Celte conduite semblait annoncer quMIs
conduits les plus étendus que l'on eût jamais ne feraient pas d'autre réponse ; cependant, donnés; enfin, qu'avec le secours de leurs deux jours après, dix conseillers des princes
excellences l'on fît cesser les disputes, l'on revînt à l'uniié de la foi et l'on rendît à l'Eglise son anlique splendeur; chose d'autant plus nécessaire, que l'on était parvenu à < et étal (lé lorable où il y avait sur la religion autant d'opinions diflerentes qu'il y avait de
se présentèrci.t, et le second d'entre eux, Georges de Cracovie, homme inst»- ;il et au service de l'électeur de Saxe, parla en ce sens : Les priu.os ne doutent point qu'il n'y ait des personnes de piété dans toutes les nations qui désirent la véritable lumière de
têtes , et autant d'évangiles que de doc- l'Evangile et ([ue la doctrine soit purgée de leurs. tout levain ; que l'on abolisse ces usages 2. De son côté, le nonce Commendon fit criminels, que le souverain pontife aurait ren.ir^îuer que toutes ces discordes exposaient déjà dû détruire dans les lieux soumis à sa la chrétienté au danger inmiinent de devenir juridiction; et que l'on n'ignorait point quella proiedes enne;iiis du nom chrélien ; qu'on les avaient été les pensées de ces pontifes ne pourrait rencontrer un temps plus favo- uniquement occupés de leur domination et de rable que celui où Dieu avait établi la paix leurs intérêts privés; par quelles superstitions, entre les princes et accordé un pontife qui, par quelles erreurs ils avaient altéré l'Kvanau milieu de mille autres vertus, se faisait gile: qu'en conséquence ces princes s'étaient rem irquer par sa grande bonté et par l'a- vus forcés de seséparer delà puissance ordiiiîour singulier qu'il portait aux peuples naire , de chercher la lumière et la pureté d'Allemagne ; qu'aux grandes calamités qu'a- de la doctrine par la paiole même de Dieu ; vait engendrées celte diversité de sentiments, qu'en ce moment ils avaient la ferme assuou il n'y avait point de remède, ou le concile rance qu'ils les possédaient en suivant la preét.iil le seul efficace; qu'il s'agissaitdans celte mière confession d'Augsbourg; pour ce qui affaire (le la foi, et par conséquent du salut concerne votre ambassade el les affaires que
éternel.et aussi delà vie présente, parce que, lorsque les fondements de la religion viennent <à manquer, les empires s'écroulent aussi. 3. Pendant que les nonces parlaient , plusieurs d'entre les princes et des assistants no-
vous avez traitées au nom du souverain pontife, voici la réponse qu'ils ont cru devoir y faire: qu'ils étaient fort étonnés qu'il eût osé leur envoyer une ambassade, tandis qu'ils ne reconnaissaient ni son autorité, ni
talent ce qu'ils disaient, et tandis que les uns celle de personne autre, au sujet de la con-
gardaient un profond silence, les autres s'en- vocation du concile ; qu'ils n'avaient qu'un
trelenaient parfois à voix basse ; ils engagé- seul maître surla terre, l'empereur ; qu'on ne
rent le chancelier de l'électeur palatin à pouvait leur opposer avec fondement leur
rendre celte réponse : Les très-illustres sei- division en plusieurs sectes, puisqu'ils sui-
gneursont écouté les choses que vous leur avez valent tous la seule confession d'Augsbourg,
exposées aunom dupontife romain, et, l'affaire défendue parleurs théologiens, ainsi qu'ils
étant très-épineuse, ils ne veulent rien déter- auraient pu le voir par les livres qu'ils ont
miner pour le moment. Ils la discuteront en- publiés; et qu'on aurait dû entendre ces
semble, et vous feront réponse. Us auraient théologiens dans le concile ; qu'enfin bs
pour très-agréable que vous leur donnassiez ambassadeurs de l'empereur étaient au milieu
par écrit, ce que vous avez exposé de vive d'eux, etque les princes leur avaientrépondi:
voix. qu'ils fissent connaître à Sa Majesté leur
4. Les nonces répliquèrent que le pape sentiment sur celte affaire. Pour ce qui con-
avaitsuffisamment développé sa pensée dans cernait la personne des nonces , ils ajou-
la bulle et dans les lettres écrites à l'empe- talent aue s'ils n'étaient les ministres du
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pontife romain, on les aurait traités avec Evangile aux apôtres, de crainte qu'il ne se
foule sorte de bienveillance, soit à cause de répan-tlît et n'eût aucune autorité ; que cette
l'illustre république de Venis(^, leur patrie, obligation fut imposée à saint Paui par l'Es-
pour laquelle les princes avaient une estime prit-Saint, non que cela fût nécessaire pour
particulière, soit aussi pour leur mérite per- lui, mais pour servir de leçon dans les siècles
sonnel dont ils avaient conçu l'idée la plus luturs ; enfin, qu'ils se ressouvinssent de ces
honorable et que Leurs Altesses leur of- paroles de l'Evangile : Tott^es /es /"ois çwe /'ai
fraient, comme particuliers, tous les services voulu rassembler mes enfants, etc. Ils mon-
qu'il était on leur pouvoir de leur rendre. trèrent combien ils étaient sensibles aux po-
6. Lorsqu'il eut fini de parler, les nonces litesses qu'on leur faisait comme parlicu-
s'entretinrent quelque lomps ensemble ; en- liers, et offrirent d'y correspondre de tout
suite Commendon répondit, en son nomet en leur pouvoir. Cela achevé, les conseillers,
celui de son collègue, que le pape avait en- sans rien ajouter , retournèrent vers les
voyé ses nonces aux princes de la Germanie princes.
