‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 251 sur 348 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On dresse le sauf-conduit pour les hérétiques et on le publie. — Doute au sujet de l'offre du pardon. — Passage d'un ministre du duc de Bavière. — Douze chefs de réforme à examiner.

1. Aussitôt aprèsla s''Ssiononchrir2:oa Castaneo, Augustin, Buoncompagno et Paleotlo, de dresser le sauf-ronduil. Celte rédaction présentait deux difficultés. Premièrement, il fallait chercher les paroles les plus propres à dissiper tout soupçon de l'esprit des hérétiques, sans pourtant qu'elles pussent nuire en rien à l'Eglise. En second lieu, et ceci était le

que cette pièce serait à l'abri de toute critique raisonnable. Is comprirent qu'il valait beaucoup mieux attirer à nous ceux qui jouissaient de la liberté dans leur pays, (jue ceux qui par leur désobéissance contre «lous vivaient errants dans l'exil. On eut égard aussi à l'observation de Beccatelli , archevêque de Raguse, de ne pas prononcer le mol d'hérétiques, mais de le remplacer par ces paroles plus douces : Ceux qui ne sont point d'accord avec nous dans les choses de la foi et qui pensent d'une manière contraire à ce qu'enseigne la sainte Eglise romaine. Il restait à trouver un expéiîient pour ceux qui étaient exclus de l'invitation générale, c'est-à-dire |)Our ceux (lui étant nés dans un pays où l'on ne tolérait aucune croyance contraire à la religion catholique, se trouvaient sous le coup de l'inquisition, et qui pour jouir de leur liberté n'en étaient pas moins privés de leur patrie. Mais ceci domanilait de plus mûres réflexions et des pouvoirs plus étendus. On ajouta donc à la formule : que par l'exception précédente ils ne voulaient pas fermer pour toujours la porte du retour à ceux des autres provinc«'s qui désiraient s'amender, mais la manière de les recevoir n'étant pas arrêtée pour le moment, on se réservait de le faire plus tard.

2. Ces (iécrels furent soumis à la congrégation le 2 et puis le 4 mars. Thomas Stella, dominicain, é\êque alors de Capo-d'Istria, et que nous avons eu occasion de nommer souvent dau!^ ie concile sous Paul I!I. soit à Trente, soit à Bologne, consentait difficilement au sauf-conduit. Les hérétiques, disaitil, sont des rusés qui ne cherchent qu'à trom-

plus important, on ne voulut pas en restrein- per et à répandre leur poison comme des vi-

dre la portée à l'Allemagne seule, comme le fit le concile sous Jules III, parce que ce serait traiter plus favorablement ceux qui avalent embrassé la confession d Augshourg, et montrer qu'on ne faisait aucun cas du salut de différents peuples qui ne couraient pas de moindres dangers ; mais en même temps ils avaient de la peine à l'étendre à tous les hérétiques pour les raisons que nous avons données; ils répugnaient encore à l'accorder à toutes les nations, en excluant nommément l'Espagne, le Portugal et l'Italie, comme ré-

pères , il est donc dangereux de les laisser approcher et de les admettre au milieu de nous. Il rappela à ce sujet quelques faits arrivés du temps de Luther qui n'étaient ni à l'honneur ni à l'avantage de l'Eglise. Quelques-uns pensaient que l'on manquait de dignité en accordant, pour venir à Trente, une sécurité qui n'était point demandée, qui serait peut-être refusée et méprisée. D'autres voulaient qu'on limitât le nombre dos personnes, pour se mettre à l'abri d'un coup de main, puisque le concile de Bâle avait

gies par l'inquisition de Rome. Une telle par- dans sa quatrième session pris cette précau-

lialité ne leur paraissait ni honorable, ni raisonnable. Pour trancher la première difficulté, ils arrêtèrent qu'ils se serviraient des termes du sauf -conduit que sous le pape Jules III on avait accordé à la demande de Charles V, parce que le sens en était trèséiendu ; el pour ce «jui concerne la sécurité dont ils devaient jouir , qu'ils emploieraient ceux du sauf-conduit que le concile de Baie envoya aux Bohémiens. Sous la foi de celte pièce, quelques protestants n'avaient pas craint de se rendre à Trente, où ils avaient été accueillis avec bouté, et avaient joui de la plus grande liberté. Afin de parer à la seconde difficulté, ce sauf-conduit n'étant que pour les Allemands, ils résolurent de l'étendre à tous les pays où l'hérésie se prêchait jtnpunéraenl. De celte manière ils crurent

