LIVRE QUA
bassadeur de la république de Venise, résidant à Rome. Il avait en lui une pleine confiance, soit pour sa personne, qu'il estimait, jusqu'à lui faire accepter comme par force une dignité ambitionnée par tant d'autres ; soit pour le prince dont il était le représentant, puisque le sénat dans cette grande affaire , exempt de toute vue intéressée, ne cherchait que l'avantage de. la religion et la paix du christianisme. Les lettres écrites au sénat par Amulius pendant sa légation, et dont j'ai tiré beaucoup d'éclaircissements, m'ont été communiquées avec d'autres écrits par le cardinal Bernardin Spada, qui a dans sa bibliothèque des archives pleines de ces mémoires importants ; mais il a un magasin encore plus grand et mieux fourni dans sa tête. C'est lui qui m'a excité, qui m'a donné des indications et des secours de toute manière pour cet ouvrage écrit à la défense de l'Eglise catholique, et certainement on peut le lui attribuer autant qu'à moi, puisqu'il a poussé et fortifié ma main , quand j'ai pris la plume sous sa direction.
2. Il paraît que Soave a eu connaissance de ces lettres d'Amulius et de quelques autres ambassadeurs , puisqu'il en rapporte des particularités. Mais il y a deux différences entre lui et moi , dans l'usage que nous faisons de ces écritures. La première, c'est que Soave, mauvais chimiste, ne sait extraire de ce qui passe par ses mains que le marc et la lie ; c'est pour cela qu'il passe sous silence tout ce que ces ambassadeurs ont dit à l'avantage des papes et pour leur justification. On le verra non-seulement par les extraits que nous donnerons plus bas des narrations contenues dans ces lettres, mais, pour en donner un échantillon, par la suppression de ces paroles d'une lettre d'Amulius adresséeau sénat, en date du 6 septembre l^QO: Prince se rénissime on voit dans ce pontife d'excellentes intentions etbeaucoup d'ardeur à procurer le bien général. Ces paroles etbeaucoup d'autres pareilles , Soave les a enveloppées dans un obscur silence, comme autant de basilics , qui empoisonnent ceux qui les regardant. Cet auteur a tous les signes, ou, si l'on veut, tous les symptômes d'un auteur jalouxct envieux, et d'un conteur infidèle, tels que Plutarquc les a observés dans un petit livre intitulé : De la malignité d'Hérodote.
3. L'autre différence entre Soave et moi dans l'usage que nous faisons de ces mémoires, c'est que lui, en ce qui favorise ses intentions, donne une pleine croyance aux lettres de ces ambassadeurs, môme sur des faits qu'ils ne savent que par oui-dire; il ne s'embarrasse pas de trouver d'autres témoignages qui viennent à l'appui. C'est ce que je ne fais pas, et ce qui ne doit se fairs que lorsqu'on ne peut avoir d'aucune autre part ces renseignements ; et alors c'est prudence de s'en tenir au doute, puisqu'on voit ces auteurs errer, non-seulement sur des actions secrètes, mais encore sur des événements publics , en sorte que sur ces événements ils ont été plus d'une fois obligés de rétracter ce qu'ils e»i avaient écrit à la seigneurie. On trouve
TOUZlÈiME.
assez souvent de ces rétractations dans les lettres d'Amulius : comme , par exemple , lorsque, annonçant au sénat l'emprisonnement des Caraffa , plusieurs jours après l'événement , il suppose emprisonnés avec eux d'autres prélats de marque qui ne l'avaient pas été en effet , ce qui l'oblige à se dédire dans la lettre suivante. Mais reprenons le fil de notre histoire.
4. Le pape exprima donc à l'ambassadeur de Venise, une fois avec tous les autres, mais plus souvent dans des confidences particulières, ce que je vais ici rapporter tout ensemble, pour que le lecteur puisse tout comprendre d'un seul regard. Les princes, disaitil, veulent le concile, et ne le veulent pas. Les Français y mettent des conditions qui semblent avoir été dictées par les protestants. Les protestants sont disposés à s'y rendre , mais pourvu que l'empereur y consente.