en sa qualité de pasteur universel ; qu'il 7. Les nonces comprirent que c'était le
avait à cœur d'exercer cette charge pour le duc de Wurtemberg qui avait fait prendre
salut de tous, et qu'il l'avait fait avec cette celte délibération; par contraire, Icduc Au-^
intention et pour la fin qu'ils avaient exposée guste, électeur de Saxe, penchait pour la paix
aux princes dans l'assemblée; qu'en consé- temporelle et spirituelle ; aussi employa-t-il
qnence ils ne voyaient pas qu'il y eût sujet de les procédés les plus honnêtes envers les
s'en étonner; que le concile avait ctéconvo- nonces. Il envoya son premier conseiller à
que par Sa Sainteté selon la forme perpétuel- Commendon pour lui faire agréer ses excuses,
lemcnt observée par l'Eglise, et inspirée par en l'assurant qu'il connaîtrait quelles étaient
le Saint-Esprit; qu'on ne pouvait conserver les raisons qui l'empêchaient d'agir contre
ni établir (où besoin était) l'antique disci- les déterminations de toute l'assemblée ; que
pline de nos pères que par les moyens qu'ils si jamais il avait occasion de traiter avec lui
avaient employés eux-mêmes ; que quant à en particulier, il se convaincrait de son désir
ce qu'ils disaient, que leurs seigneurs ne rc- pour sa propre tranquillité et pour la paix
connaissaient d'autre maître que l'empereur, générale. Il lui envoya une lettre par laquelle
c'était une chose bien connue que la dis- il ordonnait que Ton fournît une escorte au
tance qui existait entre ks princes tempo- nonce et qu'on le traitât avec honneur dans
rels et le souverain pontife, et la déférence tous ses Etats. Elle lui fut d'un grand se-
que Sa Majesté l'empereur témoignait à Sa cours pour !e voyage qu'il avait à faire dans
Sainteté; qu'ils se plaignaient injustement la Germanie inférieure,
des souverains pontifes; que tout le monde 8. Il paraît quelque peu étonnant que les
connaissait l'amour qu'ils avaient toujours princes protestants renvoyassent le bref et
porté à cette célèbre nation, et les preuves gardassent la bulle, qui était une pièce bien
qu'ils en avaient données, surtout pour les plus significative, et dans laquelle le souve-
affaires de l'Empire. Touchant la réforme des rain pontife exerçait la principale autoritéen
maux, il ajouta que le pontife régnant l'a- convoquant le concile pour toute l'Eglise,
vait commencée sérieusement, et qu'il avait Par les renseignements que l'on prit, l'on
convoqué le concile avec d'autant plus de connut que ce qui les avait le plus piqués
plaisir qu'il jugeait opportun qu'elle se fit dans le discours de Commendon, ce fut de
dans le concile môme ; que l'Eglise romaine se voir reprocher en face la diversité de leur
n'avait point corrompu l'Evangile; qu'elle doctrine, c'est ce dont ils étaient tout hon-
avait toujours été le centre et la règle de la teux. Ils prévoyaient que le concile aurait
doctrine chrétienne et la lumière de la vérité ; lieu d'une manière ou d'une autre, et c'était un
que dans tous les âges précédents jusqu'aux grand tourment pour eux de penser que leur
apôtres les anciens Pères avaient eu recours secte aurait à comparaître dans celte assem-
à elle ; que les Allemands devaient lui savoir blée universelle de la chrétienté, comme une
gré d'être chrétiens, puisque c'était d'elle hydre à plusieurs têtes. Voulant donc avant
qu'ils avaient reçu les premières lumières de tout éviter cet opprobre, ils avaient convoqué
l'Evangile ; que ce que le nonce Delfini celte diète pour s'entendre avant la réunion
avait dit dans l'assemblée sur la diversité de du concile, mais n'avaient pu y réussir. Com-
leur croyance, c'étisit l'énoncé d'un fait dont ment, en effet, établir l'unité là où personne
on avait la preuve dans les écrits des théo- ne domine, et où chacun est le maître sou-
logiens qu'ils citaient eux-mêmes, qui étaient verain de ses idées? Aussi, tandis que dans
remplis de décisions nouvelles et opposées l'assemblée Jean-Frédéric de Saxe voulait
les unes aux autres ; que cette certitude avec que l'on s'en tînt à la pure confession d'Aug-
laquelle ils croyaient suivre la véritable doc- sbourg de l'année 1530, l'électeur palatin, le
Irine, devrait leur paraître suspecte, quand duc de Wurtemberg et le marquis de Bade
ils ne considéreraient que ses nouveautés , voulurent qu'on y joignît l'apologie de Mé-
l'opposition de tout le reste de l'Eglise et leur lanchlon , qui approche de l'opinion de
séparation, comme ils le disent, de la puis- Zwingle, et nie la présence réelle de Jésus-
sance ordinaire ; qu'ils fissent attention que Christ dans l'eucharistie. Aussi Jean-Frédé-
saint Paul, ce vase d'élection, ayant reçu l'E- rie se relira bouillant de colère et en les ap-
vangiie, non pas de lamain de rhomnîe,inais pelant, par mépris , sacramentaires , sans
par révélation, fut néanmoins averti de Dieu pardonnera l'électeur palatin, son beau-père,
de se rendre à Jérusalem et de soumettre son Mais ensuite il se montra aussi inflexible que
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HISTOIRE DU CONClLt: !)!: 'JliliNTE.
