Le pape avait cependant déclaré (^u'U
ne s'oppost'i'ait pas à la tenue ou concile à Verceil ou à Casai. Ces deux villes étaient fort au gré du roi de France , comme voisines de SCS Etats ; mais pour cela môme, elles ne convenaient pas aux Allemands. Sur ces entrefaites , !e pape avait reçu des lettres de l'empereur, qui, en général, louait très-fort la délibération prise d'assembler le concile , et toujours rappelait les mêmes difficultés sur la demeure à Trente; mais il finissait par se remettre à ce que ie pape aurait décidé. En conséquence, il communiqua ces lettres à une assemblée de cardinaux , le 27 octobre. La lecture en fut faite par l'évôquc de Teleze , Massarelli , anciennement secrétaire du concile , et actuellement de la réformalion. Dans celle assemblée , le pape fut d'avis, et tous les cardinaux pensaient de même, que si le roi de France s'en rapportait , comme celui d'Espagne , à ce que voudrait l'empereur , il pouvait se tenir assuré du consentement général , et tout de suite intimer le concile pour Trente, sans craindre le refus d'aucun prince catholique ; ce qui, jusque-là, ne pouvait s'attendre d'aucun aulre séjour: quel qu'il pût être, il aurait toujours fallu des délibérations , des consultalions et des longueurs. Il se fixa donc au dessein de ne pas changer le lieu qui avait été désigné à l'époque de la dernière suspension. Ce dessein faisait d'abord gagner du temps , et la diligence devenait toujours plus nécessaire, vu les pertes que faisait la religion. La reine veuve, gouvernante d'Ecosse, sœur des messieurs de Guise, était morte depuis quelques mois. Ce royaume , exposé à la contagion dos nouvelles sectes , était agité de furieuses tempêtes , le vent qui soufllail en Angleterre les avait excitées. Le gouvernement appartenait à Marie, reine de France, c'est-à-dire à une femme, et de plus, absente. Le désordre était si grand , qu'on avait élé obligé de permettre la liberté de conscience jusqu'au futur concile. En outre, le choix invariable de la ville de Trente donnait plus d'autorité à l'Eglise, qui observait conslaniment ce qu'elle avait statué, et confirmait plus solennellement les définitions précédentes , dont le pape était résolu de ne pas s'écarter, de peur de donner à la foi uneatleinle mortelle.
2. En conséquence, après avoir reçu la réponse du roi û-e France, qu'il se fit encore donner par écrit à l'ambassadeur, après les lettres qui exprimaient le consentement , tant du roi de Porlugsl, que de la république de Venise et des Suisses catholiques , il en vint au fait. Dans le consistoire tenu au 15 novembre, il annonça que les princes s'accordaient tous à accepter la ville de Trente pour la résidence du concile. A cet effet, il annonça
procession, marchant entre les deux derniers cardinaux-diacres.
3. Soave fait ici mention de je ne sais quel différend survenu à celle cérémonie entre Cosme et les ambassadeurs des princes. Je n'en trouve cependant aucune trace dans la relation détaillée des maîtres de cérémonies. Ils noient seulement l'absence du duc dUrbin, qui se trouvait alors à Rome pour le mariage deVirginie, sa fille, avec Borromée, neveu du pape, et qui ne voulut pas assister, pour éviter toute contestation sur le rang. Du reste les ambassadeurs, selon l'usage, furent les premiers à porter le baldaquin du pape, que d'autres seigneurs portèrent après eux. J'ai môme lu quelque part (pour revenir à Cosme) qu'à son entrée solennelle dans Rome, il fut reçu à la porle de la ville par les cardinaux de Santa-Fiora et de Ferrare, et pendant qu'il marchait entre les deux cardinaux vers le Vatican, tous les ambassadeurs qui se trouvaient en cette cour vinrent à sa rencontre. Il fut reçu à l'obédience dans le salon royal ; et le pape, qui l'invita à <lîncr avec tous les cardinaux, lui donna la place la plus distinguée parmi les convives. Il y eut dans cette entrée et celle réception un si grand concours de noblesse, tant de splendeur et de pompe et de si grands honneurs, que rien ne manqua au grand duc de Toscane, de ce qui appartient aux rois, que le nom.
