CHAPITRE II
Nonciature de C ommcndon enGermanie. — Ordres qiiil reçoit, ainsi que le nonce De! fini. — Accord de ces personnages avecl'einpereur. — Ils se rendent sur les instances de l'empereur à la diète de Naumbourg en Saxe,
i. Toute l'affaire consistait donc à accorder pleine satisfaction à César. Les Français avaient su lui inspirer leurs sentin-ents.' Ils diraient au nonce qu'ils ava(( nt lieu d'espérer que le pape consentirait à un nouvel examen des décrets passés, lorsqu'il verrait que les inpériaux ï:n:ssa;ent leurs instances à celles qu'ils faisaient eux-mêmes pour obtenir ce point, et en écrivant à l'ambassadeur de Rome, on représentait la chose comme convenue avec le nonce. Celui-ci accrédité auprès de la cour de France donna avis de tout ce qui se passait aux nonces de la Germanie. Ce n'était plus Hosius et Delfini, mais Jean François Comn)endon évoque de Zante,
Telles furent les difficultés que soulevèrent dont nous avons parlé pins haut. Le pontife
les Français au sujet de la bulle. On avait avancé que l'on recherchait avant tout l'assentiment des princes protestants, et alors on se contentait de celui de l'empereur et des autres catholiques d'Allemagne : ils ne demandaient le premier point que tout autant qu'il était nécessaire pour obtenir le second. Une raison alléguée par le nonce Hosius à l'ambassadeur de France en Germanie, et écrite ensuite au nonce de France, avait beaucoup de force dans cette circonstance : c'était que le roi devait se contenter du consentement des potentats catholiques, parce que leurs forces réunies étaient plus que suffisantes pour comprimer les hérétiques, et ce concours des protestants qui suivaient la confession d'Augsbourg ne servait de rien au sujet des huguenots de France, dont les uns tenaient à celle de Zurich et les autres à celle de Genève, se traitant réciproque-
voulutqu'Hosius restât auprès de Ferdinand, et que Commendon lui présentât la bulle et une lettre écrite de sa main, par laquelle il le priait instamment de lui accorder sa faveur dans un besoin si pressant de l'Eglise ; et que de concert avec Delfini, ils prissent conseil de ce prince, se réglassent d'après ses avis, et qu'après cela, ils iraient porter la bulle, l'un aux princes de la Germanie supérieure, et l'autre à ceux de la Germanie inférieure.
2. Tandis que la phraseincidente sus-menlionnée formait de grands obstacles en France et en Germanie, elle servait de motif pour avancer l'œuvre du concile en Espagne. Dans ce pays, on ne s'occupait pas de l'impossible, comme ailleurs, mais bien d'une chose possible et faisable; on voulait préserver et non pas guérir. Aussi les désirs étaient plus modérés et par là même les choses étaient con-
ment d hérétiques ; il n'y avait pas à espérer sidérées d'une manière plus saine; et par une
que l'exemple des uns exerçât quelque autorité sur les autres. L'ambassadeur do France à Rome reçut ces ordres; mais, sachant que les ministres de l'empereur remettaient la délibération à l'empereur lui-mênu', aufjuel le pape avait envoyé un nonce exprès, comme nous l"e dirons, il attendit de là sa règle de conduite. Dans cet intervalle il urçsi ii.Uv
réflexion contraire voyant que dans le titre de la bulle, on n'avait pas mis le mot continuation, mais celui de convocation au concile, les Espagnols craignirent qu'on ne voulût céder aux importunités des hérétiques, ou plutôt encore à celles de que'ques poientats catholiques trop désireux de contenter ces hérétiques en uns choses où il ne le fou-
lilSTOllU: I)L' CONCILE DE TUENTE.