L'empereur est tout effrayé. II désire le concile , mais il craint de déplaire aux luthériens ; il ne donne que des réponses ambiguës. Le pape parla aussi du long mémoire de Ferdinand. C'était celui dont nous avons fait le rapport et qu'il communiqua en particulier à Amulius, pour savoir quel était son avis et celui de la république ; mais il lui recommanda le plus grand secret sur cet écrit, dont les protestants auraient triomphé. Il ajouta que pour lui il voulait sincèrement le concile, et pour cela il insistait à vouloir Trente, qui avait été deux fois choisi par un consentement général ; car s'il n'avait voulu qu'amuser le monde par des propositions artificieuses , il aurait laissé à la discrétion des princes le choix du lieu, et avant qu'ils fussent tous d'accord il se serait écoulé des années. Au reste il ne proposait pas Trente exclusivement à toute autre ville , pourvu que le séjour fût assuré et tranquille ; mais les villes d'Allemagne ne le sont pas. Dans le cas même où on irait s'y établir , qui sait si l'on ne pourrait pas appliquer aux Pères du concile ces deux vers de Frédéric Barbcrousse :
Conliim legali venient hue iisque rogati; l'apu; priclali inaueant hue usque ligali.
Sans parler des forces des luthériens, toujours à craindre, Maximilien, roi deBohême, était plus puissant en Allemagneque son père Ferdinand, etMaximilien, à en juger par les apparences, n'avait qu'une foi très-suspecte. A l'occasion de ces raisonnements sur le lieu du concile, le pape demanda encore à Amulius si, dans le cas où Trente ne serait pas accepté , la république voudrait bien accorder quelqu'une de ses villes , comme une fois elle avait accordé celle de Vicence.
5. Le pape parla encore delà difficulté qu'on faisait sur la continuation du concile , qui était une approbation des articles qu'on y avait définis. 11 dit que non-seulement il n'y avait rien à changer en ce qui regardait la foi , pour laquelle on devrait au besoin répandre son sang, mais que l'on ne pouvait pas davantage sans l'aulorilé du concile annuler les lois que le concile avait établies;
et sur ce point il voulut encore savoir quel était le sentiment de l'ambassadeur. Il déclara qu'il voulait laisser au futur concile une pleine et entière liberté, afin que, sans donner atteinte ni aux articles définis, ni à la dignité du siège apostolique, il pût statuer et définir ce qui lui paraîlrnit bon et convenable, et que lui souverain pontife, s'il fallait restituer quelque chose à quelqu'un (1 ), il était prêt à le faire. En dernier lieu, il fut d'avis que la communion des laïques sous les deux espèces et le mariage des prêtres pouvaient être véritablement accordés par lui comme dispenses de lois purement ecclésiastiques; mais qu'il ne croyait pas convenable que des ordonnances arrêtées dans d'autres conciles fussent abolies autrement que par un concile. El il prit encore l'avis d'Amulius sur ces deux points.
6. Amulius , en réponse au premier chef, approuva beaucoup la résidence à Trente: et sur les villes dont la république aurait pu disposer, il ne savait , dit-il , quelle était la volonté du sénat; mais il observa que le sénat avait permis d'établir le concile à Vicence dans un temps où l'on était en guerre avec les Turcs. On n'avait pas alors tant de ménagements à observer pour ne pas agacer ce chien dogue. Pour le présent on vivait en paix avec lui, et celte paix faisait relluersur loule la chrélienlé, spécialement sur Tltalie, le repos cl le salut. Les Turcs étaient fort enclins «1 concevoir des soupçons. Quelquefois même, feignant de soupçonner, pour opprimer leurs ennemis, ils prenaient le prétexte «l'avoir été attaqués. Celait même un préjugé parmi eux, que dans ces assemblées que nous appelons conciles il se formait des ligues contre la puissance Ottonume. Il n'était donc pas de l'intérêt de la chrélienlé que la république vénitienne, qui en est le boulevard, fût exposée à ces attaques dangereuses. Le pape, à plusieurs reprises, le pria de lâcher de connaître les inlentioiis de la seigneurie; mais autant de fois Amulius répondit sur le même ton, parlant toujours comme ami, et non pas comme ambassadeur. Enfin le pape, comprenant les réponses d'Amulius, ({ui signifiaient plus qu'elles ne semblaient (lire, l'assura (jue son intention n'élail pas de causera la république la moindre contrariété. A la seconde question , si l'on pouvait revenir «ur les décrets portés à Trente par le cosc?ÎC; i\ dit que ce n'était pas à lui de porter un j\;^^^:.,?*^:nl sur des malières si relevées et ()ui passaie:^* son intelligence ; mais qu'en général il n'ignor, 't pas ce que dit Arislotc : «jue la perpétuité des lois établies est si iinportanle pour une république, que souvent c'est un bien de les in;;inteiur, quoicjue c'ait été un mal de les faire. Enfin sur lesdeuxdispenses demandées par l'enipcreur, Amulius, au lieu de répondre, demanda au pape s'il croyait qu'après ces deux concessions les
pas une telle espérance; et puisqu'on ne pouvait se promettre cet avantage, il ne convenait pas de faire sans le concile une altération si considérable dans le rit et la discipline ecclésiastiques.
