LIVRE
Copendnnt tout auteur qui ne défend pas la puissance du pape n'est point interdit pour cela ; on voit , parmi les docteurs dont les écrits sont permis une grande diversité de seniii'ic.is sur ce sujet : ces sentiments sont soufferts co urne probaldes, ou au moins tolértblts; on ne défend que ceux que l'on juge tout à fait iujuiieux à l'uulorité du yicaire de Jésus-ClirJ.U.
9. Si l'on m'objecte en tecond lieu que l'on peu! aller trop loii en cela par passion, je répéterai ce que j'ai dit tant de fois sur des sujets semblables : ce danger est commun et inévilabie pour tous les pouvoirs qui n'ont pas de supériiîurs et qui sont juges dans leur propre causi^; et il es.1 nécessaire qu'il existe un tel pouvoir : sans quoi, parmi les supérieurs, on n'arriverait jamais au plus grand, et l'on s'avancerait jusqu'à l'inOni. El si, dans ce que les princes séculiers font justepent en cela, on ne peut dire qu'ils se servent de la sainteté des lois pour rendre' les hoinmes insensés, mais au contraire paisibles et soumis comme l'exige la tranquiliité publique, pourquoi faudra-t-il imputer aux ponliies qui font cette défens<s de se servir ue la religion pour rcnlre les hommes stupides? Que l'on place en regard lintelMgence, le savoir et l'érudition de ceux qui obéissent au pape dans les choses spiriiuellrs avec le reste dos houjmes , que l'on place en regard les Gdèles de notre siè -le avec les chrétiens qui ont vécu avant ces défenses, et l'on verra si elles ont abusé de la religion pour rendre les hommes iuî^ensés. Les pritjces de la terre ignore\»t-ils ce que leur sceptre a gagné de respect de la part de tout écrivain par la prohibition des mauvais livres? Au temps de la réunion du concile, lorsque les opinions omises sur le concile et sur les évoques, devenus puissants par leur union, pouvaient causer do la jalousie au p ipe, ne leur accorda-t-il pas spontanément la facuiîé de lire tous les auieurs, (;t par conséquent de voir ce que, cliaeuu leur accordait !*e p'>uvo!r visà-vis du pape. M-.is pourquoi s'étonner que Soave parle de la sorte? i>e premier séducteur employa le même procédé pour pousser les sujets à la révolte contre le premier commandement d'un prince légitime, en leur disant qu'il ne leur avilit éle imposé qu'afîn qu'ils ne connussent pas le bien et le mal.
CHAPIÏPxE XIX.
Senliinents différents des Pères sur les trois propositions des légats.
1. Je termine ici mon attaque directe çonre Soave, mais les faits historiques continuent à le réfuter. Au stijet des sentiments les Pères sur les trois propositions émises,
' 1 est si mal informé, qu'en citant leurs aueurs et en donnant le résumé, il n'a pas ren- :onlré une seule fois juste; et ses erreurs lont si nombreuses, que je me vois forcé d'initercequi se pratiquait dans les fautes où rempaientdes corps de troupe : on en punissait uu sur dix. Que le lecteur, curieux d.e
/oir la différence!, compare son récit avec le
QUINZIEME. |03â
nôtre, qui est tiré des Actes du château Saint- Ange et surtout de Palootto, qui, en qualité d'auditeur de rote, ciait chargé de noter les sen:iments. Je ferai remarquer en passant deux erreurs qui roulent sur des faits de notoriété publique. Il attribue une opinion à Fray Grégoire, général des augustins déchaussés, et le général Je cet ordre ne s'appelait pas Grég lire, .mais Christophe. Il dit que le légat Aiîemps arriva à Trente le 5 de février, et ce fut le 30 janvier, comme le prouwnt tous les journaux. Il exisie également des lettres écrites par les légats au cardinal Borromée, qui sont signées par lui au 2 février.
