CHAPITRE IX
Bécil de ce fait. — Le cardinal Scripandi se disculpe par écrit et venge également le premier légal auprès du cardinal Borromée. — Leurs soupçons contre Simonelta.
Pendant qu'à Trente l'on faisait toutes les diligences possibles pour se conformer aux ordres du pape, le cardinal Seripandi jugea à propos d'envoyer au cardinal Borromée l'exposé exact de ce qUi s'était passé, qui fut une justification entière de sa conduite et de celle du premier légat, et une réfutation modérée
remédier aux maux que causait la non résidence ne soulevât bien des tempêtes ; la manifestation d'une telle crainte surprit étrangement les autres légats ses collègues, parce que, le regardant comme le plus versé dans les questions canoniques et dans toutes les affaires qui concernent les tribunaux de Kome, ils l'avaient chargé d'examiner mûrement ces articles, et les avait tous revêtus de son approbation. Il rapportait en cet endroit la résolution qu'avaient prise les légats de mettre de côté l'article de la résidence, à causedelacraintedeSimonelta et l'opposition qu'ils trouvèrent dans les impériaux ; l'avis unanime qui les réunit aux onze autres; la proposition qui en fut faite dans la congrégation ; le sentiment de l'archevêque de Grenade, qui soutint que le meilleur moyen d'obliger à la résidence, c'élait de la déclarer de droit divin; il montrait la diversité, la prolixité et la confusion des sentiments émis.
de tout ce que pouvait avoir écrit contre eux et la résolution que prirent les légats à l'una
deux le cardinal Simouctla : car il paraît que les soupçons qu'ils avaient contre lui n'étaient pas sans quelque fondement. Il laissait à la prudence du cardinal Borromée de communiquer sa lettre au pape, en tout ou en partie; mais il lui demandait le plus grand secret envers tous^ les autres. Il commença par rappeler qu'après la seconde session les impériaux avaient demandé qu'on voulût bien surseoir à la discussion des questions dogmatiques, sous prétexte qu'il fallait attendre les prélats de différentes natior.s , dont une n'avait pas un seul représentant et d'autres n'en présentaient qu'un petit nombre; et qu'en attendant on s'occupât de la discipline; mais que, pour lui, il s'était opposé à cette demande, pensant qu'il ne couvenait pas de séparer ces deux choses; que le pape avait ordonné de contenter les ambassadeurs de l'empereur; et (| n'ayant défendu aux légats de s'ingérer dans la réforme particulière de Rome, qu'il se réservait à lui seul, il avait chargé Castanco, Buoucompagno , Paleotlo et Caslelli de s'enquérir des évéques quels étaient les points généraux
nimilé, ou du moins sans qu'aucun s'y opposât, d'exiger une déclaration précise.
2. Il écrivait aussi qu'il savait qu'à Rome on faisait trois reproches aux légats sur cette affaire : 1° que, la majorité des voix étant pour la négative, on pouvait abandonner la question sans demander de nouveau les suffrages. A cela il répondait que la majorité, si l'on comptait les voix, était fort douteuse à cause de la confusion, tandis, au contraire, qu'elle paraissait certaine pour l'affirmative, si l'on avait égard aux nations.
3. Le second reproche condamnait nonseulement le second scrutin, mais même le premier sur cette affaire; on blâmait les légats d'avoir permis à Guerrero et à ceux de sou parti d'entamer une discussion qui, étant en dehors de ia question, appartenait au dogme et non à la discipline. Il observait avec modération que ce serait au premier légat, à qui appartient de diriger, daiîs les cas imprévus et embarrassants, les Pères d'un rang inférieur, et non à lui , de rendre compte de cette affaire; que cependant il s'apercevait que le cardinal de Mantoue ne manquait pas
qui intéressaient l'Eglise et qui avaient be- de moyens de se disculper. Guerrero avait
soin de réforme; que tons les quatre rappai lèrent qu'on ne désirait d'antre réforme que celle des matières qui avaient été agitées sous le pontificat de Paul II! et de Jules Ili. Dans cet inlervalie, disait-il, (jue'ques prélats italiens m'onl soumis une série d'environ quatre-vingt-dix articles que j'envoie à Rome.
uni avec adresse cette question au sujet proposé, en soutenant que ce pouvait êlre l'unique remède au mal qu'il s'agissait de guérir ; et, quoique cette matière fût dogmatique, on n'avait pu empêcher alors qu'on s'en occupât conditionnellement, seulement on avait obtenu qu'elle serait soumise à l'examen des
MVRK SEIZIEME.
théologiens du second ordre, qui tous, disaitil, se prononçaient pour l'affirmative ; mais, en outre, cequi était, à son avis, la plus vaste justification de la conduite du premier légat, c'est que le pape avait fait écrire à ses représentants par le cardinal Borromée que, dans le cas où l'on ne pourrait obtenir sans bruit que l'on abandonnât cette question, on laissât toute liberté pour l'examiner : de sorte qu'en présence du désir ardent de tant de Pères pour aborder la question, le cardinal de Manloue ne pouvait plus opposer son autorité au torrent et agir contre la volonté formelle de Sa Sainteté.
