‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 234 sur 348 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

6. Ce conseil plut Hosius fut mandé à 20 août; il fit son trouva son logement

remplissait les fonctions de légat dans leur patrie( j'ai déjà dit que ce cardinal était celui qui m'avait le plus engagé à écrire cette Histoire). Ils savaient que c'était le seul présent qu'il pût accepter et lui être agréable. Soave donne à comprendre qu'il a eu connaissance du premier de ces trois petits ouvrages ; mais s'il l'a lu , il a soin de taire tout ce qui pourrait être à la louange du concile ; et pour le reste, manquant de données plus sûres et plus détaillées, il raconte tous ces événements d'une manière peu fidèle. Comme il arrive dans ces longs récits d'affaires importantes, retracés par des intelligences médiocres, que le défaut de mémoire, de connaissance ou de jugement fait tomber dans bien

des erreurs , dans beaucoup de défauts et ré-

Arrivéedti cardinal Simonetta, quatrième légat, pand une grande confusion sur tout l'ou-

— Lettre écrite de la main du pape et ap- vrage, ainsi cet écrit, sans le secours des

portée par ce légat à ses collègues. — No- deux autres , a fait commettre plusieurs er-

tice sur Philippe Musotli, Aslolphe Servan, reurs à Soave. En général, quand il se (rompe,

Gabriel Paleotto , Muzio Callino. Fray y '" "-'--" — '-" — "'"-• — ^ •

Gilles Foscarari, Pierre Gonsalve Mendoza , Charles Yisconli, sur plusieurs orateurs des princes et autres personnages desquels fauteur a tiré tous les faits qui méritent d'être racontés dans cette histoire.

je m aperçois que ce n'est pas à dessein; mais c'est qu'il écrit d'après des mémoires abrégés et qui ne donnent, pour ainsi dire, que la quintessence des choses, comme un peintre qui voudrait représenter en grand un animal énorme dont il aurait vu la figure

— Difficultés soulevées et apaisées pour sa- dans une fort petite image.

voir si l'on accorderait aux évéques la 2. Dans la lettre dont nous avons parlé ,

permission de porter Vaumusse, et sur la place plus distinguée de l'archevêque de Braga , en qualité de primat. — Destination d'Altemps, sixième ou cinquième légat. — Décrets dressés par le pape au consistoire sur l'élection du futur souverain pontife, appartenant au collège et non au concile. Autres décrets : le pape ne peut choisir son successeur ; les absents n'ont point voix au concile.

1. Le conjseil que les légats avaient donné de faire venir Hosius inspira au pape le dessein de mander également le cardinal Simonetta, et pour le même motif ; car du Puy était atteint de ces infirmités qui, dans un an , le conduisirent au tombeau ; aussi Simonetta,

outre ce que le pape écrivait aux légats par son secrétaire, se trouvaient les lignes suivantes tracées de sa propre main : Nous ne serons pas abondant en paroles, parce que nous voulons présenter des faits. Or donc nous avons beaucoup attendu les princes, il ne faut plus retarder ; ouvrez au plus tôt le concile au nom de Dieu . et allez en avant avec la plus grande célérité , continuant le concile de Trente. Nous n'en rejetons aucun point de droit divin ou positif; nous désirons que l'on tienne un concile digne d'un homme de bien, digne d'un bon pape et d'un bon chrétien. Nous n'avons en vue que le service de Dieu, celui de la foi de notre rcliqion catholique, l'avantage général des chrétiens et l'honneur

ayant été prévenu, ne tarda pas de partir, et de ce snint-siége qui m'intéresse et vous aussi.

parut à Trente au commencement de décem- Notre but est de clore ce concile, de le confir-

bre. Il porta à ses collègues une lettre de la mer et de le mettre à exécution; et par là

main même du souverain pontife. Le contenu, nous montrerons notre désir pour l'union <>

que nous donnerons, se trouve dans la rela- tous les bons catholiques et la paix constante

lion abrégée du concile pendant les années des chrétiens, afin que nous puissions servir

de Pie, écrite par un secrétaire du cardinal Dieu avec plus de fidélité et tourner toutes

