Au sujet de la défense des livres, si
pouvait deviner ce que proposeraient les lé- Soave a voulu prouver qu'il pouvait se faire
gats, tandis qu'ils l'ignoraient eux-mêmes et qu'ils attendaient les ordres de Rome? comment aussi ceux qui s'intéressaient à la conservation de tel livre, pouvaient-ils savoir qxi'on s'en occuperait ? Le vague de l'invitation et l'incertitude de la cause qu'on y appellerait, obligeaient tout le monde à se rendre à Trente: chacun étant intéressé à défendre quelque point dont on pouvait très-vraisemblablement s'occuper, on en concluait que cet appel n'était qu'apparent et renfermait un véritable refus.
8. Si Soave attribuait ces inventions absurdes et pointilleuses à quelque hérétique passionné, son récit pourrait paraître croyable ; mais vouloir le nsetlre dans la bouche de tout le monde, c'est faire compnndre que personne ii'a tenu ce lang.ige. Ses premières paroles , que précédemment tout avait été traité contre l'attente où l'on ét;.it, sont tellement opposées à la vérité, qu'au contraire toutes les matières avaient été arrêtées longtemps avant qu'on en dressât le décret ; c'est ce qu'attestent non-seulement les actes et les mémoires que nous avons produits dans notre Histoire, mais ce que l'on peut voir presque également dans celle de Soave lui-même.
Voici le sommaire des matières de foi qui avait été arrêté et répandu dès le commencement : Parole de Dieu, Justification des enfants et des adolescents , Sacrements , l'un
que l'on s'occupât par hasard de la condam nation d'un ouvrage, sans que l'auteur eût pu le prévoir, en se tenant à cet avertissement général, je le lui accorde comme une chose possible, mais qui pouvait se réaliser difficilement: son objection est donc déplacée, .l'ai dit difficilement, parce quele concile ayant déclaré qu'il voulait retoucher les index particuliers qui avaient été dressés j'.isqu'à ce jourdar'ï les provinces, et l'index universel qui avait été fait à Rome , il ne pouvait que très-difficilement se rencontrer un livre dangereux qui eût échappé à la censure llétrissante de tant de tribunaux. J'ai ajouté que cela ne faisait rien à notre sujet, parce que, ainsi que Soave lui-métîie l'a observé tantôt, les Pères avaient décidé que l'on ne citerait point les auteurs dont les livres seraient soumis à l'examen. Les princes séculiers n';=gissent pas différemment, lorsque des livres sont prohibés par eux , comme contraires à la IranquWlité de leur gouvernement ; et s'il fallait suivre une autre marche, les tribunaux se verraient entravés dans leur marche par des longueurs et des discussions insupportables. C'est encore ce qui a lieu dans les condamnations des doctrines : en effet, les conciles anciens qui les ont repoussées comme hérétiques, n'ont jamais cité leurs partisans, et la raison en est évidente : on ne
îocès qui rou-
après l'autre. Dans les matières de discipline, fait des citations que dans les pr
faire disparaître les abus dans la prédication lent sur un fait , lorsqu'il s'agit de punir
de la parole divine et l'administration des sa- quelqu'undans sa personne ou dans ses biens
crements, établir des lois pour régler la vie parce que, dans ces accusations, l'accusé peut
des ecclésiastiques, le bon choix des pasteurs, toujours avoir quelque fait à décharge et
obliger à la résidence, enlever les obstacles ignoré du juge. Aucun homme ne pourra ja-
qui s'y opposaient, faire cesser les désordres, mais se flatter de connaître tout fait paiticu-
touchant les bieus et les exercices de l'Eglise, lier, de telle manière que sa connaissance le
Tel était le plan dressé dès h: commencement du concile, plan qui n'avait pas été renfermé, mais exposé aux yeux de tout le monde, et sur lequel les Pères avaient ensuite commencé leur travail. L'on connaissait donc d'avance, au moins en gros , les matières sur lesquelles on devait délibérer dans la session qui suivrait immédiatement. Que signifient ces paroles : Les légats eux-mêmes ne le savaient pas, attendant sur cela les ordres de Borne ? Il est vrai qu'ils ne savaient pas avec une précision mathématique le temps où toi poirit
mette à même de prononcer dans chaque procès. Les choses ne se passent point ainsi dans les controverses qui sont simplement de raison, par^-e que la raison, disent les légistes, est évidente par elle-même. C'est aussi une chose ùe" la dernière évidence que cet avertissement général n'était pas inutile pour tout le monde, connue Soave voudrait ie conclure : quiconque se proposait de défondre ou d'attaquer les nouvelles dodrifies, 't d'introduire quelque nouveautédans l'Eglise, surtout la révocation ou la disj.eiise d'une
Serait discuté, le pape lui-même l'igaorait; défense ecclésiastique sur l'usage, par exem et quel est l'homme assez prudent, quelque pie, du calice ou sur le mariage des prêtres,
il savait, par cet avis, qu'il ne se rendrait pas inulileuionl à Tieule; r<!u(enr ou 1,' défenseur (îe q;ie!qiie livre noié dans les inlex qu'on avait ffétà publiés , rciui qui se s» niait foitde prouver que. dtjn-j ces c(»r!d;irnn<'iiions, on s'était ujcpris sur le st'us ou permis des chan^einonts, et tous ceux qui von'aient maint nir iasinciex dressés, on l'r.ire cndamnerquflque autr. é rit, étai'nt soCfisauimout avertis par cette notificatioti générale.