4. Le troisième reproche attaquait nonseulement le nouveau tour de scrutin et la permission de donner son avis sur la définition de l'article en question , mais encore la proposition générale de cette matière, puisque le concile avait déjà pourvu, sous Paul III, à l'obligation de la résidence. Seripandi faisait remarquer que cela était trop peu important pour empêcher qu'on examinât de nouveau cet article; il était facile de voir que l'obligation imposée et la peine attachée à la violation de la loi étaient trop faibles, puisqu'on trouvait moyen d'éluder la loi en résidant pendant une très-petite partie de l'année et en faisant des absences de moins de six mois, qui demeuraient par là même impunies. Il s'agissait donc de trouver des chaînes plus fortes et des liens plus étroits; il avouait sincèrement qu'il penchait pour l'affirmative, et qu'il avait désiré que la résidence fût déclarée de droit divin, pensant que cette décision serait pour la gloire de Dieu et du souverain pontife sous lequel le concile porterait un décret si important et si mémorable , que désiraient un grand nombre d'hommes de bien, comme la restauration de la discipline dans l'Eglise, et que c'était sous ce' point de vue qu'il avait approuvé ceux qui défendaient ce sentiment; mais qu'il ne lui était jamais venu à la pensée que celle décision pût porter atteinte aux décrets du saint-siége; que les partisans de la déclaration n'avaient rien dit à ce sujet, queues adversaires seuls en avaient parlé pour montrer leur dévoûinent envers le pape, tandis qu'ils auraient bien mieux fait si, ayant cette crainte, ils avaient su la taire, parce qu'en la manifestant elle devenait une source de haine et d'atroces calomnies contre le chef de l'Eglise. D'un autre côté, il déclarait qvj'il n'avait conservé aucun sentiment de rancune contre ceux qui combattaient son sentiment; il les regardait comme des hommes qui, appuyés sur des raisons probables, n'obéissaient qu'à leur conviction; mais qu'il avait été sensiblement peiné par le senlimesU conditionnel de ceux qui étaient vcnui mêler le pape dans une controverse aussi fastidiinise.
5. Après avoir présenté la défense de tous ses collègues et repoussé l'opinion qu'on lui prêtait, il passait aux imputations que quelqu'un s'était permises, d'avoir défendu son sentiment avec passion, de s'être expressément entendu avec le premier légat pour le iairc prévaloir, employant presque la vio-
lence auprès des prélats ses amis; il touchait aussi aux accusations portées en général contre les partisans de la déclaration, que l'on donnait pour des hommes mal intentionnés et peu respectueux envers le souverain pontife, et faisait remarquer qu'il n'avait jamais traité avec le cardinal de Mantoue de manière à faire soupçonner un entendu secret entre eux ; qu'il était très-peiné du blâme que l'on jetait à Rome contre quelques Pères des plus recommandables, comme ayant exprimé leur sentiment avec peu de respect pour le saint-siéçe; qu'en particulier l'évéque de Sinigaglia le priait, et l'amour de la vérité lui imposait le devoir, de repousser en son nom une telle calomnie; et qu'il n'était pas moins affecté que l'on répandît des lettres, vraies ou su{)posées, comme écrites par les principaux personnages de Rome, qui promettaient des faveurs et des récompenses à ceux qui s'opposaient à la déclaration et qui se séparaient de ceux qui y avaient consenti, parce qu'il connaissait l'intention du pape, qui désirait, si l'on pouvait l'obtenir sans trouble, que l'on fît tomber entièrement cette dispute, afin de pourvoir au devoir de la résidence par une autre voie, en augmentant considérablement les peines contre les violateurs, ou (ju'on la renvoyât à un moment où les esprits seraient calmés; il promettait de favoriser ce dessein de toutes ses forces ; mais les choses en étaient venues à un tel point, qu'il pouvait promettre ses efforts sans en garantir le succès.
6. C'est ainsi que le cardinal Seripandi s'efforça de se justifier; il le fit sans affectation, comme s'il n'y avait pas été forcé : car le cardinal Amulio , confident intime du pape et l'ami en même temps du cardinal Borromée et de Seripandi, lui avait fait comprendre assez clairement que celte démarche lui convenait. Après l'envoi de la lettre que nous venons de rapporter, Seripandi en reçut une d'Amulius, par laquelle il lui donnait avis, de la part du cardinal Borroinée, qui l'aimait beaucoup, que quelques-uns l'accusaient nommément d'être la cause de toute l'importance que l'on attachait à celle question. Quoique Amulio eût répondu qu'il fallait l'attribuer au discours de l'archevêque de Grenade, le cardinal avait ajouté que l'on disait que Seripandi avait été prévenu, et que néanmoins il avait voulu que l'arlirle fût proposé. Ces lettres et d'autres conjectures augmentèrent les soupçons de Seripandi et du cardinal de Mantoue contre Simoaetla, non pas qu'ils le regardassent comme un homme dévoré par le venin de !a jalousie, mais coninie un homme timide et créiuie, qui adoptait trop facilement les frayeurs el les soupçons ('es adversaires de la définition. Un zèle inîprudiMit l'avait porté à les répasidre dans Rome, à les fortifier du poids de son autorité, el parla il jetait du louclie sur la conduite de ses coHègues.
