier légat pour disciple, et puis évêque de Minori, il était ensuite devenu arcbevêque d(i Coiiza. Sa dévotion pour la Sainte de son pays et de son ordre lui fit prendre le nom de Catharin ; il est resté célèbre dans l'école , où pourtant on admire plus son génie qu'on ne suit sa doctrine.

2. On lut ensuite deux décrets. On disait, dans le premier, que les Pères connaissant la grandeur de l'entreprise à laquelle ils se disposaient, l'extirpation do Ihérésie et la réforme des mœurs, et sachant que cène serait pas contre des ennemis de chair et de sang, mais contre la méchanceté des esprits célestes qu'ils auraient à combattre, ils exhortaient premièrement chacun à so fortifier dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu ; qu'ils eussent tous à s'armer du bouclier de la foi , à se couvrir du casque du salut et à prendre en main le glaive de l'esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu. Puis on y arrêtait qu'on ferait précéder tout autre acte de la confession de la foi , à l'exemple des Pères anciens qui avaient commencé par là les plus saints conciles , et qu'ils n'avaient pas eu besoin, quelquefois, de recourir à d'antre moyen pour convertir les païens , confondre les hérétiques et affermir les fidèles; qu'il fallait donc réciter le symbole qui était en usage dans l'Eglise romaine.

Dans l'autre décret, on fixait la prochaine session au huitième jour d'avril : ce terme était bien reculé; mais on se proposait, par ce délai, de donner plus de force et d'autorité aux décisions qu'on prendrait, car on savait que plusieurs étaient déjà en route et que d'autres se préparaient à partir pour le concile.

On convenait de ne pas interrompre, en attendant,rexamen des points qu'on croirait dignes de devenir le sujet des décisions du concile.

3. Priés de dire leur avis sur le premier décret, le premier légat et ensuite tous les autres Pères répondirent : // nous plaît, nous le croyons ainsi. Il n'y eut que trois évêques qui voulurent qu'on ajoutât quelque chose; leur demande fut écrite sur un billet qu'ils remirent à l'assemblée, afin d'éviter le scandale qu'aurait produit une opposition de vive Yoix : l'un était celui de Fiésole; il déclarait, dans son billet, qu'il ne pouvait approuver ce décret ni aucun autre , à moins qu'on ne donnât au concile le litre auquel il avait droit de représentant l'Eglise universelle. Les deux autres furent les évêques de Capaccio et celui de Badajoz : ils déclaraient qu'ils ne consentaient à l'omission du titre en question , pour cette fois , qu'à condition que le concile conserverait le droit de l'ajouter quand il le jugerait à propos.

Les deux mêmes évêques, priés de dire

(1) Sixt«îd»' Sienne, son disciple, .m livre IV de I:. BiblioUièijue sainle : au nom Ambroûus Caihaiinus

leur avis sur le second décret, remirent un nouveau billet où ils désapprouvaient le silence qu'on gardait sur la détermination prise par le concile, de faire marcher ensemble le dogme et la discipline. Mais celui de Fiésole répondit que, pour le second décret, il s'en remettait aussi à la teneur du billet qu'il avait donné, ce qui voulait dire à la dciiiande du titre pompeux. Tant cerlains hommes répugnent à se désister de l'opinion qu'ils ont une fois adoptée! plutôt que d'en venir à celte démarche qu'ils regardent comme un aveu indirect de leur méprise, ils aiment mieux paraître non seulement toujours trompés, mais même obstinés dans l'erreur.

4. Pendiîut que ces événements se passaient à Trente, l'état de la religion n'était pas rassur;;nt en Allemagne. Au commencement de cette année (1), les protestants réunis à Francfort, se Iii;uèrent poi:r obtenir, par toutes les voies possibles, la lilxrîé de conscience, l'entrée libre dans la ch.imbre impériale de Spire et l'impiinilé de (îépouil- 1er les églises; et en conséquence ils résolurent de travailler à la dissolnlion du concile de Trente, à la ligue de Snialkade contre l'empereur et à la défense de rarche\ê(jue apostat de Cologne, qui avait contre lui ('empereur et le souverain Pontife. Diins le même temps, i'clecleur pala'in, qui avait longtemps hésité, abandonna toul-à-eoup la religion catholique, et la bannit de ses terres.

5. César, quoiqu'il sût désormais (2) que le mal des protestants ne ten;iil pas à l'obscurcissement (le leur inl(!lligei)ce, m.iis à la déprav.Uion de leur co-ur, et qu'ainsi c'était du feu pour brûb r et non pour éclairer, qu'il fallait néanmoins, tant pour tenir sa promesse, que parce qu'il ne pouvait renoiuer à l'espérance de cet accord pacifique auquel il était si fortement porté, par amour de la religion et par politique, fit tenir à llalishonne, sur la fin de janvier, la conférence qu'il avait indiquée; il envoya, pour y présider, Maurice Hutten, évêque d'Eicbsiœdt, et Frédéric de Furslenbcrg, auxqm Is il ajouta ensuite un troisième : ce fui Jules Flug, évêque autrefois de Naumburg, suspecL aux protestants, dont il avait à se plaindre, puisque c'était par eux qu'il avait été chassé de son siège. Les théologiens étaient, pour le c.:lho'ique'^, Pierre MaSvenda, rcligit ux doru.nicain. Ev«;rard Billico, religieux carme, Jean Hftffmeister, angustin, et Jean Coch é • ; jtonr les héréli(ines : MirlinBucer, Jt-an Brentius. G<'orges Maggioreel Eranl Schneppio. Les Luthériens retariièient longtemps l'ouverlure de celte conférence , sous divers prétextes ; ils en prolongèrent la durée par leurs sopbismes, et c'est par eux enfin (jn'au commencement du troisième mois elle fui pin ôl rontpue que dissoute, puisqu'ils partirent de Ralisbonnc contre lavolonlé de l'empereur et sans avoir même attendu sa réponse.

(1) Belcnii, liv. 24, n. 19.

(2) Bclenri, liv 24, n. 19 ; Sponde, à l'année \U6, n. 18; il Rftlaiioii de Billico 'iéepnr lui, eiCocIdée, dt$ Actes de Luther, :iniiée 1540.

montra ne fut que le faux courage qu'Aristote prête aux. bêtes féroces : elles aussi sont invincibles dans le combat, lorsqu'on leur a fermé le retour à leurs tanières ou à leurs marais. Plusieurs fois il offrit de se taire, si on imposait également silence à ses adversaires ; ce qui flt voir qu*il était plus sensible à l'estime des hommes que zélé pour la religion. Il bouleversa la chrétienté, mais plus pour la perte des autres qu'à son profit ; les princes le suivirent pour s'enrichir eu^-mêmes, et non lui. Aussi gémit-il toujours dans une pauvreté, d'autant plus triste, qu'elle répugnait à son orgueil, et que son intempérance la lui rendait moins supportable; il enleva à l'Eglise plusieurs contrées ; mais il semble que ce retranchement, selon les vues de la Providence, devait servir à l'émonder plutôt qu'à la détruire ; les branches qiïi restèrent attachées au cep de la vigne n'eu devinrent que plus vives dans la foi catholique, et plus fertiles en toute espèce de vertus chrétiennes ; il sembla aussi que ce retranchement devait moiuà entamer neuf mois accomplis. Son intelligence était l'or que le purifier, afin que son éclat parût

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