‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 225 sur 348 · La diète proleslunle se tint à Herford · texte numérisé non relu

La diète proleslunle se tint à Herford

ville de la Thuringe, où elle avait été^fixée dans l'assemblée précédente de Naumbourg, comme nous l'avons écrit. Les princes n'y assistèrent pas en personne: ils y furent représentés par leurs conseillers. Ils ne purent point s'accorder sur la doctrine. La principale et la plus manifeste opposition roulait sur la présence de Jésus-Chrit dans l'eucharistie; c'était pourtant, comme on sait, un article convenu entre eux ; néanmoins leur dissension ne pouvait être voilée aux yeux du peuple sous des paroles vagues et ambiguës. Déjà le calvinisme s'était beaucoup étendu en Germanie par les intelligences qu'y avaient les hérétiques de France et d'Angleterre.Cependant les prolestants, voulanlopérer ou feindre au moins l'union entre eux , avaient dressé une nouvelle confession que souscrivirent beaucoup de villes et plusieurs Etals de l'Empire, lis n'élaienl bien d'accord que sur un point, savoir : d'anéantirlescatholiques,de partager entre euxlesdépouillesde leurs églises , el d'enlever la couronne impériale à la maison d'Autriche, qui leur apparaissait comme un cèdre que le ver de l'hérésie ne pourrait pénétrer de très-longtemps. Ils voulaient élire un roi des Romains, en foulant auxpiedsles lois et les coutumes de l'Empire, qui exigeaient le couronnement de la part de l'empereur et sa confirmation, ainsi que celle du siège apostolique. Leurs regards se portaient sur le roi de Dannemark, comme partageant leurs sentiments de haine contre l'Eglise romaine; il était presque Allemand, assez pu issantpourdéfendresa dignité conlre les étrangers, et pas assez pouropprimerl'Allemagne. A chaque inslantCommeiulon voyait doncs'évanouir l'espoir qu'il avait conçude le séparer des protestants et de l'amener à un concile catholique. Néanmoins l'empereur ne manqua pas d'écrire àGaspardScenich, qu'il avail donné au nonce pour compagnon de son voyage, avec le titre de commissaire chargé de lui procurer des passe-ports pour toutes les v il les de l'empire, el de lui en obtenir même de la part du roi Danois. Commendon le remercia dans ses lettres de toutes les fatigues qu'il avait supportées à son occasion. Il partit de Flandre au commencement de juillet, et se rendit à Lubeck, villesiluéeaux frontières de l'Empire, sur la mer Baltique , où il (levait attei»dre la réponse du roi. Soave le fait passer en ce lieu en sortant de Naumbourg, et garde le silence sur tous ses autres voyages et sur les négociations les plus importantes qu'il entama dans l'intervalle.

2. Pendant son séjour à Lubeck, Commendon reçut l'ordre de se rendre en Suède, auprès du roi Eric. Le souverain pontife avait laissé au choix d'Husius, son légal auprès de l'empereur, de confier cette mission ou à Cano- , be, nonce à Moscow pour le même objet, ou à Commendon, et il s'était déterminé pour ce dernier, qui envoya sur-le-champ un exprès vers ce roi pour lui demander un sauf-conduit. Plusieurs jours après, il trouva la réponse du roi danois à Scenich, à peu près en ces termes : que son arrivée lui serait trèsagréable, que s'il voulait se rendre seul au-

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HISTOIRE DU CONCiiE DE TRENTE.

près de sa personne, il l'altendraît volontiers rappellerons que Gustave connaissait la fu-

dans la ville de Copenhague, mais que pour nesledispositiondesvassauxcontreChrislian,

le nonce qui lui avait écrit on même temps, qui régnait sur les deux royaumes; il prit la

aucune relation n'ayant existé, même du vi- fuite et retourna dans sa patrie; il y excita

vant de son père, il avait dû délibérers'il lui une terrible révolte, et aidé des prérogalivps

convenait d'entamerune négociation avec le souverain pontife, et qu'il avait pensé que pour le moment, il valait mieux refuser au nonce l'entrée de ses Etats et l'audience qu'il sollicitait. Cependant il priait Scenich de signifier ce refus au nonce, de telle manière qu'il ne prît pas en mauvaise part celte détermination.

3. Après avoir reçu cette lettre, on attendit la réponse du roi de Suède. On ne sera peut-être pas fâché d'apprendre en passant

du sang, il obtint le commandement. Pour mieux asseoir sa puissance, il épousa une fille du duc de Saxe, prince voisin et puissant ; voulant conserver l'obéissance de ses sujets et l'amitié de ses proches, il devint infidèle à son Dieu, en embrassant l'hérésie de Luther, qui dominait en Suède et que protégeaient les princes saxons comme leur créature.

