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CHAPITRE IV

Séparation de la clièle deNaumboiirg. — Confércnces c-u nonce Commendon avec Vélec~ leur de Brandebourg et quelques autres seigneurs de sa famille.

Les nonces partirent de Naumbourg immédiatement après la réponse , et peu après, le 27 de février, la diète se sépara comme à l'ordinaire. Tout le temps s'était passé presque exclusivement à se mettre à couvert du reproche d'être divisés sur la foi. En effet ils comprenaient très-bien que parmi toutes les religions, il ne pouvait y en avoir qu'une seule de vraie, ainsi que l'observe Marcus Tiillius, et que là où l'on en aperçoit plusieurs, non-seulement il y avait lieu de craindre que la plupart ne se rencontrassent fausses , mais que toutes ne le fussent également. En se retirant , ils déclarèrent qu'ils recevaient tous d'un commun accord la confession d'Augsbourg avec l'apologie de Mélanchton , et nommèrent une commission composée de théologiens, qui étaient chargés d'accorder quatre articles qui semblaient êlrc opposés les uns aux autres. lis firent différents règlements pour que tous ceux de leur secte n'eussent qu'un même sentiment, et que l'on mît un frein à la licence de la presse qui faisait ressortir toutes leurs contrariétés. On y arrêta aussi que l'on rendrait compte à l'empereur des raisons qui les empêchaient d'accepter le concile convoqué; voulant employer la réunion suivante , que nous allons nommer, à faire entrer dans leurs sentiments tous ceux qui rejetaient l'idolUrie, c'est-àdire l'adoration des images ei des reliques des saints, et partageaient leur façon de voir sur la véritable religion; et pour cimenter plus fortement encore cette unité, ils voulaient qu'il se tînt une autre dièlc à Erfurl , le 22 du mois d'avril suivant. Mais Soave '.uimême ne peut nier que cette prétendue unité n'était pour lors qu'une ostentation et une vaine jactance, dont ensuite on reconnut l'impossibilité.

2. Commendon et Delfini poursuivaient leur voyage pour aller annoncer le concile aux villes franches et aux princes de la haute

LiviiL: qui^ziemiî:.

el de la basse Germanie qui n'avaient point assisté on personne à la dièle, Joaohini , élocleur do Brandebourg, en était un. Comme le plus voisin, Commendon se dirigea vers lui. 11 voulut passer par Leipsick, il trouva que dans cette ville et celle de Wittenborg, où l'hérésie avait pris naissance, quatre docleurs salariés y expliquaient encore en public, le droit canon, malgré le soin qu'avait eu Luther défaire brûler solennellement dans cette ville les livres qui en traitaient. Arrivé à Borlin , résidence de cet électeur, il reçut la visite de deux de ses premiers conseillers qui vinrent le saluer de sa part et l'invilcr avec beaucoup de politesse pour le lendemain matin. Le nonce ayant appris que l'électeur était décidé à l'entendre et à lui faire réponse avant le dîner, en présence de ses théologiens, ennemis jurés de la paix, il s'y rendit à dessein très-tard, de manière que sa première action fût le repas. Il savait aussi que Joachim était très-curieux de lire et de discuter les controverses religieuses; en voulant prévenir une réponse contraire qui l'obligerait à soutenir constamment son oppositioi> , il chercha tout doucement à faire glisser dans son esprit, au milieu du repas, les discours les plus propres à lui faire embrasser un meilleur parti ; dans le temps que le fesMn Iraiinaiten longueur, il jeta des discours qui plurent beaucoup à l'électeur, mais qui rélardèrent sa conférence au-delà de ses désirs; car, sous prétexte de le faire reposer, Joachim le conduisit dans un appartement, et ne voulut pas qu'on traitât d'affaire ce jour-là; le lendemain il remit sur le tapis les entretiens qui avaient commencé à table et duré tout le te iips, se proposant dans son cœur de retenir le nonce pendant quinze à vingt jours, et dans ce but il retardait l'audience sur l'affaire. Mais Commendon, attentif à abréger le temps, pour accomplir les ordres qu'il avait reçus, demanda et obtint que l'audience principale ne serait plus différée.