4. Le 29 novembre fut publiée au consistoire la bulle qui intimait le concile , et le lendemain un bref fut adressé aux évoques et aux prélats de France pour les y inviter. C'était leurdire d'une manière indirecte, mais expressive, de ne plus penser au concile national. Le pape disait dans sa bulle qu'aussitôt après son élévation, il avait porté ses regards sur la chrétienté, et n'avait pu, sans horreur, la voir ainsi déchirée par l'hérésie et le schisme, et souillée par les mœurs scandaleuses de ses enfants : ce qui l'avait déterminé à mettre en œuvre le remède ordinaire au saint-siége apostolique, c'est-à-dire la convocation du concile. Paul III avait élé le premier à le convoquer, d'abord à Mantoue, puis à Vicence, mais pour peu de temps en ces deux villes. Il fut ensuite fixé à Trente, où divers obstacles empêchèrent de le commencer. Mais à la fin, une nouvelle convocation de Paul III le mil en activité. On y tint plusieurs sessions, et plusieurs articles de foi y furent définitivement établis; après quoi le concile, autorisé par le siège apostolique , s'était transporté a Bologne. Jules, successeur de Paul, l'avait rappelé à Trente où, après quelques articles définis, il fallut le suspendre et le relarder pour les troubles survenus dans la Germanie, et pour les guerres
encore un jubilé, qui serait publié dans toute d'Italie et de France. Pendant ce temps, l'héla chrétienlé. Los cardinaux Saraceni,Cicala résie et le schisme avaient pris de deploraet du Puy furent chargés d'en dresser la blés accroissements. Mais Dieu, qui dans sa bulle. Celle du jubilé fut signée le 20 novem- colère n'oublie pas ses miséricordes, avait bre, et il y eut une procession, à laquelle le enfin ramené la paix et la concorde parmi pape alla, les pieds nus, de l'église de Saint- les princes chrétiens. Le pape s'élait donc Pierre à celle de Sainte-Marie sur la Minerve. empressé de mettre en œuvre les moyens cf- Cosmc, duc de Florence, assista aussi à cette ficaces pour déraciner l'hérésie, pour réunir
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le scln'smc, pour réformer les mœurs et con- 6. La vérité est que (cul le contenu de la
-server la paix parmi les chrétiens. A cet ef- bulle confirme admirablement l'autorité du
fét, d'après l'avis unanime des cardinaux, siège apostolique et la validité de tout ce qui
après en avoir communiqué le dessein à avait été précédemment défini, quoique ces
l'empereur et aux autres rois et princes définitions fussent contestées, tantôt par les
chrétiens, les ayant trouvés tous disposés en Français, tantôt par les impériaux : car en
faveur du concile, il l'intimait pour la Pâque approuvant la translation du conci4e de
prochaine, dans la même ville de Trente, Trente à Bologne, faite tout à la fois, et par
toute suspensionlevee.il enjoignait à tous les le concile et par le siège apostolique, il con-
évêques et à tous autres qui ont séance dans damne tous les murmures des Allemands et
les conciles, de s'y trouver au jour prescrit, des Espagnols contre le concile : ce que Paul
et priait les princes d'y concourir, sinon par n'avait pas osé faire, lorsque les opposants
leur présence, du moins par des ambassa- étaient le plus échauffés; et en prononçant
deurs pieux et savants, et de pourvoir à ce que le concile œcuménique avait été à
que les routes fussent commodes et stires pour ceux qui devaient s'y rassembler.
5. Par sa bulle, dressée en cette forme. Pie IV écartait le terme odieux de continuation ; mais il mettait l'équivalent, en disant qu'à
Trente sous Jules 111, et qu'il avait fait des décrets, il déclare illégitimes les oppositions des Français et leurs protestations contre cette assemblée. Tellement que, la bulle ayant été acceptée et par l'empe-
Trente, primitivement, sous le pontificat de reur et par les deux rois, les opposants, par
Paul m et dans l'assemblée postérieure sous là môme, se désistèrent de leur opposition,
Jules m, il s'était fait plusieurs décrets, après et l'autorité du saint-siège de Rome fut alors,
lesquels vint la suspension, qui était levée comme elle a toujours été, victorieuse, favo-
par la bulle; en effet un corps dont le mouve- risée de Dieu et reconnue par la piété des
ment est suspendu, si la suspension est le- potentats catholiques.
vée, ne rétrograde pas jusqu'au lieu où il a T. Bien plus, la bulle de convocation, pu-
commencé de se mouvoir, mais il reprend bliée sans obstacle, fut le signe d'une pro-
son mouvement, et le continue du lieu où il vidence particulière de Dieu, qui voulait pro-
a été suspendu. Ainsi le pape affirmant que curer à son Eglise les secours du concile ;
le concile avait été deux fois à Trente, où il car si ia publication eût été différée de
«ivait fait plusieurs décrets, et après une in- vingt jours seulement, la nouvelle serait ar-
terruption assez longue, se trouvait mainte- rivée uue le roi était mort et le gouverne-
nant libre de toutesuspension, déclarait assez ment changé en France, ce qui aurait occa-
ouvertement que les décrets établis dans les sienne des négociations nouvelles, et peut-
différentes sessions avaient la même force ""
que ceux d'un concile qui subsiste sans interruption. Je ne vois donc pas dans les paroles de Pie IV cette ambiguïté manifestement a/fectée que Soave y aperçoit ; mais il faut avouer que lorsqu'on a mal aux yeux, au midi le plus clair, on ne voit que brouillards.
