LIVRE QllNZlEME
-d'excommunication majeure contre son père tenant-général et surintendant du royaume
Jean , et offrit ses terres à qui voudrait en faire la conquête. Alors Ferdinand le Catholique s'empara sur-le-champ de la plus grande et de la meilleure partie de la Navarre, de celle qui est au delà des Pyrénées, et par conséquent dans les limites de l'Espagne. Aussi Marguerite, se vojanl lésée dans la personne de son mari, et Jeanne, dans ses propres intérêts, en conçurent une haine implacable contre le souverain pontife et le roi d'Espagne , parce que par les armes spirituelles de l'un et les armes temporelles de l'autre, elles se voyaient privées de la couronne ; et, par suite de ces dispositions, elles entraient .'^vec ardeur dans tous les complots qui tendaient à diminuer l'autorité de l'un , et à abaisser la puissance de l'autre. Dans la dernière alliance contractée entre le roi de France et d'Espagne {Strada, livre III], celuici avait promis du secours contre les brouillons aussitôt après la mort de son père, et la reine, voulant les étourdir, l'avait publié. Cela ne servit qu'à porter Jeanne à exciter davantage son mari contre le gouvernement présent, comme s'étant allié à son ennemi ; mais
La reine mère, qui avait la tutelle, était une femme aussi habile que ferme à soutenir sa puissance; elle s'unit au lieutenant, et loat les deux , par un arrêt du parlement , firent tomber les chaînes de Condé , de ce Condé qui, pendant la vie de François II, se voyait à tout instant exposé au fer du bourreau; et tandis qu'on lui communiquait , ainsi qu'aux seigneurs de Châlillon , ses confédérés, l'autoritéde son frère, l'on diminuait celle des seigneurs de Guise. Le crédit que l'on donnait au parti des huguenots faisait craindre aussi pour la religion. Plein d'inquiétude à ce sujet, et autant par zèle pour la religion que par devoir d'Etat , l'évêque d'Arras qui, sous la duchesse gouvernante et par ordre du roi Philippe, avait la principale autorité dans la Flandre, province voisine et fort agitée, essaya d'endormir le nouveau lieutenant par les douceurs flatteuses de l'espérance; et, par l'entremise de Cantonet son frère, ambassadeur de Philippe à Paris, il entra en négociation avec le roi Antoine, et, en échange des droits que son épouse avait sur la Navarre, il lui offrit l'île
Antoine n'était pas propre à entretenir un si de Sardaigne, pays plus grand et plus ferli!
grand incendie : doux par caractère, il était encore attorré par l'emprisonnement récent de son frère, le prince de Condé , accusé de félonie , et il s'écartait des partis violents ; il préférait regagner la bienveillance du pape et celle du roi de France , par l'obéissance qu'il devait à l'un pour le spirituel, et à l'autre pour le temporel, et chercher, par 1 1 voie des négociations et avec leur amitié , à recouvrer son royaume, ou à obtenir quelque dédommagement.