2. Mais reprenons notre récit. Sur la première proposition, qui avait rapport à l'incîex que l'on voulait dresser, monseigneur Antoine-EUe de Capod'I;,trla,dout il a éié question plusieurs fois, et (|ui, par sa qualité de patriarche de Jérusalem, donnait sa voix après les cardinaux, recommanda ce travail que rérlamaicnt d'une manière particulière son utiliié el sa difficulté. Touchant le premier point, il fil remarquer combien la séparation des bons livres de ceux qui étaient infectés d'erreurs serait utile à la piété; sur le second, il montra quelle science, quel soin et quel travail on était en droit d'exiger des censeurs qui devaient se prononcer, non pas sur les usages de que!ques-un:i de leurs conciloyens et contemporains mais sur les écrits des hounnes qui de tous les âges avaient été transmis au siècle présent. Il était donc d'avis que les légats fissent parmi les Pères un choix qui fût à la hauteur dune si grande enlreprise.
3. Daniel Barbare, coadjuteur d'Aquilée, rappela que l'index de Pau! IV exigeait une grande correction, parce qu'il punissait également une œuvre de la licence du jjune âge et ceiie qui était le fruit de la malice de l'hôrétiqrie; et qu'il est également nuisible aux gouvernemeuis de hisser ies fautes impunies ou d'inflij,'er le mêiue châtiment aux fautes différentes entre elles.
4. L'archevêque de Grenade combattit ce travail, comme trop long et devant empêcher je concile de s'occuper d'autres affaires plus importantes et qui réela. liaient un soin plus prompt de si part. L'drchevéî|ue de Braga ajouta que l'on pouvait le confier aux Académies de Bologne en Italie, de Paris en France, de Salammque en Espagne, et de Co'iinbre en Portugal, avec défense de conférer aucun grade avant qu'elles eussent terminé leur travail ; ce qui les engagerait à se hâter.
b. Donat Lorenzi , évêque d'Ariano, ob- SL>rva que toute difficulté cédait à l'habileté; qu'une assemblée aussi recommandable, ne manquait ni de force, ni de talents, ni de vertu pour exécuter par elle-même les grandes entreprises, qui devaient lui occasionner peu de fatigue et lui procurer beaucoup de consolation; que la difficulté pouvait être diminuée en appelant qu.lques-uns de ceux que Paul avait chargés de cette rédaction, ou
HtôTOIKE DU CONCILE l)K TRENTE.
en priant le pape de remellre les notes qui avaient été prises à celte époque.
6. Fray gilles Foscarari, évêque de Modène, paria eu ce sens : La difficulUi n'est pas si grande qu'elle ne puisse être surmonlée en suivant les deux règ;ies que nous donnent les maîtres sur ce travail : faire dispîraîlre les obstacles, et multiplier les forces. Le premier point serait obtenu en condamnant sans discussion les livres que l'on repoussait una-
vaises : ceux-ci, dit- il, doivent être corrigés et non pas condamnés intégralement, car l'imperfection de la terre est telle, que celui qui voudrait en bannir tout le bien qui n'est pa-5 exempt de mélange, au'lieu de s'appliquer a le purifier, priverait le monde de toute espèce de bien.
10. L'avis de Pierre Contarini, évoque de Baffa, fut singulier; Soave l'attribue à plusieurs autres, et non à celui qui fut le seul à le proposer et à le défendre. Ce prélat, extrê-
montât sur le trône pontifieal, et dont il avait reçu la mitre, soutint qu'on ne devait point toucher à l'index qui existait; que le désir de refaire les ouvrages de ses prédécesseurs était plutôt une manie qu'un véritable zèle; qu'on ne cherchait pas à les rendre meilleurs, mais à faire voir qu'on valait mieux soi-même; qu'on voulût bien remarquer qu'en
