‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 22 sur 348 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Mort de Martin Luther, et jugement qu'on porte de lui.

Cette même époque fut remarquable par la mort de M.îrtin Luther (1), arrivée à Islcbe, dans les terres des comtes de Mansfeld, où il était né. Différents écrivains catholiques rapportent, à celte occasion, divers signes de la van'-^eance divine qu'ils donnent, les uns, couune ayant été certainement observés par eux, et les autres, comme leur étant venus par la renommée qui, à l'exemple des bons poètes , dit souvent moins ce qui arrive que ce qui doit arriver. Il mourut dans l'année climatériqu;. Si on voulait faire de l'esprit, on dirait que les astres voulurent en cela paraître avoir quelque part à l'heureuse disparition d'un monstre aussi funeste. Il était doué d'un génie fécond, mais qui ne polissait et ne mûrissait rien; aussi ne lit-on pas de lui-même une seule idée qui satisfasse et qui n'annonce plutôt un géant venu avant le ternie, qu'un enfant né au bout de ses

forte, mais plus pour détruire que pour créer; de là voyons -nous que lui, qui parvint à bannir la religion catholique de plusieurs royaumes , ne put établir sa doctrine que dans' une petite contrée. Il joignait de l'érudition à beaucoup de mémoire ; mais c'était comme un amas informe de meubles, ou comme un trésor abondant de cuivre, et non comme une garde-robe fournie des plus nobles ameublements, ou comme un trésor plein des plus riches pierreries ; et au milieu même de cette vaste éruJition, il se forma une espèce de torrent furieux ; ce fut une de ces pluies d'été , dont tout le soi est battu, sans qu'il y en ait un pied de pénétré; car aucun de ces points, dont la solution dépend de la connaissance d'un grand nombre d'histoires et de la lecture de be;!ucoup de livres, n'a été éclairei par lui. 11 ét<iit tout à la fois orateur et écrivain éloqui-nt, mais il tenait plus du vent impétueux qui souiève la poussière dont l'œil est fatigué, que ùu ruisseau paisible qui charme la vue par le cours de ses eaux limpide?. Aussi, dans t<]nt d'ouvra-

mieux auprès des matières étrangères qu'on en aurait séparées. Cette grande révolution dans le christianisme fit connaître la portion fidèle, celle qui forme réellement la société sainte et qui ne se confond pas avec la foule en révolte, c'est-à-dire cette portion qui est la plus grande, la plus noble, la plus éclairée, la plus morale et la plus sainte. Il est resté immortel dans le souvenir de la postérité ; mais c'est une inuîiortalité d'infamie plutôt que de gloire; car ceux dont il est détesté, comme hérésiarque, sont en beaucoup plus grand nombre et en plus grande estime que ceux qui l'exaltent couîme prophète.

2. Sarpi rapporte qu'à Trente et à Rome, on se réjouit plus de la fin de la conférence et de la uîort de Luther qu'on ne s'y affligea de l'hérésie du Palatin et du P.ilatinat; mais que la suite des événements qui se sont passés jusqu'à nos jours a montré que Martin ne fut qu'un moyen, et que la révolution qu'il opéra eut d'autres causes plus puissantes et plus cachées. Cette dernière partie est plus que suffisamment réfutée par ce que nous

ges que nous avons (ic lui, n'y a-t-il p.is une avons repondu à un autre sophisme du même seule période qui n'ait quelque chose de ne- genre basnrdé par le même auteur, à l'occa^ gligé et de commun. Hardi, m;iis non coura- sion de la mort de Zuingle. Au reste, il n'est geux, t'était avec ardeur qu'il entrait dans pas douteux que le concile et le Pape virent des querelles où il se montrait ensuite moins avec plaisir la conférence se rompre; ils craignaient avec raison qu'il ne s'y fît quelque accord contraire à l'intégrité de la loi et à l'autorité de l'Eglise. C'eût été une honte pour le concile, à qui ce soin appartenait de droit, et qui n'avait réuni si péniblement les prélats que pour cela et sur la demande de l'Allemagne elle-même. Ils se rejouissaient donc de voir l'Eglise délivrée de ce péril et si heureusement que tout l'odieux retombait sur les hérétiques qui avaient rompu la conférence, sans que les ministres du Pape s'en fussent mêlés et pussent par conséquent passer aux yeux de la simplicité allemande pour avoir apporté des obstacles à la paix. Mais dire que la mort de Luther rendit au.

vif, par la crainte de tomber dans le nîépris, ou par celle de rendre s,i réconciliation impossible. Jamais on ne fut plus aud.tcieux, lorsqu'il s'agissait de fouler aux pieds, de loin, même les sceptres, dans ses honteuses productions qui ressemblaient plutôt à des bouffonneries qu'à des satires ; jamais on ne fut plus peureux, quand le danger était près. Souvent il laissa ap:"rcevoir du regret de s'être avancé si loin conln,' le Pontife ; il n'en persista pas njoins à combattre, parce qu'il crut qu'on lui avait coupé le chemin, et le courage qu'il

(1) Le 18 février \'H6. Voyez Sponde , à celle aaiicc, iloi)uis Itî nombre 11 jusqu'au uoiuUre 15.

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