‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 232 sur 348 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Disposition des Français et des Espagnols à accepter le concile. — Election du secrétaire ■ et du commissaire. — Leur départ el celui des deux légats. — Passage à Trente deVarchiduchesse Eléonore, et arrivée de grand nombre d'évéques. — Honneurs rendus par le pape aux cardinaux Madrucci el de Mantoue. — Liberté Irès-large accordée à celuici de faire des dépenses , et aux légats en général de faire des aumônes. — Considéra^ lion sur la subvention des évêques quiétaient dans le besoin.

1. Passons des individus aux affaires publiques : c'est de là véritablement que dépend le succès de l'entreprise. En France, la jeunesse du roi , une reine étrangère, les grands qui se disputaient le pouvoir, divisés en plusieurs factions et ne professant pas la même foi , ne faisaient qu'augmenter les troubles. Chaque jour il se passait tant de choses nouvelles, que si je voulais les raconter en détail , elles formeraient une longue histoire. Je ne toucherai de temps en temps que les événements qui seront propres à jeter du jour sur mon sujet. Le besoin toujours plus grand et plus impatient de retard fil bientôt cesser les difficultés soulevées au sujet de la publication du concile par le pape (1) ; les Français se renfermaient dans celte seule et indispensable condition : que l'empereur et le roi catholique y consentiraient. Ayala, ambassadeur de Philippe, était d'accord avec le pape (2) qu'il fallait aller de l'avant el ne pas changer un mot à la bulle que l'on venait de publier.

2. Le pontife de Rome sachant que la meilleure préparation aux grandes entreprises, c'est de les commencer de quelque manière que ce soit , et que plusieurs ne croiraient jamais qu'il parlât sérieusement tant qu'ils ne le verraient pas agir efficacement , avait envoyé ses représentants au concile même, avant que la bulle fût acceptée par les princes. Il pensa que ses meilleurs ministres seraient ses vieux serviteurs, que l'expérience avait aguerris et éprouvés. Aussi il nomma secrétaire du concile Ange Massarelli (3) , qui était devenu évêque de Télèze.

Peu après l'absolution de Morone, San-Fé-

(1) Le cardinal Borromée aux légats, du 16 juin

("2) Le même aux mêmes, 2 juillet 156). . (3) Il lui nommé par le pape dans une congrégation du 5 février, et arriva à Trente le 26 uiar» comme dans le journal.

mn

lice (1), évêque délia Gava, et Foscarari de sonnello, il consulta les évêques'pour savoir

Modène, furent aussi absous en consistoire : quelle réception on devait lui faire; ils furent

ils avaient été emprisonnés sous Pau) IV tous d'avis que les légats iraient à sa rcn-

pour la même imputation. Il voulut non-sou- contre hors la porte, mais sans être précédés

iement qu'ils assistassent tous deux au con- de la croix, et qu'ils le conduiraient au mi-

cile afin d'effacer par cette marque de con- lieu d'eux jusqu'au château ; là, le cardinal

fiance tout soupçon sur leur foi, mais en ou- Madrucci lui offrit un magnifique logement.

tre il nomma le premier commissaire (2), comme il l'avait été du temps de Paul III ; il crut qu'une si longue privation, et tous les maux qu'ils avaient soufferts les avaient suffisamment punis d'une faute qui était plutôt un acte de vivacité que de réflexion , et que ce serait changer le monde en enfer que d'enlever aux hommes tout espoir de pardon. Le 17 mars , la croix fut remise à Seripandi (3) , pour l'envoyer au concile, et