3, Il lui présenta alors le bref el la bulle; le marquis ouvrit le premier, ne se conformant pas à ce qu'avait fait la dièle de Naumbourg ; il lut les deux pièces et prit quelque temps pour y réfléchir. Il rendit réponse au nonce le 2i février, cinq jours après son arrivée, au milieu d'un flux de paroles, comme quelqu'un qui veut ne point désobliger tout en refusant. Le fond de la réponse était : qu'il recevait le salut du pape avec tout le respect qu'il méritait et qu'il lui rendait mille aciions de grâce; qu'il avait connu en Hongrie la droiture de son esprit et sa bonté singulière ; mais que lui aussi dans sa position il avait toujours été porté à la paix, pour laquelle il se donnait encore beaucoup de peine, sans savoir si cela serait au gré de tous; qu'au reste il s'en mettait peu en peine, parce qu'il n'était appliqué qu'à tranquilliser sa conscience et à suivre la parole de Dieu; que c'était ce zèle et non la légèreté qui l'avait porté à embrasser la confession d'Augsbourg; qu'il désirait que tous, les souverains pontifes surtout, '■■ anusscnt la véritable foi. Il

passa ensuite à la convocation du concile et dit que cette affaire, ne le concernant pas lui seul, ni les seuls princes réunis à Naumboiirg, mais tous ceux qui appartenaient à ladite confession, il ne pouvait répondre que quand ils auraient pris une détermination en commun, quoiqu'il vît qu'il y avait en cela de grandes dilficultés, ainsi qu'il s'en était exprimé librement avec le nonce dans leurs entretiens familiers. Il parlait avec celte franchise qui lui était naturelle, qu'il voyait ne point déplaire au nonce, dont il voulait conserver l'amitié.

k. Commendon répondit à ses paroles pleines d'égard et d'attention par d'autres non moins affectueuses. Au sujet de l'affaire il ajouta que, quoiqu'elle fût commune à plusieurs, elle ne les intéressait pas moins chacun en particulier, puisqu'il s'agissait du salut éternel, et qu'il devait, lui, la regarder d'autant plus comme la sienne propre, qu'il venait de dire qu'il n'avait embrassé la confession d'Augsbourg que par devoir de conscience; et que comme il s'était déterminé par lui-même en cela, ainsi il devait chercher par lui même la véritable connaissance du Fils de Dieu, surtout avec l'aide d'un concile universel; que le souverain pontife demandait au ciel pour lui celte connaissance, et cela avocd'aulantplusd'instancesqu'il élaitlesucccsseur de celui à qui il avait été dit que dans la suite des temps il devait confirmer ses frères, et qu'il avait obtenu par les prières de Jésus-Christ ce privilège ineffable que la foi ne défaillirait point; que le refuge le plus sûr était de se soumettre au jugement infaillible de Dieu et de suivre la lumière conservée dans la succession non interrompue du siège apostolique et dans la doctrine perpétuelle et constante des Pères.

5. Il finit en le remerciant de la liberté avec laquelle il s'était ouvert à lui dans les enlrctiens particuliers, ajoutant que, plein de confiance dans sa bonté, il avait usé de la môme liberté pour lui soumettre comme particulier ces différentes considérations; que comme personnage public, son devoir était de l'inviter au concile et de lui signifier que s'il avait quelque difficulté, il la soumettrait aux Pères dans celle assemblée; et que continuant à user de cette liberté comme particulier, il le priait de prendre une résolution el do comprendre que les moyens que proposaient ceux de son parti ne pouvaient apporter aucun soulagement aux maux présents de TEglisc cl deviendraient très-nuisibles pour la suite, parce que les conditions qu'ils exigeaient pour se rendre au concile détruisaient la règle infaillible pour distinguer en ce monde la vérité catholique de l'hérésie, règle qui s'était toujours conservée dans le siège apostolique et dans les conciles assemblés et confirmés par lui. Au milieu des difficultés que l'électeur avait signalées dans ces précédents enlreliens, il voyait qu'il n'insistait proprement que sur le désir que l'on accordât voix délihérative dans le concile aux théologiens protestants ; aussi il ne manqua pas de lui faire remarquer <iu'en

raccordant aux défenseurs de la confession d'Augsbourg, on ne pouvaitla refuser à tous ceux qui appartenaient aux autres sectes sans nombre, et qu'ainsi , au lieu d'un concile d'union, on ferait une véritable tour de Babel.

