‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 212 sur 348 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Promotionde cardinaux. — Morone est absous

et mort.

1. Les opérations du pontife et ses négociations avec les princes ne doivent pas nous faire oublier ses occupations non moins importantes à Rome. La première fut une promotion do trois cardinaux. L'un d'eux fut Jean, fils du duc Cosme. Outre la bienveillance réciproque qui les unissait depuis que le marquis de Marignan s'était fait connaître dans la guerre de Sienne, Pic était parent du duc, et il le lui prouvait parles bienfaits; les deux autres étaient un neveu et un cousin du pape : Charles Borromée, et Jean Antoine Sorbeiloni. Pie donna à son neveu la première dignité et l'autorité suprême dans le palais : soit qu'il y fût porté par les qualités excellentes du sujet, dont la vertu, dans un âge encore tendre, ne montrait pas seulement quelques fleurs, mais produisait

les deux qui avaient la plus grande réputation d'intégrité et de science, l'un pour le droit canon, l'autre pour la théologie. C'était le cardinal du Puy, et le cardinal Ghislieri alors grand inquisiteur et qui fut successeur de Pie.

3. Les deux cardinaux ayant examiné la cause, en firent leur rapport au pape. D'après ce rapport, et de l'avis de plusieurs autres personnes très-éclairées , le pape porta la sentence qui suit, signée par les deux cardinaux. Elle fut lue par le secrétaire Ptolémée Galii, qui fut par la suite cardinal et très-

Emprisonnement du cardinal del Monte renommé. On l'appela le cardinal de Côme, des Caraffa. — Ceux-ci condamnés à qni était sa patrie. La sentence portait que

V emprisonnement du cardinal Morone, peut~ être par ordre de Paul IV, avait été fait sans aucun indice légitime qui eût précédé; que V enquête et tout le procès avaient été de nulle valeur, iniques, injustes , spécialement pour n'y avoir pas observé la forme prescrite dans le conclave, et nécessaire dans la cause dadit cardinal. En outre, dans le procès même, on ne trouve rien non-seidement qui suffise à le condamner, mais rien qui puisse faire tomber sur lui le soupçon d'une croyance douteuse. Bien plus, le contraire est prouvé par les écritures présentées pour sa défense, par ta suite de ses actions, et par l'estime qu'ont toujours eue pour lui tous les bons catholiques. En conséquence Sa Sainteté le déclare innocent, en imposant au fisc un silence perpétuel. '

4. Cet acte de justice favorable à un cardinal fut suivi de deux autres plus ou moins funestes à trois personnages du même sénat.

déjà des fruits ; soit que l'opération secrète Le premier fut contre le cardinal del Monte, de la Providence divine voulût faire tourner Le pape l'avait fait appeler , mais indigné

au grand avantage de l'Eglise les sentiments qu'avaient inspirés au successeur de Pierre la chair et le sang.

2. Bientôt après suivit la sentence rendue dans la cause du cardinal Morone. Nos lecleurs se souviendront que le pape, n'étant encore que simple prélat, avait exercé les fonctions de vice-légat sous Morone à Bologne. Cette sorte d'union, qui souvent sépare les cœurs lorsqu'elle fait connaître à l'infé-

contre lui, il ne voulut pas le voir, et le fit conduire auchâteau. Ce cardinal, faisant route, avait été insulté très-grossièrement par un cabaretier et son fils. Se laissant emporter à la fureur de son jeune âge, il ne souilla pas seulement ses mains, il ensanglanta encore sa pourpre par le sang ignoble de l'un et de l'autre. En sorte que, peu de jours après, le pape s'entretenant avec Amulius de cette aventure, et lui confiant à l'ordinaire les mo-

LIVKE QUATORZIEME.

lifs de sa rigueur envers le jeune cardinal, quence le nonce demandait qu'on mît à exé-

pour exprimer l'horreur qu'il avait de celte barbarie, cita ce vers de Virgile :

Natuni ante ora palris, patremque obtruncat ad aras.

Passant ensuite de ce fait à un autre, il rapporta plusieurs exemples de l'impuiJicité effrontée de cet indigne cardinal. Cependant le coupable, par ses réponses à l'interrogatoire et par les défenses qu'il produisit, s'excusa sur le corps du délit, en disant que le meurtre du fils était criminel, sans doute, mais non pas prémédité et à trahison , comme disent les légistes, vu que le cardinal, vilipendé par le jeune homme, voulait seulement le frapper du plat de l'épée , et contre sa volonté elle entra par la pointe. A l'égard du père qui était accouru pour défendre ou venger son fils, il prétendit que l'homicide avait été involontaire et causé par la décharge d'une arquebuse que le cardinal portait sur lui. Le résultat fut qu'après seize mois de prison, il fut confiné au grand monastère du mont Cassin.