4. Beaucoup d'évêques arrivaient successivement, les uns des Etats vénitiens, les autres du reste de l'Italie; mais l'arrivée de dom Barthélémy des Martyrs, dominicain , archevêque de Braga, premier siège du Portugal, fut un grand sujet de contentement: c'était un homme très-recommandable par sa sainteté et par ses connaissances. Il dit qu'avant de partir, il avait prévenu le roi, non pas pour lui demander son agrément , mais

dans le même consistoire, le pape invita tous par politesse, et qu'il avait loué grandement

les évêques à se rendre à celle sainte assemblée. Le premier [h-] qui s'y rendit fut celui de Crémone, Nicolas Sfondralo, fils de François , qui avait élé marié et devint ensuite cardinal ; c'est de lui qu'il est souvent parlé dans cette histoire. Ce Nicolas , trente

sa résolution ; que bientôt d'autres évêques seraient rendus, parce que le cardinal Henri, oncle du roi , avait eu soin de les y inviter. Ce fut un nouveau sujet d'honneur et de joie que l'arrivée de Thomas Godwell , clerc régulier, évêque de Saint-Asaph, en

ans plus tard, monta pour quelques mois seu- Angleterre; mais elle causa un grand dé-

lement sur le trône pontifical, sous le nom de plaisir à la reine, qui se vit méprisée et

Grégoire XIV. méconnue comme chef de l'Eglise anglicane,

3. Le pape sentit augmenter (5) son cou- à cause de son sexe : c'est là une corde trop

rage et son zèle pour cette entreprise à la sensible pour l'orgueil des femmes aux em-

réception des nouvelles lettres de Ferdinand : plois virils.

de son acceptation dépendait celle des autres, 5. Cependant le souverain pontife excitait

ainsi que nous l'avons dit. Elles arrivèrent à à l'œuvre par les marques d'honneur, et ea

Rome sur la fin de janvier ; elles approu- procurant tous les secours nécessaires à

valent en tout la bulle, et promettaient le secours du roi pour le concile qui y était convoqué : aussi le pape ne voulut pas que ses légats tardassent davantage, mais qu'ils prévinssent les autres. Ils arrivèrent à Trente le 16 d'avril (6) : leur entrée fut solennelle et remarquable autant par la dévotion et le

ceux qui devaient être les principaux instruments de l'entreprise. Pour ce qui tient aux distinctions, il envoya le chapeau au cardinal Madrucci : il n'attendit pas qu'il vînt le recevoir à Rome; il confia au cardinal de Manloue l'honneur insigne de le lui placer solennellement sur la tête. Touchant les com-

grand nombre des peuples circonvoisins que modilés de la vie, par une lettre du 12 juillet,

par la magnificence du cardinal Madrucci, il donna plein pouvoir au même cardinal de

évêque et seigneur de cette ville. Cependant Mantoue de dépenser toutes les sommes qu'il

le nombre des prélats présents fut bien pe- croirait nécessaires pour le service de Dieu

tit : neuf seulement s'y trouvaient, et aucun et coite sainte affaire; ajoutant que si cela

ambassadeur royal ; mais peut-être est-il plus chargeait son trésor, il se retrancherait dans

honorable pour les légats d'y avoir attiré les autres dépenses, pour subvenir à un si

cette multitude d'évêques et de grands personnages que de les y avoir trouvés. Trois jours après, Eléonore d'Autriche, fille de l'empereur, qui venait d'épouser le ducGuillaume, neveu du premier légat, passa par cette ville. Voulant agir avec plus de circonspection dans cette affaire qui lui était per-

(1) Au 29 mai 1570, comme dans le journal.

(2) Il partit de liome le 2(i janvier et arriva à Trente le 14 lévrier, journal.

(3) Actes consistoriaux.

(i) Le dimier mars.

(5) Le [lape montra les lettres de l'empereur , à l'ambassadeur Amuiius, le 2 février 1301, et après les avoir fait lire dans ime congrégation , il lui en remit une copie pour la faire parvenir au sénat, ce qu'il fit le 14, comme il conste par la date de ses lettres.

(6) Lettre des légats au cardinal Borromée, 17 avril 1561, et Actes du pontificat de Pie iY,vol. G. nous le citerons aussi pour les autres actes publics du concile, jusqu'au 15 juillet 1563. Quoiqu'alors on cite en marge d'autres écrits ou plus connus ou plus déiaillcE.