Scripandi, qui était un noble Bolonais appelé nos forces contre les infidèles. Si Dieu accom-

Phiiippe Musotti. Les légats l'avaient chargé plit notre souhait, nous mourrons avec plaisir

de porter de l'un à l'autre les lettres qu'ils et avec joie.

recevaient, ainsi que les réponses qu'ils y 3. Celte lettre éclaira et encouragea tout à

faisaient. Cet emploi le mettait à même d'à- la fois les légats ainsi que les Pères, auxquels

voir de bons renseignements, et cette facilité elle fut lue. De tout côlé l'on entrevoyait les

de puiser aux sources l'a engagé à compo- plus heureuses espérances: l'assemblée se-

scr trois écrits propres à faire coimaître cette rait aussi brillante qu'utile; outre les évê-

scr trois écrits propres

assemblée mémorable. L'un est cette relation historique dont j'ai parlé; le second est comme un journal des actes et des congrégations ; le troisième est la réunion de différentes pièces qui furent dressées dans ces conférences et qui jettent le plus grand jour sur le fond des affaires. Ces écrits passèrent à ses héritiers, et ceux-ci en firent présent au cardinal Bernardin Spada, peîtdanl qu'il

CONC. DE TR^i^TE. II.

ques, il se trouvait à Trente beaucoup de personnages d'un mérite distingué Au service du cardinal de Manloue était François Bursat et Frédéric Pendasio; le premier était très-versé dans les lois, et le second excellent péripatéticien, bon théologien et digne d'une éternelle louange pour avoir su élablir, d'après la philosophie d'Arislote, que l'àme de l'homme était immorlel'e comme tous les

{Trente-deux.)

esprits, au lieu de la l'avalcr, avecEpicure, à la condition péiissable des bêtes; il était secrétaire du cardinal. Camille Olivo servait aussi de secrétaire commun aux légats. J'ai sous les yeux la copie de leurs lettres, je les citerai à la marge de ce livre. J'ai lu les o:iginaux que l'on conserve dans les archives du Vatican; Innocent X m'en a permis l'entrée. Je dois cette faveur à la bienveillance de Constance Centofiorini, maître du sacré palais et gardien en même temps de ces archives ; il quitta ensuite le monde et devint mon compagnon de cloître ; il ne pouvait jamais me laisser seul dans la salle, et cette obligation le força bien souvent de se dérober à ses occupations journalières et importantes pour me prouver son amitié et combien il s'intéressait à mon ouvrage. Ce privilège me permit aussi de lire les lettres et les écrits secrets qui furent envoyés successivement du palais aux nonces en commun, ou à chacun en particulier; de prendre connaissance d'une inflnité de réponses et de pièces très-importantes ; outre celles du registre mentionné dont j'avais eu la copie d'autre part, et que je trouvai Cdèles en les comparant aux originaux.

k. Il y avait aussi au concile deux des principaux officiers du pape : Gabriel Pa- Icotto de Bologne, auditeur de rote, et Sci-

pion LancellulideRome, avocatdu consistoire écarté du fil, mais non du but de notre récit, des cardinaux; ils méritèrent et obtinrent Après l'arrivée à Trente d'un grand nombre tous deux la pourpre. Le premier fut sur le de prélats espagnols, il se présenta deux in-

Salamanque , qui assista au concile, m'ont fourni de riches matériaux; je dois citer aussi les lettres nombreuses de l'empereur Ferdinand et de ses orateurs ; celles du roi et de la reine de France et de leurs représentants ; beaucoup de lettres écrites par le roi catliolique, un registre de l'ambassadeur de Florence, formé pour le prince qu'il représentait, un autre de Fray Gilles Foscarari évêque de Modène au cardinal Morone, juscju à l'époque où celui-ci se rendit à Trente en qualilé de légal ; un troisième , plus complet et plus détaillé , écrit de la maiu de Muzio Callino, archevêque de Zara,!t envoyé au cardinal Louis Cornaro ; un trèsgrand nombre de lettres écrites au cardinal Borromée par beaucoup de prélats ses amis, surtout par Charles Visconti, évêque de Viiitimille et ensuite cardinal , et par Baslien Gualtieri, évêque de Viterbe,qui avait été nonce en France et qui fut le principal instrument des négociations avec les Français. Je pourrais nommer quantité de mémoires dignes de foi, d'où j'ai tiré tout ce que j'ai cru devoir rapporter de ces événements qui se sont passés en différents lieux, mais qui se rapportent tous au même but, selon que l'occasion s'en présentera, je citerai ces écrits

