LIVRE SIXIEME
souverain Pontife les plus grandes espérances, c'est un mensonge dont la fausseté se lit dans les Mémoires qui nous restent, et dont l'invraisemblance saute aux yeux de quiconque fait attention aux circonstances, à moins qu'il ne soit question de la foule stupide dont Ssrpi devrait avoir honte de donner les sentiments pour ceux d'unRtat ou de son chef. Ne sait-il pas qu'il n'y a pas d'Athènes si docte qui n'ait sa multiîu;'..> ignoranU-, et que pas même Piaton ne se figurait qu'ii dût y avoir ^ie la prudence dans !a multitude de sa république iin.îginaire. Il est certain que les hommes qui étaient bien au courant (.'es événements et qui avaient assez d'inlcliigrnce pour les apprécier, ne purent fonder de solides espérances sur la tombe de Luther.
3. Le cardinal Contarini, ainsi qu'ii a été remarqué en son lieu , avait écrit plusieurs années auparavant au souverain Pontife que lors même que non seulement Luther , mais encore tous les hérétiques seraient, non pas moris,m;.is convertis ce changement ne suffirait pas pour faire revenir les princes et les peuples de l'hérésie; que ce qui les y tenait enchaînés, c'était moins l'erreur de leur doctrine que l'amour du pillage et de la licence ; qu'on en avait eu la preuve à la mort d'autres hérésiarques plus anciens; dans les temps modernes, à celle de Jean Hus , et tout récemment à celle d'Ulric Zuingle; et que cependant à la mort de ceux-( i, leur hérésie n'avait pas poussé d'aussi [)rofondes racines que celle de Luther. Les catholiques sages se réjouissaient donc de cette mort comme fait une ville assiégée de la ruine de quelque grande machine de guerre qui vient de s'écrouler du côté des assiégeants : non pas que cette destruction puisse réparer les brèches déjà ouvertes; mais eP.e met les habitants h l'abri des nouveaux coups dont les menaçait cet ouvrage formidable. Maintenant revenons au concile.