grand besoin. Il permit à tous les légats de faire toutes les aumônes qu'ils voudraient, sans leur fixer aucune borne. Elles tombaient en grande partie sur les évêques pauvres, dont les faibles revenus n'étaient pas suffisants pour faire face aux grandes dépenses que nécessitait leur entrelien à Trente. La cherté des vivres provenait de la stérilité du sol, qu'augmentait encore le grand nombre de ceux qui s'y Irou valent réunis; le pape dut, en conséquence, payer le voyage à plusieurs, et leur fournir en outre un secours mensuel qui allait ordinairement à vingtcinq écus d'or. Le pape avait témoigné le désir que ces secours se distribuassent avec le plus de secret possible, pour que ceux qui les recevaient n'eussent pas à en rougir, et que les méchants ne pussent lui reprocher injustement qu'il avait beaucoup de voix à sa solde. Mais ce qui est connu de plusieurs peut difficilement ne pas parvenir à la connaissance de chacun : aussi cette dépende

que le pape supporta avec tant d'incommo- vé que la raison d'Etat avait bien un peu dite, pour ne pas manquera la charité et à la refroidi son zèle , mais nullement altéré sa décence, fut un sujet continuel de murmure foi. Les fauteurs de l'hérésie parlaient sans pour les hommes malintentionnés. Mais , au cesse d'assembler un concile national , pour reste , les personnes sensées voyaient très- faire établir une religion particulière pour bien que ce secours était si faible , que les la France et entièrement indépendante do évêques auraient bien préféré, suivant les Rome, dont on ne demanderait l'agrément ni idées du monde, s'exempter, à titre de pau- pour son établissement, ni pour son exercice, vreté, des incommodités de ce séjour, et de Cet état de choses fit penser au souverain la rigueur de ce climat, pour jouir des corn- pontife que ce royaume avait besoin de la modités que leur offraient leurs propres mai- présence d'un légal d'un grand talent pour

traiter d'affaires aussi épineuses et aussi importantes, et en même temps d'une grande injluence dans le pays : car sans celte qualité, sa capacité le mettait à même de bien discourir, et non do déterminer. Il crut avoir rencontré tous ces avantages dans le cardinal

sons. Ce n'est pas à dire, pour cela, qu'ils vendissent leur consience, leur honneur et leur liberté, et qu'ils voulussent sacrifier les avantages perpétuels qu'ils pouvaient honnêtement se procurer en relevant le pouvoir épiscopal. Chaque jour quelques-uns d'entre eux alléguaient différentes raisons pour HippolytedeFerrare; il pJTssail pour l'homme obtenir la permission de se retirer ; et comme le pluï prudent, et plusieurs fois il fut sur le

elle leur était refusée, ils n'étaient point con tents de cette faible subvention : aussi c'étaient des plaintes continuelles de leur part : ils demandaient des secours plus fréquents et plus abondants; et si le respecl de la réputation du prochain ne me le défendait, je pourrais faire voir que c'étaient ceux-là qui eau

pointd'être investi du souverain pouvoirdans l'Eglise ; sa belle-sœur, femme du duc Hercule, était fille de Louis XII ; et sa nièce avait épousé François, duc de Guise. Pour lui , il avait toujours eu comme la haute surintendance dans les affiiircs les plus importantes de la France à Rome et dans toute l'Italie.

saienl plus d'ennui et de peine au souverain On ne pouvait donc choisir pour ce poste

pontife et aux légats dans les discussions du un personnage plus recommandable par son

concile. Qu'il me soit permis d'en citer un crédit et sa noblesse, ni plus puissant par

seul, auquel les lois de l'histoire ne veulent ses alliances ;à toutes ces qualités il joignait

pas que je pardonne : c'est Antoine Ciurelia, encore celle qui est la première dans les

évêque de Budoa. Les évêques avaient bien ministres, je veux dire l'amour pour son

plus d'affaires d'intérêt avec les princes se- prince, qui venait tout récemment de resser-

culiers dans les Etals desquels se trouvaient rer ces liens par la dignilé qu'il avait con-

cnfermées toutes les rentes ecclésiastiques et férée à son neveu Louis. Il fut nommé à cette

patrimoniales, aussi bien que la fortune et la légation (1) le 2 de juin , et le 26 il reçut la vie de tous leurs proches. Mais si les souverains pontifes tiennent leurs mains fermées, on les accuse de sordide avarice ; s'ils sont généreux, on leur impute un trafic sacrilège.

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