‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 233 sur 348 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Nouveaux dangers que court la religion en France. — Légation du cardinal de Ferrare. — Arrivée des évêques espagnols et du 'égal Hosius à Trente.

1. Je dois maintenant reprendre les événements de la France et m'y arrêter quelques temps. Les hérétiques de ce royaume profitaient de la faiblesse du gouvernement pour travailler avec ardeur àavancer leurs affaires. Chaque jour ils faisaient, je ne dirai pas quelques pas , mais de grands progrès. La reine, femme d'un esprit élevé, mais possédée, dit-on, par l'ambition do dominer (ce qui rend très-pusillanime), favorisait les uns et les autres; jalouse de la puissance des Guise, elle tâchait de s'attacher ceux de la faction contraire; et connaissant le crédit dont jouissaient auprès de ces derniers Pierre Martyr et Théodore de Bèze, les chefs de ces hérétiques, elle montrait trop de facilité et de plaisir à les écouter, et faisait soupçonner sa religion (1). Cependant les faits ont ensuite prou-

(I) "Dès te commencement de l'année 1561, Jean Quentin, protesseur de droit canon à Piiris, adressa à Uiaiks IX, eu présence de trois ordres, uDe haran-

gue dans laquelle il lui reprcsen'ait l'état déplorable de la religion en France et les atienlat'^ horribles des liérétiqurs, qui iravnil!aii>nt à la détruire, et le suppliait de ptendie les moyens les plus efficaces pour détruire Terreur el coiiseï ver en France la religion qu'on y suivait dt-puis si iongienips. Rainaldi place ce discours en l'an 1561, n. 8-2. Au lieu d'écouter ces salutaires avis, la reine Ciitlierine, qui voulait régner à tout prix, voynnt (im; les cnivinisles, liérétiiiues de France, pouvaiciil la soutenir, le-; déléndiiavec zèle. Aussi elle eut soin de faire abnlir les liiis étihliespar François II ei les autres rois contre les héréliqui^s. On anéta aussi (paroles du décret) que ceux qui avaient é é mis en prison pour cause de religion, seraient relàcliés , et que personne ne pourrait se periiiellre aucjine iuMilte contre l 'urs personne- , leurs biens ei leur religion. La secte prit tant d'audace qu'elle insultait publiquement les catholiques on leur ciiant papistes, et les calborKines les appelaient huguenots. I^a Friince étiiit ainsi (ii\isé(! en deux partis, et des paroles on en vint à Pépée ; une guerre civile élaii in)minente. Tel était l'élat de la Franc e ; pour remédier à ces maux, le pape jugea à prop.is d'y envoyer un légat, comme nous allons le dire.

(1) La lettre qui apprenait nu cardinal de Ferrare sa légation, est citée par Uainaldi au n. 87. Le pape ne se contenta pas d'envoyer un légat en France ; mais désirant ardemment de réparer les maux de la France et de rétablir la leli^ion catholique, il écrivit des lettres très-importanies au roi Charles, à Antoine de Navarre qui partageait l'aiilorilé avec Catherine, au prince de Condé, pour les engager à contribuer de tout leur pouvoir à l'extirpation de Tliéiésie, à soutenir le légat pour l'aider à réussir plus facilement dans sa mission. {Voir ces teliies dans Ruit naldi au lieu cité.) •

niSTomt: m concile de trente.

croix poor partir. Il passa par Florence et fil part de sa mission au duc; le pape avait en lui beaucoup de confiance et s'était lié depuis peu avec la reine son épouse par une étroite amitié. Il offrit d'employer tous ses bons offices auprès de Catherine et de la tranquilliser avant tout sur l'article le plus délicat : que le pape ne pensait nullement affaiblir son autorité dans l'administration du royaume. Il conseilla au cardinal de ne rompre qu'à la dernière extrémité ; de chercher plutôt à gagner du temps jusqu'à ce que le roi, sortant de l'enfance, prît en mains les rênes du gouvernement; s'il arrivait une rupture avant celte époque, disait-il , le roi commencerait à excercer le pouvoir dans des sentiments peu favorables: le jour même qu'il commencerait à régner, il regarderait le pape comme un ennemi et non comme un père: tandis, au contraire, que s'il attendait jusqu'alors, tantôt en tolérant, tantôt en combaltant, le roi écouterait alors volontiers les avis du souverain pontife, croyant qu'il avait été mal servi par ses ministres, qui n'auraient cherché que leurs intérêts particuliers dans ces révoltes conlinuellesque leur audace avaitsuscitéesconlre sa couronne et le siège pontifical.

2. Toutes ces idées s'alliaient admirablement à celles du cardinal : aussi il usa en France de tant de ménagement que plusieurs l'en blâmèrent, et surtout Granvelle , auprès du nonce Gommendon. On lui reprochait trop de déférence pour les hérétiques, son

3. Mais comme les effets remportent sur les promesses, aussi l'arrivée des évêques d'Espagne les remplit d'une plus grande joie que les nouvelles de France. Le premier qui se montra fut Aciedo Moya de Contreras, évéque de Vich en Catalogne , homme instruit et rassis. Il arriva le 26 septembre et montra la lettre du roi, qui lui ordonnait de partir et de faire toutes ses diligences; il disait aussi que dans le court trajet qu'il avait fait d'Es- 1 pagne en France, il avait rencontré quatre ' autres évêques espagnols qui se rendaient au concile ; ils arrivèrent en effet bientôt après avec d'autres de la même nation.

