Sur ces entrefaites, le légat envoya à
Rome l'abbé Nichet, son secrétaire, pour in-
d'hommos présents et qui viendront un jour? former pleinement le pape de l'état des cho
ses, et pour demander des instructions plus précises et plus larges pour ces alTaires. Deux langues avancent plus de besogne dans un jour que deux plumes en un an. Réfléchissant sur les accusations que pouvait soule-
Aussi le cardinal employait toute son adresse à se concilier son amitié et à devenir son conOdent; il en usait de la uïême manière envers son épouse Jeanïjc, dont l'esprit altier et cruel dominait la faiblesse d'Antoine.
7. Or un jour que le légat se trouvait avec ver contre lui le sermon qu'il avait entendu,
la reine régente et celle de Navarre, celle-ci il en écrivit longuement au cardinal Borro-
dit qu'elle avait entendu un des nouveaux mée, lui racontant l'action et le motif qui
prédicanls qui lui avait extrêmement plu, l'avait déterminée. Le nouveau nonce de
surtout par sa modération, cl qui plairait cer- Sainte-Croix, qui avait plus d'expérience et
tainement au légat s'il daignait l'entendre; par là même plus de calme , écrivit, ce qu'il
et sur cela de l'en prier instamment Au avait appris des princes, que rien n'avait plus
liièine instant la reine de France se mit do la contribué à adoucir et disposer l'esprit de la
partie et insista aussi fortement, en disant reine Jeanne envers les catholiques que les
<iue c'était une désolation publique que cette visites qu'elle recevait du légat etla complai-
oxcossiye sévérité des souverains pontifes sance qu'il avait eue d'entendre son prédica-
cnvers les partisans des nouvelles doctrines: comment gagner les hommes si on les fuit? Le cardinal se trouva très-embarrassé. D'un côté ( c'est ce qu'il écrivait ) il savait que le monde mesure les actions d'après une règle très-grossière, c'est-à-dire qu'il ne considère pas la fin que l'on se propose, parce qu'il ne peut pénétrer dans l'intérieur, niais seulement la forme matérielle, qui est l'action elle-même qui se présente à ses yeux; ce qui lui faisait pressentir que beaucoup de personnes condaïuneraient sa conduite , bien que cet acte ne fût pas mauvais en luimême et qu'il pût être regardé comme trèsreligieux par l'intention qui le produisait. D'un autre côté, il connaissait le caractère ordinaire des femmes et des rois: ceux-ci sont très-impérieux dans leurs volontés, et cclies-là sont très-sensibles aux refus; et il se représentait tout ce que valait la faveur
teur. Mais le pontile, qui jusqu'à ce jour avait pris la délense du légat, même au consistoire, contre plusieurs accusations, en déclarant qu'il préférait la douceur à la sévérité, témoigna librement à son envoyé que cette dernière action lui déplaisait , et que les affaires de la religion no devaient pas être traitées .sur le même pied que celles de l'Etat ; qu'il voyait la France enfoncée dans un tel abîme qu'il désespérait de son sort; que dans une telle circonstance il devait apporter tous ses soins pour que celle ruine ne chargeât pas saconscience devantDieu,etque le saint-siège n'en fût point responsable devant les hommes ; qu'à cette fin il fallait employer la sévérité lors même que l'on prévoyait que, par la malice des autres et le malheur des temps, elle serait inutile pour arrêter le mal. Le légat, voulant se disculper et informer le pape sur plusieurs points, écrivit deux lettres
de ces deux reines qui avaient alors la France très-fortes, l'une un peu plus libre à son se-
entière sous leurs mains. Enfin il se décida pour ce qui pouvait sauver, au mépris des clameurs, et accepta la proposition d'aller entendre le sermon, mais à la condition qu'elles viendraient enîcndre toutes les doux
crétairc, et l'autre datée du même jour et écrite de sa main, mais plus modérée, pour le cardinal Borromée. Je vais en donner la substance, elle éclairera le lecteur sur bien des particularités remarquables que j'ai voulu
un autre discours qu'il ferait donner par un présenter ensemble pour abréger et répandre de SOS théologiens. Il assista donc au prêche plus de clarté dans mon récit.