nimement co nme hérétiques, et en ne touchant point à ceux qui d<> tout temps ont été mement allaché à la mémoire du pape Paul, regardés, non comme mauvais, mais comme dont il avait été l'ami intime avant qu'il apocryphes, tels que l'Evangile delSicodcme. 11 ne restera plus alors à examiner que ceux qui sont dont ux et qui ont été écrits depuis les dernières hérésies. On réussira également dans le second en appf^lant à son secours, hors du concile, des hommes d'un grand mérite et en consultant ceux qui se sont occupés de ce travail sous Paul IV. Mais, en prononçant, il faut, autant que possible, suivre révoquant les ordonnances de ceux qui ont la règle ancienne que nous tracent les saints précédé, on engageait ceux qui viendraient Pères : par exemple, ce qu'exige saint Jérôme ensuite à marcher sur ces traces et à annuler dans sa lettre à Tranquillinus pour que l'on leurs propres règlements, permît la lecture des livres d'Origène, et 11. Sur le second article, on demandait les saint Augustin dans le prologue du psau- sentiments pour savoir si l'on manderait me CXXVl, où il explique pourquoi Dieu ceux auxquels ces défenses pourraient porter permet qu'on lise dans les églises les saintes quelque dommage. Bien qu'Alphonse Ros- Ecritures sous le nom de Salomon, que ses set , évêque de Comacchio, fût d'avis qu'où passions entraînèrent dans l'idolâtrie et la le devait par politesse et pour le bien public, réprobation. et que dautres l'exigeassent comme un acte
7. Fray Marc Laure, dominicain, évêque de de justice, Jean-Baptiste Castaneo , arche- Campana, se rangea à l'avis du précédent, vêque de Rossano, qui, longtemps après, ocexcepté pour l'exemple des livres dOrigène;
>pté pour l'exempl il montra qu'il y avait une différence, en ce que ce Père et TertuUien ne passaient pas pour hérétiques de leur vivant, ainsi que les auteurs modernes dont il s'agissait. 11 ajouta que le concile ne devait pas s'occuper à prononcer sur tous les livres, mais uniquement sur ceux qui étaient soupçonnés d'hérésie ; pourles autres, qui sont en plus grand nombre, il faut en confier l'examen à des censeurs particuliers et moins occupés.
cupa le trône pontifical pendant quelques jours sous le nom d'Urbain VIII, fut d'un avis tout contraire ; et son sentiment se trouva corroboré par les raisons puissantes qu'apportèrent Augustin, Buoncompagno et les autres, qui se rangèrent communément de son côté. C'est aussi ce qu'a\ ait remarqué le pape Gélase, dans son canon Sanc/a, classé à la quinzième distinction; et c'est le sentiment le plus convenable. On ne veut point condamner les auteurs, mais établir une loi qui
8. Fray Vincent Justinien , général des puisse élaguer (lue.'qu'un de leurs écrits qui ^ rêchcurs, conseilla qu'on n'adjoignît à ceux pourrait nuire cà notre gouvernement. H arriqui seraient chat gés iie refaire l'index, ni généraux d'ordres, ni frères, et que l'on écrivît aux universités pour leur demander ceux
qu'elles avaient dressés.
vera que I ecrivam sera innocent et son ouvrage nuisible en quelque chose; ceux qui sont chargés d'y veiller ont droit de le regretter, s.ins qu'ils soient tenus pour cela
9. Fray Christophe de Padoue, général des d'appeler l'auteur pour qu'il présente sa déaugustins déchaussés, fut d'avis qu'on ne fense (1).
devait pas refaire entièrement i'mdex du pape 12. Le troisième article avait rapport au Paul, mais seulement le retoucher; il y avait sauf-conduit ; l'évêque de Saint-Asaph et un travaillé lui-même, et assurait qu'on y avait autre voul.iient que celui des hérétiques leur apporté le plus grand soin; prônant les vo- fûldélivré âcondilion qu'ils vicndr nient pour lûmes de la bibliothèque du Vatican, on avait se convertir et non pour disputer; d'autres deexaminé les index des autres pays, et l'examen avait été partagé entre les théologiens des différents corps. Pour renthe ce travail parfait, il faudrait seulement y répondre un peu plus de clarté, mettre les noms et prénoms des auteurs à chaque livre, marquer la date où ils ont paru, parce que celle néglieence était cause quelquefois que des écrits innocents portaient la p;'inc des mauvais. Il y en a encore d'autres qui renferment beaucoup de bonnes choses et uu peu ue mau-
mandaient au moins qu'on exigeât d'eux qu'ils s'abstiendraient d'injures et tic détractions, même dans leurs discours privés ; maisi
(1) lîainaidi, à l'snnée 1.^62, ii' 8, raconte, appiné siirlrs Actcsiiu coDciio de PiiicoHo, (|iio le. cinliiiil (le .M iiloiie voulait ciicr iioiiiinéiiKiit les ohcis de^ liéré.sies Ciilviii, Brenliiis Jatipies Amlré , mais le» I*èies .s'y opposèronl, <Taigiiaiii qu'ils ne pnijilasseii 1 de leur séjour ii Trculo pour répaiiiire leurs erreur!, cl puis pour s'aUribucr la \icloirc.