et je dirai chez qui ils so conservent. 5. Terminons cette digression qui

nous a

point d'être nommé pape, et se rendit très reconimandable par ses vertus et par ses écrits, parmi lesquels on remarque , outre tous ceux qui ont été imprimés, la relation Irès-soignée de toutes les questions qui furent agitées dans cette dernière réunion du concile à laquelle il assista; ses héritiers en firent présent à Urbain VIII, qui la céda à son neveu François Barberini. Celui-ci a eu la bonté de me communiquer cet écrit et beaucoup d'autres, ainsi que des manuscrits Irès-rares, qui sont les trésors que son avarice, digne d'éloges, lui a fait amasser pendant les longues années de sa puissance. Avec cette relation, j'ai obtenu de lire et d'avoir à ma disposition les actes authentiques du concile que l'on conserve au fort Saint- Ange ; c'est Sa Sainteté Alexandre VII qui me les a fait remettre. Ce pontife, plus libéral que son prédécesseur, m'a permis de garder chez moi ces écrits et d'autres encore, pour mettre en ordre beaucoup de passages de cet ouvrage que j'avais ébauché avant son exaltation. Un livre encore qui m'a beaucoup servi, c'est un excellent journal de tous les faits publics relatifs au concile et aux autres affaires qui se sont passées à Trente, Je dois la communication de celte pièce et de beaucoup d'autres à l'obligeance du prince Marc-Antoine Borghèse. Ce journal avait été écrit par Astolphe Servan, sous les ordres du secrétaire Massarelli , et qui, dans la suite, sous le nom de Fray Valentin, religieux franciscain réformé, fut employé par son ordre en différentes affaires. Les mémoires de Pierre GonsalvoMendoza,évêquo de

cidents qui firent craindre du trouble aux légats (1); le premier est d'autant plus digne d'être remarqué qu'il est plus insignifiant par lui-même. Cela montrera que dans les affaires les plus imporlanles il n'y a rien de si léger qui ne puisse devenir très -grave par ses suites (2). Voici l'occasion : Pierre Guerrero, archevêque de Grenade, homme d'esprit, mais entêté, le même qui se trouva au concile, comme je l'ai remarqué, sous le pape Jules, demanda aux légals, tant en son nom qu'en celui cle ses compatii^tes, la permission de porter à Trente le petit manteau que l'on appelait communément l'aumusse.

La raison qu'il donnait à l'appui de sa demande était qu'ils ne pouvaient renoncer à une chose qu'ils pratiquaient dans leur pays, où les prélats ont coutume de porter cette aumusse, même hors de leur .diocèse. Les légats avaient reçu tout récemment l'ordre de n'en permettre l'usage à aucun évêque; premièrement parce qu'il était contraire à la coutume de l'Italie, où les évêques se trouvaient alors ; secondement parce que ceux des autres nations ne la portaient pas, ce qui produirait à T.'-ento une difformité désagréable , si on y voyait quelques Espagnols avec cet habit; et enfin, parce que dans les deux convocations précédentes, dont on devait conserver les usages , les Espagnols eux-mêmes s'en étaient abstenus ; l'exemple

(1) Leure des légats au cardinal Borromée, 1.^ déceinl)ie 15G1. Actes de Paleollo, ("2) Lelire du eaidiiial Bononiéc an cardinal de

M.iiiioiii-, ii!) iiov(!iiil)re IJiCI.

