‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 222 sur 348 · Le nonce ne trouva point à Cologne · texte numérisé non relu

Le nonce ne trouva point à Cologne

qu'eux en Germanie, et que cependant ils la pureté et la discipline qu'il aurait dé-

se rendaient redoutables par leur union , que cette union n'était qu'apparente et nullement véritable , et qu'elle n'était point fondée sur une amitié réciproque, mais uniquement sur une haine commune contre la

sirees: indolence contre les hérétiques, répugnance dans le clergé et les ordres mendiants à mettre la compagnie de Jésus en possession d'une église ou d'un couvent , lui offrant les exercices académiques de

religion catholique, et sur le désir insatiable l'enseignement public, et, ce qui était la con

des biens du clergé ; qu'une union aussi séquence de tous ces désordres , un grand

imparfaite les rendait tellement prépondé- nombre de luthériens : voilà ce qu'il aper-

rants, que les princes catholiques avaient eut. Cependant à son retour de Conflans, où

toutes les peines du monde pour obtenir il s'était entendu avec l'électeur de Trêves,

l'obéissance et le tribut de la part de leurs il parla aux magistrats; dans la visite qu'ils

sujets; que les protestants étaient si attentifs lui firent, il leur remit un bref du pape, et

à saisir tout ce qui pouvait favoriser leur les engagea fortement à correspondre et

secte, et les catholiques si indolents au con- agir contormément au sceau de leur répu-

traire, qu'il semblait que les uns dormaient blique, sur lequel était gravée cette inscrip-

toujours et les autres veillaient sans cesse , tion : Cologne, fille dévouée et cbéissanle de

et que les calholiques voulaient mettre en pratique les doctrines protestantes; qu'il fallait tout attendre de la foi, et rien des œuvres; qu'il était facile de voir les grands services que la ligue de Franconie avait rendus à bien des seigneurs et des prélats ; que c'était sa manière de voir comme particulier, et qu'il n'avait point d'ordre pour

la sainte Eglise romaine. Le sénat fit semblant de tenir à grand honneur que, coumic ville libre, elle eût à envoyer des ambassadeurs au concile, et se montra três-soumis au souverain pontife. Il promit de faire exécuter les ordres qui avaient été donnés et qui étaient négligés ; que l'on ne laisserait s'établir que des personnes dont la foi serait

la communiquer. L'archevêque de Trêves, bien connue. Le nonce fit de chaudes repré-

entendant un raisonnement aussi flatteur sentalions selon qu'il lui parut opportun au

pour ses oreilles, répondit sur le même ton sujet de l'impression des livres, sur la vigi-

que l'année dernière étant à Augsbourg, il lance de l'inquisition et le soin que récla-

avait proposé à l'empereur une ligue entre mait la faculté de théologie.

les trois électeurs ecclésiastiques, les évé- 7. De Cologne il passa à Clèves, dont le

ques, les princes circonvoisins , le duc de prince lui donnait beaucoup à penser. Il gou-

Clèves, gendre de Sa Majesté, et les Pays- vernait trois duchés et plusieurs princi-

Bas, qui appartenaient au roi d'Espagne, paulés , tant en deçà qu'au delà du Rhin ,

ce prince y étant très-disposé. L'empereur confinant aux Etats de Cologne, de Trêves,

avait approuvé de boucho ce projet, mais il de Liège et à ceux du roi Philippe en Flandre,

n'avait point eu de suite. Commendon com- Tout ce qui était sous sa juridiction était

prit qu'il avait craint que le roi catholique catholiqu -, mais mêlé de beaucoup d'héré-

ne devînt le protecteur et comme le di- tiques, et le duc était dans une position à

recteur des électeurs ecclésiastiqjues et de faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal;

leurs alliés. C'est ainsi que par la défiance il était catholique, mais suspect de quelques des nôtres nous devenons souvent la proie de nos ennemis.

