CHAPITRE XL
Ce qui se prisse après la troisième session : on propose plusieurs manières d'approuver (es livres de r Ecriture : on examine aussi jusc/uà quel temps dura le concile de Florence.
1. Les légats furent sensibles à l'opposition, toute insigîiifiante qu'elle fut, des trois évêques, dans la session précédente; il leur semblait que le devoir d'un membre dans une assemblée délibérante est de dire en toute liberté son avis dans les congrégations particuiières, mais qu'il doit, lorsque l'opinion contraire a prévalu aux yeux de la majorité, s'en montrer le défenseur , dans les séances publiques, aussi chaudement que siç'avoilété d'à bord son propre sentiment; que cette profession ouverte d'unanimité donnait de la confiance dans les décisions et du respect pour l'assemblée. Aussi, dans la congrégation suivante (IJ, le cardinal de! Monte pria chacun de se contenter ilu tire assez imposant d'œcuménique et de général qu'avait le concile
(1) 8 février 1546.
et qu'il méritait ; que l'addition qu'on demandait d'y faire ne se trouve pas dans les conciles les plus anciens ; qu'elle avait été introduite par celui de Constance, parce qu'alors il n'y avait pas de Pape dont on fût sûr et qu'on pût regarder comme le chef universel de l'Eglise, et que par conséquent on n'avait pas dit, dans ce concile , que tout concile réprésente l'Eglise universelle , mais nommément celui de Constance ; qu'on voit les deux conciles légitimes qui suivirent, celui de Florence et de Latran renoncer à ce titre (1). Ces raisons en firent revenir quelques uns de l'autre opinion.
2. Le même légat aborda ensuite ce qui avait fait le second objet des attaques des opposants , c'est-à-dire l'abandon du décret qui prononçait la jonction des matières de dogmes et de celles de d.scipline. Il dit qu'il ne voyait pas d'inconvénient à ne pas parler dans les actes du concile d'une chose dont l( s faits feraient foi ; que ce décret dans la forme où on voulait le publier lui avait toujours paru mesquin et insignifiant; qu'il n'était pas digne de figurer au premier rang des décisions sorties d'un tel concile ; qu'on ne disait rien dans ce décret qui n'eût été d'abord contenu en substance dans la bulle même du Pape, où l'on expose les raisons de la convocation du concile : qu'ii avait eu la pensée de faire suivre ce décret d'un appel aux absents qui les inviterait à venir dire leur avis, et d'autres additions qui lui semblaient nécessaires; mais qu'il y avait ensuite renoncé d'après le conseil d'hommes éclairés qui avaient pensé autrement.
3. Diego d'Alaba, évêque d'Astorga , génie âpre et partisan delà liberté, répliqua que ce n'étaitpas pourdisputer, mais pours'instruire qu'il priait le légat de lui dire de quelle autorité il avait pensé , comme il venast d'en faire l'aveu, à changer un décret qui avait eu l'assentiment des Pères; qu'il avait siégé comme juge dans les différents tribunaux d'Espagne qui étaient présidés par les conseillers de l'enspereur; qu'il n'avait jamais vu qu'aucun de ces présidents se fût arrogé le pouvoir de rien changer aux décrets de tout le corps. Le cardinal, usant alors d'une modération qui, dans ces sortes de combats, blesse plus profondément que ne ferait la violence, reprit qu'il allait se faire un plaisir de répondre à une demande que l'évêque lui adressait si poliment; qu'il n'avait cru faire que ce qui était permis non seulement à un légat, mais uiême à chacun des évêques, lorsqu'il avait proposé, avant la promulgation du décret, d'y apporter un changement qu'il reconnaissait à l'assemblée le droit d'admettre ou de rejeter; que quant à ce qui regardait l'autorité du légat dans le concile il ne pouvait pas lui répondre aussi succinctement ; que celle autorité était trop étendue pour pouvoir être exprimée en quelques paroles ; qu'il pouvait seulement dire en général que, de l'aveu unanime des canonistes, le pouvoir des légats à latere n est cjrconscril que par le droit coiiunun ou par les ordres exprès du
(1) Mémoires de M. Faccliinelli.
HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. 7î
lesquelles elle se voit elle-même convaincue de fausseté; que, pour se déterminer à une approbation formelle de ceux de ces livres qu'ils considéreraient comme canoniques, les Pères avaient l'autorité du dernier canon des
Pontife. Plus cette réponse était calme, plus elle attira de respect à son auteur, et plus elle ût ressortir la légèreté de celui qui l'avait provoquée. Ce dernier garda le silence , et l'assemblée applaudit. ., . ^
4. Ensuite on passa aux matières qu'on apôtres;l exemp.oduconcileîîiirW/ooupour devait avoir à examiner dans la session pro- la plupart ils sont relatés ; celui du concile de chaîne. Le mêmelégat représenta qu'il croyait Laodicce, qui 1 s énumère exactement, et du à propos de commencer par énumércr et re- troisième concile de Carthage , qui reconnaît cevoir les livres canoniques de l'Ecriture, afin la canonicitô des livres de Judith, de ïobie et d'arrêter avec quelles armes on combattrait de l'Apocalypse; qu'on avait, outre cela, un contre les hérétiques, et sur quelle base se pareil catalogue de S. Athanase, de S. Gréfonderait la croyance des catholiques, dont goire de Nazianze, du quatrième concile de quelques-uns vivaient, à cet égard, dans la Tolède, des souverains pontifes Innocent et plus déplorable incertitude; le même livre Gélase, et enfin du concile de Florence, étant adoré par les uns comme l'expression 6. Les légats ne s'accordaient pas sur la du Saint-Esprit, et exécré par les autres deuxième question, et toute l'assemblée se comme l'œuvre d'un imposteur sacrilège. partageait en deux partis à peu près égaux.