il était d'accéder au désir des Espagnols, les avis avaient été unanimes pour le refus; le sacré collège avait compris que pour quelques prélats, très-honorables d'ailleurs, il ne convenait pas de changer l'habit que tous les autres portaient habituellement, ni de permettre à quelques-uns un habit différent de celui de tous les autres : lorsque les Espagnols, disait-il, auraient obtenu de se vêtir à leur manière, les Français, qui portent le rochet comme les légats, voudront en faire autant, de sorte qu'on introduirait une diversité d'usages très-opposée à cette uniformité que les Pères devaient montrer en tout; de plus, les Espagnols insistant fortement pour que le concile se déclarât la continuation des réunions précédentes, il leur convenait plus qu'à tous autres d'observer religieusement ses décrets et même ses usages. Le pape n'a pu , ajoutait-il, dans une chose si remarquable et si sensible, prendre une décision sans consulter les cardinaux, ni agir contre leur sentiment; au reste il est disposé à donner à ces dignes prélats des marques de sa bienveillance sur des articles bien plus importants.

î. Cette lettre jeta les légats dans un épouvantable embarras : s'ils prévoyaient auparavant combien les Espagnols supporteraient avec peine un lefus, pour lors ils regardaient comme intolérable de les priver d'une faveur dont ils jouissaient, car la privation d'un bien dont on a joui est plus sensible que celle du bien que l'on désirait. Quel tort nesouflriraicnt pas les légats dans leur répuet talion si, dès l'ouverture du concile, ils pour cette raison s'en servissent coaime dans étaient forcés d'avouer qu'ils avaient manqué

qu'ils alléguaient des prélats réguliers qui portaient l'aumusse partout était sans force, parce que, chez ceux-ci, ce n'est pas une marque de distinction, mais seulement de religion, elle remplace le rochet.

6. Cependant les légats n'avaient pas voulu publier cette défense, soit parce qu'ils espéraient d'obtenir plus facilement des Espagnols, comme une marque de déférence, ce qui leur eût été plus pénible de céder à une obéissjince forcée, soit aussi parce que avant que cette défense leur fût parvenue, connaissant le désir des Espagnols, quoiqu'ils n'eussent point encore formulé leurdemande, ils avaient écrit à Rome, et donné toutes les raisons qui pouvaient leur faire obtenir cette permission; c'est ainsi qu'en usent ordinairement les ministres qui sont à l'œuvre, et à qui il appartient d'interposer leur autorité pour aplanir la difficulté que le prince surmonte par sa pensée, et rechercher les commissions les plus gracieuses, qui sont les plus faciles à remplir. La requête des Espagnols fut présentée dans un mom'ont inopportun : n'ayant pas encore reçu de réponse de Rome, les légats ne pouvaient violer l'ordre qui leur avait été intimé; ils n'auraient pas voulu non plus, en le faisant connaître, jeter des semences de trouble dans l'assemblée. Le lendemain matin, le courrier de cardinal Borromée arriva à Trente : il porta la réponse à la lettre des légats sur cette affaire, dans laquelle il était dit que le pape ne verrait pas avec déplaisir que tous les évêques portassent l'aumusse, parce qu'ils étaient là comme

en fonction

exerçant une magistrature

leurs propres diocèses; que cependant il prendrait l'avis des cardinaux, mais (ju'en attendant, ils ne devaient pas l'interdire aux Espagnols. Les légats comprirent que par cette lettre le pape permettait aux Espagnols de la porter, et qu'il suspendait sa (lécisiou relativement aux autres prélats ; libres alors de toute inquiétude, ils accordèrent avec joie la permission demandée. Ce fut pour les évc-

d'intelligence et de prudence en manifestant les ordres reçus? Ils écrivirent de nouveau, à Rome et présentèrent les instances les plus vives, mais pleines de respect, et d'autant plus fortes qu'ils se montraient prêts à obéir si le pape persistait à refuser cette demande qui les regardait plus que les Espagnols mômes. Quoique la délibération eût été prise à l'unanimité pur le sacré collège, et d'après

ques d'Espagne une fête extraordinaire ; ils l'avis du cardinal de la Queva, Espagnol, qui