6. Le marquis répondit que quant aux autres scclrs , elle ne leur était fias due , parce qu'elles n'avaient pas la parole expresse de Dieu « Mais toutes prétendent la posséder, repartit Coinncndon : il faut donc que Dieu ait établi en terre un juge qui apprenne aux chréliens, d'une manière infaillible , dans quelle religion elle se trouve, ainsi que la cbose s'est constamment pratiquée dans l'Eglise.» L'électeur, nesachantque répondre et ne voulant point cependant se rendre, garda le silence; mais peu de temps après il revint de lui-même sur ce raisonnement, assisté d'u:i de ses théologiens, qui nia qu'on dût accorder voix délibérative aux sectes , et parce qu'elles étaient fondées sur Terreur, et parce que leur différend ne roulait pas expressément sur l'autorité de la chaire de Rome, lîieii différentes en cela de ceux de la confession (!'Augs!)ourg qui voulaient détruire les ;;bus et rendre à l'Evangile toute sa pureté. Le nonce n'eut pas de peine à le réfuter. «Chaque secte, dit-il, se croit également fondée sur la vérité, et regarde les autres comuio fausses ; chacune doit donc obtenir , selon vous , voix dans le concile en ajoutant à ses autres erreurs , si déjà elle ne la possède , qu'elle s'élève forinellcment contre l'autorité du saiiit-siége. » Ebranlé parde si fortes laisons, l'électeur dit au nonce, en poussant un pro.t'ond soupir : Jsii vérité, trèsilluslrc seigneur, vous avez jeté en moi de grandes et importantes pensées. Ayant reçu son audience de congé, il se prépara à partir pour Bresse, afin de remplir la même commission auprès du marquis Jean, frère do l'électeur; le marquis promit au nonce de lui donner à son retour la réponse à la lettre du souverain pontife. Avant de partir, Commendon présenta aussi au fils de l'élecleur , évoque de Brandebourg et archevêque nom

la réception, non-seulement affable, mais pleine d'égard. Cette opposition venait de ce que la réponse avait été dictée par la rage des conseillers ; ceux-ci protestaient de leuf soumission et conservaient l'autorité auprès de leurs princes en se montrant les ennemis de la puissance pontificale. Aussi cette négociation qui dépendait de la volonté du marquis, eût été favorablement conclue s'il avait su empêcher qu'on ne la troublât.

S. Le chancelier répondit que son seigneur se réunirait bientôt avec les autres princes et que l'on prendrait un parti; que le marquis était persuadé que ce serait une réponse appuyée sur la vérité contre toutes les chicanes , mais qu'en allant au concile, ce serait mettre les lièvres en société avec les lions. Il s'étendit ensuite en plaintes injurieuses sur les deux motifs allégués dans la bulie pour assembler le concile: l'extirpation des hérésies el la réfora)e des mœurs ; comme si le pontife voulait par ces deux notes calomnier la Germanie. Quant à la bonté que le nonce vantait tant dans la personne du pontife, il dit qu'elle conviendrait bien à la charge qu'il s'attribuait, mais que par contraire, il se faisait, par son ordre, en Italie et ailleut's, de continuels massacres d'hommes pieux, dont tout le crime consistait à aimer la pure doctrine évangélique et à ne vouloir pas souffrir les idolâtries qui avaient lieu sous la tyrannie pontificale.