9. 11 remerciait humblement le pape de l'avis qu'il lui donnait; il ajoutait ensuite qu'il est juste de convenir que les affaires de la religion et celles de l'Etat ne doivent pas être traitées de la même manière, et qu'il les aurait toujours séparées, s'il n'avait remarqué dans le cas présent qu'elles étaient véritablement distinctes ; que la religion n'était qu'un voile dont ils se couvraient , et que la véritable mobile de leur conduite était l'intérêt de l'Etat. Dans cette vue il pensait que le des maîtres n'était soutenue par la passion et meilleur plan était de vivre en bonne intell'inlérêt des auditeurs. Deux jours après, le ligence avec tout le monde, et de leur proulégat invita les deux reines. Après la messe, ver que leur intérêt se trouverait satisfait qui se célébra dans une chapelle, elles en- plus avantageusement en s'attachant aux catendironl le sermon d'un de ses religieux, tholiques : étant sur les lieux et à l'œuvre, il
dans une salle particulière en se donnant toutes sortes «e gardes de participer par aucun acte extérieur aux prières que faisait auparavant le prédicateur, afin de ne pas communiquer avec lui dans un acte de reli- {■ion. Sa modération fut telle qu'on l'avait annoncée; mais le fond de son discours fut de beaucoup inférieur à ce que l'on attendait. Aussi le légat en éprouva une joie bien grande, en voyan' combien d« lois adversaires seraient peu redoutables, si la faiblesse
IISTOIRE m r.ONClLK DE TRENTE. 1016
bien et à gagner beaucoup de monde à la cause publique.
10. Je me vois forcé ici de faire une digression sur le contenu de la lettre que je viens de citer, pour découvrir une foule d'erreurs, de traits de malice et de menpas désespérer, c'est d'employer la douceur; songes que renferme l'Histoire de Soave. Il
lOiS
voyait que l'état de la religion en France n'était pas à tel point qu'on dût en désespérer; si tout espoir eût été perdu il n'aurait pas renoncé aux nobles procédés qui seraient kl décharge du pontife ainsi que de sa conscience et de son honneur ; In seul motif de ne
dit que le chancelier ne voulant pas enregistrer les pouvoirs du légal, la reine-mère, le roi de Navarre et les principaux officiers de la couronne le firent à sa place; et que pour obtenir cette signature, le cardinal promit dans un écrit privé qu'il n'userait pas de SOS pouvoirs, et que le pape remédierait à tous les abus d à tons les désordres auxquels donnaient lieu la collation des béné^ fices et rexpédition des bulles à Rome ; ce dont il sfi tint très-satisfait, visant plus à conserver son honneur , qu'à avancer les affaires de celui qui favait envoyé. C'est là une invention entièrement mensongère, et que réfute le registre du cardinal de Ferrare. On y voit on effet qu'il annonce au cardinal Borromée qu'il a enfin obtenu l'approb-ation de ses pouvoirs ; il en Iriomphe, et oppose cet heureux succès à ceux qui condamnaient ses procédés passés, et qui voyaient tout en noir dans sa conduite pour l'avenir. Il avait écrit depuis peu qu'il désirait un tel pouvoir pour l'exercer en faveur de la cause qu'il défendait. Il ne parle nullement de l'écrit qu'il aurait fait et de la promesse
je ne demanderais qu'une seule grâce à Dieu qu'il daignât faire connaître au souverain pontife les suites qu'aurait eues une conduite contraire dans la personne de son légat. Mais si Sa Sainteté ne peut les mesurer de l'œil, du moins elle pourrait le conjecturer en réfléchissant sur les fruits qu'a produits dans des circonstances semblables la rigueur de ses ministres; je suis en position de connaître le moment où elle serait nécessaire, et j'en userais alors d'autant plus librement que la conduite modérée que j'aurais tenue serait une preuve que la conscience seule me ferait un devoir d'y avoir recours, et non point la violence du caractère. Cette idée que l'on a «l'une personne rend sa sévérité moins rebuttante et plus salutaire; c'est un véritable sujet de douleur pour moi de voir en honneur seulement certains ministres qui ne pouvaient conserver l'amitié des