10. Viî nt ensuite cette lou;inj;e ironique ; Au milieu de toutes ces choses que l'on blàijiait, on se plaisnil à citer faveu ingrnn du concile, que les défenses passées avaient /'ait naître bien des scrupules dans les âmes, et soulevèrent beaucoup de plaintes. Il veut pnr là londre le concile méprisabie , en lui (ais.int dire à IvAraême que ces index étaient injusies et nuisibles. Conséquence f«iussi'. ! Quelle est la défense générale, qui enibras'^^c plusieurs articles , qui ne soit pour un grand nombre d'hommes un sujet de peine, et pour d'autres inisujet(iepIainle?S()avea-t-il jamais rencontré que h s loisd un prince, quelque prudent qu'il fï!it,ne produisissent pas d'elTits semblables? Non, et le concile lui-même ne se flattait pas de former un index qui jouît d'une approbation universelle ; non , c'est impossible. Mais comme il est facile de perfectionner les ouvrages des autres, en appelr-nt à son secours rex|)érience et les conseils de plusieurs hommes instruits qui se réunissent à cet effet, chacun d'eux, prêtant l'oieilieaux observations de tous les autres , acquiert sur celte matière autant de connaissance que tous h s autres ensemble : ainsi le concile a cru avec raison qu'il perfectionnerait les index qui existent, de manière à diminuer l'ambiguïté, qui cause les scrupules et les sujets de plaintes.
11. Touchant le sauf-conduit, Soave ajoute que cette réserve, quil pouvait être accordé en dehors de la session, remplit de défiance les hérétiques, qui n'apercevaient aucune
différence entre une session et une congrégation, sinon que les mêmes hommes assistaient à l'une avec la mitre et à r.îi;}rc S'^ns mitre. A mon avis, c'est nouveau que (luelnu un, dans les concessions el les garanties qu'il obtient, prcnniî ombrage des précatUions ;'xcesaivcs et peut-être même inct les qu'on y apporte en les lei délivrant. Eu parias»» ainsi S: ave ne se montre pas cri homme profondément versé dans la science des lois comme nous le représente l'auteur de sa Vie. I oublie que les actes des notaires et les jugements des tribunaux sont pleins de pareilles formules; mais revenant à notre suj^l, y a-l-il une règle pins connue que celle-ci : iorsque lejige est obligé par la raison ou par la coutume d'a[)porier une certaine solennité et de siéger sur son tiibunal,les actes qu'il fait autrement, et dans un autre lieu, ne sont point légitimes et n'ont pas la force d'un jugement. De ià vient (jue les ju^es emploient cette formule : comme dun>t la cêdule , ou autres semblables, pourquela sentence paraisse émanée du tribunal. Avail-on jamais vu que le concile eût formé des décrets en dehors d'une session; el lorsqu'il avait été convenu , même lumuiluniremeut, de transféi'er el de suspendre le concile, les Pères a'avaient-ils pas cru nécessaire de célébrer une session, quoique sans l'éclat accoutumé? Pourquoi donc n'aurait-on pas pu douter au moins que le s;iuf-con(!uit accordé hoi's de session n'était pas valide ? Tar.dis qu'il était certain que le concile Icgilimemenl assemblé en session, ayant la juridiction la plus étendue pouvait déléguer les personnes présentes ou d'autres qui arriveraient, ayant voix dans la session, pour dresser ce décret même en dehors de la session. En se défiant de ces précautions, Soave ressemble à ces ignobles habitants de l'antre de Pluton qui, tournant le dos à la lumière et à la vérité, ne voyaient toutes les choses réelles que comme des ombres.
ARGUMENT
Publication d'un sauf-conduit pour les hérétiques. — Arrivée des ambassadeurs du roi d^Espaqne, des cantons catholiques suisses el du duc de Florence. — Dispute entre ces derniers au sujet du rang qu'ils doivent occuper ; ils s'accordent. — Députés du clergé de Hongrie. — Senligient du roi Philippe. — Etat des affaires de la eour de France au sujet de la religion. — On propose douze sujets de réforme. — Débats au sujet du premier qui traite de la résidence. — Troubles à cette occasion dans le sein du concile el au dehors. — fcndasio est envoyé vers le pape. — Arrivée des orateurs vénitiens et bavarois, — {Contestation entre
eux pour la préséance. — Lettre du roi d'Espagne à Vargas, pour se plaindre des légats, parce qu'on ne déclarait pas la continuation du concile et ensuite parce qu'on avait inséré dans le premier décret la phrase: Sur la proposition des légats. — Ils se justifient auprès du roi. — Nouvelles instances du nwquis de Pcscara auprès des légats sur le premier chapitre. — Pro,ness« qu'il en obtient par écrit. — Délai demandé par les impé. i-nix afin d'aviser Ferdinanc'. — -^Prorogation delà session sur ladeinande par écrit de l' ambassadeur français et des impériaux. — Retour de Pendasio et instructions qu'il apparie aux légats de la part du pape. — Impatalions répandues a Rome contre les cardinaux de MantoueetSerij^andi, —
IHSTOmE DU CONCILE DE IKFNTE:
Ce dernier se disculpe ainsi que son collègue. — Arrivée des ambassadeurs français.
— I-nstructions dont ils sont chargés. — Leur discours piquant. — Il est adouci en l'imprimant. — Réponse. — Visconli est envoyé au concile par le pape. — Soupçons entre les légats. — Les Français , Vempereur s'opposent à la déclaration de la continuation.— Ordre précis du pape pour la déclarer. — Embarras des léqals à ce sujet.
— Ils prennent la résolution de ne pas obéir et d'envoyer à Rome le cardinal Allemps pour montrer la nécessité de leur désobéissance. — Nouvelle leilre qui remet l'affaire au jugemrnt des léqals. — Condescendance du marqins de Pi'scarn. — Les évéques d'Espagne s'entendent pour protester, mais il ne ne le font pas. — Sessionquatrième ou vingtième, au k juin, et prorogation des décrets •usqu'an 16 juillet. — Opposition de trentesix Pères.