5. L'autre acte de justice rigoureuse exercé en ce même temps par Pie IV, et qui avait pour objet deux cardinaux oncle et neveu, fut une véritable tragédie. Le sujet fut plus larmoyant, les personnages plus nobles, et la tragédie eut plusieurs actes. Or comme c'est ici un événement qui donne beaucoup à dire, et dont on a beaucoup parlé, la narration succincte que nous allons en faire ne

cution les articles convenus avec Paul IV au sujet de Paliano : qu'on donnât la compensation au duc et qu'on mît la forteresse au pouvoir d'un homme de confiance, selon la teneur des articles; que si Sa Majesté voulait annuler la convention, elle laisserait Paliano sous la puissance libre du pape, qui en était légitime seigneur, pourqu'il en disposât à son gré, comme la raison et la justice commandent.

7. Les bons offices du nonce auprès du roi et de ses ministres, en faveur du cardinal, n'éprouvèrent aucune difficulté, parce qu'il réunissait dans sa personne des mérites envers le roi comme envers le pape. Il fut donc, par privilège, naturalisé espagnol, comme on le lui avait promis : privilège important, qui lui procurait une pension ecclésiastique de 8,0()0 écus, outre celle de 12,000 que le roi lui avait déjà accordée à Bruxelles et qui ne dépendait pas de la naturalisation. Mais il n'en fut pas ainsi pour le duc de Paliano qui, comme nous avons dit, était encore rebelle à Sa Majesté. 11 continuait d'intervenir à toutes les délibérations du parti contraire, et dans le traité de paix il avait paru comme appartenant aux Français. Il portait cependant le collier de Saint-Michel en même temps qu'il sedéclarait pour la France : oubliantainsiles devoirs d'un bon et fidèle vassal. D'un aulre côté les Espagnols, non-seulementnevoyaient

en lui aucun mérite, mais encore étaient sera pas un épisode indifférent, ni tout à fait persuadés qu'il avait perdu tous ses droits, étranger à l'histoire des papes. Pie IV élevé La raison élait que le roi lui ayant offert au

temps marqué la compensation, il ne l'avait pas acceplée; le pape ne s'était pas expliqué à ce sujet. On n'avait pas donné au châtelain de confiance ce qui était convenu, et en conséquence le roi n'avait plus d'obligation à remplir. Malgré cela l'activité du nonce, qui à tous les autres motifs joignait encore l'intérêt du siège apostolique, surmonta les contradictions. La réponse favorable fut donnée et parvint à Rome par le retour de Fabricius de Sanguine, chevalier napolitain très-affectionné aux Caraffa, qui élait venu à celte cour comme envoyé par le pape pour leurs intérêts, et qui, jouissant d'un grand crédit auprès du cardinal, s'était attaché dans le conclave à le tenir toujours dévoué au roi et

au pontificat en était redevable surtout aux bons offices du cardinal Caraffa. Dans les premiers jours de sa papauté, la mémoire fraîche du bienfait reçu corrigeait un peu le souvenir des iniquités passées, et des œuvres détestables du cardinal. Il avait même envoyé un nonce en Espagne pour lui obtenir, ainsi qu'à sa famille, la protection et les bienfaits du roi : d'autant plus que l'orateur Vargas avait parlé au pape très-avantageusement du cardinal, comme d'un homme qui était bien vu à la cour de Philippe. Vargas agissant ainsi rendait la pareille au cardinal, qui s'était beaucoup employé à lui faire avoir la charge d'ambassadeur ; 'et en même temps il avait une part au mérite de Caraffa, qui

avait fait élire un pape tel que l'Espagne le , disposé à l'élection qui suivit en effet. Sa mis-

désirait. Il faut ajouter que les commissions données au nonce d'Espagne devinrent encore plus efficaces par l'intérêt et le zèle avec lesquels elles furent remplies. Le nonce fit entendre au roi et au duc d'Albe que le pape avait une affection particulière pour la maison des Caraffa, et que le cardinal dans le dernier conclave avait mérité la reconnaissance du pape et n'avait pas négligé les intérêts du roi.