commencèrent à assister à la chapelle, où ils ne se montraient qu'en bien petit nombre. Mais cette joie causa bientôt aux légats une nouvelle inquiétude plus grande que la première, parce que le sens de la lettre n'était pas celui qu'ils avaient cru apercevoir dans la contexture équivoque des paroles , ou tel que leur désir le leur faisait souhaiter; on avait voulu montrer seulement l'inclination, et retarder la décision pour tous, de manière que les légats ne devaient point tolérer, en attendant, cet usage du côté des Espagnols sans qu'ils y eussent été positivement autorisés. Cependant l'affaire était soumise, à Rome , à une assemblée générale des cardinaux (11 décembre 1561) : elle décida que cet habit de dessus, dont on ne se servait pas dans d'autres occurrences semblables, devait être interdit à tous ceux qui étaient au concile. Le cardinal Rorroméc écrivit, en coiiséquence, aux légats que, malgré le soin que le pape avait eu de montrer la disposition où

avait fortement combattu la prétention de ses compatriotes, le pape voulut les contenter, et l'on regarda l'erreur dans laquelle ils étaient tombés comme une de ces fautes heureuses, et propres à dissiper les dissensions qui au commencement des assemblées sont si funestes , forcent les membres à se séparer, ou contrarient l'œuvre principale. Les Espagnols, au comble de la joie d'avoir obtenu ce privilège, se montraient partout avec l'aumusse; mais ils savaient en même temps se soustraire à la jalousie que pouvait faire naître cette singularité si remarquable en s'habillant conformément à la simplicité ecclésiastique, et en ne portant jamais de la soie. La conduite était conforme à un habit si modeste ; les autels étaient sans cesse occupés par ceux de cette nation qui célébraient les saints mystères : ils montraient dans toutes leurs actions une piété exemplaire, et dans les sentiments qu'ils émettaient une instruction très-solide au iujïpmcnt

de tout le monde. Afin que les prélats italiens ne se trouvassent pas en leur présence dans un costume négligé et pauvre, on régla qu'à la messe , et dans les visites qu'ils feraient aux légats, ils porteraient le rochet : ce qui avait été réservé jusque-là pour l'assistance aux chapelles.

8. Le second incident fut que Fray Bartliélemy des Martyrs, dominicain, archevêque de Braga, prétendait, en sa qualité de primai du Portugal et de toute l'Espagne, à la préséance sur tous les autres archevêques, quoique plus anciens que lui dans l'épisco-

bîiques. L'archevc(iue de Grenade embrassa aussi ce parti et n'assisiail qu'aux chapelles, l^e Portugais plia p'iis facilement, parce qu'il s'était parlé de lui donner le pas sur les archevêques , en qualité de primat, sinon d'Espagne du moins du Portugal ; mais il apprit , par des relations particulières , que les évêques de sa nation lui conleslaient, ce qu'il ne pouvait prouver d'ailleurs, qu'il jouissait de cette primatie au milieu des siens et qu'il en eût jamais obtenu le droit ou l'honneur. Enfin , sur l'avis des légats , le pape donna un bref qui voulait que l'on eût

pat. 11 avait, à la vérité, contre lui l'exemple égard à la- seule ancienneté dans l'cpiscopal.

du concile tenu sous Paul, dans lequel les primats de la Gothic , de l'Hibernie et d'autres pays avaient pris place parmi les archevêques selon leur ancienneté; il répondait à cela que quelques cas particuliers ne pouvaient pas nuire à l'ordre entier des primats, qui doivent avoir le pas sur les simples archevêques, ainsi que les patriarches, \oulant honorer un prélat qui avait donné des preuves si éclatantes d'obéissance envers le souverain pontife, et de zèle pour le concile, comme nous l'avons remarqué, et, dans sa personne, un roi et un royaume très-chréîiens, le cardinal Morone, par l'ordredu pape, engagea et décida Fray Bastien Leccavela, dominicain aussi, mais durit grec, archevêque deNicée, à céder au-^ortugais, malgré les droits qu'il avait; mais l'archevêque de Grenade ne fut pas si facile à se rendre : il prétendait que l'archevêque seul de Tolède était primat d'Espagne. Celte dispute avait commencé sous Honorius III, et aucune décision n'était encore intervenue.