7, Outre ces entretiens particuliers avec Amulius, à différents jours , le 3 juin dans la matinée le pape fil appeler tous les auibassadeurs des princes, excepté celui de France , avec lequel il voulut parler en particulier pour éviter les contestations qui auraient pu avoir lieu sur la préséance. Il mit en avant la nécessité de convoquer le concile œcuménique, et les autres choses ci-dessus rapportées, autant qu'il paraissait convenable à la qualité de ceux qui composaient l'assemblée. Il ajouta qu'il ne voulait point de concile national en France, parce que l'Allemagne aurait voulu aussi en avoir un, et chaque province voudrait avoir le sien , dans la forme qui lui serait agréable : ce qui ne serait plus réunir l'Eglise , mais la diviser. Or le concile cecuménique ne pouvant être célébré sans le consentement des princes chrétiens , il avait fait connaître à tous sa volonté, et il ne doutait pas que tous ne s'y conformassent.il avait pourtant voulu convoquer les ambassadeurs, pour que chacun d'eux écrivant à ce sujet à son prince, pût en rapporter la détermination claire et précise. Que si l'aflairc était arrêtée par la faute de quelques-uns, on saurait de qui vient le relard, et le blâme n'en retomberait pas sur le pape. Ils approuvèrent tous par leur réponse un si sage conseil. Le seul ambassadeur de l'empereur rappela les difficultés plusieurs fois alléguées de la detncure à Trenie;etVargas, qui s'y trouva seul (le comte de Tendilla étant malade), fil une espèce de disserlalion assez longue sur les conciles cl leurs propriétés; il parla des généraux et des nationaux; il blâma très-fort ces derniers: ce qui était d'une manière indirecte blâmer les Français, qui en avaient le goût; mais Vargas (comme il arrive à tous ceux qui veulent hors de propos faire montre de leurs talents), fut bien plus censuré pour sa vanité qu'admiré pour sa doctrine.
8. Lo' pape avait bien compris qu'en somme la délibéraiion se réduisait au sentiment de l'empereur, auquel se conformaient tous les autres princes. Il prit donc le parti de lui envoyer spécialement pour cet objet encore un nonce , qui avec le zèle et la science d'Hosius joindrait la dextérité naturelle et une expérience acquise dans les affaires civiles Irailées sur les mêmes matières et avec les Allemands. Si par malheur lesecond n;mce ne pouvait s'accorderavec l'empereur sur l'affaire du concile, Hosius demeurerait, qui, sans avoir rien perdu de la bienveillance de Fenipcreur et de son crédit auprès de lui, travaillerait efficacement à convertir les hérétiques cl à confirmer les catholiques dans la foi. Le pape nomma à cette nonciature importante
héréliquos rentreraient dans Icsein de l'Egli- Zacharie Deifini.Vénilicn, évêque deLiésine, se. Le pape dit qu'il n'en croyait rien, parce <1"'' comme nous l'avons dit, avait été noncn que l'empereurdans son mémoire ne donnait en Allemagne au temps de Jules III e( do
(I) Peul-èlro enlondail-il l'auloriié des évéqiics.
Paul IV. Il était dans les bonnes gr Ferdinand, pour avoir pris sa défense
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915 I.lVRi: Ql'
du pape défunt, lorsqu'on agitait la question s'il fallait le reconnaître, ou non, pour empereur légitime ; si bien qu'à son retour à Home il fut par l'empereur recommandé au nouveau pape de la manière la plus honorable.
