‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 266 sur 348 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

plus grand respect de ces deux personnages), et les sentimen's dangereux de quelques évêques, surtout de celui de Modène. Ce fut sans doute ce qui porta le cardinal Morone à avertir cet évêque , qui se justifia. Je crois que Simonetta pensait trop défavorablement sur le compte de ce prélat : je trouve qu'il avait écrit longtemps auparavant au cardinal Morone que l'obligation de la résidence, dans les évêques, avait ses bornes, qu'elle n'était

sadeurs de France. — Leur réception.

Instructions dont il est chargé. — Dispute au sujet de la préséance entre Lnnsac et V ambassadeur cV Espagne, et ensuite entre les Vénitiens et les Bavarois. — Il fait connaître ses premiers sentiments aux ambassadeurs français résidant à Rome. — Examcn d'un de ses mots : que le Saint-Esprit ai rivait à Trente dans la valise; ce bon mot est devenu célèbre.

pas plus étroite que celle qui unit les pères à leurs enfants et les maris à leurs épouses, 1. Ce fut au milieu de cette confusion des et qui peuvent cependant s'en séparer en esprits et des affaires que Lansac arriva à mille circonstances; que l'apôtre saint Paul Trente le 18 mai ; plus de cinquante Pères n'avait point erré en rappelant ITmothée de allèrent à sa rencontre, et il fit son entréson évêché d'Ephèse, ni saint Ambroise en à cheval, ayant d'un côté l'ambassailru

quittant Milan pour aller voir ses parents qui étaient à Home. Rien peut-être ne porta quelques partisans de ce sentiment à le défendre avec chaleur, comme de le voir repousser comme opposé au siège apostolique; car l'abandonner c'était alors avouer que l'on avait manqué par le passé de fidélité et de dévouement envers lui. Aussi l'arche-

et il fit son entrée r du Portugal, et de l'autre les trois patriarches. Ses deux collègues, étant partis plus tard de Paris, n'arrivèrent point avant lui : la reine avait fait connaître leur départ à l'empereur, cl lui avait annonce , par l'entremise de l'évêque de Rennes, son ambassadeur , que Lansac avait l'ordre de marcher d'accord avec ses représentants, et de Ira-

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vailler à surmonter la dureté des Pères sur condition , conçu en termes plus précis et

les lois positives, qui sont par là même sus- plus clair que celui que l'on avait déjà pu-

ceptibies de dispenses de la part de l'Eglise, blié.

afin que, selon ses désirs, celle dispense pût Ils étaient chargés dexiger également que

ramener ceux qui s'étaient égarés, et rétablir le concile fût entièrement libre, qu'il ne fût

l'unité dans l'Église. C'était sur cette base, pas obligé de s'en rapporter au sentiment du

et sur l'avis des hommes d'Etat, qui souvent p.ipe ou de ses légats ; que le souverain non

nesavcnt pas bien ce que c'est que la religion, ni quel est l'unique fondement sur lequel elle doit s'appuyer pour éviter les secousses, que l'on avait dressé les instructions des ambassadeurs.

2. On y disait que dans le traité de paix qui fut signé, en 1559, entre les rois Henri et Philippe, il était convenu qu'ils s'efforceraient tous les deux de faire convoquer un concile œcuménique pour la concorde et le salut des fidèles; mais que Henri ayant été surpris par la mort, son fils François II avait mis la main à cotte affaire en envoyant une ambassade au pape et à l'empereur, et en employant ses bons offices auprès du roi d'Espagne , de manière qu'on pouvait le regarder comme le premier des rois chrétiens qui ont provoqué le concile; que pour en retirer tout le fruit qu'on en attendait, il fallait que ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise pussent y assister, et qu'on leur accordât toute liberté pour s'y rendre quand il leur plairait, pour être entendus sur tous les points controversés; qu'à cet effet l'on avait observé au souverain pontife que ce conciledevait se célébrer, non comme la conlinualion de celui que ses prédécesseurs avaient assemblé, et où l'on avait prononcé la condamnation de ceux que l'on voulait aujourd'hui ramener, mais comme une nouvelle convocation; que cependant le pape l'avait annoncé en se servant de termes qui exprimaient tout le contraire, au point qu'après l'avènement au trône de Charles IX les conseillers avaient consenti avec la plus grande peine à recevoir la bulle; qu'ils s'étaient décidés enfin à l'accepter, pour montrer leur dévouement envers le chef de l'Eglise, mais avec la promesse formelle du [)ape (ceci n'est pas vrai, nous l'avons prouvé) (jue ce concile serait indépendant des réunions précédentes ; les ambassadeurs devaient d(mc exiger, avant toute chose, que la déclaration en fût faite, et dans le cas, où leur demande serait écartée, ou renvoyée ou seulement reçue avec ambiguïté, ils s'abstiendraient de paraître aux assemblées et à toute réunion publique, en donneraient avis au roi , et attendraient de nouveaux ordres de sa part