lion à l'égard des Bohémiens. On fut surpris de voir proposer celte restriction par Muglizius, archevêque de Prague et ambassadeur impérial. Entendant les murmures de quelques Pères, il répondit qu'il émettait cet avis, non pas comme ambassadeur, mais comme évêque, à qui il convient de se conformer aux exemples d'un concile précédent.

3. L'évêque des cinq Eglises dit qu'il lui paraissait étrange qu'une même proposition soulevât des difficultés diamétralemenl opposées. Les uns ne veulent pas du sauf-conduit comme d'une chose inutile et qui n'amènera à Trente aucun hérétique; les autres le regardent comme dangereux, devant y attirer (les armées. Les faits prouveront que ni l'une ni l'autre opinion ne sont dans la

vrai. Quelqu*un proposa aussi de fixer un lemps après lequel le sauf-conduil ne servirail plus de rien , afin que les hérétiques ne pussent pas insulter à celle bienveillance du concile par des délais affectés. Un Père, enfin, demanda celte comlilion : pourvu qu'ils s'abstinssent de prêcher et d'enseigner des dogmes contraires aux doclrines caltiolicjues.

4. Mais l'archevêque de Grenade dans un discours plein de force réfuta toutes les objections et comballit les exceptions proposées. Il montra que ce qui avail eu lieu sous Jules m, sur les instances de Charles V, devait dissiper lous les doutes ; que les conseils des Pères et des princes de ce lemps prouvaient que le concile réuni en ce moment ferait mieux d'iniiler son exemple que d'examiner de nouveau cette question, puisque rien n'était changé ni pour lo losid ni pour la forme, afin de rassurer les hérétiques: pour le fond, leur perversité a toujours été la même, et quelque grande qu'elle soit, le concile est un bain saiutaire auquel il convient d'inviter ceux mêmes qui sont infectés de la peste; là les renards pourront déposer leurs ruses et les vipères leur venin; pour la forme, car ce qui était arbitraire auparavant devient nécessaire après l'exemple du concile , et une seule lettre changée serait dans le cas de soulever d'épais nuages devant ces yeux pleins de défiance, cl ce changement ne produirait aucun fruit. Quel avani.jge en effet en limitant le sauf-conduit à un cerl lin nombre de personnes ? Tous les Pè.es peuvent comprendre facilement que si les héréliques avaient cru pouvoir oppriuier le concile dans le lieu où il est assembie, il.^ n'.iuraienl pas attendu pour le faire d être munis d'un sauf-conduit. La confiance des Pères doit reposer tout entière dans le zèle des princes catholiques, dont les forces entourent el défendent la ville et qui ne souflriront jamais que le concile devienne la proie d'ennemis violents; il y a plus de dignité d'accorder le sauf-conduil sans limite de temps que de fixer un terme, car il ne faut pas que le concile s'interdise le pouvoir de terminer son œuvre, toutes les fois qu'il le jugera opportun. C'est bien inutilement que Ion voudrait y insérer la condition que les hérétiques ne prêcheraient ni n'enseigneraient leurs erreurs. On a pourvu à cela dans l'ancienne formule; puisqu'il leur est accordé afin de venir exposer et défendre leurs sentiments devant le concile. Ce ne^l donc point pour les répandre parmi le peuple et exciter des troubles religieux. Le même sauf-conduit a anêlé la manière de procéder contre les attentats qui paraîtraient dignes de cbâliment. Qui doute que ce ne lût un crime contraire au droit des gens, de répandre Terreur el de fomenter des troubles dans la maison de son hôte? Ce discours fut goûté unanimement, et le promoteur du concile pria les notaires de le transcrire dans les actes.