princes auprès desquels ils étaient envoyés, sans compter «lue cette estime, l'ondée sur de. tels mérites, est une offense sensible pour ces mêmes princes. Sa Sainteté a éprouvé dans certaines rencontres combien ces juinislres réussissaient peu dans leurs missions; ayant rappelé inventée par Soave; cependant elle n'aurait une fois Keverta d'Espagne , parce qu'elle pu rester cachée, au pape surtout, s'il s'était croyait voir en lui trop de complaisance pour aperçu qu'il n'exerçait point un pouvoir les l'ispaguols, elle ne (arda pas à s'apercevoir dont'il s'était montré si jaloux dans sa de- <iuc la faveur dont il y jouissaille rendait plus mande; et si on eu avait eu connaissance, sa propre que les autres à traiter cette affaire, joie devenait ridicule, ainsi que ses re- On ne doit pas renoncer à tout espoir quand proches; son honneur n'était point à l'abri, un corps éprouve une fièvre ardente, s'il et il devenait un sujet de risée; et puis,
comment pouvait-il s'obliger par écrit à ce que le pape remédierait aux abus qu'on lui reprochait sans qu'il en fût averti, et sans qu'il en eût été chargé par lui? Quand même la chose se fût passée de celte manière, jamais la reine n'aurait engagé son ambassadeur, comme elie lé fit, d'annoncer au pape par une attention pleine de respect , (|ue les pouvoirs de son légat avaient été reconnus par le conseil royal et par le parlement, quoique les troubles qui existaient sem« blassent présager une autre; issue. Il avance aussi que le légat, content de cette faveur, se laissa persuader de conseiller au pape d'ac<order à la France la communion sous les deux espèces, et qu'il lui fit connaître que celle concession pouvait lui gagner deux cent mille âmes; que l'ambassadeur français appuya ces instances, et que le souverain pontife inclinait d'abord vers ce parti, mais que, dans le consistoire qui se tint le 10 décembre , les cardinaux l'en détournèrent. Voilà autant d'erreurs que de mots.
11. Il n'y eut point de consistoire le 10 décembre ; la lettre qu'écrivit '^ légat, el qui contiendrait celle demande et d'autres que faisait la reine, est celle même lettre que nous avons citée, et dont nous allons continuer l'analyse ; elle est datée du 31 dé-
juuit en même temps dune grande vigueur, comme la France. Sa guérison ne s'opérera pas sans qu'il se présente bien des accidents et lies dangers; mais nul doute que lanature ne triomphe de la force du jnal, si on y applifjue un remède convenable. La [)rudcnce ne consiste pas à former les plus tristes pronostics; s'il en était ainsi (disait-il), Nostradamus dans ses funestes oracles devrait passer pour l'homme le plus prudent qui fût jamais. Pour confirmer ces sinistres présages, ce n'est rien que d'avancer que le légal n'a pu obtenir d'exercer les pouvoirs que lui donne sa charge, et que les évêques français ne s'étaient pas encore rendus au concile. L'exercice des droits que me donne ma charge de légat n'a point dépendu de la reine-mère ni du roi de Navarre, qui les ont sanctionnés, mais de la résistance du parlement, toujours difficile sur l'article de la juridiction, el composé en grande partie alors d'hommes héréliques. Au reste l'asscnlimenl de la reine et du lieutenant-général montrent assez que ceux qui oui en main les affaires de la France reconnaissent l'aulorilé du sainlsiége. Si j'insiste fortement sur l'adoption de ce plan de conduilc, ce n'est point dans l-a vue d'aucun intérêt particulier, mais parce que j'y vois un instrument propre à faire le
ccnibre, el à celle époque ses pouvoirs n'avaienl pas encore été reconnus, comme nous l'avons remarqué; el cependanl, non-seulement il n'y conseille pas d'accorder la communion sous l'une et l'autre espèces , mais il se plaint de ces catholiques français qui l'avaient représentée à la reine comme une concession que le pape devait faire, tandis qu'il s'en était toujours montré trcséloigné, comme le prouve notre histoire, et qu'il avait constamment répondu aux instances de l'empereur sur cet article, qu'il ne voulait point traiter une matière qui avait été examinée dans d'autres conciles, avant l'ouverture du nouveau ; et il se plaint à celle occasion de l'ambassadeur français qui lui avait présenté faussement cette demande comme le vœu de tous les prélats qui avaient