9. Ses instructions furent les suivantes : Il devait s'attacher avant tout à bien persuader l'empereur delà nécessité du concile résidant à Trente, puisque c'était là que tous s'él.Jienl volontairement réunis la première fois. Hors de celle ville on n'en trouverait aucune qui ne donnât lieu à des disputes, à des dissensions, à des longueurs.il n'étail pas sûr que les autres princes voulussent accepter une résidence dans le cœur de la Germanie. Supposé qu'ils l'acceptassent, l'empereur lui-même n'y trouverailpas son avantage , par la raison que les hérétiques , se trouvant plus en force que les catholiques, pourraient le forcer dans le concile même à quelque déclaration qui leurserait favorable. S'il y consentait, il aurait pour ennemis tous les potentats catholiques , il déshonorerait son nom et perdrait son âme. Ne pas consentir, c'éiait s'exposer à être attaqué et peutêtre accablé par les protestants plus que ne l'avait été Charles son frère : lui surtout qui n'avait pas, comme Charles, d'autres Etats où il pût se réfugier et réparer ses perles. Quant aux prolestants, on commençait à comprendre où allaient leurs vues et leurs prétentions : ils voulaient le concile dans une forme contraire aux usages et à l'honneur de l'Eglise. (]onvoquer le concile au lieu où ils le souhaitaient, ce n'était pas les y attirer, c'était leur donner les moyens de le faire devenir schismatique. Le concile devait demeurer à Trente, parce tjue la suspension n'avait été faite que pour attendre la fin delà guerre ; la guerre étant finie, il n'y avait plus de suspension. Au reste les protestants qui voudraient y venir devaient s'attendre à êlre favorablement accueillis et suffisamment entendus. Il y avait lieu d'espérer qu'il en viendrait plus d'un , et que le bon accueil fait aux premiers en attirerait successivement plusieurs autres, parmi ceux qui désirent l'union et non pas la ruine de l'Eglise. L'empereur devait bien considérer que si le concile était retardé par sa faute , il indisposerait contre lui deux rois, quien pressaient la tenue, le pape qui en reconnaissait le besoin et brûlait de zèle pour le commencer , et même les protestants, pour lesquels il élait bien aise qu'on assemblât le concilo : car les protestants, en allcndant le concile, lui demanderaient dans les diètes bien des choses qu'il ne pouvait accorder qu'au préjudice de sa conscience et de son autorité. Il serait donc contraint à les mécontenter parle refus ; el il ne pourrait pas se tirer d'affaire en les renvoyant au concile général ouvert, sans le consentement duquel il n'est pas permis de rien innover.
10. Quanta la sûreté dont le concile jouirait à Trente , on peut la considérer par rapport aux catholiques ou aux protestants. Cette sûreté serait garantie aux catholiques par les forces de l'empereur, des ducs «le Clèves
ATORZIEMF.
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et de Bavière, et de tous les princes ecclésiastiques. Ils seraient d'ailleurs à l'abri des Etals voisins du roi de France, el le pape offre encore pour les soutenir toute la puissance de l'Etal ecclésiastique, sans épargner la vie et le sang de ses neveux, et disposé, s'il le faut, à former une ligue de tous les princes italiens, pour protéger cette sainte assemblée. Les protestants : qu'auraient-ils à craindre à Trente, c'est-à-dire aux portes de l'Allemagne? Mais par suicroîton leur offre des sauf-conduits dans la meilleure forme qu'ils peuvent désirer, et le pape ne veutpas seulement qu'ils soient bien reçus et qu'on les écoute, mais qu'on les favorise autant que la conscience pourra le permettre. Il donnera au concile une pleine liberté d'examiner et de résoudre sur toutes leurs demandes.
