J'ai la conviction que la lecture de l'his
à moins d'y avoir été invité par les appariteurs du concile, et que dans le cas où ils voudraient s'y rendre, ils sussent que tous ceux qui avaient été convoqués avaient en ce jour le pas sur eux ; et parce qu'il importe à la dignité du concile, et à celle des princes catholiques et de leurs représentants qu'ils soient nommés dans les actes synodaux; tous les ambassadeurs qui se trouvent à Trente (suivant l'ordre de leur arrivée et non de leur rang. Je pense), quoique n'ayant pas assisté à la présente délibération, seront nommés; pour ceux qui auraient réellement assisté à la réunion, il devait en être fait mention dans un chapitre particulier. Par ce plan on évitait toute contestation, parce qu'on aurait jamais appelé deux compétiteurs à la même assemblée.
Mais il était impossible de faire accepter aucun tempérament par les Français : il aurait laissé indécise la prééminence de l'un sur l'autre, et les Français voulaient que la difficulté fût tranchée; il ne voulaient même pas l'obtenir en disputant leur droit; la dispute leur paraissait une espèce de préjudice et de défaite. Cependant l'absence d'Avalos permettait aux légats de respirer un peu; ils
1125 LIVllK SEIZIEMK. J 126
profité de la dispute des Espagnols et des renferme celle lettre qui est impriaice. D'un impériaux pour dissoudre le concile. Il est côté Lansac désirait que Ton agît avec bcauvraique le pape avait engagé le premier légat coup de lenteur dans les décisions dogniaà saisir celle occasion pour déclarer une fois tiques, attendant pendant quelques moisTarla continuation ; l'honneur de l'Eglise, l'inté- rivée des prélats d'au delà des monts; de 1 augritédela foi, elles promesses par lesquelles Ire il voulailque l'on prononçât sur-le-champ il s'était lié, lui en faisaient un devoir; et il ne sur un article de foi très-important, ce qui croyait pas qu'on eût pu mieux choisir sou aggravait sensiblement la position de tous les temps, parce que alors un ambassadeur du évéques. De plus pourquoi cet ambassadeur roi Philippe présentait les plus vives inslan- disait-il avec plus d'assurance que n'aurait CCS, et les Français, que l'on prévoyait osé le faire le plus grand théologien de la Sordcvoir s'y opposer vivement n'étaient pas bonne, que cette question était plus clairequc encore arrivés; mais que cette dispute lui la lumière du soleil? On connaît dans l'école ait fait désirer la dissolution du concile, c'est les autorités cl les raisons des écrivains ilune calomnie manifeste, que Soave ne prend lustres qui pensent différemment ; je pourpas la peine de cacher sous les apparences de rais même lui opposer Soave, qui avec autant la vérité; comme si le pape, nourrissantcepro- d'assurance mais avec moins de présomption jet dans son cœur, aurait eu besoin de ses que lui, soutient tout le contraire. 11 parle légats, pour l'exécuter , ou d'avoir recours à comme un homme (i.ui a examiné la quesliou sa propre industrie. Il est manifeste pour tout qu'il traite. Les livres qui ont été composés le monde que pour désorganiser la machine, depuis , dit-il, ont causé un grand scandale il n'avait qu'à ne point s'occuper continuel- dans le monde, et fait connaître que eelte dislement à en remonter les poids cl à en déga- pute n'était gu'une affaire départi. Car pour gcr les roues. Le récit de Soave, composé les saintes Écritures cl les Pères, ils ne rcndans un but différent, suffit pour rendre celte ferment que des exhortations à la perfection, et vérité sensible aux yeux tant soit peu péné- il n'y a rien de convaincant que les canons, trants. qui sont des lois ecclésiastiques. Ce sentiment