drait pas, et en d'autres qui sont nuisibles. venaient à les proposer de nouveau, ils fusils voyaient bien que ce concile et tout autre sent prêts à leur répondre. Il insistait pour
deviendrait un objel de dérision, si, après que les décret-^ avaient été sanctionnés par l'autorité pontiihale, il était libre à un autre pape de les révoquer en doute ; et que par un concile convoqué de celle manière l'on était loin de consolider la croyance des vérités qui avaient paru douteuses ; qu'on ébranlait ce qui avait élé établi, et tout ce que l'on pourrait décréter dans la suite. Que répondait-on à cette difficulté soulevée par les Èspngnols ? On leur faisait remarquer ces moîs : levant toute suspension, qui plaçaient au milieu de la bulle ce qu'ils désiraient de voir en tôle. Lorsque l'on apprit à Rome l'opposition de l'Espagne, un ambassadeur crut que c'était une suite de l'offense récente qu'on leur avait faite, en recevant l'obéissance d'Antoine, comme roi de Navarre. Ce sentiment pour lui n'était pas sans quelque fondement. Soave n'aurait pas dû pourtant le donner comme certain, alors surtout que les Espagnols sa
qu'on usât envers eux de toutes sortes de condescendances et que l'on évitât tout sentiment d'aigreur. 11 engageait les nonces à se rendre à une dicte qu'ils avaient convoquée à Naumbourg en Saxe pour une époque Irèsrapprochée,et où ils pourraient avoir de leur part et même du roi du Danemark une réponse prompte et décisive, puisqu'ils devaient parler à ce prince, car on pensait qu'il s'y rendrait ; ce qui pourtant ne se vérifia pas; tandis qu'en allant les trouver séparément, ils perdraient beaucoup de temps, et aucun d'eux ne voudrait leur donner une réponse décisive avant d'avoir consulté ses coreligionaires; il ajoutait qu'il avait résolu d'envoyer en même temps à cette diète, et pour cet objet seulement, une ambassade solennelle, pour les prier d'assister au concile et qu'il était prêt à leur prêter tout autre appui qui dépendrait de lui : qu'en outre son intention était de les faire accompagner dans ce voyage tisfaits sur ce premier point, ne cessèrent ja- par des hommes aptes et expérimentés, ( t de mais, pas même dans le concile, de demander les appuyer parde chaudes recommandations que l'on exprimât clairement que le concile auprès des princes ses amis. Il leur recomn'élait que la continuation du précédent. mandait de lui donner par ses ambassadeurs
3. Le papeavait bien intimé à ces nonces de une réponse quelle qu'elle fût, et qu'ils vou- Germanied'exposer seulement de vive voix le lussent bien l'informer sur le champ de ce
Lposer
sujet de leur ambassade et de ne donner aucun autre écrit que la bulle et la lettre de sa part pour ne pas fournir matière à des réponses et à des répliques multipliées qui, confiées au papier, sont souvent l'occasion d'erreurs cl d'exaspération. Malgré celte recommandalinn, après avoir écouté avec bonté leur proposition, Ferdinand persista fortement pour qu'on lui remît un écrit. On eut beau lui représenier qu'ils ne pouvaient présenter d'autre écrit que ce qui était c<>ni<nu dans la bulle et la lettre, ils ne purent le faire changer. Ils se mirent donc à peser mûrement celte injure, et ils scdienl qu'ils ne croyaient pas qtie le souverain pontife eût l'inlenlion de les lier si élroilemenl en matière légèse^ dans uncas surtoutoù pour secoiîformcrà ses ordres il faudrait rompre avec l'empereur et l'indisposer. Alors ils iui préscittèrent un écrit très-court oij ils se contentaient de lui montrer pvec quelle tendresse paternelle le pape invitait les princes éloignés et séparés de l'Eglise ; qu'il avait nonuné un grand nombre de nonces afin que la convocation se fît avec plus de promptitude, et que pour le reste ils s'en rapportaient à la bulle et à la lettre du pontife à l'empereur, et aux autres qu'ils avaient communiquées à Sa Majesté, cl qui étaient des lettres de crédit pour les autoriser auprès des princes catholiques ou protestants.
k. L'empereur répondit par un autre écrit dans lequel il exaltait la résolution du pape d'envoyer ses deux nonces ; quant aux princes chrétiens, il pensait qu'on n'avait pas besoin d'employer de nouvelles instances [»our les attirer au concile. Comme les protestants avaient dit dans la dernière diète qu'ils ne l'accepteraient (ju'àdes conditions très-favorables, ilvoulaitles leur marquer, afin que, s'ils
qui se passerait, afin qu'il eût le temps d'aviser à tout ce qui pourrait amener un heureux résultat.