11. En dernier lieu, pour ce qui est de la réformation, le pape s'en occupait tellement qu'il n'y avait pas de jour où il n'en écrivît quelques lignes. Mais cet objet ne peut êlre mieux discuté et défini que dans un concile. Et si le concile jugeait que dans la personne du pontife il y eût quelque chose qui demandât la réforme , il se laisserait réformer, et donnerait aux autres l'exemple de la soumission. Le pape recommanda encore au nonce que pour préserver l'empereur de la tentation à laquelle pourraient l'induire ses courtisans par leurs maximes politiques, dictées par le respect humain, il s'efforçât de lui faire comprendre que s'il voulait conserver l'Empire dans sa maison, il fallait s attacher plutôt aux catholiques qu'aux protestants. Car s'il choisissait ce dernier parti, en supposant que son fils fût élu empereur, il ne serait reconnu, ni par le pape, ni peut-être parles puissances catholiques,el spécialement par les princes ccclésiasliques de l'Allemagne, qui tous ensemble se donneraient un autre chef. D'ailleurs les électeurs hérétiques étaient à la vérité plus puissants que les catholiques, mais ils n'étaient pas en aussi grand nombre. Or dans les élections on ne pèse pas les forces , on compte les voix.
12. Si l'empereur ne se rendait pas à ces bonnes raisons, el s'obstinait à ne pas vouloir le concile à Trente, le nonce devait modestement lui protester que le pape ne pouvait, sans offenser Dieu, manquer aux besoins et aux désirs des autres nations, dans le trouble et le danger où elles se trouvaient à cause des nouvelles erreurs : ce qui l'obligerait d'assembler son concile dans quelque autre pays en Italie; auquel cas il espérait que Sa Majesté impériale voudrait bien l'honorer par la présence de ses orateurs. Si enfin l'empereur se montrait si dur que de ne vouloir d'aucun concile, ni à Trente, ni en Italie, et qu'il continuât d'exiger les deux concessions dont nous avons parlé, ainsi que les réformes, le nonce devait lui dire que comme le pape n'avait pas dessein de révoquer les concessions faites par ses prédécesseurs sur ces deux articles (1), aussi ne voulait-il pas aller
(!) 11 imilail de Crt (|iic les deux ci)mniiss;iiies, LippoiDimi cl BcrlaiK), avaient accordé par les pouvoirs que Paul in Icuruvail doiin<Sspour la Germanie.
plus avant sans avoir Tassontiment de toutes les nations, et de tous les princes chrétiens, qui s'y trouvaient intéressés à cause des conséquences et de l'exemple surtout. Il n'était ici question que du droit ecclésiastique, ot le pape par la plénitude de sa juridiction pouvait accorder; néanmoins ces articles ayant été débattus dans !es anciens conciles, il était de son honneur de ne pas les décider par lui-môme. Le pape all.iit donc prendre le j)arli, tant pour ces concessions que pour toute autre réforme, d'appeler à lui de chaque province quatre évéques , accompagnés de quelques bons théologiens, et d'après leurs avis ordonner, soit la réforme générale du clergé, soit les réformes particulières dont les divers pays pourraientavoir besoin. Telles furent les commissions données à Delfini par Pie IV; il voulut que le nonce pour s'en acquitter s'appuyât de la faveur du duc de Bavière, de l'ai'chevéque de Salzbourg et des
rieur les défauts du supérieur dont il essuie les caprices, rend la liaison plus intime quand elle ne fait éprouver que la vertu et des manières prévenantes. Il en fut ainsi entre Médicis etMorone; l'un et l'autre, devenus cardinaux, furent constamment unis par une amitié cordiale, que nourrissait encore l'origine commune. Enfln l'accroissement do Pie ne fit qu'augmenter son amitié pour Morone, dont les intérêts lui furent toujours chors. Le pape désirait donc d'effacer la tache dont l'illustre cardinal avait été souillé par une accusation publique et si grave. Mais plus les motifs d'affection qui faisaient agir le pape étaient manifestes , plus il y avait de précautions à prendre pour que l'affaire se terminât avec honneur pour l'un et pour l'autre. Il fallait faire voir que dans une affaire où trop de piélé aurait été impiété, on ne donnait rien à l'amitié, ni à la patrie, mais tout à la justice. Pie choisit donc parmi les
autres princes ecclésiastiques, et qu'il com- cardinaux à qui Paul IV avait remis la cause,
niuniquât le tout avec pleine confiance à l'ambassadeur d'Espagne, le comte de Luna. Pour le roi de Bohême, il devait l'entretenir d'affaires le moins qu'il pourrait ; mais bien lui inspirer des sentiments do religion, par l'entremise de sa femme,sœur du roi Philippe. Dieu se plait tellement à récompenser les hommes que, pour leur faire acquérir le droit à CCS récompenses, il leur demande pour sa cause des secours dont il n'a pas besoin.