6. A cette recommanaation des Caraffa faisaient suite les plaintes contre Marc-Antoine Colonne, qui après deux jours de siège était rentré à Paliano. Sur quoi le pape avait mo

sion avait même été accompagnée des recommandations du cardinal Farnèse pour les Caraffa : Farnèse faisait entendre au roi qu'il était de son honneur et de son intérêt de les protéger.

8. Mais la fortune des Caraffa changea bientôt. Vargas était encore à Rome pour le ^roi Philippe, lorsque le comte de Tendilla, ci-dessus nommé , y vint faire la fonction d'ambassadeur avec beaucoup plus de dignité et d'autorité que Vargas, et mieux informé que lui des intentions actuelles du roi : car on prétend qu'il dit au pape que les mérites récents du cardinal Caraffa auprès du roi

déré son juste courroux, pour que le premier n'avaient pu faire oublier des torts infiniment acte de son autorité ne fût pas contre un plus graves envers Sa Majesté. Le pape, après homme dépendant du roi Philippe. Eu consé- celte' confidence, comprit qu'il pouvait lui-

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même s'ouvrira l'ambassadeur, et lui faire part de l'indignation que lui causaient depuis longtemps les débordements anciens et modernes du cardinal et du duc. On ajoute que, voyant le comte entrer dans ses vues, il ne voulut plus se servir pour cette affaire du nonce Reverta, dont il ne se sentait pas assuré. Il choisit, pour la traiter en sou nom avec le roi Philippe, Prosper de Sainte-Croix, évéquedc Chisamo, auditeur de rôle, dont il a élé souvent parlé dans cetle histoire. Le pape l'envoya nonce en Portugal, pour qu'à celte occasion il pût se présenter à la cour d'Espagne. Il y envoya parla suite Campège, cvéque de Bologne, qui n'y séjourna pas longtemps. Reverta ayant renouvelé ses promesses de service, et d'un entier dévoûment au pape et à tous ceux qui lui appartenaient , ellepape, sachantqu'il étaitbien vudanscetle cour etqu'ilen avaitl'expérience, l'y renvoya. Campège fut nommé à la nonciature ordinaire de Portugal, et Sainte-Croix à celle de France, à laquelle il s'était formé au temps de Jules III. Cependant de cette affaire que Sainte-Croix devait traiter en Espagne, il n'en est pas dit un mot dans la relation de sa vie, écrite par lui-même d'une manière trèslorte et très-énergique. Il y révèle même des secrets bien plus profonds et plus dangereux. Cette raison et d'autres encore me jettent dans un doute assez grave que toutes ces circonstances n'aient élé ajoutées à cette affaire par des personnes qui les croyaient vraisemblables, sans en avoir la certitude. J'en dis autant sur la coopération qu'on attribue au roi d'Espagne, à l'égard des procédures contre les Caraffa. Peut-êlre qu'il a laissé faire : car s'il avait eu une volonté décidée, l'oraleur Vargas ne s'y serait pas opposé avec tant d'ardeur et de fermeté. Ce qui est certain, et je m'en aperçois, c'est que la venue du second ambassadeur d'audience eut un effet bien différent. Celui-ci, loin d'élre attaché aux Caraffa par des bienfaits, était indisposé contre eux pour la manière dont ils avaient traité la nation espagnole. Aussi, dès les premiers jours de son arrivée à Rome, ceux (|ui portaient loin leurs vues craignirent pour les Caraffa quelque mauvaise affaire, quand ils virent que le second ambassadeur ne s'entendait pas avec le premier, qu'il avait refusé de loger avec lui, tandis que le pape avait donné au second des appartements au palais, et le voyait souvent et particulièrement dans des colloques secrets.

Enfin le pape et l'ambassadeur traitaient avec les Caraffa sans ménagement. Cependant Vargas ne discontinua pas d'agir en faveur des Caraffa jusqu'au jour où ils furent condamnés, et, à l'entendre, il faisait tout cela pour le service du roi et pour l'exécution de ses ordres. Une fois même, dans l'antichambre du pape, Marc-Antoine Colonne lui ayant fait des reproches, il y répondit fort vivement et ils se dirent l'un à l'autre des duretés.