9. Le cœur agité, mais d'un visage serein, tourné vers le marquis, le nonce lui fil reraarqu^^r que son chancelier s'était écarté sur plusieurs points de la question, en interprétant la teneur de la bulle contre Tinlentii.n du pape et en parlant plutôt en accusateur qu'en négoci.iteur ; qu'il ne voulait point d'autre réponse, parce que cette manière de traiter ne lui convenait, ni comme ambassadeur, ni comme particulier; que les ministres et les princes eux-mêmes ne se servaient point de semblables paroles, surtout lorsqu'ils n'étaient pas provoqués; qu'ils étaient chez eux, el traités honorablement. Reprenant ensuite les chefs d'incrimination,

iné (le Magdcbourg , qui était arrivé sur ces il ajouta que l'intention du souverain pontife

entrefaites , les bulles du concile, et un bref du pai)e pour lui personnellement. Il les reçut avec le plus grand respect, et demanda du temps afin d'en conférer avec son père. Mais Conunendon lui répondit qu'il avait un bon conseiller dans sa charge d'archevêque cl de primat de celte province, pour le salut de laquelle le concile avait principalement lieu ; et que c'était un devoir pour lui de commander à ses suffragants de s'y rendre et , comme plus jeune et robuste , de les devancer ; mais il témoigna le désir d'aller à Rome et non à Trente.

7. Arrivé à Bresse , lieu voisin de Berlin , oommendon remit les bulles et le bref en mains propres au jnarquis Jean, qui demanda également du temps pour prendre conseil, et deux h- ures après il lui fit réponse par l'organe de son chancelier. Elle ne pouvait être plus opposée à la manière de la recevoir. La réponse était dédaigneuse et

était qu'on leur accordât les sauf-conduils les plus étendus, que chacun fût écouté avec bienveillance dans le concile ; et qu'ils ne s'y trouveraient point comme des lièvres au milieu des lions, mais comme des agneaux à côté de leurs pasteurs ; que la prudence du marquis lui faisait espérer qu'il s'opposerait à ce que l'on s'amusât à des chicanes qui n'existaient pas du côté du pape, et qu'il aviserait au moyen le plus propre à procurer ia paix spirituelle et temporelle de l'Eglise; que c'était là tout le désir de Sa Sainteté; que c'était une chose évidente aux yeux de tout le monde, que celle paix avait été troublée par les sectes modernes, et qu'elle existait encore là où elles ne s'étaient pas enracinées; que la multitude de ces sectes et leur opposition dans ces provinces au moins rendaient évident que l'illustre nation de la Germanie était entièrement souillée de ces hérésies ; aue les abus devaient être dé-

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rnoinés par le concile partout où le besoin son secours et ses lumières s^jir les affaires s'en fora sentir; mais que les Allemands ne ecclésiastiques. Ce procédé de l'archevêque pouvaient nier qu'il n'en existât parmi eux, fut d'autant plus agréable au nonce, qu'il comme ils s'en étaient plaints si souvent avait moins sujet de s'y attendre de la part dans leurs diètes, et pour lesquels ils avaieut d'un jeune homme de vingt-deux ans, endemandé un concile pour y porter remède. La touré de serviteurs Jicrétiques , et sous la punition de quelques hérétiques obstinés (]ui dépendance d'un père qui l'était aussi; mais a lieu en Italie et ailleurs par l'autorité du souvent les pères aiment à voir dans leurs pape , ajouta-t-il , n'est point contraire à enfants relte probité que le respect humain cette bonté (]ui lui fait olTrir le pardon aux les empêche de désirer pour eux-mêmes. pénitents: c'est se coîifonr jr aux lois mêmes 12. Commendon remit ensuite un bref du de l'Empire, aux coutumes les plus ancien- pape à l'épouse de l'électeur ; elle était canes de l'Eglise et d'excellents rois et empc- tholique, et elle le recul avec une grande joie reurs, et faire une œuvre de piété pour con- et toute sorte de respect. Elle supj)liale nonce server la pureté de la religion, et par l'effu- de baiser pour elle les pieds à Sa S lintelé, et sion de quelques gouttes d'un sang criminel l'assura qu'elle voulait vivre et mourir dans soustraire ces provinces aux maiheurs la foi catholique. Son mari revenait sans affreux dont on était témoin dans les pro- cesse avec Commendon sur ses arguments vinces. où l'on n'employait pas cette sainte accoutumes; il ne pouvait se séparer de lui, rigueur. L'idolâtrie que l'on reproche à l'K- aimaiît son censeur; i! le retint donc quelglise romaine, c'est le culte rendu aux cho- ques jours, sous j)rélex.te de lui montrer les ses saintes dans l'Eglise depuis les pieuiiers reliques de son église , (jue l'on conservait siècles, ce que l'Allemagne enîière avait cm- dans de., châsses précieuses, et qui av;iient brassé en recevant celui de Jésus-Christ. La été données à celie de ?,lag(!ebourg par Charpuissanro pontificale p'G'^ède toutes les con- lemagne , et une rose d'or que Nicolas V ditions opposées à la tyrannie, elle n'est avait envoyée à son aïeul. Il lui demanda en point fondée sur la force, mais sur la parole grâce de lui obtenir du pape une pariclle de de Dieu et dans la vénération des fidèles; et la véritable croix, qu'il voulait j)lacer d îus l'on trouve aulant de tranquillité et de bon- une croix très-riche qu'il avait préparée heur parmi ceux qui y sont soumis, que de exprès ; comme si l'honneur des saintes relitroubles et de calamités chez les peuples qui ques consistait plutôt dans la richesse des vivent séparés d'elle. ornements que dans le culte de ceux qui les