La mort inopinée du jeune roi de France,
mais bien moins nécessaire au roi Philippe que la Navarre, qu'il ne pouvait séparer sans cruauté de l'Espagne, comme un membre qui lui était uni. L'évêque d'Arras se servit encore, pour continuer ces négociations, du nonce Santa-Crux, qui, dans ces entrefaites, comme nous l'avons dit, passa d'Espagne en France, et ainsi il a pu parler de l'intention du roi Philippe, qui la lui avait manifestée (1). Ayant trouvé que tous les soupçons étaient mal fondés au sujet de la reine*, et avaient été répandus par quelque autre mi-
arrivée le 5 décembre, causa un grand bou- ".'^^'i^ P<^"'' ^'''''e «Jouter de son attachement " • sincère à la religion, il lui rendit témoignage
à une époque où sa puissance était considérablement affaiblie et son cœur rempli de crainte par les difficultés que lui opposait Antoine ; aussi eut-il recours à toutes sortes de ruses pour persuader le lieutenant-général que l'emploi des armes et l'amitié des huguenots étaient df.s moyens dangereux et nullement propres à faire recouvrer la Navarre sur un prince aussi puissant et aussi religieux que Philippe; que dans une tentative pareille, non-seulement ses sujets, mais tous les catholiques, s'er.^ presseraient de voler à son secours ; que l'unique voie était do rentrer dans le sein de l'antique religion, de chercher à gagner l'esprit du roi pacifique par les négociations. Le nonce employa tout son soin et le crédit du frère Bernard Fresande, franciscain , confesseur du roi, et son ami intime, à faire réussir ce dessein, et sa réponse donnait beaucoup d'espoir. Un historien aussi peu favorable à la religion ro-, maine qu'à son chef, et suivi pour cela même par Soave, ajoute qu'on proposa encore à Anloinede faire divorce avec son épouse, qui était hérétique , pour épouser la veuve de François II, reine d'Ecosse, et qui n'avait
leversement dans le gouvernement, et menaçait aussi la religion , parce que Charles IX, enfant de dix ans, succédant à son frère, le roi de Navarre devenait , par les lois du royaume et la proximité du sang royal, lieu-
du jour (le la fiilminalion de la bulle d'excnmniunicalion. Mariaiiaei Ziiriia le croieiil du 18 février; Sandi)vai.(lii i" mars ; Aiiglerius, nui élail alors aii|)rés du roi ronlinand , le place an mois d'août. Kciiiarri liez ici qu<; riiislDiieii Noël .Mcxandre, dans son Histoire ccclésiusiiqiie, siècles XV cl XVI, cliap. 1, du VoHtift; ïomcim , wn. Vl , pense (pic celle semence d'exiMiinniunicaiion esl fanssc el supposée, ou (oui au moins (prelle ne fui (pic coniniinaloire, cVsi-à-iiirc (pie le pape avail senlcnienl inena(c le roi de Navarre de rcxconiniiinior ei de le (l('i)oser s'il s'obsiinail à défendre le scliisMie , mais que récllenienl il n'avail éprouvé ni l'un ni l'anlre de ces cliâlimcnts. Le sen liment de Noël ne me paraîl d'aucim poids en picsence d'hisloriens aussi graves et coiilemporaiiis, ou du moins irès-ancicns, qui alleslcnl el défendent ce fait. Je ne m'amuserai point à réfiiier ici les preuves qu'il apporte en faveur de son sentiment. Je serais forcé de dépasser les imnies d'une simple note. Je ferai seiilenicnl remarquer qu'il ne se conieme pas de discuter les preuves historiques p 'ur défendre la cause d'Anloiiie, roi de Navarre, il s'élève même contre le |)onlilc de Rome el contre Ferdinand, rci d'Kspagne, d'une manière qui me paraii lémérairc. (1) Sjiondc, année 1560, nomb. 20 cl 21.
CoNC. DE Trente. H.
(I) La vie souvenl cilée du cardinal de SainleCroiii.
{Trmic]
pas renoncé à toute espèce de droit à la cou- Comme ces paroles approuvaient impliciteronne d'Anglelerre ; et qu'avec l'aide de la nient le concile précédent, elles enlevaient France, de l'Espagne et du pape, il pourrait tout espoir que le suivant fût approuvé par