9. Les crimes récents des Caraffa avaient été commis, les uns du vivant de Paul IV après qu'il Ips eut baqnis, W^ autres pendant

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la vacance du siège. Mais le dernier, qui précipita leur chute, arriva après l'exaltation de Pie IV. Pendant la vie de Paul IV, le duc avait poignardé Marcel Capèce, qui était son parent et officier de sa maison. Celui-ci était convaincu et avait même avoué de bouche et par écrit, comment il avait trahi son maître par l'adultère commis avec la duchesse, en l'absence du mari exilé. Paul IV, informé de l'homicide par le cardinal de Naples, n'en parut pas beaucoup affecté. Il demanda seulement comment était la duchesse : elle était enceinte ; et le mari , par rapport à l'enfant, suspendait son courroux jusqu'à ce qu'elle eùtaccouché. Mais depuis, s'étant de nouveau convaincu que l'enfant qu'elle portait n'était pas le fruit du mariage, il exécuta sa vengeance. La mère lut tuée avec un enfant de sept mois qu'on lui trouva dans le ventre lorsqu'elle fut déterrée par ordre de la juslice. Or le meurtre de la duchesse fut fait pendant la vacance du siège, par commandem(?Vit exprès du duc , excité, dit-on , par des lettres du cardinal. Les exécuteurs furent le comte d'Aliffe, son frère, et Léonard de Cardine, leur parent , dont nous avons parlé ailleurs. Le mari, cependant, n'avait que trop mérité cetle honte d'une femme infidèle, en introduisant des courtisanes jusque dans le lit nuptial. Il serait encore plus coupable, si réellement il était vrai, comme on le soutint dans la suite du procès , que le crime de la duchesse n'était pas suffisamment prouvé. Peut-être ceux qui le soutenaient ne voulaient-ils qu'aggraver l'homicide commandé par le duc. Il avait eu encore l'audace, depuis la création de Pie ÏV, de susciter un procès à Marc-Antoine Colonne, pour avoir tenté de le faire mourir par le fer ou par le poison. En effet, l'affaire évoquée au tribunal du duc, dans son château de Gallèse, fut poursuivie contre un individu attaché au service de Marc-Antoine. Sitôt qu'on eut à Rome quelque indice de celle intrigue, un commissaire fut envoyé en diligence à Gallèse pour saisir et amener à Rome tant les pièces du procès que les personnes qui s'y trouvaient impliquées.

10. Cependant le cardinal Caraffa négociait à Rome avec les ofîiciers de la cour, qui étaient en grande partie les mêmes que sous Paul IV, et, par conséquent, attachés à celui qui les avait mis dans leurs postes, ce qui devait donner à sa cause une tournure favorable. Il y en eut un, par malheur, qui lui fut contraire, parce que le cardinal, dans le temps de sa haute fortune, l'avait traité durement. J'ai appris même, par des écritures de ce temps-là, qu'il l'avait tenu dans une prison rigoureuse. Cet ennemi était le fiscal Pallantieri : il informa si exactement le pape que l'ordre fut donné pour arrêter dans le même temps le cardinal et son frère et tous les complices du meurtre de laduchesse. Cette saisie fut faite le 7 juin, pendant que le cardinal était au palais, attendant Theun^ du consistoire; on se saisit encorede son neveu, le cardinal de Naples. On lui imputait d'avoir orofité des derniers moments de Paul IV pour

LIVKK QUATOHZIEMr:.

s'emparer de quelques meubles précieux appartenant à la chambre apostolique , et d'avoir fait signer par le secrétaire certains brefs à son avantage sans l'autorisation du pape qui allait mourir. Mais la cause du jeune cardinal trouva des défenseurs, parmi lesquels il faut distinguer Marc-Antoine Borglièse, fameux avocat. C'est le père du pape Paul V, qui prit ce nom en reconnaissance de Paul IV, sous le pontificat duquel sa famille vint s'établir à Rome, où elle a toujours prospéré. C'est de ce Marc-Antoine , son grand-père , que le prince de Sulmone porte actuellement le nom. Ce prince, possesseur d'une immense collection de manuscrits précieux, a eu la bonté de m'en accorder l'usage , ce qui n'a pas été un modique secours pour mon Histoire. Cependant le jeune cardinal, après la condamnation et la triste fin de ses oncles, fut condamné (comme nous l'in-