tife ne pût ni changer les décrets du concile ni en dispenser; qu'il fût tenu de s'y soumettre lui-même comme l'avaient ordonné les conciles de Constance et de Bàle.

h. Ces points une fois obtenus, ils devaient faire voir que tous les maux de la religion venaient de la corruption de la discipline dans ses ministres; qu'en conséquence il fallait la rétablir et dans le chef et dans les membres ainsi qu'on l'avait dit, mais sans fruil, au concile de Constance, comme la chose avait été commencée, mais non terminée à celui de Bâle. A ce sujet, on proposait quelques articles qui se réduisaient à priver le pape de toute juridiction dans les diocèses des autres évêques, si ce n'est dans le cas d'une coupable négligence ; de la faculté de dispenser dans les causes matrimoniales, et autres defen^-es faites par les conciles précédents ; de la collation des bénéfices ; de la réserve des pensions; du pouvoir de lever des impôts ; en un mot à détruire le pouvoir et la splendeur de la cour romaine.

5. L'instruction averlissaitles ambassadeurs de ne rien souffrir qui fût contraire aux privilèges dont jouissait l'Eglise de France, ou le roi. On leur faisait connaître la demande de l'empereur Ferdinand, et on leur recommandait de s'entendre avec les impériaux , d'unir leurs efforts à l'effet d'obtenir la dispense des loix positives, pour pouvoir ramener ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise; et de faire renvoyer à la fin du concile les décisions de foi et les condamnations, afin de ne pas exaspérer ceux que l'on voulait adoucir. Dans le cas où l'on cliercherait à former une ligue entre les princes catholiques, pour détruire les hérétiques, ils devaient faire remarquer que la puissance de ces derniers s'était tellement fortifiée, que le parti catholique avait plus à craindre d'être vaincu qu'à espérer d'être vainqueur. S'ils entendaient les Pères se plaindre que le roi leur maître accordait le libre exercice de la religion à ses sujets hérétiques , ils répondraient qu'il en avait trouvé un si grand nombre, si opiniâtrement attaché aux nouvelles erreurs, que dans son jeune âge il ne pouvait essayer la force contre eux sans risquer sa couronne. Qu'en conséquence le parti le plus conforme

Après cela ils réclamaient un autre lieu à la charité chrétienne, le plus sûr, et le plus

pour le concile, parce que le pape avait pron\is que lorsqu'il serait réuni à Trente, il chercherait une ville qui convînt mieux à tout le monde ; que celle de Trente ne plaisait ni aux hérétiques, ni à un grand nombre de ces théologiens. En conséquence les ambassadeurs devaient demander la translation du concile à Constance, ou à Spire, ou à Worms, et de plus un sauf -conduit plus général, plus ample, pour tous ceux (jui voudraieut fie rendre au concile, sans aucune limite de

avantageux, c'était une réforme exemplaire et universelle des ecclésiastiques, et une application constante et infatigable des évêques et des curés à la prédication. Mais lorsque les ambassadeurs français arrivèrent à Trente, les affaires avaient bien changé de face en France sur cet article de leurs instructions, comme les lecteurs peuvent se le rappeler.

Enfin les ambassadeurs étaient prévenus que les ministres du roi d'Espagne cherchaient à leur contester le rang qu'ils oc-

cnpaient depuis les temps les plus reculés parmi les orateurs de l'Empire ; qu'ils n'en acceptassent aucun autre, ni dans le concile, ni ailleurs, qu'ils ne souffrissent pas même que leur droit fût mis en doute, et que dans le cas où ce droit serait méconnu ils se retirassent sur-le-champ, en protestant que ni le roi, ni le royaume n'approuveraient le concile, et qu'ils avertissent les prélats français de rentrer incontinent en France.