5. Gustave avait laissé quatre fils. Eric, l'aîné de tous , était le seul qu'il eût eu

quelques détails sur sa personne et sur celle de la fille du duc do Saxe ; il régnait alors sur

du roi de Danemark, sur leurs prédécesseurs la Suède, et c'est auprès de lui que se rendait

immédiats et sur quelques-uns des événe- Commendon. Il vivait au milieu de terribles

ments les plus mémorables qui ont fixé leur inquiétudes envers le roi de Danemark, qu'il

état présent. Eric, roi de Suède, était un croyait toujours, malgré la paix conclue,

prince nouveau, mal affermi sur son trône et soupçonneux ; il était fils de Gustave, chevalier privé de Suède, mais issu du sang royal. Christian II, oncle de Frédéric II, roi de Danemark, qui est celui dont j'ai parlé.

animé du désir de réparer ses perles : il n'était pas tranquille du côté du Moscovite, qui lui avait enlevé une grande partie de ses Etats et lui faisait craindre pour le reste; ni par rapport à .lean,son second frère, né d'une

l'avait emmené par fraude comme otage de femme suédoise que son père avait épousée

la Suède, qui s'était révoltée plusieurs fois, en secondes noces, et qui était duc de Fin-

et était rentrée sous la puissance du Daiie- lande et gendre du roi de Pologne. Sa jalousie

mark. Il n'était primitivement roi que delà provenait autant de l'amour que le peuple

Noiwége; ilsoumit le Danemark, reconquitla portait au duc, que d'une prédiction astrolO'

Suède et teignit la triple couronne de la gique qu'il vérifia par sa trop grande crédu-

Scandinavie, presqu îlequi fit tant île mal par lité. Cet événement étant l'un des plus n>é-

•ses courses à l'empire romain et à l'univers entier. Mais enorgueilli parla bonne fortune. il ne put supporter le Irein de la loi catholique : il embrassa la religion luthérienne et se rendit insupportable à ses sujets. Gustave vivait auprès de Christian dans une prison assez libre et assez honorable. Il peitsa que les sujets, plus éloignés de la présence du roi et par là même redoutant moins ses fureurs, saisiraient avec empressement l'occasion de secouer le joug de sa cruelle domination, et que, l'étendard de la révolte étant levé, les Danois ne seraient pas disposés à verser leur sang pour le réintégrer dans les provinces révoltées : car Christian avait fait mettre à mort tous les évêques et beaucoup de seigneurs suédois; le Danemark gémissait aussi sous ses atroces cruautés, et (pour achever ce qui concerne le Danemark et revenir à la Suède) sa tyrannie porta les Danois à appeler Frédéric, son oncle, duc de Holslein, qui le chassa du trône et le força à se retirer en Flandre, où I fut accueilli par Charles- Quint, son cousin : il revint à la tête d'une armée pour reconquérir le Danemark; mais étant tombé entre les mains de son oncle, qui feignit de vouloir faire sa paix, il fui enfermé dans une étroite prison d'où il ne sortit que fort lard et par sa mort, qui arriva l'an 1559. L'oncle de FrédéricI' mourut aussi quelque temps après, et eut pour successeur Christian, troisième du nom, son fils aîné; il fut le premier qui se fit couronner selon le ritlulhé-

morables du siècle passé, et des plus propres à nous montrer avec quelle facilité court à sa ruine un esprit qui secoue le joug de la religion par des considérations humaines; nous allons en faire le récit en peu de mots. Eric voulait s'assurer de son frère innocent; crai-" gnant d'un autre côté que sa mort ne fît soulever la noblesse, il le tint pendant sept ans dans une dure prison. Il se réconcilia ensuite avec lui en le rendant à la liberté ; il lui confia en même temps l'administration de toutes les affaires. Epris d'amour pour la fille d'un sbire, il se disposait à la couronner reine , lorsqu'il apprit les murmures des nobles, et les complots qu'ils formaient de se soustraire à cet opprobre en plaçant le duc sur le trône. Eric, irrité et effrayé tout à la fois, se jeta dans un parti aussi honteux que cruel ; il voulut le même jour couronner cette femme de vile extraction et massacrer son frère et les nobles qui s'opposaient à son dessein. Il n'y apasdeconfidentmoins discrelque l'amour, cependant il communiqua son dessein à son amante; mais cette fille, dontl'âme était plus noble que celle de son amant, abhorra une couronne souillée par celte horrible scélératesse ; elle avertit les seigneurs, qui placèrent par force Jean sur le trône, et jetèrent le roi en prison, où il mourut après dix ans de détention. De la race de ce Gustave, qui a régné avec celle de Charles, frère cadet de Jean, sonl venus ces rois si célèbres de Suède et de Pologne que l'Eglise du nord

rien. Frédéric 11, roi de Danemark, dont il peut compter comme ses plus grands défen

s'agit dans notre histoire, était son fils. scurs et ses plus terribles ennemis; de iios

4^. Revenant donc sur nos pas pour racon- jours, et pendant que les feuilles de cello

terles changements survenus en Suède, nous Histoire sont sous presse, Uome a ru Chris»

tine, issue de leur race, celte reine de Suède si puissante et si instruite, conduite par la grâce divine et par la droiture admirable de son esprit, discerner la vérité catholique, et au milieu du règne le plus heureux, éclairée pnr un sentiment exquis, préférer le ciel à la terre, l'éternel à ce qui passe, abdiquer de son plein gré un sceptre qu'elle ne pouvait conserverqu'on professant l'hérésie ; après avoir embrassé la religion orthodoxe, elle est venue, plus grande peut-être dans ce dépouillement de toute grandeur, baiser les pieds du pape Alexandre VII, donnant un exemple qui n'a pas eu de modèle et qui a rempli le monde d'admiration. Revenons à Eric, vers qui Coramendon dirigeait alors ses pas, et avec qui il allait traiter.

6. Il professait alors le luthéranisme ainsi que ses peuples ; mais désirant d'obtenir la main de la reine d'Angleterre, ou plutôt sa couronne, il était disposé à offrir pour cadeau de noces son changement de religion, en embrassant le calvinisme sans se mettre en peine de la haine des grands de son royaume. Sa réponse au nonce fut tardive,

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