avaient envoyé pour empoisonner le cardinal , et que sur cet aveu et pour d'autres fautes encore il avait été exécuté. L'autre procès, qui avait en titre : Contre le roi Philippe, contenait la confession de César Spina, soldat calabrois, envoyé à Rome par les ministres du roi, avec un ordre de Sa Majesté de tuer le cardinal; et qu'en punition d'une pareille scélératesse, il avait été étranglé. On trouvait encore dans ce procès la découverte de plusieurs complots , tramés par le roi et l'empereur, contre le cardinal et le pape, son oncle. Ces atroces calomnies qui attaquaient de si grands princes, indignes artifices du cardinal pour attirer son oncle contre eux, portèrent au plus haut point l'indignation du roi contre lui. Elle ne put qu'augmenter par la lecture qu'il fit de plusieurs lettres que Sainte-Croix avait reçues sur sa route , qui toutes contenaient quelque nouveau grief

diquâmes en parlant de sa promotion) à une contre Caraffa et le dépeignaient comme l'ob

amende de cent mille écus; bien que ce^e amende fût allégée, et par une gracieuse concession du pontife, et par une souscription des cardinaux, et par la compassion charitable de toui le peuple de Rome. Mais tous ces motifs , qui consolaient son innocence vertueuse, ne purent empocher qu'en peu de temps il ne mourût de chagrin.

11. Mais pour revenir aux autres Caraffa plus malheureux que lui, le pape dans le consistoire annonça cet emprisonnement ; il en expliqua les raisons, dans l'amertume de son cœur et les larmes aux yeux. La cause de tous ces prisonniers fut commise par délégation spéciale à Jérôme Frederici, évêque de Sagona, en Corse, et gouverneur de Rome.

jet du plus implacable courroux de la part du roi et du pape. On y parlait, entre autres, de ses ligues avec les Turcs et avec les protestants contre la maison d'Autriche. H en sera fait mention dans la suite.

12. La cause fut poursuivie en cet ordre : le duc de Paliano, enquis des crimes déjà énumérés et d'autres que nous redirons, les nia dans l'interrogatoire ordinaire. On le mit donc à la question rigoureuse , pour lui en tirer l'aveu; et comme les hommes adonnés aux plaisirs appréhendent extrêmement la douleur, il ne voulut pas même attendre qu'on le mît à la gêne. II présenta au pape un écrit dans lequel il avouait, non-seulement le meurtre de sa femme et de Capèce,

On lui donna pour assesseurs, quant à l'exa- mais encore l'échange trompeur d'une lettre

pour une autre, dans le fait des galères des Sforce. La vraie lettre écrite par lui-même portait que, dans la querelle des ministres français avec les frères du cardinal Santa- Fiorâ pour les vaisseaux, le châtelain ne devait prendre aucune part. A celte lettre il en substitua une qui supposait la querelle entre les frères du cardinal et leurs ministres : ce qui fit que Paul IV crut qu'il y avait fraude de la part de Lotlini et de ses maîtres, et procéda contre eux avec sévérité de la manière

men des cardinaux, huit autres de leurs collègues, les plus graves et les plus sensés. Le pontife ne tarda point (du moins c'est ainsi qu'on l'a raconté) à en informer le roi Philippe, par l'entremise du nonce Sainte-Croix. Mais, par un incident fâcheux, dans cet intervalle on vit arriver Canobe que le nonce Reverta avait envoyé d'Espagne. Reverta , ignorant encore la catastrophe, l'avait fait partir, le 19 juin , chargé des dons que le roi envoyait au cardinal, en considération

du pape. Le pape en prit colère, disant qu'il qu'il a été dit en son lieu. Le duc cherchait à n'avait pas commandé que l'on sollicitât de s'excuser en disant qu'il avait employé celte pareilles faveurs. Sainte-Croix ne voulut ruse pour se soustraire au courroux do son plus après cela communiquer avec Reverta oncle, et non pas pour mettre les Sforce dans sur les affaires d'Espagne, et celui-ci en fut la peine, ni pour indisposer le pape contre piqué jusqu'au vif. Enfin le pape fit dire à les impériaux, comme il était arrivé par un

