CHAPITRE XII
Des abus de V Ecriture.
l.Gependantlessixmembres qui en avaient été chargés eurent bientôt arrêté la rédaction du décret sur l'acceptation des livres canoniques et des traditions. Mais à peine fut-elle présentée à l'examen des Pères qu'elle essuya tout-à-coup l'opposition ennuyeuse qui revenait à chaque décret. C'était toujours sur le titre du concile et de la part de l'évêque de Fiésole. D'un côté , il réclamait ces exmcssions, représentant l' E glise universelle, quoiqu'elles fussent inconnues de l'antiquité; et de l'autre il rejetait celles-ci, sous laprésidence des légats du Siège apostolique , sous prétexte que les anciens ne les employaient pas. Mais le légat Cervinilui répondit avec fa plus grande modération et lui démontra de nouveau que , pour les premières expressions, le concile de Florence lui-même le plus souvent ne s'en servait pas , et que jamais même il ne le fit, tant qu'il y eut un Pape dont la légitimité était universellement reconnue; mais seulement, lorsque l'incertitude où l'on était sur le droit des prétendants à la papauté et l'absence des Espagnols, qui n'étaient pas au concile, pouvaient faire douter s'il représentait bien toute l'Eglise. Quant aux secondes expressions, l'archevêque d'Aix commençait à réfuter Têvêque. Mais le cardinal le pria de s'épargner cette peine, et il prouva lui-même par l'exemple des conciles généraux les plus anciens dont on eut les actes, que ce litre était mis ent ête, sinon de chaque décret, au moins presque de toutes les sessions. On écouta cette contestation en admirant également et la patience du légat et l'opiniâtreté de l'évêque qui ne se tint pas pour battu; ilrenouvelamille fois la même chicane, qui ne lui valut jamais que le blâme de l'assemblée et la qualification d'obstiné qu'il justifia de plus en plus.
2. La rédaction de ce décret souffrit encore de l'opposition ; nous dirons en détail sur quels points, après que nous aurons rapporté la discussion qui eut d'abord lieu sur les
abus. On avait (1) établi une commission de simple théologiens pour examiner devant les légats les matières théologiques, afin qu'elles fussent déjà toutes préparées, lorsqu'on les porterait ensuite dans les congrégations particulière et générale des Pères. Car parmi les Pères il y en avait bien un grand nombre de versés dans cette science. Mais les hommes qui la possédaient le mieux , ce qui a lieu également pour les autres connaissances , c'étaient des particuliers que les fonctions publiques n'avaient pas distraits. ^On peut souvent acquérir beaucoup de prudence sans l'assiduité à l'étude ; mais il n'y a guère qu'elle qui conduise à la prééminence du savoir. Dans la première de ces congrégations (2), on arrêta, conformément à l'opinion manifestée auparavant par les Pères, qu'on recevrait les Ecritures elles traditions, et qu'on en ferait précéder l'acceptation non d'une discussion publique qui dût être consignée dans les actes , mais d'un examen à huis-clos qui aurait pour objet de pouvoir rendre compte de ce qu'on ferait, et non de mettre en question si on devait le faire. Ensuite , pour observer le décret qui prescrivait la réunion des questions de doctrine et de celles de discipline, on nomma une commission spéciale de Pères et de conseillers pour s'occuper des abus qui concernaient la sainte Ecriture, et des remèdes à y apporter. Ce furent Filleul, archevêque d'Aix, Marc Vergerio, évêque de Siiiigaglia et les évoques déjà nommés de Cava, de Castellamare , de Fano, de Bitonto et d'Aslorga, le général Seripandi, les Franciscains Alphonse de Castre et Richard du Mans , et le Dominicain Ambroise Catharin. On régla encore que la réunion particulière des théologiens et des docteurs aurait lieu au moins deux fois la semaine, et que les prélats, autant pour en profiter eux-mêmes que pour encour;iger les autres , seraient invités à y venir aussi en grand nombre, mais à la condition expresse de garder le silence, afin que leur présence fît honneur aux théologiens, sans prendre sur leur temps et sur leur liberté.
3. Les commissaires firent à la congrégation suivante (3) leur rapport sur les abus qu'ils avaient trouvés et les remèdes qu'ils y proposaient. Ce fut l'archevêque d'Aix qui , comme le plus digne, les exposa d'abord en peu de mots, et puis l'évêque de Bitonte, qui était le plus éloquent , les développa plus amplement : ils signalaient surtout quatre abus touchant les Ecritures.
L'un était celte si grande variété de traductions qui finissait par rendre tout-àfait incertain le vrai sens du texte sacré; il» croyaient nécessaire pour remédier à ce mal de ne reconnaître comme bonne qu'une seule de ces traductions, c'est-à-dire celle qui avait la plus grande autorité dans l'Eglise où on ' suivait communément et qui, pour cela,
(1) Leiire du cardinal Fanièsc aux légals, du 23 mars 154G.
la
était appelée la Vulgale.
(1) Le 20 février 1546.
(2) Le même jour.
5) Le 17
mars.