CHAPITRE PREMIER
Ooeissance rendue au souverain pontife par Antoine , roi de Navarre. — Chagrin qu'en conçoivent les Espagnols. — L'abbé Nichet est envoyé en France avec la bulle du concile. — Mort du roi François 11 ; il a pour successeur son frère Charles IX , encore en tutelle. — Puissance des princes de Bourbon sous ce gouvernement. — Moyens qu'emploient les Espagnols pour apaiser le roi de Navarre. — Sentiments des Français au sujet de la bulle.
i. Deux semaines aprosla publication ae ta
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bulle (1), l'orateur d'Antoine, roi de Navarre, | rendit obéissance au pape; cette action aug- j nicnta l'espérance au sujet du concile du côlé j des Français, mais elle jeta quelque nuage i dans l'esprit des Espagnols sur la conduite i du souverain pontife. Comme ils occupaient le royaume d'Antoine, ils lui disputaient le i litre qu'il en portait. Pour bien taire comprendre ceci cl tout ce que j'ai à dire, je vais j tracer une notice (â) exacte de ce prince; il élait, comme nous l'avons dit, premier prince du sang en France et favorable aux (3) hérétiques ; il était porté à ce parti par la violence et l'intérêt des deux personnes auxquelles il élait uni par les liens les plus étroits : son frère, le prince de Condé, dont nous avons parlé lorsque le sujet l'a exigé ; et son épouse, Jeanne d'Albret , femme d'un caractère des plus mâles , et qui convenait mieux à la fierté de son beau-frère qu'à la douceur de son mari. Elle élait fille de Marguerite de Valois , sœur de François I" , et grande protectrice de Calvin (nous en avons parlé ailleurs) et de Henri d'Albret, roi de Navarre, mais roi de nom plutôt que d'effet : car le pape Jules II (4j fulmina une sentence
(1) 14 décembre. Voyez Journal du maître des cérémonies.
(2) Leilres du roi du 30 janvier 1561. Une d'Ainuliusaii séiuil, en d:iie du 22 lévrier.
(5) Le parli des licréii'iues (juc protégea Anloine, ; roi (Je Navarre, élail celui des préicndus réformés de la Fr.ince. Calvin eu lui le clief dans ses erreurs. Il n'était point d'accord avec Zwingle elLviilier, surtout sur roiicliarislie; il composa trois prolessions de foi : l'une [lour contenter les luthériens, la seconde pour les zwingliens, et la troisième pour les calvinistes, ses partisans. QueUpies ellorts qu'ils lissent, ils ne purent cependant se mettre entièrement d'accord entre eux.
Les divisions, les disputes qui s'élevaient continuel, lenionl entre eux au sujet de leur doctrine, montrèrent la faiblesse et rimpiéié de leurs erreurs, qui tendaient à renverser les dogmes fondamentaux cl les |iliis sacrés de noire sainte religion. Elles révélèrent égiilement leurs sentiments pervers, celle incroyable obstination et cette scélératesse qu'ils avaient su couvrir jusque là du voile d'une fausse piété et d'un zèle factice. Tous ces diflerends servirent encore à ouvrir les yeux à Antoine, roi de Navarre, et à lui laire retirer la protection qu'il avait accordée à ce parii impie, i Anloine de Bourbon (pour me servir en ce lieu des paroles du savant Bossuet, Varialions, livre IX, où il expose avec tant d'exactitude les erreurs de CCS hérétiques , et les grands dilférends qu'elles suscitèrent entre eux), Antoine, roi de Navarre, premier prince du sang, avait été jusqu'alors assez favorable à ce parti, (lu'il ne connaissait (|ue sous le nom de Luther ; il ouvrit les yeux , et au lieu de celle jiiéié qu'il leur avait crue, il n'aperçut plus (pi'uu zèle j)leiii d'amertumcet une obstination prodigieuse. >
(4) Jules II, en 1512, excommunia Jean d'Albret, roi de Navarre, comme fauteur du schisme, c'est-àdire du célèbre conciliabule de Pise, le déposséda de la couronne, et perudi à tous les princes, spécialement à J' erdinand, roi d'Espagne, de s'emparer de ses Etats. En verlu de ce décret, il s'empara de la Na» varrc, comme le marque notre historien. Ainsi le raconient Zurit, lib. X;Mariana, lib. XXX, cliap. 8; Sandoval, Nie de l'empereur Cliarles Y, liv. 1, sect. 45 ; Dugicriiis , lettre 49G ; Anlniue de Nebris, liv. I" de la Guerre de Navarre, quoiqu'ils ne conviennent p.i?