11. Reprenons notre narration sur l'am- paraîtra sans doute étonnant à quelques lecbassade de France. Lansac arriva à Trente, leurs, qui croiront que Soave trahit sa cause, non point avec celle opinion très-favorable puisque dans un point si fortement combattu au pape qu'il avait portée en France, et qui il pense que l'opinion favorable au pape est était le fruit de sa propre expérience pendant infiniment plus claire que n'a osé le dire son séjour à Rome, mais plein des idées des l'écrivain le plus dévoué au chef de l'Eglise. hommes d'Etat, entièrement contraires au Mais les présents des ennemis sont toujours souverain pontife, ou plutôt au saint-siége, et suspects : Soave avait enseigné celle doctrine qui se trouvaient renfermées dans ses instruc- séditieuse, que nous nous sommes efforcés de lions. Elles étaient plus fixement gravées dans réfuter, que par rinstitution de Jésus-Christ son cœur que sur le papier. Aussi il n'eut pas l'épiscopat est un, qu'il est commun à tous de peine à adopter des sentiments conformes les évoques; que c'est ainsi que dans la aux siens qu'il aperçut dans quelques évc- primitive Eglise il a été exercé et que la loi ques d'au delà des monts, vivement affectés huraaine établit seule dans la suite les divides dissensions récentes et qui souffraient sions. Après avoir posé de telles prémisses ; de voir ajourner la question delà résidence, il ne pouvait plus reconnaître que la résidence Dès le lendemain de son arrivée , prouvant fût d'obligation divine pour les évéques, qu'il était plus crédule qu'avisé, il écrivit une parce qu'il prétendait que Jésus-Christ n'avait lettre à l'ambassadeur français à Rome. En institué que des évéques errants, sans siège voici la substance. déterminé où ils dussent se fixer. S'il faut
12. Pour conduire à bonne fin le concile, parler selon la vérité et sans esprit do parti, deux choses sont nécessaires :1a première (elle nous dirons tant à l'ambassadeur de France est la plus supportable, il ne l'avait pas pui- qu'à Soave, que la question n'est pas cntièsée à Trente, elle venait de France), la pre- renient claire comme on se l'imagine, etqne mière.de ne pas dresser avec précipitalion les les défenseurs du droit divin ne manquent décrets et d'attendre l'arrivée des prélats des pas de fortes raisons, comme l'autre le soupays lointains, parc9 quelesFrançaisrelenus tient; depuis le concile, le plus grand nombre par les troubles delà France, ne seraient ren- des théologiens, elles plus illustres, se sont dusquedansdeuxoutroismois;lasecondeque rangés parmi les partisans du droit divin, lé pape laisse toute liberté au concile, et qu'il C'est ce qui prouve la bonne foi avec la oblige ses légats à agir de même; et, dit-il, en quelle ont agi les papes: car rien n'étail plus se servant d'un mot qui est devenu célèbre facile pour eux que d'agir secrètement, qu'il n'envoie pas le Saint-Esprit dans lavalise; afin que sur une question aussi hardie, le plus qu'il ne souffre pas qu'à Rome l'on blâme ce grand nombre des écrivains embrassassent le qui a été proposé et décidé par le concile, sentiment le plus favorable et que le petit comme il apprenait que la chose était arri- nombre fût pour le plus sévère.
vée au sujet de la résidence, question plus 14. Venons au mol célèbre de la lettre en
claire que la lumière du soleil. question : que le Saint-Esprit arrivait au con-
13. Pour faire ressortir maintenant avec cile dans la valise. Ce mot acquit dans la quelle animosité quelquefois les ministres suite une grande célébrité dans la bouche du des princes étrangers condamnent les actions peuple ; on l'attribuait à l'év^êque des cinq des papes, considérons les sentiments que Eglises, qui l'aurait inséré dans une lettre
mSTO RE DU CONCILE DE TIIENTË.
i\rt
qu'il écrivit à Maximilien II. Une partie de ce bon mol fut placée en tête de l'ouvrage de Soave par celui qui, du vivant de l'auteur, en fil la traduction latine. C'était en effet le frontispice le plus naturel et le plus hardi d'un tel édifice. Considérons non point la superficie, comme le fait le peuple, dont l'ignorance égale la méchanceté, mais le fond de ce mot si célèbre; il serait difficile de rencontrer rien de plus vain. Dans ce que l'on nous oppose, quand même ce serait vrai, il n'y aurait pas l'ombre du mal, mais dans le cas présent il n'y a pas l'omhre de la vérité ; et pour se convaincre de ces deux points, il n'est pas besoin d'un regard bien pénétrant, il suffit d'un tact ordinaire.