les autres aux propositions du pape (juc Coinmenclon lui avait ex posées dans une lettre, comnic il a été dit; il écrivit à son ministre, qu'il avait laissé à la diète, de déclarer au nonce de l'évêque de Rome qu'il n'avait rien à démêler avec lui, et même qu'il n'était pas nécessaire qu'il se rendît à Wimarje, ni qu'il entamât aucune autre négociation avec lui.
9. André Siasseldan, docteur et conseiller de i'éîectcur palatin, découvrit ensuite sous le plus îrrand secret au nonce Delfini, et celui-ci récrivit en caractères secrets au cardinal Borromée.que les princes réunis n'avaient pas été inflexibles , parce qu'ils redoutaient de nouvelles guerres ; qu'ils avaient devant leurs yeux les exemples de Jean-Frédéric, du landgrave, du marquis Albert et de Maurice, qui y avait enfin perdu la vie , et qu'ils voyaient aussi que leurs finances étaient en mauvais état et l'union peu enracinée; mais qu'ils avaient repris courage avec les lettres qui contenaient des offres et secours de la part de la reine d'Angleterre, du roi de Danemark et du royaume-uni de Suède; « pour le temporel , écrivait-il, il est soumis au roi ; mais pour le spirituel, il ne suit que la conscience. »Le nonce ajoute dans cette lettre que les princes étaient convenus entre eux de déclarer qu'ils admettaient tous d'un commun accord la confession d'Augsbourg, et que voulant vérifier je ne sais quel passage, ou n'avait pu dans toute l'assemblée en trouver une copie manuscrite ou imprimée ; qu'il pouvait croire à la vérité de ce récit ; qu'en effet ils ne croyaient à rien et que ce serait en vain qu'on penserait les convertir par la réunion d'un concile où on leur démontre- Irerait la fausseté des hérésies qu'ils avaient embrassées.
10. J'observerai ici en passant que Soave ne donne point une relation exacte de celle conférence, comme il aurait dû le faire, puisqu'elle avait eu lieu avec ceux de son parti. Grand ostcntateur de recherches, il raconte les faits les plus insignifiants, mais publics, encore bronche-t-i! ; et puis il passe sous silence les circonstances les plus mémorables, lors même qu'elles ne sont pas contraires à sa passion ; en cela il montre qu'il n'en eut pas connaissance. Il dit en premier lieu que les brefs furent renvoyés aux nonces le lendemain de l'audience: cela se passa un quarld'heure après; qu'ils furent appelés à rassemblée et qu'on leur donna la réponse : et cependant elle leur fut envoyée par dix conpeillers, sans qu'on les appelai jamais plus , ainsi que nous l'avons raconté et que la preuve existe dans le registre du nonce Commendon.
11. Secondement, il ne donne pas la raison qui porta à accepter d'abord les brefs étales renvoyer ensuite: ce fut ce titre caché sous l'enveloppe ordinaire : A notre fils bien-aimé. Au sujet de la commission que le roi de France donna à son ambassadeur à Rome, comme nous l'avons rapporté pour suivre l'ordre des temps, et que Soave pla-ce après, voulant déiisner le jour où la lettre fut signée, il la date 4u'ôi janvier, tandis qu'elle est du 31 dé-
cembre. Il passe sous silence sa recommandation principale, de n'élever aucune difficulté sur la bulle, de l'accepter sur-le-champ, si les ambassadeurs de l'empereur la recevaient, et d'annoncer au pape que le roi avait ordonné que tous les évêques eussent à se disposer à se rendre au concile convoqué par Sa Sainteté. Dans le voyage suivant de Commendon, il ne dit pas un mot des conférences qu'il eut avec l'électeur de Brandebourg, l'archevêque son fils, le marquis Jean , son frère, avec l'épouse de l'électeur qui était catholique, etaulres princes et électeurs. Ce sont autant de choses qui méritent d'être racontées, comme on le verra dans notre histoire. Mais le bonhomme est excusable : quand on passe beaucoup de temps à inventer des faits, il en reste peu pour s'assurer de ceux qui ont eu lieu.