5. Au moment où les Pères allaient se retirer, on vint annoncer qu'un conseiller d'Albert, duc de Bavière, demandait audience. On duBoa ordre de l'introduire. Il présenta ses

lettres de créance. Il exposa au concile que le prince son inailre l'envoyait à Rome pour certaines affaires qui intéressaient îa religion dans ses Etais, et que le duc se serait vivement reproché de ne pas saisir une occasion si favorable pour assurer ces Pères vénérables de son humble dévouement, el (ju'il lui tardait d'envoyer un orateur, et (pse ia seule cause de ce relard c'él.til de n'avoir f u Irouver un Ihéoiogicn qui lût à la hauteur de sa mission, mais qu'il e>pérail r<'!ivu}er souî peu. Le secréiaiie lui répondit avectonle l'urbanité possible, el les légats lui doiinèrenl des lettres de; recoir.mandation poisr le souverain ponlilV.

6. Le sauf-coiuhiil fut {.ub!ié à Trente, le 8 (le mars, el afliclié aux jiortcs de l'egiise cathédrale; on eut soin au iiiême temps il le faire répandre dans les dilTérenles provinces où les nonces étaieni autorisés. Les légats ne manquèrent pas de l'envoyer au cardinal de Ferrare en France, ainsi que ùcn^ lettres: l'une qu'il devait soumctire au conseil royal, et dans laquelle ils demandaient avec instan<:e qu'on permîl l'imprcvssion et la publication du sauf-conduit dans toutes les provinces du royaume; et l'.mtîe pour lui seul, dans laquelle ils lui disaient qu'<m avail évité de nommer la France, ;.fin de ménager les Français , qui aurai( nt pu s'imaginer que l'on regardait leur pays connue un < hamp libre à Ihérésie; et l'invitaient à iiiire connaître à tout le monde que la Frau'c était comprise sous les paroles gencraU s «lu décret, et <jue les Pères n'ignorai 'ni [las (jiie l'on lie devait attribuer qu'à la conciilion des tiinps le libre exercice tt la prédication sans bruit de la nouvelle religion.

7. Soave s'abuse élrangen^ent en disant qu'on ne fil point mention de la France, pour ne pas offenser h' conseil en déelarani que le roi avail des rebelles dans ses Etats. C'est une tout autre chose quiul'avoir des rebelles ou de laisser l'héiésie sans châtimenl. En clTel, en ce moment le roi n'a point de sujets rebelles, et cependant le calvinisme e'I lii/ce dans ses Etats, tandis au contraire que le peuple de Naples est en révolte contre son roi, et pointant l'iiérésic n'y jouit point de la liberté. Son ( rreur est moins pardonnable encore, lorsqu'il parh; de différentes délibérations pour savoir si on ferait mention des Grecs, des Anglais, des Ecossais ; ni les actes authentiques, ni ceux de Paleolto et de l'évêque de Salamanque. ni les lettres des légats au cardinal Bjrromée, el tant d'autres qui entrent dans les plus minutieux détails sur les délibérations du concile, surtout à celle occasion , ne disent pas un seul mot de tous les faits inventés par Soave, habillés à sa manière, et re\êius de ses couleurs.

8. llestait encore le troisième point, touchrjit le pardon que l'on offrirait à ceux contre lesquels l'inqui ition avail informé. A ce suj:l Soave se trompe également lorsqu'il dit (jue les légats, connaissant déjà les sentiments tout opposés du pape, et ne voulant ijas exposer son autorité à un écheq

concluisiront cette affaire au point où ils la désiraient pour obéir au souverain poulife, tandis qu'avanl qu'ils eussent cotte connaissance, ajoutc-l-il, ils avaient été partagés de sentiment; le premier légat inclinait à un pardon général pour ceux qui viendraient dcmaniter grâce, et le cardinal Si monella n'aimait pas une si large condescendance.