10. Après ces paroles, il se leva et prit possèdent! congé ; mais le marquis voulut le retenir à 13. PeiiJant ces délais, Joachim revenait dîner avec lui, et soit en le recevant comme sans cesse à ce qui le portait à lui faire proen l'accompagnant, il lui céda le côté le plus longer son séjour, c'est-à-dire au coi\ci'e , honorable ; à table il se tint toujours décou- demandant tantôt au noiu;e si le pape était vert par respect ; et en toute autre rencontre, porté à donner voix délibérative à leurs théodans ses actes, comme dans ses p;!roles et logiens, tantôt se plaignant qu'on eût défini ses offres, il se servit des formes les plus tant d'articles à Trente sans les entendre, honnêtes, le faisant accompagiier par tous Conunendon répondit au premier article s«s conseillers jusqu'à son hôtel. Le chance- qu'il ne convenait pas que le pape donnât lier le pria ensuite d'agréer ses excuses pour voix à ceux à qui elle n'était pas due railes paroles dont il s'ét. it servi dans sa ré- sonnablement; que ce serait ouvrir carrière à ponse: le nonce repartit que le désir seul de des demandes qui paraîtraient mieux fondées leur bien l'avait porté à manifester ses plain- que celles de ces théologiens séparés de son les; que sans cette raison, il lui aurait su obéissance; et, sur le second, que les probou gré, que, ne voulant point mettre fin à lestants avaient été appelés au concile par ces discordes, ils etnployaient de semblables des iiivitations si réitérées, si affectueuses, et procédés pour justifier le pape, et faire res- même si humbles, qu'ils ne pouvaient impusortir son excessive charité et sa grande ter (juà leur obstination de n'avoir pas été bonté. Le chancelier termina son discours enteuilus ; qu'après toutes ces démarches par ces mots: Les frères ont été la cause de il avait été convenu de décider ces dogmes toutes ces choses. Peut-être voulut-il parler pour le salut et la certitude des nations cade Martin et consorts. iholiques ; et que maintenant on ne pouvait 11. Commendon quitta Bresse et retourna remettre en question ce qui avait été décidé à Berlin le dernier de février. Le lendemain, par un tribunal de l'infaillibilité duquel dél'arcbevéque que nous avons nommé vint le pendait la certitude àe la religion catholique, visiter et lui fit présenter par l'un de ses II engagea fortement l'électeur à agir auprès conseillers, une réponse pleine de louanges de ses alliés pour qu'ils envoyassent des et de remercîments pour le souverain pou- ambassadeurs au concile, mais des hommes life. 11 promettait d'aller à Treiitr, où se trou- amis de la paix, et non pas leurs théologiens, veraieui, disait-il, beaucoup d'évêques plus A cela Joachim répondit: Les théologiens ne savants, mais aucun qui fût plus soumis qtie cherchent point la paix, ilsse réjouissent dans lui à Sa Sainteté. Il lui remit encore une ^es rfjspitfes ; et il offrit de nouveau de coopéletlre écrite de sa main, en réponse au pape, rer de tout son pouvoir aux démarches paciet il ajouta que la faveur qu'il recevait de fiques. Il dit en finissant que le meilleur ce bref, l'engagiTait à recourir à Sa Saintelé, parti à prendre serait de choisir pour juges avec plus de confiance encore, pour imnlorer des bomtnos de bien de toutes les na.tions.