hommes. Si l'on objecte que ses œuvres précédentes n'ont pas produit des fruits trèsabondants, il faut faire deux réflexions : la première, quel mal aurait pu produire une conduite différente , comme en Angleterre; la seconde, combien il était privé de secours dans sa légation, et de la part de ceux qui gouvernaient le pays où il était envoyé, et de ceux qui étaient les gardiens de la religion qu'il devait défendre. Touchant les premiers, il ne sert de rien au médecin d'avoir un bon remède si le malade le refuse et si on ne le peut forcer à le prendre ; c'est ce qui arrivait par rapporta la reine, qui repoussait, à cause de l'opposition des huguenots, le secours que lui offraient le pape et d'autres souverains pour l'engager à rompre avec eux; c'était en elle autant faiblesse naturelle à son
assisté à la conférence de Poissy, et même sexe que jalousie du commandement : jamais
le légat déclara
de toute l'Eglise gallicane au pape que cela n'était pas, et que l'er reiu- de la reine à ce sujet venait uniquement de ce que le cardinal de Lorraine, en soumeilant à Sa Majesté les conclusions de cette assemblée, lui disait qu'une telle concession liu la part du pape causerait une grande joie à un nombre infini d'hommes de bonne foi dans le royaume, et affermirait la foi vicillanle de beaucoup d'autres
on ne la forcera à prendre ce parti. Les pro- Icslanls d'Allemagne ne cessent aussi de lui offrir leur secours ; il y a par conséquent à craindre qu'elle ne succombe à la tentation si elle se sent trop pressée par le pape ; il ne suffit pas pour se préserver de ce danger de connaître qu'il serait nuisible à sa personne; souvent la passion n'est pas guidée par la prudence ; quand on se voit poursuivi par un chien, pour éviter sa morsure, on se jelle
12. Maintenant que j'ai rempli mon devoir dans un précipice, où l'on trouve la mort. Le
en signalant aux lecteurs les erreurs de cet écrivain, je reprends la suite de ce qu'écrivait le légat dans les lettres dont nous parlions. Il continuait à montrer que pour lui prouver qu'il fallait désespérer de la France, on ne lui donnait d'autre preuve , si ce n'est que les évêques ne se mettaient pas en devoir d'aller au concile. Pour l'assistance au concile, qui était le pointde division entre les catholiques et les hérétiques, il fallait que ce fût la pensée dominante du souverain pontife sur ces provinces , comme étant la pre-
légat a la ferme confiance que peu à peu , et sans contrainte, la reine Catherine finira par se prêter par raison d'intérêt à ce qu'elle refuse présentement de faire par religion; mais c'est un espoir fondé sur l'avenir, et que le présent semble détruire. Los circonstances n'ont pas été plus favorables pour lui du côté des ecclésiastiques et des prélats français : plusieurs d'entre eux ont répondu aux chefs de l'état que le concile n'était qu'un leurre, qu'il se fondrait en promesses et en préparatifs ; que le pape n'aurait pas dû re-
n'iière marque et le principal soutien de leur fuser à la reine les concessions qu'elle avait vie spirituelle, tout le reste pouvant être re- demandées afin d'apaiser les huguenots. Le gardé comme accidentel ; mais le relard des légat en envoyait ce même jour la note au Français ne provenait que de l'excessive pa- cardinal Borromée : dispenser d' honorer tes resse des prélats, et non pas du défaut de images, abolir la procession de la Fêle-Dieu, religion dans ceux qui gouvernaient; car de- permellre aux laïques la communion sous les puis longtemps la reine avait permis à ses deux espèces, telles étaient les principales préials de parlir, cepcnoant ils n'avaient pu demandes qu'il marquait dans sa note et que encore s'arracher aux douceurs de la patrie, les Français regardaient comme un point
- - de loi ecclésiastique et non de droit divin.