Tout est controuvé. Les légats ne connaissaient nullement encore l'inlenlion du chef de l'Eglise. Ils écrivirent au cardinal Borromée qu'ils se proposaient d'offrir une légitime comp;nsalion aux tribunaux de l'inquisilion de l'Espagne l't du Portugal ; c'était, comnif^ ils le déclarèrL-nt ensuite, de choisir quelques pré;als dans chacune de ces nations, qui connaîtraient de ces affaires et prononceraicnl dans l'occasion si le pardon pouvait être accordé sans préjudice des droi.'s de rinquisiti(;nde leur pays, absoudraient l'S coupables ou los renverrai«nt à leurs juges iM-dinaires. Une telle conduite aurait protégé les droits de ces tribunaux, et inspiré une ferme espérance du pard.a à un grand nombre d'accusés. Pour ce qui concernait l'inquisition de Rome, qui étendait sa juridiction sur toute l'Italie, ils ne voulaient rien déterminer sans en avoir reçu le pouvoir et la direction du pape, mais ils ne doutaiint nullement que beaucoup ne revinssent à ré-ipisci nce s'ils étaient sûrs de trouver miséricorde; ils faisaient remarquer que c'él:;il le scnti;uenl unanime des Pères d'user de clémence envers les coupables, parce qu'i:ne telle indulgence leur paraissait digne d'un concile aussi solennel , assemblé pour la consolation des fidèles, et de la condition dos ten»ps, qui semblaient e^igsr plutôt de rappeler les exilés que d'en faire autant de sujets rebelles, en les poussant au désespoir par le refus du pardon. Ce récit fait ressortir la fausseté de la difî'érence d'opinions que racowlo Soavo, en pariant de cetie délibération; puisque drns tes lettres signées par tous les légats oi! e;îgagcait à la douceur, et l'on disait que c'était le s,e:\timenl général des Pères. Bien pins, ils per sislèrent dans ce sentimcnl lorsque le pape eut manifesté une intention contraire, et ils l'eussent amené à leur aviS; sans l'obstacle qu'ils rencontrèrent dans l'opposition des tribunaux de l'inquisition d'Espagne et du Portugal. En conséquence, le pardon ne fut point étendu à toutes les nations, comme ils le désiraient. Voilà le fait tel qu'il s'est

passé.

9. Le même jour que l'on publia à Trente le sauf-conduit pour les pays où l'on jouissait de la liberté de conscience, le chef de l'Eglise fit écrire aux légats par le caroinai Borromé«, qu'il lui semblait presque impos-

légats ; de manière à leur assurer une entière sécurité, seulement pour venir à Trente, y séjourner, et en partir. Par-là l'on n'arrêtait point l'action de linquisilion contre les contumaces et ceux qui étaient dans les fers ; il suffis lit en eff^'t que les coup ibl-s sussent qu'ils jouiraient à Trente de la même liberté qu'ils avaient trouvée dans les Etats où ils s'étaient retirés, sans vouloir lier les mains à leurs juges naturels; et les inquisitions d'Espagne et de Portugal ne pouvaient se plaindre, puisque le s uf-conduit n'accordait pas aux criminels plus de liberté qu'ils n'en avaient en France el en Allemagne.

10. Venant à l'inquisition de Rome, le souverain pontife désirait que le sauf-conduit fût conçu en termes aussi favorables qu'il plairait aux légats d'employer, el il souhaitait que les autres tribunaux de l'inquisition usassent de la même indulgence; cependant des raisons d'un grand poids l'empêchaienl de leur en faire en ce moment une étroite obligitiim. Quelques jours après il leur fit écrire dans le même sens. Il disait que la formule dont il a été question lui paraissait suffisante, puisque c'éiait celle qui avait servi sous Jules III, quoique adressée seulement aux Allemands ; qu'il n'était pas nécessaire que le concile informât sur les coupables, ni qu'il prononçât leur grâce; que par là cependant on ne voulait pas fermer les port* s de la miséricorde à ceux qui, se convertissant sincèrement, retourneraient à leur Dieu ; mais dans l'occurrence des cas particuliers, les légats devaient en écrire au pape, et altt ndre ses ordres. Par rapport à l'inquisition de Rome, dans la lellre que nous avons rapporté^', on avait inséré ces paroles qui rcnf rmaient une restriction cachée: que le souverain pontife ne se montior.iit pas difficile , anhtnt (/ne e-lo dépend ait de lui ; ce qui donnait à entendre qt:e ics cardinaux du »a.\\\i of'ire voyaient de niauv..is œil qu'on usât de cetie modération; iiais qu'il suffisait pour le moment de lour prési'Uler cet expédient, et qu'il ai)andonnait toute l'aflaire au jugement de ses légats. Ces ordres leur paraissaient étranges ; car, disaient-ils, pourquoi inviter ceux qui sont sous ie coup de l'inquisition, si repenlanls el convertis ils ne d(Mvent point être reçus dans le sein miséricordieux de l'Eglise? Ces hommes, en effet, ne venaient point pour disputer et f.iire de l'opposition, mais seulement pour se rétracter el s'amender. Le pape approuva ces raisons et leur répondit qu'il n'avait prétendu leur donner qu'un conseil, et non point apporter une restriction ; qu'il approuvait l'expédient qu'ils lui proposaient au sujet dos inquisi-