15. Touchant la première partie, lorsque saint Léon écrivit au patriarche Flavien qui assistait au concile de Chalcédoine , cette lettre qui commence par ces mots : Leclis dilectionis tuœ litleris, qui fut reçue avec tant de vénération et approuvée par six cent trente évêques rassemblés , comme la parole même du Saint-Esprit : fut-elle portée dans la valise du messager, ou bien leur parvint-elle d'une manière miraculeuse? Il est évident que Dieu ayant voulu que la semence de la foi se répandît par la parole, et comme il y a deux manières de parler, par la langue et par la plume, cette seconde manière est plus usitée, parce que c'est celle dont on se sert pour traiter avec les absents, qui sont plus nombreux : or cette communication d'écrits et de lettres se fait par l'entremise des messagers, gens salariés, qui portent les lettres dans leur valise: il n'y a donc aucune incongruité que la lumière de l'Esprit-Saint soit portée dans la valise. Par cette voie, plus d'une fois les conciles et les papes ont reçu des lumières particulières pour interpréter la parole du Saint-Esprit : car , voulant opérer d'une manière humaine et non surnaturelle , il exige que les conciles et les papes , avant de définir un article, emploient tous les moyens humains, qui consistent non seulement à recourir à son esprit et à converser avec ceux qui sont présents, mais même à consulter ceux qui sont séparés de nous par de longues distances. C'est ainsi que dans les questions relatives au concile, le légat Cervini entretint une correspondance qui dura longtemps avec Guillaume Sirleti, ainsi que l'atteste un volume de Lettres dont j'ai déjà beaucoup parlé. Le légat Seripandieut aussi une correspondance avec le mêmeSirlelicomme nous le voyons dans un autre recueil de lettres qui se trouvent également à la bibliothèque du Vatican. Beaucoup d'évêques avaient aussi des relations avecdes théologiens de leur nation qui se trouvaient fort loin. Les souverains pontifes eux-mêmes, comme je le disais, bien qu'ils sachent qu'ils sont assistés d'une manière infaillible par cet Esprit de vérité obligés de prendre toutes les précautions humaines et de ne pas prononcer en aveugles , n'ont pas dédaigné de rechercher cette lumière de l'Esprit-Saint par la valise des courriers , en consultant, non seulement les théologiens qui étaient auprès d'eux, comme le firent
les papes Léon et Innocent X, le premier dans un consistoire, le second dans des congrégations particulières , avant de condamner les opinions de Luther et celles de Jansénius , mais même en prenant quelquefois l'avis des facultés les plus savantes, avant de porter une décision.
16. J'ai employé le mot de lumière extérieure de l'Esprit-Saint, parce que, outre ce langage sensible que nous entendons de la bouche des autres ou de leur plume, il yen a un autre plus noble et plus efficace, que le Saint- Esprit peut seul nous faire entendre. Saint Augustin l'appelle une voix haute et secrète, qui retentit là où aucun homme ne peut immédiatement se faire entendre. Sans ce langage, la parole et lEcriture n'auraient aucune vertu, comme le prouve ce saint Père contre Pelage; mais Dieu qui, pour l'ordinaire , ne veut point agir d'une manière miraculeuse, a soin de faire entendre ce langage intérieur à notre esprit, alors qu'il est excité par les avertissements extérieurs de la langue ou de la plume. Cette parole intérieure est celle qui appartient en propre au Saint-Esprit; lui seul peut l'employer, aucune créature ne peut s'en servir. Les mouvements extérieurs qu'excitent en nous les prédications , les conversations et les lectures, ne sont pas seulement les effets de causes naturelles, mais quelquefois des péchés; comme quand quelqu'un soutient une doctrine saine, mais avec une intention qui n'est pas droite : par exemple par pure vanité. Voilà comme s'évanouit cette apparence trompeuse que présentait, aux yeux des ignorants, ce mot piquant : Le Saint-Esprit arrive dans la valise.
17. J'ai dit en second lieu, que ce que l'on prétend arguer de ce mot ne renferme pas l'ombre de la vérité, parce que l'assistance infaillible du Saint-Esprit, promise aux conciles, est limitée dans les décisions de foi et dans les questions qui appartiennent au dogme. Sur ces articles, l'assistance est certainement infaillible, de manière que toute décision soit vraie , mais non pas qu'elle renferme toute la vérité. C'est la seule infaillibilité que les catholiques accordent aux conciles œcuméniques : or Soave serait dans l'impossibilité de citer un seul des articles définis à Trente, qui d'après le récit même qu'il a composé ait été décrété d'une manière ou de l'autre par la volonté, à la persuasion et à l'instigation du pape. Dans la question de la résidence, sur laquelle son sentiment paraissait être arrêté, on ne dit pas qu'il ail jamais manifesté la volonté qu'elle fût déclarée loi ecclésiastique, ni que le concile lui en remît la décision; il écrivit au contraire à ses légats, comme nous le verrons, qu'ils s'opposassent de tous leurs efforts à une telle déclaration.
18. Avançons : on ne trouvera pas que pour les lois, où Dieu ne leur a pas promis une assistance aussi certaine, afin qu'elles soient toujours opportunes, les papes se soient efforcés d'en faire porter (juelqu'une: seulement ils ont tâché d'empêcher le concile d'en établir qui ne paraissaient avanta-
Mïi9
gcuses au bien de l'Eglise, encore ont-ils employé des procédés très-doux et bien moins contraires à la liberté du concile que ceux dont se servirent les princes séculiers pour s'opposer à ce qu'ils croyaient contraire à leur autorité temporelle. C'est ainsi que ce mot, qui semblait renfermer un sel infini, n'est plus qu'un mets insipide dont la pourriture fut cachée, comme c'est l'ordinaire, sous un peu de sel.