13. Telle est la substance de la lettre du cardinal. C'est là son sentiment sur le point principal qui était agile , de conserver la bienveillance du roi de Navarre en écoutant et en favorisant les demandes présentées en sa faveur. Le roi Philippe et le pape luimême se rendirent à son avis. Un envoyé de la reine mère , qui revenait de la cour d'Espagne, avait annoncé que le roi tempérait la sévérité qu'il avait montrée jusqu'alors ; et que sachant qu'il devait se Unir, en janvier suivant, une assemblée où les huguenots feraient tous leurs îfforts pour obtenir le culte public, il avait offert à Antoine une compensation des plus importantes, s'il prenait les intérêts de la religion catholique et détournait les malheurs dont elle était mena-
Il témoignait son mécontentement des efforts que l'ambassadeur Vargas faisait pour empêcher le pape de s'inléresser aux affaires du roi de Navarre. Celte conduite confirmait la ferme croyance où il était que l'Espagne ne cherchait pas sincèrement le bien de la France,el que c'était là le véritable moyen de faire regarder ses malheurs comme irréparables. Que pour !iii,ii attendait, pour agir, le retour de l'abbéNichel, qui lui ferait connaître exactement les volontés du pape , sur lesquelles il réglerait sur-le-champ toutes ses démarches. Si Sa Sainteté croyait qu'un autre légat dût mieux faire que lui en France, il la verrait servir avec joie de qtiehiue manière que ce fût; mais qu'il espérait que les suites lui feraient recouvrer avec assurance les bonnes grâces du pape et l'esliine des autres
loia
lOiiO
cé(>. Le pnpe avait aussi recommandé la personne d*Anloine auprès de Philippe, au nouveau nonce, Alexandre Crivcl, homme d'un
on elïel, medait sa principale confiance dans le souverain pontife; c'était son autoriléqui l'avait privé de la Navarre , c'était par elle qu^il espérait la recouvrer , sans qu'il en coûtât aucun sacrifice personnel au papej: en restituant la Navarre, il relirait le plus grand profit en intéressant Antoine en faveur de la religion, dont il était le chef. Le légat, qui voyait tout le bien qui en résulterait pour ses affaires, ne manquait jamais dans chaque lettre d'insister fortement pour lui concilier sa faveur. Dès ce moment Antoine, gagné par les paroles flatteuses qu'il recevait d'Espagne , résolut d'envoyer son épouse dans ses Etats, et, après son départ, de défendre que l'on prêchât l'erreur à sa cour. Dans l'assemblée qui se tint ensuite, il fit des efforts incroyables pour empêcher que les huguenots n'obtinssent ce qu'ils demandaient. Et quoique le plus grand nombre des conseillers leur fussent favorables, leurs demandes échouèrent, parce que le conseil privé, dont Antoine était le chef suprême, se prononça contre. On décréta au contraire qu'on leur refuserait l'usage des temples qu'ils avaient bâtis, qu'ils ne pourraient en con- vêques, que l'on pouvait commencer Ses opé
continuer à vivre dans une bonne intelligence avec le pape , contre la prédiction do ces hommes défiants qui, regardant la reine comme pervertie et la France connue perdue, avaient blâmé le cardinal de les traiter comme des corps vivants au lieu de les rejeter comme des cadavres infects : ils ne pensaient pas à la sage ordonnance des magistrals qui veut que l'on laisse passer plusieurs heures avant d'ensevelir les morts , afin que si quelqu'un par hasard était encore en vie, on ne le fît pas mourir en le tiaitant comme mort.
CHAPITIIE XV.
