CHAPITRE II
Instructions données par les légats à l'archevêque de Lanciano sur la continuation du concile et sur la décision de la question de la résidence.
1. Quoique l'archevêque de Lanciano fût chargé en général d'informer de vive voix le saint-père sur toutes ces affaires, cependant la teneur des instructions écrites qui lui furent remises {leSjuin 1562) se réduisait à deux points, et les légats étaient persuadés que ces deux points, comme les deux pôles sur lesquels tournait cette sphère, auraient dû être présentés au souverain pontife, par
(1) LcUrc desloL-'Ats an cariiinnl Borromée, des 8 et 10 juin lyG^, cl rclaiion du secrélaiic du cardinal Seripaiidi.
HISTOIRE DU CONCILL: DK TUEiNTE.
le cardinal Altomps, si, suivant le premier projet, il eût été envoyé vers Sa Sainteté pour excuser leur désobéissance. Le premier de ces points était la dissolution ou la translation du concile ; le second, la question de la résidence.
2. Quant au premier point, ses instructions porlaienl qu'à Trente il en était grandement question, et que cette idée était entretenue surtout par des lettres de Rome,|qui faisaient entendre que le saint-siége ne pensait à aulre chose qu'à cette dissolution pour mettre fin à des dépenses exorbitantes; que c'étaient à Trente les propos que chacun tenait ; qu'il fallait que le concile fût dissous ou transféré ailleurs ; que telle était l'opinion de la plupart des Pères : les uns donnant pour raison qu'il conven.'iit de renvoyer les pasteurs à leur troupeau, exposé en leur absence aux dangers de l'hérésie, les autres disaient qu'il fallait choisir un aulre lieu , puisqu'on ne pouvait plus demeurer à Trente, soit à cause de -la cherté des vivres qui irait toujours croissant à mesure que de nouveaux étrangers arriveraient, soit à cause du petit nombre d'hôtelleries, déjà bien peu importantes et toutes encombrées, de sorte qu'il ne restait plus de place pour ceux qu'on attendait encore, soit enfin par la crainte d'être insulté par les puissances hérétiques trop voisines , et dont !a rage serait excitée de nouveau par les condainnations qui seraient prononcées. Ces raisons paraissaient si fortes à un grand nombre d'évèques , qu'ils étaient disposés à se réunir et à le demander de concert.
3. A ce sujet, les légats rappelaient à Sa Sainteté que le c^mrile étant assemblé pour deux fins, pour [)urger l'Eglise des hérésies et réformer les mœurs, on ne pouvait le dissoudre convenablement avant racco-iiplissemcnl de ces deux œuvres, hors d'un cas de force majeure, de guerre, de peste ou de famine ; qu'autrement il était à craindre que les nations qui avaient demandé le concile avec tant d'instances, et qui le voyaient réuni en si grand nombre, outrées qu'on l'interroiupît sur (le légers prétextes, n'en vinssent ou à traiter leurs affaires particulières dans des conciles nationaux , ou à s'arroger le droit de continuer le concile sans les légats du saint-siége , comme on avait osé le faire à Jiâle , ce qui ne pourrait manquer défaire beaucoup de mal à l'Eglise. Quelle honte allait ternir la gloire que Sa Sainteté s'était acquise par son zèle et son courage à assembler le concile ! Le saint-père était prié de vouloir bien peser quelle arme puissante ou fournissait aux rebelles pour déterminer les provinces jusqu'alors soumises au saint-siége, et les précipiter dans le schisme, si, en connaissant h; désir ardent qu'elles avaient manifesté pour ce remède qui devait les préserver de l'erreur ou les en retirer, elles pouvaient dire, avec une apparence de vérité, que le successeur de saint Pierre ne se n»cttait nullement en peine de leur salut , préférant les exposer aux plus grands dangeis plutôt que d'imposer quelque léger sacrifice à son trésor, ou do souffrir quelque atteinte à la
juridiction de ses tribunaux. Les légats ajoutaient qu'ils étaient assurés que ce qu'on en écrivait de Rome n'était que l'expression du désir des courtisans et non la volonté du souverain pontife ; quant aux évêques qui désiraient la dissolution du concile pour retourner dans leurs diocèses, qu'ils étaient animés de. zèle, mais de ce zèle qui, suivant l'expression de l'Apôtre, n'est pas selon la science , puis- (^u'ils s'occupaient plus de leurs Eglises particulières que de l'Eglise universelle ; mais que ceux-là étaient inexcusables, qui préféraient le mal spirituel de toute la république chrétienne aux souffrances corporelles de leur personne ; et que, hors le cas des trois fléaux exprimés ci-dessus, il n'y avait que deux raisons suffisantes pour suspendre la tenue du concile. La première serait si le roi d'Espagne et l'empereur ne pouvaient s'accorder pour la continuation : car si, en se prononçant pour elle, les Allemands et les Français venaient à se retirer, i! n'y aurait pas moyen d'essayer de continuer un concile œcuménique avec les deux nations italienne et espagnole seulement; qu'il fondrait donc dans ce premier cas se résoudre à une dissolution, le saint-père donnant alors par lui-même à l'empereur toutes les satisfactions convenables, et accordant de même aux Français, ou entièrement ou en très-grande partie , ce qu'ils avjiient délibéré de demander dans leurs assemblées nationales.
La seconde manière honorable et utile de dissoudre le concile, d'après les légats, était celle-ci : si avant le mois d'octobre prochain, époque où di^vait avoir lieu la diète impériale, la réforme universelle setrouvaitaccomplie, et si à cette môme époque on avait décidé toutes les questions restées indécises sous Jules liî, et si l'empereur avait amené les protestants au concile, parce qu'alors, ou ils s'en remettraient au jugement du concile, et alors il conviendrait do les écouler, ou au contraire s'ils demandaient des juges qui ne fussent suspects à aucune des parties, ou autres conditions inadmissibles, comme ils avaient fait la dernière fois, alors on les renverrait et le concile pourrait se déclarer dissous, puisqu'il avait déjà porté les Iruits que les catholiques devaient en attendre, et (ju'il ne se serait continué jusque-là que par zèle pour le salut des protestants.
k. Les légats passaient ensuite à l'article de la résidence, dont le pape leur avait de nouveau ordonné d'assoupir la discussion. La raison en avait été donnée par le cardinal Borromée dans une lettre particulière et confidentielle qu'il écrivait au cardinal légat, Simonetta {le i3 mai 1562) : ce n'était pas par crainte des giands maux qui paraissaient menacer le saint-siége si l'on décidait que l'obligation était de droit divin, mais parce que, outre qu'il ne serait ni agréable ni honorable de définir cette question au milieu de l'agitation de tant de Pères et de théologiens, l'on avait dans toutes les cours européennes rép.'uuiu le bruit (certainement faux), que celte décision tendait à la ruine du saintsiége, et qu'en cet état de choses, les légats
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