On convint de procéder selon les vues du Le cardinal del Monte, suivi de Pacheco (et légat : trois questions furent proposées dans c'était, à dire vrai, celui-ci qui, en pariant les congrégations particulières (1). sur la question précédente, avait le premier
■ ■ ■ ■ donné cette idée), repoussait tout examen
nouveau, quel quil fût. Cervini et P()lus,daccord avec le cardinal de Trente, qui avait aussi, à l'occasion de la première question, exprimé que tel était son avis, pensaient qu'il valait mieux se mettre tout de nouveau à examiner les objections des adversaires pour eu ^ qui mieux assurer la réfutation, ne serait que pour la seule édification des fi- Les preiniers prétendaient que c'était l'udèles, et dont les livres ne seraient acceptés sage invariable de l'Eglise de ne pas revenir connue bons par l'Eglise que sous ce rapport, sur ce qui avait été déjà décidé par les contels que paraissaient être les Proverbes et la elles et par les Pères ; ils rappelaient cet axiome si sage des souverains pontifes Gélase et Léon, que les choses une fois définies n'ont plus besoin d'être traitées; c'était conformément à cette règle que le très-religieux empereur Marcicn avait porté des édits pour défendre de les remettre en question ; il y avait
La première, de savoir si on approuverait tous les livres saints de l'un et de l'autre Testament.
La seconde , si cette approbation se ferait avec ou sans un nouvel examen.
La troisième, soulevée par Bertano et par Seripandi,s'il ne conviendrait pas de diviser les livres saints en deux classes : l'une
Sagesse, que l'Eglise n'avait point encore re connus pour canoniques , quoiqu'ils eussent été souvent cités par S. Jérôme, S. Augustin et d'autres anciens auteurs ; l'autre qui servirait aussi au maintien de la doctrine. Mais cette division, quoique imaginée déjà précé
derament par un certain auteur (2), et soute- <^V assez de discussions dans les conciles pré
vait au fond rien de solide; elle ne parut pas d'autres très-savants auteurs. Pourquoi un même spécieuse, car à peine trouva-t-elle un nouvel examen ? était-ce pour donner au conapprobateur. Aussi nous n'en parlerons pas cile un air de doute sur la légitimité de ces davantage. Ecritures qui sont le fondement des résolu-
5. Quant à la première des trois questions, ^'ons de i'Eglise contre les hérétiques et les on la résolut affirmativement après un léger premiers principes de notre croyance? Etaitdébat. Le cardinal Cervini avait parlé en ce ce pour faire triompher les Luthériens, qui ne
manqueraient pas de se vanter d'avoir, avec leurs arguments, rendu suspectes d'erreur aux catholiques les anciennes décisions des conciles? La discussion est le moyen de trouver la vérité, et quiconque use de ce nmven avoue par là même qu'il n'est point encore en possession de cette vérité.
7. On soutenait de l'autre côté que l'eximen se ferait, non pour découvrir la vérité, mais pour la confirmer; que les Pères n'étaieril pas seulement obligés à nourrir leur intelligence de la sagesse (éleste; qu'ils étaient pasleurs, et même pasteurs des pasteurs, et par conséquent tenus de rendre ces derniers capables d'e.Th<)rte7- selon la saine doctrine et de reprendre ceux qui contredisent; que le dernier concile de Latran fait un devoir aux catholiques de résoudre toutes les difficultés (J^'on oppose aux mystères de notre foi, sup^
pai sens, d'abord dans la congrégation particu lière, et puis dans la congrégation générale (4). 11 dit qu'il n'y avait pas que les hérétiques seuls qui eussent des doutes sur quelques livres de l'Ecriture, que jusqu'à des catholiques en étaient là; qu'on ne connaissait pas la première origine de ce doute, mais que vraisemblablement il était sorti du cloaque de l'hérésie, qui s'étudie à faire passer pour fausses les preuves authentiques par
(1) Le H février.
(2) Voy. z Melrhior Caiiiis , au liv. 2 des Lieux théuUnjiqnes, 0' argmnoni du chap. dO, cl la répoti^e acelai-umcnt, cl.ap. il,()ù il reprend sévèrenieni ta.clau (l'avoir, à la lin de son comnicniaire sur les livres Insioriques de Tancien Teslameiit, rapporté et approuvé celte dislinclion des livres saints.
\'^\}' "L"!^"^*' P''""' les Œuvres deSeripandi. (4) Le 12 février.