4. Les prélats italiens étant plus rapprochés de Trente, et sous l'obéissance immédiate du pape, devaient donner l'exemple aux autres. Le pape Pie les pressait instamment de partir, et le cardinal Borromée, pour les engager à le faire plus volontiers, leur remettait des lettres de recommandation pour les légats, dans lesquellesiileurdisait d'employer envers eux tous les procédés les plus honnêtes et les plus propres à adoucir les désagréments d'un pays étranger et incommode. On s'appliqua avec soin à enlever aux prélats d'au delà des monts l'envie de ne point coopérer à l'entreprise en s'autorisant de l'exemple de beaucoup d'Italiens : et pour cela les légats dirent au pape qu'il convenait qu'il obligeât les prélats de la suite du cardinal de Ferrare à se rendre à Trente ; que s'il ne le faisait, ceux de France pourraient alléguer qu'ils avaient des raisons

amitié et ses rapports intimes avec le prince bien plus fortes pour ne pasquitter leur pays

de Vendôme (c'est ainsi que les Espagnols que ces prélats qui n'étaient la que pour

appelaient le roi de Navarre) ; il avait en cela, faire honneur à l'ambassadeur. Le pape se

disait-on, plus de déférence pour les volontés conforma à leur avis.

de la reine que de zèle pour défendre la di- 5. Les légats conseillèrent au pape quel-

gnité du pape. Le roi Catholique d'un côté et que chose de plus important : ce fut d'appeler

l'empereur de l'autre ne cessaient d'encou- à Trente le légat Hosius , qui était a la cour

rager la reine à défendre avec force les in- de l'empereur. Celui-ci en eÛet, ayantdit qu il

térêls delà religion. Le second lui écrivit enverrait ses représentants au concile, il

une lettre qui respirait un grand zèle ; il en restait peu àJaire dans ce pays ; et suppose

envoya une copie à Rome, et le pape la fit qu'il y eût encore quelque chose, le nonce

passer aux légats ; le premier, profilant de JJelfini pouvait le terminer, tandis que la

ce que la reine l'engageait, par l'organe de l'envoyé de France, à consentir au départ de ses évêques pour le concile, lui répondit gravement que, relativement au concile, elle avait pu voir les prélats espagnols traverser la France , pour se rendre à Trente, et qu'il l'engageait à se hâter, elle aussi, à envoyer les siens. « Quant à l'ambassadeur, disait-il, il ne doit point se rendre importun. » Mais pour les affaires de la religion, l'ambassadeur devait renouveler chaque jour ses instances auprès de la reine et des ministres, sans outrepasser néanmoins sa volonté ni les ordres qu'il avait reçus. Bien que la reine fut prévenante envers les hérétiques, elle n'aurait pas voulu indisposer le pape contre elle ; elle le rassurait contre toute crainte et lui disait même par écrit qu'elle était disposée à envoyer les évêques au concile, et qu'elle ne les avait appelés que pour cette seule affaire. Lorsque les légats eurent connaissance à Trente de ces dispositions, ils sentirent augmenter leur courage.

présence d'Hosius à Trente, quelque temps avant l'ouverture, était très-nécessaire : ils pourraient alors s'entendre à régler tous les trois ensemble bien des choses qui avaient rapport au concile, soumettre leurs idées au pape, connaître ses intentions et les remplir ausbilôtqueleconcileseraiten activité: «Car, écrivirent-ils, si tandis que les Pères seront à l'œuvre, on suspendait les discussions pour les soumettre au souverain pontife, ces délais seraient comme une eau froide, trèsdésagréable pour ces esprits échauffés et bouillants, et fourniraient le prétexte aux luthériens de renouveler leur calomnie : que le concile n'était pas libre , et que les déterminations se prenaient à Koore , bien plus véritablement qu'à Trente. Cette calomnie) est bien gratuite : car la liberté exige en effet que les Pères consentent librement aux décisions , mais non qu'elles soient prises à l'insu et sans le consentement du pape,- qui est le chef. Cependant, puisque c'est là une accusation très-commune, il convient d'enlc

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ver Jusqu'au plus léger prétexte; la charité, qui est prudente, défend non-seulement de faire le mal, mais tout ce qui peut porter le prochain au mal. »

au pape. Le cardinal Trente, où il arriva le entrée sans pompe et pourvu de vivres pour deux mois. C'était une libéralité du premier légat, qui unissait aux richesses d'un grand seigneur la libéralité d'un prince, union qui est le principe des plus magnifiques actions ; car les richesses sans la libéralité rendent méprisable, et la générosité sans une grande fortune est un sujet de ruine.

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