IllSTUliŒ OU CONCILE DE TRENTE.

Le nonce lui demanda qui devrait faire ce choix, et il ajouta en môme temps que tous ces hommes réunis ne formeraienlqu'une autorité humaine et sujette à l'erreur, tandis que l'Egliscavaittoujours reconnu l'assistance du Saint-Esprit; et que rien n'était plus propre à renverser le gouvernement ecclésiastique , que de soutenir que ses chefs perdent leur autorité par leur perversité; que cela ne convenait à personne, encore moins aux prolestants, qui n'attribuaient aucun mérite à nos œuvres.

14. Joachim se tourmentait, certainement en vain, à chercher un moyen d'assembler un concile auquel les protestai\ts se soumissent; il fit remarquer qu'à la diète de Naumbourg , le 6 février, c'est-à-dire le jour mêtne qu'ils imaginèrent la réponse qu'ils envoyèrent le lendemain aux nonces, les princes avaient délibéré sur ce qu'ils devaient répondre à l'empereur sur le concile, afin de traiter à fond cette question à !a diète d'Erfurt; et (ju'ils s'étaient accordés entre eux de ne point l'accepter, à moins qu'on n'examinât entièrement de nouveau toutes les malièriS , eî que l'on ne donnât voix aux théologiens de leur suite, parce que, disaient-ils, le pape y serait souvent écrasé par le nombre des voix. Ils voulaient un concile où les questions se jugeraient, non parle nombre des voix, mais selon la parole de Dieu; ce qui signifiait on d'autres termes un concile où chaijue individu pût se constituer juge de toute l'assemblée, et persister, quoique seul, dans son opinion.

15. Mais peut-être que toutes ces choses étaient connues du marquis ; après bien des délais, il convint de ne plus retarder le départ du nonce. Il lui donna une lettre en réponse au souverain pontife, et en même temps il lui fit porter des présents d'un grand pri-* ; le nonce les refusa en lui témoignant toute sa reconnaissance, et en échange, il demanda deux faveurs : la première , qu'il voulût bien lire , lui aussi, un livre de sa confession qu'il avait offert à son épouse, au nom du nonce Hosius; et la seconde, qu'il fît restituer aux pauvres chartreux quelques terres qu'on leur avait enlevées à Francfort-sur-l'Odcr : il s'engagea à le faire; et le nonce partit le troisième jour du mois de mars.

Quelqu'un sera surpris queje rapporte des titres différents que les mômes personnes se donnaient entre elles ; je le fais avec fidélité, mais à dessein, afin que les lecteurs s'aperçoivent , par exemple, que souvent le litre i\c Seigneurie illustrissime et celui (ï Excellence sont synonymes ; que celui de sérénissimc ne se donnait qu'aux personnes royales, comme celui d'^//essc, en langage vulgaire , mais bien certainement celui de Celsiliido qui, en latin, a la môme force que le mot,4//e5.'}e, ctque je rends ainsi en racontant les entretiens qui ont eu lieu en latin; cependant ces personnages s'appelaient illus' trisnmcs Hnnlesses et non sére'nissiines. Jcne crois pas que ceci doive être passé sous si- -once dans une histoire iïérieusc, parce que,

quelque légères que soient ces choses en elles-mêmes, elles reçoivent un poids considérable de la légèreté de notre siècle.

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