être des difficultés insurmontables de la part du surintendant, qui favorisait l'hérésie : au lieu que la bulle se trouvant déjà fuite aveo l'aveu du roi défunt , n'éprouvait plus de contradiction: car il est plus facile de maintenir une grande œuvre déjà produite que de la produire.
ARGUMENT
Obéissance rendue au pape par Antoine de Bourbon, comme roi de Navarre. — Déplaisir qucn ressent le roi d'Espagne. — Le souverain pontife envoie en France la bulle du concile , par Vubbé Nichct. — Mort de François II. — Charles IX lui succède. — Changement de gouvernement. — Puissance d'Antoine. — Ruses des Espagnols envers lui. — Les Espagnols cl les Français élèvent , au sujet de la bulle , différentes difficultés, et contraires les unes aux autres. — Nonciature de Commendon en Allemagne. — Pourparlers de Commendon et du-nonce Delfini avec Vempereur. — Ils portent sur ses instances par la diète protestante de Naumbourg ; ses résultats. — Conférences de Commendon avec l'électeur de Brandebourg et les autres princes hérétiques et catholiques de In Germanie inférieure. — Sa mission a\i~
près du roi de Danemark ; il ne veut pas le re^ cevoir. — Mission de Martineng auprès de la reine d'Angleterre, et de Canobe auprès de l'empereur de Moscow ; l'un n'est pas reçu en audience, et à l'autre l'on refuse le passage. — Proposition de l'évéque de Côme, nonce du pape, aux Suisses, et leurs réponses. — Election des cardinaux de Mantoue et du Puy pour légats du concile. — Promotion faite par le pape. — Accident remarquable au sujet de l'ambassadeur Amulius. — Parmi les nouveaux promus, il en choisit trois, Seripandi, llosius et Simonetta, qu'il joint aux autres légats du concile. — Nouvelle réunion des protestants à Erfurt; leurs desseins contre les catholiques et les Au trichiens. — Commendon se rend auprès du roi de Suède, dont il a reçu im sauf-conduit ; mais il lui défend de parler du sujet de son voyage. — Qualités des rois de Danemark et de Suéde, —-Proposition du nonce Delfini à différentes
IllSTOlUr. I)U CONCILE
villes protestantes de la Germanie supérieure ; leurs réponses. — Traité secret qu'ils font avec Zanchez etSturm. ^Disposition et enfin assentiment de r empereur, des Français et des Espagnols à la bulle du concile. — Les officiers et les cardinaux de Mantoue et Seripandi se rendent à Trente. — Beaucoup d'évêques italiens et étrangers y arrivent. — Nouveaux dangers de la religion en France. — Légation du cardinal de Ferrare pour la France. ~ Arrivée à Trente du légat Hosius d'abord, et ensuite de Simonetta. — Ordres du pape portés par le second. — Le cardinal Altemps député pour la même légation. —Différends soulevés, mais apaisés, au sujet de V habit des évéques et sur la place plus distinguée des primats. — Nouveaux troubles au sujet de la religion en France. — Colloque de Poissij entre les docteurs catholiques et les hérétiques. — Conduite du légat, imputations et sa justification. — Ce gui arriva au sujet d'une nouvelle assemblée. — On délibère sur l'ouverture du concile, et raison qui la fit retarder jusqu'au \8 janvier.
— Véhémence des Espagnols afin que le concile se déclarât sur-le-champ sur la continuation du synode précédent. — Rites universels des congrégations, des sessions et des réceptions faites aux orateurs. — Décrets dressés dans la congrégation pour la première session. — Difficultés soulevées ensuite par quelques Espagnols contre les paroles du premier décret, à la proposition des légats. — Travaux de la première session. — Arrivée de différents ambassadeurs de Ferdinand, comme empereur et comme roi de Hongrie, et avec eux de l'orateur portugais. — Controverses des ambassadeurs entre eux, et avec les cardinaux et les patriarches au sujet de la place la plus honorable. — De quelle manière elles furent apaisées. — Délibérations entre les Pères pour la seconde session, afin d'achever l'index des livres condamnables, de citer ceux qui y avaient intérêt, et d'inviter les hérétiques en leur donnant un sauf-conduit. — Difficultés soulevées par les Espagnols et les Portugais sur le dernier point. —Demandes des orateurs de l'empereur , que l'on procède avec lenteur, surtout dans les décisions de foi. — Différents avis émis à ce sujet, et réponses qu'on y fit. — Dispute sur le titre du concile. — Seconde session , trouble qu'y causa la désunion qui s'éleva entre les orateurs du Portugal et de Hongrie. — Décrets arrêtés.
— Faussetés de Soave tant dans son récit que dans son discours, réfutées çà et là en différents passages, et en particulier au sujet de la prohibition des livres.