Conseil des léfjats de Trente pour connaUre quelles matières V on présenterait en premier lieu. — Us décident d'ouvrir le concile. — - Prolongation jusqu'au 18 janvier et pour quelle raison. — Effort des Espagnols pour faire décider que ce concile n'était qu'une continuation, et non pas une nouvelle celé— \ bration. — Accord sur cupoint. — Première congrégation générale au i^ janvier. — liites de ces congrégations.
i. Quoique les prélats français ne se fussent point encore rendus pour la raison qu'a donnée le légat ou pour toute autre, il y avait cependant à Trente une si grande multitude de peuples de différentes nations et tant d"é-
slruire de nouveaux, qu'ils rendraient tout ce qu'ils avaient enlevé aux églises. On dissimulait sur leurs prédications pourvu qu'elles se fissent hors des terres , sans trouble et sans violence; ce n'était encore qu'une toié
rations du concile avec dignité; un plus long délai n'aurait fait qu'accroître les soupçons que ce n'était qu'une comédie; on pensait qu'il valait mieux prouver aux prélats lointains, en commençant sans eux, qu'on ne
rance qui ne devait durer que jusqu'à la fin voulait point les jouer, que de les attendre
du concile. pour leur montrer qu'ils n'étaient point mé-
14. Tous ceux qui jetaient les hauts cris prisés. Quatre des présidents se trouvaient
dans Rome contre la modération du cardinal avaient fait pressentir les plus grands maux de cette assemblée ; et quoiqu'il n'eût pas manqué de faire concevoir d'heureuses espérances, il était si inquiet à ce sujet qu'il se vit sur le point de s'y rendre comme conseiller du roi. Il espérait que sa voix, appuyée de ses qualités, en vaudrait plusieurs, mais jle blâme presque :général qu'il avait encouru à Rome en assistant au sermon, le retint. Cependant les nouvelles que lui donna l'abbé Nichet à son retour ne furent pas pour
déjà réunis ; ils exécutèrent ce que les deux premiers avaient proposé à Rome comme opportun, de conférer entre eux quelque temps avant l'ouverture, c'est-à-dire de délibérer sur les matières qui devaient être l'objet des premières délibérations du concile et de les soumettre d'avance à Rome. A ce sujet ils recommandèrent instamment deux choses au cardinal Rorromce : de garder sur ces communications le plus grand secret, afin que, si quelque indiscrétion les portait à la connaissance du vulgaire, elles ne devinssent
lui uUvC légère consolation. 11 est \ rai que la pas un sujet de calomnie; et s'il plaisait au
cour en masse le condamnait, les uns di- pape de soumettre aux délibérations des car-
saient qu'il était plus politique que religieux; dinaux quelque article proposé par les lé-
les autres l'accusaient d'être peu clairvoyant gats, il le fit commode lui-même, pour leur
et trop crédule; mais le pape et le cardinal éviter la jalousie et la note d'orgueilleux qui
Borrtmée avaient pris sa défense. Ceci calma veulent enseigner ceux qui en savent plus
le légat; il lui semblait que dans cette cause qu'eux.
tous les autres jouaient le rôle d'accusateurs 2. Parmi les points sur lesquels il fallait
privés cl mal informés de l'affaire, et que eux s'entendre avec le pape, le premier qui devait
deux seuls possétlaient l'autorité de juges lé- être mis à exécution, et le plus important
gilimes et bien informés du procès. pour le moment, semblait être la proposition
15. A l'issue heureuse de l'assemblée, se que feraient les légats des matières à traiter
joignit le choixque fit lareinedu seigneur de sur-le-champ. Danslalellre précitée du pape,
Lansac,pour l'envoyer à Rome en qualité que le légat Simonetta remit à ses collègues,
d'ambassadeur. Connue c'était un person- se trouvait l'ordre de continuer le concile
nage d'une grande considération et de beau- précédent, et c'est ce que le pape Pie n'avait
coup de crédit, elle montrait qu'elle voulait cessé, deouis le conunencement, d'assurer