Philippe par Sainte-Croix que le nonce Re- ■• - ■-

verta,en mettant trop de chaleur à ses recommandations, avait passé les ordres du pape, et que même la commission qu'il avait reçue n'était pas une simple obéissance, puisqu'il l'avait sollicilée. Si le pape n'avait pu jusque-là manifester ses sentiments au roi, c'était la faute du nonce du pape comme de l'ambassadeur du roi. En même temps il lui

artifice du cardinal, dont il disait avoir été la dupe. 11 confessait encore les calomnies essayées contre Colonne et réalisées contre un homme de sa dépendance. Tout cela avait été fait encore à l'instigation de son frère : eflet surprenant de l'amour-propre, qui se montra dans le péché du premier homme, et qui porte toujours les coupables, pour s'alléger euxmêmes, à déclarer auteurs et complices du donna connaissance de deux procès forgés crime les plus proches parents 1 par le cardinal , au temps de Paul IV , dans 13. Le cardinal, outre les forfaits déjà rap-

lun desquels il était dit que l'abbé Nanni, portés, fut chargé de beaucoup d'autres, dans jadis emprisonné à Rome, avait répondu, à lesquels le duc fut enveloppé à son tour, l'interrogatoire, que les ministres du roi l'y 1° Il avait trompé son oncle »j0ur l'engager

à une guerre contre l'empereur; 2° il avait excité les Français à rompre la trêve, au lieu (le les porter à la paix comme son oncle le lui avait ordonné ; 3" il avait sollicité les Turcs à faire avancer leurs troupes au détriment des impériaux ; i" il s'était confédéré avec Albert de Brandebourg, chef du parti protestant ; 5" il avait fraudé le roi de France et le pape dans" la solde des troupes ; 6" il avait conclu l'affaire de Paliano à l'insu de son oncle; 7° enfin il avait fait mourir Nanni et Spina, victimes des calomnies inventées contre eux. On lui attribuait en outre plusieurs homicides commis de sa main, ou par ses ordres, avant et après son cardinalat. Mais il fut constant à nier tout , et jnmais on ne parla de lui donner la question : ou parce que, s'il avait pu la supporter, comme il paraissait en avoir le courage et la force, il aurait mis à bas toutes les raisons de la juslice, cl il n'y avait plus de punition à craindre pour lui; ou peut-être parce que quelques-uns des cardinaux représentèrent que trailer delà sorte un cardinal, c'était déshonorer tout le sacré collège. En effet, l'ambassadeur de Venise, avec qui le pape s'était souvent entretenu sur les désordres des Caraffa, et qui, dans plusieurs de ses lettres au sénat , parle fort au long de cotte affaire qui tenait tout le monde en suspens , dans une de ses Icltres donne celte conclusion : que les crimes dont on chargeait le cardinal passaient communément dans le monde pour être vrais la plupart , quoiqu'on ne les crût pas suffisamment prouvés, vu que les ministres de la justice criminelle s'étaient emparés du pape pour le faire aller au delà des preuves que les écritures pouvaient fournir. Quant à moi, s'il m'était permis de dire mon sentiment dans une matière sur laquelle je suis passablement instruit; sans passion et sans prévention, je dirais que les fautes du cardinal dont le duc fait mention dans son mémoire, par cela seul deviennent vraisemblables, mais pour les antres je ne l'en crois pas pleinement convaincu; mais je condamne cette animosité , cette audace précipitée qui lui fit d'abord prêter l'oreille à de vils espions, qui voulaient faire leur fortune en lui faisant acheter des secrets horribles contre la vie des plus grands personnages du monde. Je le condamne d'avoir suggéré à son oncle tant de conseils téméraires et de les avoir mis à exécution lui-môme avec autant de témérité et de promptitude.

Ik. La cause des Caraffa fut pendante au tribunal jusqu'au 3 mars 1561, auquel jour le pape tint consistoire; il voulut que le procès y fût référé dans toutes ses parties, travail désagréable auquel huit heures furent employées, et qui finit à peine à deux heures de nuit [liuil heures du soir). Sur le fait de la ligue conclue avec la France, le cardinal de Feirare, bien informé qu'il était, parla à la décharge des coupables, et les cardinaux intercédèrent tous en faveur d'un collègue ; mais tout fut inuliîe. Le pape porta enfin la 'jcnlence. Comme il ne voulait pas pour le uîomcnt la faire connaître, il la donna si-

gnée dans un papier, qui fut remis au gouverneur, clos et scellé, avec défense de l'ouvrir jusqu'au lendemain. Les deux frères y étaient condamnés pour les crimes dont ils étaient atteints et convaincus , et spécialement pour les crimes de lèse-majesté et de félonie.

