LIVRE QUINZIF.MR
suppliait Sa Sainteté, à laquelle il se montrait très-soumis et très-reconnaissant, de ne pas regarder cette répugnance comme la marque d'un défaut de soumission filiale due à ses ordresetà la satisfaction qu'il mérite. Il donna à Canobe des lettres de recommandation pour le duc de Prusse, qui relevait de sa couronne, étant grand maître des chevaliers Teuloniques, dans lesquelles il l'engageait à se rendre au concile; mais le nonce l'ayant invité, il lui répondit que, pressé par le cri de sa conscience, il s'était joint à ceux de la confession d'Augsbourg, et que, ne reconnaissant pas la prééminence du pontife romain, il ne pouvait consentir à se rendre au concile convoqué par lui.
5. Delûni avait mis une égale diligence à remplir, sans plus de succès, sa mission auprès des villes protestantes de la Germanie supérieure. Il les invitait à une œuvre trèspropre à assurer le repos de la conscience et approuvée par les plus grands potentats, et pour laquelle le pape leur offrait toute liberté et toute sécurité. 11 commença par le sénat de Nuremberg, qui lui répondit : Ayant cusaient clairement, en disant qu'ils profes-
Iravailleraient à cette paix, elle mettrait la main à l'œuvre de concert avec elles. Cependant elle recommandait au nonce une affaire d'un de ses citoyens.
8. Le nonce remplit la même commission auprès de plusieurs évêques, surtout de ceux de Spire, de Constance et de Strasbourg.' Tous protestèrent de leur soumission; mais, soit vieillesse, soit inflrmité ou autre empêchement, chacun se montra peu disposé à changer de lieu. Semblable à celui qui vit commodément dans sa maison, et qui n'en sort point, à moins que la violence, la nécessité ou l'affection ne l'y obligent.
Dans le même temps l'on remplit les mêmes formalités, au nom du pape , auprès d'une diète des Suisses qui se tenait à Bade. Le pape les fit inviter au concile par le nonce Jean Antoine Volps, évêque de Côme. Les représentants des cinq cantons hérétiques refusèrent sous différents prétextes : les uns n'avaient reçu aucun ordrede leurs seigneurs sur cette aflaire, les autres ne savaient pas si le roi y consentirait; quelques-uns s'ex-
adhéré à la confession d'Augsbourg dès l'année 1530, nous ne pouvons nous séparer des princes de celte communion. Pour ce qui regarde Delfîni, nous sommes prêts à lui donner toutes les marques du plus sincère altachemc.iil , par égard pour la dignité de sa patrie et pour la splendeur de sa famille.
6. Ceux de Strasbourg firent à peu près la même réponse, ajoutant que le concile précédent avait été tout favorable au pape et contraire à leur parti ; qu'ils prévoyaient qu'il en serait de même du suivant; qu'au reste il n'était point légitime, n'ayant pasétéannoncé par l'empereur, à qui appartenait ce droit : comme s'ils connaissaient mieux les droits de l'empereur que l'empereur lui-même qui ne s'arrogeait pas ce privilège. Le nonce réunit le clergé dans la maison des chevaliers de Jérusalem ; et, dans un discours pieux, il lui dit combien il prenait part aux peines qu'il avait à supporter de la part des hérétiques, et l'exhorta à la constance.
7. Le refus de ceux de Francfort fut plus humble. Ils répondirent qu'ils désiraient de tout cœur l'unité de religion dans l'AUemagtic; mais que l'on connaissait les grands obstacles qui avaient empêché que la voie du concile tentée d'autres fois fût suivie de quoique effet; que si la prudence et l'cquilé du pape voulaient les taire disparaître, ils lui en sauraient bon gré ; qu'au reste, s'étant unis aux princes de la confession d'Augsbourg, ils ne pouvaient abandonner leur
saient une autre religion. Mais les huit cantons, dont sept catholiques et un mixte , promirent en termes pleins d'un respect religieux leur concours et leur obéissance au futur concile.
C'est ainsi que l'on répandit une semence abondante qui produisit si peu de fruit. On en relira cependant un précieux avantage : ce fut de montrer à l'univers que là où ce fruit manquait , ce n'était pas la faute de l'ouvrier, mais bien du terrain.