sible de trouver des paroles assez mesurées lions d'Espagne et du Portugal , pourvu que

pour conserver au concile toute sa dignité, offrir sécurité aux habitants de tous les pays qui voudraient se rendre à Trente, et pourvoir à tout ce qu'exigeait le bien put)lic. Mais puisqu'il en faut dressi r un, le meilleur serait celui-ci : de l'accorder à lous sans exception , autant que cela dépendait des

cela se fît avec tant de ménagement que ces provinces n'eussent pas lieu de se plaindre; et que pour l'inquisition de Rome, il leur laissait toute liberté. Voilà jusqu où cette affaire fut condiiite ; mais soit que les légats n'aperçussent dans les coupables aucune volonté de se rendre à Trente, ou su inoio»

iU61

de se convertir, soit qu'ils rencontrassent 12, On jugea à propos néanmoins de soudes difficultés insurmontables de la part des mettre à Icvamen quelques projets de ré- ; inquisitions dEsp.igne et du Portugal, et ne forme générale. Le cardinal Seripandi la dô-

< voulant pas les Tivoriser plus que celle de Kome , je ne m'aperçois pas qu'ils aient encore étendu plus loin celte promesse de pardon.

11. Los orateurs de l'empereur , satisfaits du sauf-conduit pour rAlleuiagne, présentèrent deux, écrits aux Ijgais; par l'un ils priaieni 1« concile de fiire une invitation solennelle aux protestants, et dans le second ils demandaient la reforme du clergé d'Aileijiagne. Les légats s'informèrent si c'était par l'ordre de leur souverain ou en leur projire nom que ces demandes étaient proposées. Ils acquirent hi certitude que ia première ne venait point du prince.... La seconde leur laissait quelque doute, cep<'ndant quelques jours aptes ils surent qu'elle était pccseï'.îée par T. nipereur. En recevatit ces écrits, les lég Us leur répondirent que la d-mande d'une invitation aux protestants n'était pas admissible, poi;r les raisoiis qui avaient empêché le concile de le f.iire sous Paul 111, lorsque celle question fut soumise aux Pères; et surtout parce que depuis le souverain pontife avec une bonté ineffable ayant essayé de les amener à Trente , par le ministère de ses nonces, avait vu ses efîorls accueillis avec mépris |)ar plusieurs , et dédain par lous les autres. E.\ renouvelant c<'ltc invilalion en son propre nom, il ne ferait qu'accroître leur arrogance , au lieu de les amener à de mciileurs sentiments; cependant, si tel était le désir de renipereur , ou s'il pensait que ee^a fûi opportun, le respcci qu'ils avaient pouiSa Majesté impériale et.tit si grand , qu'ils soumeïlraicnt cette affaire au concile et qu'ils emploieraient loue leur influence pour la faire adopter. Quelques jours après Commendon. élantde retourde la Flaiîdre, passa à Trente pour se rendre dans son pays ; îes lég.Us lui firent part du projet qu'ils avaient for.ué de l'envoyer vers l'empereur pour l'informer de l'état des affaires du concile et pour connaître son int-nlion sur la célérité à 'imprimer à sa marche et sur tout ce qui louchait à cette grande entreprise. Mais le souverain pontife n'approuva point celle ambassade qui ferait trop de bruit et pouvait suci'.er de grandes diiîlcultés. Il pensa qu'on pouvait se servir plus utilement du nonce Delfini, qui était accrédité auprès de cette