les novateurs et par les catholiques d'Allemagne, dont le but unique était la réunion des nations divisées de croyance. Les ministres du roi élevèrent des difficultés à ce sujet (1). Ce qui ajouta au déplaisir du nonce Gallieri (Santa-Cruz n'était pas arrivé), ce fut d'en connaître les auteurs. Parmi eus se trouvaient quelques membres de cet ordre ecclésiastique qui, approchant de plus près d(î la personne du pontife par la dignité, devrait aussi les rapprocher davantage de sa manière de voir (2). Cependant le cardinal de Tournon s'était montré le digne chrf de ce collège. Le nonce ne faisait que des réponses générales aux ministres de la cour; selon les instructions de Rome, il se contentait de dire que celte expression était nécessaire, que si les protestants s'y rendaient, ils seraient écoutés et satisfaits en tout ce qui serait convenable. Les ministres que nous avons nommés interprétaient extérieurement celte réponse d'une manière favorable à leur intentic<i plutôt que conforîHC au sens qu'elle portail; cependant, comme ils connaissaient quelle, était superficielle et nullement convaincante, ils ne s'en contentèrent pas en eux-mêmes, mais ils engagèrent le roi pupille à écrire à son ambassadeur à Rome, le dernier jour de décembre, à peu près en ces termes : Que ses conseillers, ayant examiné les paroles de la bulle, y avaient rencontré une difficulté qui ne touchait point le roi lui-même, mais l'empereur et les Etats catholiques de Germanie, avec lesquels le roi désirait de marcher d'un commun accord, parce que sans leur consentement le concile ne pouvait produire aucun fruit véritable et efficace, et ne serait qu'une réunion vaine et pour la forme; que la dillicullé consistait en ce que, quoi<iue le titre fût pour une convocation, cependant, daiis le cours de la bulle, on avait laissé glisser CCS paroles, levant la suspension, (jui donnaient à entendre que l'on voulait présupposer ce qui avait été fait à Trente et refuser d'entendre les protestants sur ces matières, ce qui rendrait ce concile nul pour la concorde que l'on désirait, quoique le nonce lui eût donné de vive voix une signification différente. Il recommandait en conséquence à son ambassadeur d'examiner ce que faisaient les ministres de l'empereur, et de chercher à connaître leurs dispositions avant de faire aucune ouverture au pontife à ce sujet. En même temps le roi écrivit à l'évêque de Rennes,son ambassadeur auprès de l'empereur, de déclarer à ce prince qu'il n'avait pas d'autre
devenir roi de la Grande-Bretagne; etqu'aussilôl qu'il eut prêté loreille à cette brillante déception , il commença à montrer de l'éloignement pour sa légitime épouse (1); mais c'est une fable. Famicn Slrada soutient qu'il a parcouru toutes les lettres qui furent écrites dans cette négociation entre l'évêque d'Arras et son frère Cantonel, et qu'il n'a pas trouvé un mot qui eût rapport à celle proposition de divorce. Qui est-ce qui ignore, d'après les décisions de l'Eglise au sujet du divorce, que le lien, dans un mariage consommé, ne peut être rompu par aucune autorité, lors même (jue l'épouse est hérétique (2) ?
Connue la France commençait à goûter la surintendance d'Antoine Nichet , abbé de Sainl-Gilde, secrétaire du cardinal de Ferrare, arriva dans ce royaume vers le 17 de décembre [Lettres du cardinal de Ferrure). 11 se hâta de montrer la bulle de convocation du concile par le pape, qui ignorait encore la mort de François IL A la nouvelle de celte convocation, on célébra une fêle brillante, universelle (3) et proportionnée au désir que l'on avait conçu d'un tel remède pour les maux domestiques. Ensuite on s'arrêta sur ces mots de la bulle : Levant la suspension.
(1) Soave raconle celle fable, comme le marque noire auleur, livre V de son Hisiwre , page MS cl 49, seconde édilion de 1629, afin de jeler un mépris SIM- le ponlife romain, par les plus noires ot les plus absurdes calonmies ; el c'est avec raison qu'il reçoit un démenti formel par l'auteur de celle liisloire, comme on peut le voir dans le texte.
