CHAPITRE IX
Proposition du nonce Canobe à l'empereur et sa réponse. — Son voyage en Pologne. — Obstacles à celui de Moscou. — Conférence avec le duc de Prusse. — Mission du nonce Delfini dans la Germanie supérieure, aux villes de Nuremberg , de Strasbourg , de Francfort et d'Augsbourg. — Mission de Vévéque de Côme auprès des Suisses.
1. Pendant que Commendon annonçait le concile dans la Germanie inférieure, le nonce Delfini le faisait dans la supérieure. Sur ces entrefaites , arriva à la cour de l'empereur Jean Canobe, que le souverain pontife envoj'ait sous prétexte de porter la rose d'or à la reine de Bohême, mais chargé, en effet, de différentes affaires concernant le concile. Ses instructions étaient d'exposer à l'empereur ce que nous raconterons au long plus bas ; mais avant cela, il devait présenter ses excuses au duc de Bavière, de ce que malgré toutes ses recommandations il avait procédé au supplice des Caraffa, et lui faire com-
tention d'inviter au concile, outre le duc de Prusse que devait voir Canobe en se rendant auprès du roi de Pologne, le prince moscovite, ainsi qu'on l'avait fait dans les conciles précédents à l'égard des empereurs et des princes grecs ; il lui laissait cependant le choix pour cette ambassade entre Commendon et Delfini.
3. Ferdinand lui répondit qu'il ne pouvait encore envoyer les évêques de la Germanie, parce que les nonces apostoliques avaient dû apprendre de leur bouche combien leur départ offrait d'Inconvénients, si les prolestants refusaient de se rendre au concile, et si on ne prenait des mesures suffisantes contre leur violence, tandis qu'ils persévéraient dans ce refus; que c'était là la pensée qui occupait entièrement son esprit ; que la réponse qu'il attendait de Sa Sainteté était relative à la délibération de l'assemblée de Naumbourg, dont il lui avait donné connaissance, et qui était contraire à ses dispositions et à ses désirs ; qu'il demandait en même temps quel était le moyen le plus propre aux yeux de Sa
prendre que la conscience n'avait permis au Sainteté pour déjouer leurs efforts, afin de
pape d'user de clémence qu'envers le cardi- '— ''"" ' '"- -•-^"""
liai de Naples, en considération du duc; il devait aussi faire honneur de cette conduite envers le cardinal à Ferdinand, qui avait écrit en sa faveur. Ceci prouve que les Caraffa, dans leur malheur, furent moins persécutés des Autrichiens que la renommée ne l'a publié. H lui était enjoint de répondre favorablement aux demandes que dilîerents princes lui avaient adressées ; mais c'était là l'accessoire de sa mission : le principal , c'était le concile.
2. Arrivé à Vienne, il exposa à l'empereur que le pape avait envoyé à Trente deux légats, GonzagueetSeripandi, et fait différents préparatifs pour ouvrir prochainement le concile ; que Sa Majesté Catholique avait soumis à Sa Sainteté, par l'entremise de Jean d'Ayala, son principal ambassadeur, quelques affaires sur lesquelles il voulait fixer son attention avant de passer outre, et pour lesquelles il s'en rapportait à son autorité suprême. Ayala était arrivé le jour avant le départ de Canobe ; et le pape, afin de l'entendre plus à loisir, avait arrêté de le mener à Civila \ ecchia, où il allait faire une tournée , voulant
prendre d'un commun accord les précautions convenables ; qu'il était très-satisfait de la disposition que le pape montrait de se rendre au concile en temps opportun. 11 garda le silence sur les conférences de Bologne. Touchant l'invitation de l'empereur de Moscou et des autres princes, il ne pouvait, selon ses désirs, décider lequel des deux nonces remplirait mieux cette mission, les tenant tous les deux pour très-aptes, et il laissait à la prudence d Hosius ei de Canobe d'attendre le retour de Delfini pour en conférer tous les trois ensemble.
k. Cette entreprise fut confiée ensuite à Canobe. Arrivé en Pologne , il fit connaître au roi Sigismond Auguste le sujet de son ambassade ; il le trouva très-disposé à concourir au concile que l'on convoquait ; mais il s'opposa à son projet de se rendre à Moscou. Il rendit raison de sa conduite dans les lettres, pleines de déférence pour le pape, qu'il écrivit au cardinal Farnôse, protecteur de la Pologne. H y disait que la guerre étant actuellement allumée entre les Lithuaniens et les Moscovites, il avait proposé l'affaire au conseil de la Lithuanie, faisant tous ses illoi ts
assurer la plage de Rome par la fortification pour obtenir annonce, non-seulement le libre
de ce port. Sa Sainteté le priait d'envoyer à Trente les prélats d'Allemagne, ou au moins de se tenir prêt à les y envoyer aussitôt qu'on pourrait commencer le concile; mais parce que l'empereur avait témoigné le désir, ainsi que nous l'avons dit, que le pape y assistât avec le sacré collège, il lui faisait remarquer qu'au temps de guerre, par un usage qui re-
passage, mais toutes les commodités que réclamait le chemin aussi pénible que périlleux qu il allait entreprendre avec un zèle intrépide; que cependant tous les conseilUrs s'y étaient refusés par- deux fois, alléguant différentes raisons , mais insistant tous sur celle-ci :
que , les choses n'ayant encore pris aucune tournure , cette démarche serait inutile , et qu'il demandait une. entre vue à Sa Majesté dans la ville de Bologne, et que là ils demanderaient ensemble ce qui serait convenable touchant leur assistance au concile, et tout ce qui pouvait contribuer à faire réussir l'entreprise: que son ambassadeur avaitdit au pape, que Sa Majesté attendait une réponse , mais qu'il ne savait sur quoi Sa Sainteté avait in-
monlail à la plus haute antiquité, ils n'avaient permis aucun couunerce avec ces barbares aux ambassadeurs de l'empereur ou de tout autre grand potentat ; qu'en outre l'impiété de ces schismatiques, ennemis jurés de l'Eglise latine , ne promettait aucun fruit du voyage du nonce ; et que ces lieux où il n'y avait point d'hôtel pour loger, et ces habitants inhospitaliers, faisaient craindredes outrages et quelque triste catastrophe. Le roi