5. D'après cette pièce et sur les instances de l'empereur et du roi de Bohême les nonces se préparèrent à se rendre à cette assemblée, parce que d'un côté la convocation élaiit fixée au 20 janvier, et l'on n'avait pas le lemps de connaître la volonté du pape, et do l'autre on savait que l'on y devait agiter cette question : S'ils dcvciient aller au concile, et à quelles condiiionfi. Oi', l'ordre du souverain pontife étant de les inviter à y venir, ils ne pouvaient saisir une circonstance plus favorable pour le faire avec quelque espérance de succès.
6. Outre ce que contenait l'écrit dont nous venons de parler dans les audiences particulières l'empereur leur avait communiqué quatre choses :
La première, que les prolestants étaient très-inquiets au sujet de la phrase incidente , répétée plusieurs fois; et qu'ils l'avaient averti lui-même de la peser mûrement , sur quoi il convenait d'éloigner de leur esprit jusqu'au soupçon que l'on voulût continuer le concile précédent ;
La seconde, que le temps accordé pour s'y rendre était très-court et n'avait été ainsi lirmité par le pontife que sur les instances des Français ;
La troisième, qu'il fallait offrir aux protestants des sauf-conduits très étendus ;
La quatrième , que dans ces pays il étail d'usage de traiter les affaires par écrit; et qu'il étail convenable de s'y conformer danu cette diète.
7. Commendon répondit que, quant à la continuation du synode précédent. Sa Majesté avait pu voir avec quelle bonté paternelle la bulle avait élé dic^lée , et au'il n'était pas venu
LIVKK QUi^Zil:ME.
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en Germanie pour dispute? avec les protestants, mais uniquement pour les inviterct les exhorter ; que s'ils s'étaient rendus au concile, ils auraient pu parler avec toute liberté, et qu'on les aurait écoutés avec bonté.
Pour le temps, le pape cherchait à l'accélérer en voyant en tout lieu le mal et la nécessité d'y remédier; mais que si les princes, d'un commun accord, avaient demandé de le prolonger, se rendant à leur avis, il n'aurait pas repouss.' leur requête; que les sauf-conduits seraient accordés avec toute latitude ; que le pape leur avait expressément défendu de traiter par écrit, et qu'ils devaient encore s'y rendre pour observer ce que Sa Majesté leur avait tant recommandé, d'éviter le plus léger sujet d'offense : ce à quoi l'on parviendrait difficilement au milieu de réponses et de répliques , les esprits mal disposés étant comn;e les corps qui ressentent le contre-coup du choc le plus léger; que l'affaire que les nonces avaient à proposer était fort simple et toute développée dans la bulle , et qu'on ne leur avait point ordonné <'e traiter des conditions, ou de disputer, mais uniquement de proposer, d'inviter et d'encourager.
8. On parla aussi de la réforme : à ce sujet, Commendon observa (jue le souverain pontife l'avait fortement à cœur, et qu'il aurait bien volontiers appelé grand nombre d'évèques à Rome pour s'en occuper, s'il n'avait été retenu par la crainte que l'on ne crût qu'il voulait les empêcher de se trouver au concile annoncé ; que cependant il était prêt à le faire lorsque Sa Majesté le jugerait à propos. Ferdinand répondit à ces considérations que la retenue du pape était pleine de convenance, et qu'il pourrait suivre ce dessein, si quelque obstacle invincible s'opposait au concile.