sirail plus que tout autre ; parce qu'au milieu des grandeurs de li pourpre romaine, il n'avait rie n relâché de la vie exemplaire du cloître, persuadé qu'il était que cette nouvelle îiignité devait augmenter son zèle pour la vertu et npn l'amour du fasle : il fut chargé des'iniormer auprèsdes prélats sages etpieux quelles seraient à leur avis les réformes les plus propres à rendre à l'Eglise son ancienne beauté et à fermer !a bouche à ses ennemis. Il rédigea de suite un plan ; on pense qu'il fut dressé de concert avec Muzio Gallino, archevêquedeZ;ira, Jules Pavezi , dominicain, archevêque de Sorrento, tous les deux bressans, Louis lieccatelli, archevêque cellaguse, Gilles Foscarari , évêque deMorion , etJérôme Galérat, Milanais, évéque de Sutri et neveu du cardinal Morone. Seripandi le remit à ses confrères les cardinaux , mais sans leur faire connaître le nom de ceux qu'il s'était associés pour ce travail. Ils le soumirent à l'examen du cardinal Simor.etla, qui était grand canoniste elirès-versé dans toutes les questions qui étaient du ressort des tribunaux de Kome ; il s'adjoi}.'nit Castaneo , Buoncompagno , PaK'Olto , Jean-Bapliste Castelli de Bologne, promoteur du concile, qui fut ensuite évêque de Uimini et sur la fin de sa vie nonce en France, où il laissa de grands exemples de vertu. AuL^Jstin ne fut point consulté à ce sujet, comme on avait coutume de le faire d;ins les affaires de cette nature , parce qu'on savait que les Espagnols travaillaient en commun pour préparer le pian particulier de la réloruîe à introduire dans leur pays.

13. Ils hésitèrent longtemps, ne sachant si l'on commencerait par les questions les plus importantes et qui concernaient la cour de Roiiie, ou parcelles qui offraientmoins d'inlérét et qui regardaient tous les diocèses. Seripandi opinait pour les premières , afin que le fron!i;>pice du concile montrât à l'uni\ers entier qijc l'on éleva»! un éJifice en marbre ie plus dur et n(m point en loile et en bois peints , connue ceuxdes théâtres ; par là on fermait la bouche aux médisants , et on attirait à Trente grand nombre de pré-' lats zélés, qui seraient assurés que leur peine recevrait une juste compensation dans l'importance du service rendu à l'Eglise. L'on devait s'y porter avec d'aulantplus d'ardeur, tour. En effet , letnpereur ayant appris de qu'enenvoyantau concile l'auditeur Paleotto,

ses orateurs les instances qu'ils avaient faites pour obtenir l'invitation des protestants, et la réponse des légats, se prononça contre ses représentants et se rangea de l'avis de ceux du pape.

Touchant le second écrit des impériaux par lequel ilsdemandaienl laréformede l'Allem-igne , les légats répondirent qu'à l'exception des orateurs de Ferdinand , n'y ayant encore à Trente ni ambassadeur, ni procureur , ni prélat de ce r(>yaume , ils ne voyaient pas qu'on pût l'onlreprei.dre avec pleine connaissance, ni l'établir à la satisfaction générale.

le pape lui avait dit à plusieurs reprises qu'il donnait toute liberté pour réformer sa cour et même sa personne , en tout ce qui paraîtrait avantageux au bien de l'Eglise. Les autres soutenaient au contraire que les matières les plus difficiles et les plus relevées demandaient un plus grand concours d'évêques de tous les royaumes, de crainte qu'en voulant remettre les choses à leur place, on ne causât un désor<lre irréparable : les Allemands et les Français n'él aient point encore arrivés, comment les Pères pourraient-ils coniaîti-o les réformes que ces nalions réclament dxins la cour de Rome, où la (fisei-

toes

IIISTOIRK DU CONCILK DE TRENTE.