7. Les soupçons des deux légats n'élaient pas sans fondement : car, outre ce que nous avons dôjàditduconseilqueSi;nonclla donnait au pape de nommet de nouveaux légats, j'ai c'.î *".ntrc les mains deux lettres qu'il écrivit
au cardinal Borromée, et j'ai différé d'en vêque de Braga ne craignit pas de dire , dans parler jusqu'à ce moment. une congrégation, que c'était une hérésie de
8. La première fut écrite peu après la ce- soutenir qu'en déclarant la résidence de droit
première lui cerne peu après lèbre congrégation du 20 avril; il y parle de la commission que le pape lui avait donnée de maintenir l'union entre ses collègues , comme indispensable au succès d'une affaire qui intéressait le monde entier; il dit qu'il a clé parfaitement d'accord avec eux sur tous les autres points , mais qu'il s'en est séparé sur l'article seul de la résidence, pour ne pas abandonner les intérêts du saint-sicge ; qu'il est non-seulement disposé à se déinctlre de la légation , mais qu'il désire ardemment de renoncer à une charge aussi pénible qu'ennuyeuse; qu'il prie le cardinal Borromée d'examiner avec le plus grand soin s'il y a de sa faute dans cette scission et de l'en informer; que, s'il est coupable, ce sera en lui excès de zèle, mais jamais jalousie. Quelques-uns de ceux qui veulent que la rési-
divin, on infirmait l'autorité divine du souverain pontife. Pour moi , il me semble que si quelqu'un lirait de ce sentiment des conclusions peu justes, le cardinal Simonetta n'aurait pas dû les attribuer indistinctement aux partisans de la déclaration, qui étaient des hommes aussi recommandables parleur probité que par leur savoir. 11 ne devait pas non plus se montrer si effrayé de cette définition, puisque nous voyons que ce sentiment, généralement admis par les théologiens du jour, ne produit pas de trouble, et ne donne pas lieu à ces funestes conséquences. S'il fallait user de tant de réserve, on ne devrait pas regarder la sainte Ecriture comme un livre divin, parce que c'est d'elle que la plupart des hérétiques tirent l'impiété de leur erreur. Cependant un ministre a droit à l'indulgence ;
dence soit de droit divin prétendent également il est même digne de louange, lorsqu'il prend
que toutes les questions qui intéressent l'é- le parti qu'il croit le meilleur, ainsi que le fit
piscopat sont aussi de droit divin , de telle ce célèbre cardinal.
sorte que le pape ne pourrait exiger une peu- 10. Ses collègues , sans avoir une entière sion d'une Eglise : conséquence fausse, à son certitude qu'il était l'auteur de ces bruits, avis, et qui ne pourrait pas sans danger être mais ayant des raisons de le soupçonner, soumise au jugement des évêques, partie in- voulurent le forcer de se faire connaître; ils léressée. Il va jusqu'à dire, en se servant écrivirent donc le récit de tout ce qui s'était d'une métaphore trop hardie, véritable ex- passé, pour l'envoyer au pape au nom de tous pression cependant de sa conviction, que les les légats. Mais Simonetta, ayant demandé évêques d'au delà des monts, à l'exception quelques corrections, fil tomber ce projet, et de quatre Espagnols , onï conjuré contre le augmenta les soupçons. Tant la diversité des Seigneur et contre son Christ. Ces quatre pré- sentiments, dans la manière d'agir, quoique lats sont Pierre Gonzague d'e Mendt)za, Mar- la fin qu'on se propose soit la même, que les lin deCordoue, Barthélémy Sébastien, Pierre intentions soient également droites, esi pro- Xaque, évêques de Salamanque, de Tortose, pre à diviser les esprits et à rompre la coude Patti, de Nio, île de l'archipel. fiance et l'affection : parce que l'union, op- 9. Dans la seconde, qui est datée du limai, posée à la division, est indivisible, si elle
jour où avait eu lieu la troisième session, il raconte les démarches auprès du marquis de Pescara, dont nous avons parlé; l'ardeur avec laquelle le cardinal de Mantoue et Seripandi désiraient que la question de la résidence fût définie (il parle du reste avec le Arrivée de Lansac et de ses collègues, ambai
n'existe pas dans tous les points, elle ne se trouve dans aucun.