9. Les deux nonces partirent de Vienne le 14 janvier; et, passant par Prague, où l'archiduc Ferdinand, second fils de l'empereur les reçut avec les plus grands honneurs, ils arrivèrent à Naumbourg le 28 du méinc mois ; ils y trouvèrent beaucoup de princes réunis. Cependant Jean-Frédéric de Saxe, duc; deWimarie, en était pnrli; Commendon lui écrivit pour lui offrir de se rendre ch;'z lui. Ils demandèrent une audience particulière à l'électeur palatin et à celui de S;ixe. Ce dernier lui répondit qu'il faisait bien partie de la diète, mais que l'autre électeur, conune plus digne, en étant le chef, il devait d'abord traiter avec lui ; tandis que celui-ci s'excusait avec courtoisie et différait l'audience que les nonces ne cessaient de solliciter. Enfin, le 4 février, il leur fit savoir que le lendemain matin l'assemblée entière les entendrait ; ce fut inutilement que l'envoyé qui sollicitait cette audience fit observer que le pape, ignorant que cette assemblée dût avoir lieu, n'avait envoyé ses nonces qu'avec mission de traiter avec chaque prince en particulier: on lui répondit que tel était l'usage en ce pays ; et pour le reste il fut traité avec politesse. Les nonces se déi idèrent à s'y rendre; car les aaibas«adeurs de l'empereur leur avaient dit que s'ils n'étaient pas reçus alors, ils
n'obtiendraient jamais audience, ni différemment, ni autre part. Ces longueurs avaient fait craindre que les princes, réunis, ne voulussent pas les entendre du tout.
10. Soavefaitunedescription fort succincte de cette négociation; il a soin de relever tout ce qui est propre à jeter du mépris sur le :?aintsiége, et de laisser dans l'ouïbretout ce qui pourrait montrer qu'encore que ce' te affaire n'eût pas un heureux succès, elle ne laissa pas d'avancer avec gravité et avec honneur; et cet événement, étant propre à piquer la curiosité, parce qu'il se trouve en drhors de l'usage ordinaire, nous croyons ne point déplaire en retraçant les circonstances particulières et certains faits: elles plaisent davantage et renferment plus d'enseignements que les génér.iles, très-connues et communes à tous les faits de celte nature, et par là même moins dignes d'être racontées. C'est ainsi que dans les portraits, les plus petits traits de physionomie particulière d'un seul individu ont plus de prix que ceux qui sont dominants et comu)uns à tous les individus ou à un grand nombre de la même espèce.
Le matin du cinquième jour de février, les princes palatin et de Saxe envoyèrent prendre les nonces par quatre des premiers conseillers et secrétaires avec une garde de hallebardiors. Les conseillers ne voulurent pas monter en voiture avec les nonces, et les accompagnèrent à pied. Arrivés au palais où se tenait l'assemblée, ils furent introduits selon l'usage du pays et de la saison, dans un appartement chaud qui n'était pas grand, où se trouvaient les princes, leurs fils, les secrétaires et les greffiers. Lorsqu'ils entrèrent, les princes se levèrent et se découvrirent. Voici l'ordre qu'ils gardaient entre eux. Les deux électeurs étaient sur un petit banc; un peu plus loin se trouvait l'ambassadeur de l'électeur de Brandebourg qui, selon la coutume de la Germanie, prenait place avant les personnages inférieurs au maître dont il était le représenlap'; venaient ensuite tous les autres, chacun selon sa dignité. On ne présenta point la main aux nonces, comme cela se pratique dans le pays; parce que c'est une démonstration d'amitié que les protestants ne voulaient point donner aux représentants du pontilb romain. Les nonces remirent à chacun des princes un exemplaire de la bulle du concile et du bref qui leur était nominativement adressé. Alors ils lui dirent tout d'une voix : Que Vos Seigneuries dnirjnent s'asseoir , en leur montrant un banc couvert en velours et préparé pour eux. Les nonces répondirent : Que Vos Altesses daignent s'asseoir ; et au même instant ils s'assirent tous, et il se fit un profond silence, qui précède ordinairement les discussions les plus relevées
CHAPITRE III Discours des nonces à rassemblée de Naumloîirg. — Réponse qu'ils reçurent pendant rassemblée et après. — Ce qu'ils répliquèrent. — Différents accidents, et oppositions parmi les prijiccs assemblés.