5. Le nonce leur fît aussi connaître que pour masquer cette opposition qu'on leur

erreurs. Ce n'était pourtant pas l'effet de la cupidité, toujours il s'était opposé au pillage et aux surcharges de l'Eglise; ni de l'impiélé, conservant du respect pour la foi reprochaità la doclrinéel à l'ancienne con- antique, cl n'ayant jamais voulu recevoir la

fession d'Augsbourg, les prolestants avaient usé d'artifice, en décidant qu'on n'impriraerait les œuvres de Luther et cette confession qu'après les avoir corrigées; mais que le duc Jean-Fré>lêric, qui restait seul attaché avec ses enfants à la première forme du luthéranisme, les avait fait imprimer telles qu'elles étaient, et qu'ainsi celle unité de fiction, dont les protestants voulaient se

confession d'Ausgbourg; mais tout venait de la perfidie des personnes auxquelles il avait donné sa confiance. Cette maladie est plus facile à guérir que quand la cause en est interne. Il y avait dans ses Etats, près de Cologne, un maître qui enseignait riiérésio à cin(i cents élèves, et infestait par eux celle viile; le duc l'avait repris plusieurs fois, mais il ne l'en avait jamais puni. Les répri-»

fiisToinr; du concile de tuente.

mandes du prince augmentaient encore son audace, en voyant que le mal cl.iit connu , et néanmoins toléré. Ce qui inquiétait davantage le nonc!\ ce fut d'apprmdre qu'un prédicateur, (|ui semait de mauvaises doctrines, <'l avait donné la communion au peuple sous les deux espèces dans l'église des Iraneiscains , jouissait (i'un grand crédit auprès du duc. Toutes ces considérations avaient rempli sou esprit d'inquiétude, et il alla trouver !e duc en c<l élat. Avec la bulle, il lui remit aussi ur» bref du pape qui l'engagcai't avec beaucoup de délicatesse à persévérer dans la foi de ses ancêtres.

8. Le nonce en fut reçu avec bienveillance et honneur, et, quoiqu'il s'appliquât à montrer combien il était indisposé contre la cour de Rome, qui venait de révoquer une bulie obtenue auparavant en faveur (i'une certaine université de ses Etats, et de jeter en prison celui qui en avait été le médiateur, cependant la réponse fut celle-ci : Qu'il recevait avec le plus grand respect la bénédiction et le bref de notre très-saint père Pie JV, souvrain pontife de V Eglise romaine et universelle, et son très-doux seigneur ; qu'il recevait m enfant son avertissement paternel de nr point dévier du sentier de ses ancêtres, et quÙ espérait ne point quitter leur religion ; qu'il avait fortement à cœur In convocation du concile; quil y enverrait ses anwassadeurs, remplissant le devoir d'un prince catholique; et que pour en retirer un véritable fruit, il désirait qu'il se tînt du consentnnent universel des princes de l'Empire ; et qu'il

f)romettait son concours à cet effet. Le nonce oua sa piété, et ajouta sur le dernier article, que le pape le désirait aussi ardemment, comme il convenait à son rang supéiieur, et conmiele montraient évidemment toutes les diligences dont il était lui-même témoin ; que si par la malice des aulnes, ses démarches restaient sans succès sur ce point, l'obslinalion des coupables ne devait pas empêcher qu'on ne conlirmât les bons, que les 'M-reurs ne fussent dévoilées et la vérité étr.blic.

9. Le duc insista particulièrement sur les deuK points donl nous .•:vons parlé plusieurs foi;-, : qu'il fallait arcordor le calice pour la communion des laïques et le mariage des prêtres. Sur le ptemier point il montrait qu'il était catholique dans lame; mais il ne pouvait, disait-il, le défendre à ses sujets, il avait Irouvé cet usage établi vingt-cinq ans avant lui, et plusieurs de ceux qui penchaient pour l'hérésie seraient satisfaits de cet article, et s'écarteraient du précipice sur le second. Il affirmait que l'incontinciice des prêtres en faisait une nécessité puisqu'il n'y en avait pas cinq dans tous ses Etats qui n'eussent publiquement des concubines. Le nonce s'appliqua à développer devant lui les raisons les plus propres à faire ressortir les convenances des ordonnances et des usages

terait dans le concile , et de cette manière, il se servit du sentiment du duc qui réclamait ces concessions pour l'amener à ce qui était le but de son ambassade. Il l'engagea aussi à chasser de ses Elats ce maître hérétique, et de sa cour ce prédicateur taré; sur l'un il donna des espérances, et sur lautre il dit que sa croyance était bonne. i)ans l'audience de congé, il pria le notice de recommander sa personne et ses affaires au souverain pontife ; il voulut l'accompagner lui - même depuis son palais jusqu'à son logement; et là, il s'arrêta avec lui un bon moment. Les ambassadeurs sont comme les statues, qui reçoivent de pîus grandes marques de respect , quand à la dignité de la personne représentée, se joint c :core la majeslé et la vivacité de la ressemblance.

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