9. Le souverain pontife penchait d'abord pour l'aichevêque de Braga , mais il voulait que l'atï'aire fîit examinée avec soin par des hommes savants. Il se tint une congrégation à ce sujet ; on ne put rien décider , et il fallut un nouvel examen , après quoi on écrivit que le pape aurait décidé la question dans la première réunion qui aurait eu lieu, mais que les raisons du Portui2;ais ne lui paraissaient plus aussi fortes qu'auparavant, parce qu'il nélait pas même prouvé que sa primalie fût reconnue en Portugal. On accorda successivement de nouveaux délais aux ambassadeurs des deux rois ; chacun d'eux défendait son prélat, et demandait du lenq)s pour faire valoir ses droits. Ils étaient plus occupés , comme c'est l'ordinaire dans de semblables disputes , à ne pas se laisser dépouiller qu'à vaincre. De Borne on donna ordre aux légats de temporiser et de tâcher de les accorder; ils engagèrent l'archevêque de Braga à protester comme il l'entendrait et à prendre la place que lui donnait le temps de sa promotion, ainsi que la chose s'était faite dans les réunions précédentes ; mais il réjiondil qu'il aurait déféré à leurs instances 8'il n'en avait pas écrit à l'ambassadeur de son roi auprès du souverain pontife, en lui «lisant qu'il attendait la décision de Sa Sainteté ou du concile, aussitôt qu'il serait commencé; que dans l'intervalle il ne lui était K)as oénible de s'absenter des assemblées du-

Lorsque ce bref eut été notifié par les légats, à l'archevêque de Braga, ils l'engagèrent à écrire à l'ambassadeur pour le prier de rester tranquille , et il l'obtint.

10. Dans ce bref, que le pape adressa aux légats, en les nommae.t par leur nom, outre les cinq connus, en y comprenant du Puy absent, il leur en adjoignit un sixième qui tarda quelques semaines de se rendre à Trente : c'est Marc-Silique Altemps, neveu du pape. Il avait déjà été élevé sur le tioble siège de Constance par la nomination faite au capilole. Cet évéché influait beaucoup sur le bien de la religion , et était situé dans un lieu aussi important qu'envié. Le pape se détermina à l'associer aux autres légats , parce que l'infirmité de du Puy faisait craindre qu'il ne pût se rendre à Trente ; et quoique le cardinal Altemps n'eût pas toute i'habilelé et la science qu'on aurait désirées, ses collègues pouvaient y suppléer ; mais outre qu'il était parent du cardinal Madruici, une commune patrie, la noblesse de sa famille et l'importance de son siège étaient bien propres à attirer les Allemands.

ll.Soavc connaît si bien le sujet qu'il traite dans sonHistoire, qu'il dit que les cardinaux Simonetta et Altemps furent nommés légats tous les deux ensemble ; il ignore que la nomination de Simonetta précéda celle-ci de plusieurs mois, et eut lieu en même temps que celle d'Hosius et Séripandi. Il passe ainsi sous silence tout le temps qui s'est écoulé depuis cette nomination jusqu'aux événements présents.

Il ne se trompe pas moins grossièrement lors(iu'iI raconte que la demande et la dispute de l'archevêque de Braga commencèrent dans la première congrégation générale, dont nous parlerons bientôt , lorsqu'on lut le bref qui ordonnait que les archevêques plus anciens auraient le pas sur les primats plus récemment promus ; car pour croire cela, il faut qu'il ait fermé volontairement les yeux sur quantité de mémoires qui parlaient de ce fait ; tous disent , en effet, que ce différend fut soulevé et apaisé beaucoup avant ; aussi dans cette première congrégation générale, il n'en fut pas question, d'où il faut conclure que le bref, loin de la faire naître, suivit et termina la dispute. Ce sont là des erreurs grossières, mais comme e'Ies ne servent de rien à la cause qu'il soiitiefil , je ne les regarde pas comme volontaires ; elles me ( onlirment dans le sentiment que

Page 1