15. La nuit du jour suivant (duiau 5 mars) le duc de Paliano fut conduit du château aux prisons de la tour de None ; il y fut décapité avec son beau-frère le comte d'Aliffe et Léonard de Cardine, meurtrier de la duchesse, après quoi on exposa les cadavres au pont Saint-Ânge, avec des torches allumées à l'entour. Celui du duc élait dans une bière couvi rie d'un velours noir avec les armoiries de la famille, tant du père que de la mère ; les complices étaient par terre sur des tapis. La même nuit le cardinal fut étranglé. La mort du duc fut remarquable par beaucoup de constance et par les actes d'une piété vraiment chrétienne. Dès que le supplice lui fut atinoncé, il se saisit d'un crucifix et courut aux chambres des deux chevaliers complices de son crime , qui devaient mourir avec lui; il les exhorta avec autant de tranquillilé que s'il n'eût eu que cet office à remplir, tandis qu'il allait cire jusliciéavec eux. On trouva même une lettre écrite à son fils unique dans ces derniers et terribles moments , et qui est remplie des plus beaux enseignements de morale et de religion. En sorte que la meilleure partie de sa vie fut cet acte qui la termine et qui est le plus important de la vie des hommes. Le cardinal, à l'annonce d'un supplice auquel il ne s'attendait pas, fit cette exclamation : Moi, mourir! ô pape Pie! 6 roi Philippe! je n'otlcndais pas de vous un pareil traitement. Il ne fit pas d'autres plaintes; il dit qu'il pardonnait au gouverneur et au fiscal, qu'il avait toujours regardés comme ses ennemis dans le cours dujarocès. Il demanda à se confesser, et il le fil avec beaucoup de componction ; il récita l'office de la Vierge. S'élant habillé, il demanda sa chape et son bonnet de cardinal ; mais on avait ordre de le lui refuser, peut-êlre le regardaiton comme dégradé par la sentence. Enfin il se présenta avec dévotion et courage au nœud qui allait le séparer de son corps ; mais le premier lacet s'élant rompu différa cruellement cette mort, que le second lui donna d'une manière encore plus douloureuse.

16. Sous le pontificat de Pie V, successeur immédiat de Pie IV et créature de Paul, l'appel fut introduit aux instances de Vestrio Balbiani, en qualité de procureur pour le marquis de Wontebello, leur frère, et pour Diomèdc CaralTa, fils du duc. L'appel étant admis, la cause fut commise par le pontife à Baldo Ferratini, évoque d'Amélia et gouverneur de Borne , qui eut pouvoir de conduire la procédure jusqu'à son terme, à la réserve de la sentence définitive sur la personne du cardinal. Enfin, au bout de plusieurs mois, après avoir fait lire en consistoire la relation dclailléa de tout le procès, pour détromper les cardinaux de la relation bien différente

qu'ils avaient entendue au même lieu, dans un autre temps, le pape prononça lui-même la décision, assurant qu'il avait lu de ses propres yeux l'un et l'autre procès. Ildéclara que le cardinal, même sur les premiers griefs,

Dieu, mais que pour l'entendre ils avaient besoin do se réunir; ce qu'ils ne pouvaioiit faire publiquement, mais en de petites réunions secrètes, exposés par là à mille sortes de calomnies. A celle fin ils suppliaient le

avilit été iniquement et injustement condam- roi de leur accorder un temple où ils pussent né En conséquence, il rétablit sa mémoire et s'assembler en plein jour, prêcher la divine

réhabilita SCS héritiers à toute sorte de biens non irréparables, soit d'honneur, soit de fortune, en quelque main qucl'argenteût passé, 17. Le gouverneur de son côté déclara, par une sentence spéciale par lui prononcée, que le duc avait été invalidement condamné , quant au crime de félonie et de lèse-majesté, sans rien dire des autres. Par conséquent, sur les deux premiers, il réintégra sa mémoire ; il rendit à ses héritiers tous les droits qui pouvaient avoir leur effet, et révoqua tous les préjudices qui ne seraient pas irrévocables. Mais cette rigueur de justice, adoucie envers les Caraft'a , retomba tout entière sur le malheureux fiscal Alexandre Pallanlieri, à qui la tête fut coupée pour avoir trompé le pa[)e et aggravé ces infortunés dans les différentes pièces du procès et dans le rapport cu'il en fît. Cet expédient ne faisait pas revenir à la vie ceux qui avaient été justiciés à tort; mais il avait un avantage encore plus grand, en ce qu"il préservait pour l'avenir une infinité de personnes d'être injustement condamnées.

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