7. Lansac étant arrivé, à la première visite qu'il fit aux légats, il commença à remplir ses instructions par le dernier article, (juil regardait comme le plus important et qui devait le premier recevoir son exécution. Il leur opposa donc les ordres dont il était porteur ; et les légats se trouvèrent fortement embarrassés , parce que le marquis de Pescara avait déclaré, en partant, qu'il ne souffrirait pas le second rang, non pas qu'il prétendît absolument au premier, mais se montrant disposé à entrer en accommodement : les légats en avaient imaginé un, et l'avaient soumis à l'approbation de Rome ; l'orateur du Portugal en avait proposé un autre pour lequel le marquis ne montrait pas de l'éloignement. Je crois devoir le rapporter minutieusement, parce qu'il n'est pas sans utilité pour le public de connaître certaines règles de conduite imaginées par des hommes sages et animés de l'amour du bien général, qui les porte à écarter les obstacles qui se rencontrent souvent dans les rapports des grands personnages, rapports qui intéressent au supi'ême degré le reste des mortels, tandis qu'eux, ils se disputent pour une ombre et un pou de fumée ; dans ces débals la sagesse, qui est le partage de quelques-uns seulement, est forcée de se confornier à la folie du grand nombre. Ce projet était celui-ci : qu'on ferait un décret qui défendrait à tout ambassadeur

d'assister aux congrégations ou aux sessions, (oire que j'écris, ne dût-elle produire d'autre

fruit, fera disparaître un scandale très-commun parmi les personnes zélées pour la religion, mais sans expérience dans les affaires et dans le cours des choses dé ce monde. Pourquoi, disent-elles, ne convoque-t-on pas de concile maintenant, comme on le faisait par le passé, ainsi que l'ordonnent les canons et semble l'exiger le rétablissement de la discipline, qui tend toujours au relâchement ? Sans doute qu'en lisant ce qui s'est passé dans ce dernier concile, même les points sur lesquels je suis d'accord avec Soave, elles s'apercevront que dans le ciel mystique de l'Eglise, rien n'est plus difficile que d'eu réunir les astres (les évoques ), et supposé que la réunion s'opère, qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'un concile œcuménique ; tandis que les choses seront ainsi, tenter d'assembler un concile, hors le cas d'une extrême nécessité, ce serait tenter Dieu, et former une réunion qui ferait craindre les plus grands malheurs pour l'Eglise.

10. La méchanceté de Soave me fait rire et m'indigne tout à la fois. En racontant les événements qui nous occupent, il affirme que le souverain pontife était irrité contre le cardinal de Mantoue, de ce qu'il n'avait pas

se confiaient au temps, qui a souvent la vertu d'aplanir les difficultés insurmontables.

8. La réponse qu'avait reçue l'orateur bavarois leur causait un chagrin plus pressant: le duc lui ordonnait de partir tout de suite, sil n'obtenait le pas sur les Vénitiens. Cette décision leurprésageait un très-grand inconvénient: en satisfaisant aux exigences du duc, on perdait les ambassadeurs d'une république qui était le principal rempart de la religion en Italie, l'unique soutien de celte même religion dans laGrèce,etlamère des hommes les plus illustres qui travaillaient avec tant de gloire, en ces temps, à la défense générale du christianisme, tels que Aléandre, Conlarini, Lippomani, Delfini, Commendon, et de plus l'évêque de Navagero, que l'on voulait employer ; d'un autre côté, en se prononçant pour les Vénitiens, l'on se privait des ambassadeurs d'un prince qui était également l'appui de la religion dans l'Allemagne, et avec eux on perdait peut-être les orateurs de tous les princes allemands, même ecclésiastiques, qui se retireraient à leur exemple, sous prétexte qu'on refusait les honneurs dus à ceux de leur nation. Ce fut alors seulement, et non dans le temps que le rapporte Soave, que les légats dépêchèrent un courrier vers le pape, et proposèrent d'envoyer un exprès vers le duc pour le prier en son nom de céder pour le bien du christianisme. En lui exposant les raisons qui lui commandaient cette déférence, ils lui dirent qu'il se présentait une circonstance favorable au dessein qu'ils proposaient: le 15 juin, le due devait se rendre à Prague pour le couronnement du roi de Bohême, son cousin ; Sa Sainteté pouvait engager le nonce Delfini à solliciter la médiation de l'empereur pour tâcher de le fléchir.

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