iOU

pline ecclésiastique prend sa principale sour- et de leur mauvaise conduite, et plus propres à

ce, cl ce qui doit les contenter ? il vaut mieux détruire quà édifier, et leurs vicaires étant en-

atlcndre leur arrivée et pendant ce temps core pires, neseraii-il pas avnnlageux que Té-

I nvttycrà Rome les articles proposés, et prier véque leur dotinâl des coa^ljuleurs et leur assi-

le souverain pontife de les examiner alten- gnât une portion des revenui^?

ii.('inent. Il n'est pas permis aux pères d'à- 8" Si l'on devait accorder aux évéqucs le

gir comme ils font dans l'examen d'une cause pouvoir de transférer aux éqliscs-inèrcs -les

aussi importante, sans connaître le senli- bénéfices et les chapelles tombant de vétuHc et

meut de celui qui, ayant le gouvernement si pauvres qu'elles ne pouvaient être réparées-

suprême de hi république, la connaît mieux qu'eux tous ensemble, et sans eu avoir reçu de sa part une commission expresse qui dans les affaires les plus miporlanles n'est jamais suffisante si elle n'est spéciale. En attendant, il y a mille questions utiles, quoique moins relevées, que l'on peut examiner avec autant d'édification que de fruit et sans danger. Il faut disaient-ils, que la prudence et l'art se conforment à la nature, qui procède toujours graduellement à ses grandes opérations. Cet avis l'emporta. Je ne saurais dire si ce parti fut louable ; ce que je sais, c'est qu'il fut critiqué , et qu'il diminua considérablement l'estime et la bonne opinion que l'on avait conçues des légats et du pape. Cette défiance envers eux dura jusqu'à ce

9" S'il était expédient d'ordonner que les bénéfices de commendes, même ceux d's rét/nliers, seraient visités et réformés par les évoques ;

10" Si Von devait décider que les mariages clandestins seront désormais réputés nuls ;

ii° Quelles sont les conditions pour qu'un mariage ne fût pas censé clandestin, mais contracté en face de l'Eglise ?

12" Quil fallait examiner sérieusement ce que l'on devait décréter sur les abus énormes des quêteurs,

li. On lut avec plaisir les deux articles précéiienls sur les mariages clandeslins; autant par l'ulililé qu'ils reufermaient eu euxmêmes, que parce qu'on pouvait les soumettre à l'examen des théologiens du second Ordre,

quel'événement prouvât la faussetédessoup- qui étaient en grand nombre : car si pendant

çons; on chargeait surtout le cardinal Simonelta, qui en sa qualité de président de la dalerie avait cht'rché , disait-on , par toutes sortes de moyens à augmenter les rcveuiis de son souverain cl avait montré trop d'attachement pour ses intérêts pécuniaires et ceux de la cour romaine. Quoi qu'il en soit; on s'arrêta à ce parti et l'on décida que l'on proposerait douze articSes de réforme dont voici la teneur :

1° Que les Pères devaient examiner par quel

que les jurisconsultes auraient été occupes, ils s'étaient vus réduits au désœuvrement, ils n'auraient pis m.aujuédesepiainiire ou de so retirer. Rien de plus vrai que ce mot d'un philosophe : que vivre, c'est agir ; aussi celui qui n'est einployé à rien pense qu'on ne fait pas plus de cas de lui que d'une pierre ou d'un cadavre.

15. Les légats donnèrent connaissance de ces articles aux ambassadeurs de reinpcreur avant de les soumettre au concile, parce

moyen on pouvait obliger les patriarches , les qu'ils les en avait priés, et ils en furent s;!tis-

archevêqucs et évêques, et tous ceux qui ont charge d'âmes à résider dans leur Eglise, et à ne point en sortir, si ce n'est pour des raisons justes, nécessaires et utiles à l'Eglise catholique ;

2° S'il était opportun qu'aucun sujet ne fût promu aux saints ordres, si ce n'est à litre de bénéfice, parce qu'on n'ignorait pas toutes les fraudes auxquelles étaient exposées les ordinations à titre de patrimoine ;