(2) Chacun sait que la docirinede l'Eglise au sujet du lien du mariage, porie que le lien ne peut êire rompu lors même que l'un des époux , après ce niaii;ige, ser;iit lombé dans l'Jiérébie manifeste ei nouiire. L'Eglise se l'onde sur l'oracle des saintes Ecritures, comme on le lil en saint Mauliicu, cliap. XIX, quod Deus coujunxil livmo non separet; en saint Luc, tliap. X\I, el dans la première épîire de l'apôire aux Corinlliiens, chap. YII, où l'on enseigne ouverleineni de ne pas rompre les noces contractées v:ilidenient. baint Thomas, entre autres auteurs, aUeste que Ulie est la croyance de l'Eglise. Dans la ijuatrièmedisl. 59. art. 1, il .s'exprime ainsi : « Si l'iididéliié de l'époux suit le mariage, le lien n'esl pas ronijtu pour cela; mais il peut y avoir ijéparatiu» de corps et d'habitulion, comme pour la l'ornicalion cli;ir «elle. » L'autorité d'un docteur aussi renommé cl aussi sjiini sulfit pour conlirmer celait. P(iui' se convaincre plus plciiieni; ni encore de ce fait, il sulïil de |Oler un regard sur les lois ecclébiasiiiiucs les plus anciennes: au cliap. Vil du Divorce est établi : c .Si l'un des deux époux fidèles tombe dans l'iiéiésic ou ombrasse l'erreur des païens, nous ne croyons pas que celui qui reste puisse, du vivantderanire, Irans- "volcr à des secondes nnces. k Enlin le concile de Trente a donné une preuve publique et solennelle de te sentiment de, l'Eglise , dans la session 24-, du Biariage, c;inon V, où il anailiémalise le senliment contraire. i Si (piei(iu'im dil (ce sont les paroles du concile) que l'iiérésie ou une cohabiialion moleste, etc., autorise l'éioux à rompic les liens du mariage, (|u'ils(»ii aiiallièiiu'. «
(3) Lettre du nniice Guallieri aux nonces de Ger- 't'anie. 24 décembre i îioO.
(i) Ce fut Pie IV qui convoqua ce concile en 15C0. Il ciait interrompu depuis deux ans. Dans celte bulle (ad Ecclesiœ regimen)ïe poiilife s'abstint de prononcer le mol de continuulion pour empêcher (pie les protestants ne se servissent île ce pré.exle pour ne pas se rendre au concile ; mais il se servit de paroles équi valenies, connue il était juste, ainsi que le remarque Noël Alexandre.
tjsjimruiç^çuic, réponse d'IIosius, 18 mars loCl.
volonté que la sienne sur celte affaire ; que si les impériaux acceptaient la bulle telle -qucllo, lui l'acceptait également dans toute sa Iciieur ; mais que s'ils la rejttaient ou s'ils (iem;;n(lai('nt la radiation de celte phrase incidente, il joindrait ses instances aux leurs pour loblcnir du pontife. Il lui faisait pressentir qu'en iaissant passer celle formule il pourrait arri\or que !es protestants demandassent (le retoucher ou de refondre enlièremt-nl celte buUe : ce qui susciterait quelque difucuilé et du retard, ce qui n'était plus supporl;;l)!e au milieu de ces dangers pressants, et bien plus grands que l'ambassadeur ne pouvait se i'imaginer; que si le pape ne tenait ia main à îa réunion d'un concile général, le roi se verrait forcé de pourvoir à ces maux par un concile national, si opposé aux vues de Sa Sainteté. Pour donner au pontife une preuve de son activité à tenir loute chose sur le qui-vive, il avait écrit à tous les évéquv-^s de la France de se tenir prêts pour se rendre nu concile. Enfin il se plaignait de ce que, malgré toutes les diligences du roi défunt, son frère et son seigneur, pour !a réussite du concile, on n'avait nommé expressément que l'empereur, et que, pour lui, il avait été compris seulement sous la dénomination générale des princes cbréîicns; que ce n'était point une faute d'inad\crtance, mais une formule méditée pour ne pas le nommer le premier après l'empereur; que ce procédé lui paraissait très-dur, et ii priait son ambassadeur de présenter des plaintes très-fortes, afin qu'un semblable manquement ne se renouvelât plus dans la suite, et que le roi de France ne fût plus privé d'une prérogative que Dieu avait accordée à sa couronne.
ses réclamations sur le silence que l'on avait gardé envers son roi. Il fut facile de le salisfaire sur cet article par des paroles pleines de douceur, parce qu'en se plaignant amèreiHcnt du fait, il n'exigeait aucune réparation. Une demande semblable, dans une pareille circonstance, aurait élé dans le cas d'entraver la grande affaire : d'ailleurs elle n'était point nécessaire ni opportune pour les Français. Quoique les gr nds, voulant conserver à leur puissance ee crédit qui les ren<l en effet puissants, se montrent toujours disposés à combattre , quelquefois il n'y a aucun avantage pour eux, et il n'est pas en leur pouvoir de l'emporter sur leurs adversaires.