CHAPITRE XVI
Nouvelle dispute des Espagnols au sujet de ces paroles du premier décret, sur la proposition DES LÉGATS. — Sessioti première ou dix-septième. — Cérémonies particulières et générales des sessions.— Opposition de quelques membres aux paroles précitées.
1. Guerrero tenait le premier rang parmi les Espagnols, autant par sa dignité et ses connaissances théologiques , que par son autorité. Prenant occasion de ce nouveau différend dont nous venons de parler, il réfléchit sur ces paroles du premier décret, snr la proposition des légats, et il commença à faire du bruit. Lorsqu'il fut arrivé auK oreilles des présidents, ils ordonnèrent au secrétaire Massarelli daller le calmer, en lui rappelant qu'on lui avait montré en particulier ce décret mot pour mot, qu'il l'avait entendu lire de nouveau à l'assemblée générale et qu'ill'avait approuvé par deux fois. Mais tout cela fut inutile: Guerrero répondit qu'il n'appartenait qu'aux anges et non aux hommes de comprendre parfaitement les choses à la première vue ; qu'en entendant tout à coup la lecture de ce décret, il n'avait pas aperçu l'inconvénient que la réflexion lui découvrait : que ces paroles, étant nouvelles et inusitées dans les conciles précédents, porteraient les hérétiques à renouveler leurs accusations que le concile ne jouissait pas de la liberté, et les empêcheraient de se rendre à Trente, alléguant qu'on leur re'userait, non-seulement la voix pour juger comme ils demandaient, mais même pour discuter. Le secrétaire répliqua que ces paroles n'avaient pas été mises avec intention de priver quelqu'un de ses droits; que si l'alTairc n'était pas commencée, on pourrait délibérer sur leur changement; mais que le décret ayant été proposé et approuvé dans l'assemblée générale, il n'était plus permis d'y rien changer, tandis que le plus grand nombre des opinants ne réclamaient pas dans la session.
2. Mais L'archevêque ne rabattit rien de son opposition , et il alla renouveler ses plaintes chez le cardinal Seripandi. Celui-ci hii fit observer que ses opinions se contredisaient : tantôt il insistait particulièrement sur ce membre de phrase pour ne, pas éloigner, disait-il, les hércli(iues duconcile,où ils
n'auraient pas la liberté de proposer leurs j doutes; et tantôt il demandait instamment! que ce concile se déclarât la continuation 1 du précédent, en approuvant tous les décrets l passés. Une déclaration semblable aurait repoussé les hérétiques, comme expressément condamnés dès l'ouverture du concile ; mais en attribuant aux légats le droit de proposer, on n'enlevait pas au concile le pouvoir de prononcer, de condamner et d'approuver, chacun selon son sentiment ; et néanmoins on ne plaçait point les hérétiques dans ce désespoir où les aurait jetés la déclaration que réclamait l'archevêque de Grenade. On était décidé à convoquer derechef tous les Pères avant la session pour examiner tout de nouveau l'affaire ; mais Guerrero s'y refusa, soit qu'il ne voulût pas commencer cette entreprise avec l'odieux d'avoir excité un mouvement semblable; soit qu'il n'espérât de sa démarche ni honneur ni avantage; mais la suite fit voir que ces deux difficultés suscitées par Guerrero et deux autres encore qu'il souleva successivement furent tout ce qu'il y eut de pénible et de difficile dans cette longue cl mémorable action.
3. Le jour fixé pour la session étant arrivé, ils se rendirent tous de grand matjn à l'église de Saint-Pierre, oiî l'on faisait fête. Chacun se revêtit des insignes de sa dignité, et la procession défila vers la cathédrale. Les chanoines portaient devant les saintes reliques ; les abbés les suivaient ; venaient ensuite les évêques , archevêques et les patriarches : s'il s'était trouvé des orateurs ecclésiastiques , ils se seraient places après eux. Derrière tous ceux-ci , et devant les cardinaux marchait le duc de Mantoue , qui était venu jouir du spectacle de cette solennité. Après lui étaient , comme les plus dignes, le cardinal Madrucci et les légats, avec cette seule différence que le premier portait une mitre de drap blanc , et les autres , en drap d'or. Les orateurs laïques se plaçaient immédiatement après eux. L'on voyait ensuite les généraux d'ordres, l'auditeur de rote, l'avocat, le promoteur, les magistrats de la ville et beaucoup de nobles. On déploya la première fois la pompe d'une procession , pour commencer l'entreprise sous des auspices plus remarquables. Pour les sessions suivantes, on se rendit directement à l'église cathédrale; on s'y plaçait selon l'ordre que l'on gardait dans les congrégations. Le premier légat chanta ce jour-là la messe, qui fut pour lui la première messe solennelle : il avait reçu depuis peu , dans cette ville, la prêtrise et l'épiscopat. Aux sessions qui suivirent , plusieurs évêques célébrèrent les saints mystères. On prononçait un sermon latin : les légats désignaient celui des Pères qui devait le faire. Ce jour-là , ce fut Gaspard del Fosso , frère minime et archevêque de Reggio. On récitait aussi différentes prières , selon le rituel ; après quoi ou recevait les orateurs des princes , s'il y avait lieu ; on lisait leur mandat, on écoutait les propositions et l'on faisait les réponses, qui avaient rapport au cérémonial cl non auîf
affaires r auxquelles ne convient pas une touc, cenl six évéqucs, quatre abbés milrés,
trop grande lumière. quatre généraux d'ordre, assistaient à celte
4. Ce même jour, le secrétaire lut du haut grande solennité. Les orateurs des princes
de la chaire la bulle du pape pour la convo- ne s'y trouveront pas. Lorsque le premier
cation du concile , et le bref qui nommait les d'entre eux arriva, les Pères venaient d'en-
légals. Ensuite l'archevêque qui avait pré- Irer dans la caIhédraie.C'était Georges D- as
ché fit , cette fois , ce qui apf.artenail d'office covizius de la Croatie, évêque des cinq é<'li
à l'évéque officiant lorsqu'il était simple ses.ambassadeur de l'empereur en sa quahli
prélat: il fléchit le genou devant les légats , et reçut de leurs mains un papier où étaient écrits les décrets déjà dressés , pour les lire à haute voix du haut de la chaire , en ajoulant : Illustriisimes et révércndissimes Seigneurs et très-honorés Pères, taules ces choses tw%is plaisent-elles ? Après que les cardinaux avaient répondu : Cela nous plaît , le secrétaire avec les notaires du concile allaiciit prendre l'avis, que chacun donnait par écrit ou de vive voix, comme il lui plaisait. Le même secrétaire faisait son rapport aux légats , qui disaient en reltTvant la voix: Le décret est approuvé de tous les Pères sans aucune exception : rendons-en grâces à Dieu ;
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de roi de Hongrie, neveu du cardinal Georges Martinusi, qui avait été tué, et dont nous avons parlé dans une autre circonstance. Il semble que la scène sur laquelle se passaient de si belles actions n'avait pas toute la splendeur nécessaire, et manquait de quelque chose , tant que les représentants des rois nélaient pas arrivés.