3" S'il était également expédient quelescollateurs des saints ordres , leurs ministres et leurs notaires, ne reçussent aïicun argent de la part de ceux qu'ils ont ordonnés;

k° Si l'on pouvait accorder aux évéqucs d'établir des distributions quotidiennes pour ces églises dont les revenus étaient nuls ou si

faits. Mais ensuite le cardinal Simonella,réflé-. chissant en lui même, comme s'il prévoyait les tempêtes qui allaient s'élever, avertit ses collègues que ce premier article sur la résidence allait les jeter dans une mer ph-ine d'écuoils ; qu'il pensait qu'il valait mieux ne point en parler pour le moment ; et il insista si fortemeiit auprès d'eux tiu'il les força tous de se ranger à son avis; et d'un commun accord, ils résolurent de Iti passer sous silence, après en avoir prévenu toutefois les Graveurs de l'empire . parce qu^» déjà ils en avaient eu conununicalion le 11 do mars; avant de se réunir, les légats leur firent part de leur résolution, et leur remontrèrent qu'un articlo si important demindait d'être examiné par une assemblée plus nombreuse;

faibles qu'on les négligeait , et prendre pour mais les ambassadeurs s'y opposèrent forte-

cela sur les prébendes qui n'exigeaient aucun service ;

5" Si les paroisses dont la vaste étendue demandait un plus grand nombre de prêtres, pouvaient être partagées par l'ordinaire <??i plusieurs titres ;

G" Si, par contraire, plusieurs bénéfices cnriaux dont chacun n'offrait pas un revenu tuffisant pour vivre, pouvaient être réunis en un seul;

7° Parce que beaucoup de curés sont inhabiles à administrer, à cause de leur ignorance

ment et dirent qu'en retranchant cet article, il ne restait plus que les points légers et sans importance; que déjà ils avaient envoyé à l'empereur une copie de ces douze chefs, tels que légats les avaient arrêtés et les leur avaient communi(iués, et que Sa Majesté, qui désirait si ardemment la réforme, regarderait celle conduite comme un leurre et une insulte. Ils ne se trompèrent point en inlerprétant les senlinients de Ferdinand, car en recevant celte première communication, il leur léii'.oigna combien il était satisfait cl combien

il approuvait ces articles. Ensuite lorqu'il apprit que les légats avaient le projet de rctrancherlepremier chef, il ne put cacher son mécontentement et son déplaisir, et il loua ses représentants d'avoir repoussé ce dessein. Les effets prouvèrent plus tard aux légats qu'il faut bien réfléchir sur l'affaire tant qu'elle est au pouvoir de celui qui doit l'examiner.

16. Alors, ne voulant point donner ce juste sujet de plainte aux orateurs et à leur souverain, ils soumirent aux Pères le plan tout entier de réforme, et, sachant que plusieurs le trouveraient inférieur à leur attente et à l'idée qu'il s'en étaient formée , le cardinal de Mantoue, chargé de le présenter, s'efforça par un éloquent préambule d'en agrandir la portée. Après avoir protesté de son désir sincère et de celui de ses collègues pour le rétablissement de la discipline dans le clergé, désir qui s'était encore accru parles instances réitérées des Pères, il ajouta qu'il commençait par soumettre à leur examen les points suivants, et les priait de les examiner avec le plus grand soin, et de suspendre leur jugement sur ces articles, jusqu'à ce que ce travail eût atteint toute sa perfection. Quiconque, dit-il, considérerait séparément un ou deux membres du corps humain , ne pourrait dignement l'apprécier; mais en examinant l'ensemble de cet admirable édifice de la nature, il reconnaît alors la justesse des proportions et l'utilité des parties, comparées au tout : c'est ainsi que dans toutes les institutions d'un Etat , dans les réformes des mœurs et dans tous les ouvrages qui exigent une harmonie, un accord, on ne peut se former une juste idée de l'importance par rapport au tout d'un objet qui par lui-même paraît insignifiant, si l'on n'a sous les yeux l'ouvrage en entier. Qui est celui qui en condérant une pellicule, une seule des membranes, pourrait s'imaginer qu'elles fussent si admirablement propres aux divines opérations de la vue et de l'intellect? C'est la condition essentielle de la partie, considérée en elle-même, de ne présenter et de n'avoir aucun mérite qu'en rapport avec le tout.

Page 1