LIVRE DlX-SKPilEME
ne pouvaient, sans humiliation pour la chaire apostolique aux yeux de la multitude, soumettre cotte question aux Pères : cependant le p<ipe, désirant mottro fin à celle question , leur avait proposé de faire une bulle qui prescrivît la résidence avec de grandes grâces pour ceux qui la garderaient fidèicment, et sous des peities très-graves contre ceux qui désobéiraient. Les légats, répondant donc à cet arlic'e, disaient que si l\ chose dépoiidait d'eux, il auraient travaillé de grand cœur à étouffer celte discussion, en voyant la division qui régnait entre les Pères et les difficultés que la cour romaine trouvait dans la définition, quelle qu'elle pût être; mais qu'il leur paraissait presque impossible de réussir sans ruiner le concile et sans nuire à la considération due au pape, aux légats et à toute la cour romaine , que l'on ne man(juerait pas de blâmer en l'accusant d'avoir évilé celte décision, parce qu'elle refusait de se réformer elle-même. Ils proposaient, en conséquence, de définir cet article dans une des deux manières suivantes : la première, de faire examiner la question d'abord paries théologiens, ensuite par les prélats, et d(> décider à ia pluralité des suffrages ; la seconde , que les termes du décret supposassent plutôt qu'ils ne défip.isseîit; car, suivant l'opinion d'un grand nombre, les conciles précédents ne l'avait'nt pas défini' , parce qu'ils l'avaient supposé définie, et à la suite du décret qui supposerait que l'obligation de la résidence est reconnue de toute l'Eglise, on ajouterait des récompenses et des peines qui en assureraient l'exécution. Ils proposaient ensuite que, soit on adoptât l'une ou l'autre formule , qu'on sanctionnât le décret par l'autorilé suprènie du sainl-siége, conune chef suprême de l'Eglise, et que par là on obvierait à toutes les funesles conséquences d'un dogme nouvellement établi. Ils n'approuvaient nullement l'idée de fulminer une bulle, persuadés qu'ils étaient qu'elle paraîtrait une ruse pour empêcher la décision du concile, que le plus grand nom'nre des prélats et presque toutes les nations, a.vec plusieurs sou\erains, désiraient si ardeniment ; qu'il élait à craindre qu'on ne refusât d'accepter celte bulle; que dans ce cas, ou le souverain pontife condr^scendriit au vœu de la majorité , et sa condL'scendaiu;e paraîtrait plutôt forcée quo gracieuse, ou 11 exigerait absolument l'obéissance , et alors l'autorilé pontificale serait exj)()sée aux mèines contradictions qu'<lle a\ail é;)rouvées à Bâ!e ; qu'il valait donc ini(M!x (\ue. la décision fût prise par le concile avant le mois d'<!Clobre, afin qu à cette époque, ayant achevé ensemble la reforme, les [)rélats pussent être renvoyés dans leurs Eglises, II" concile ayant obtenu sa fin.
5. Telles furent les insiruclions données à l'archevêque de Lanciano, mais d'une manière assez confuse, et quoi(îu'elles portassent en lête le nom de tous les légats, je crois, d'après les renseignements que j'ai recueillis, qu'elles furent différentes du sentiment du cardinal Simonella,qui trouvait bon, dans le; actes publics, de se conformer à l'avis do
!.;! u)ajorité, mais dans ses lettres particulières il exprimait ses sentiments personnels, qui souvent prévalaient.
Nous lisons qu'en outre {Lettre de Varclievcqiic de Zara, du 11 j}iin 15G2) l'archevêque de Lanciano reçut ordre en particulier du caidinal Aiti'mps , d'assurer le souverain pontife, par toute la confiance (ju'il avait eu lui, par les liens du sang et de la reconnaissance qui l'unissaient à Sa Saint té, que tous les légats élaiont très-altaciiés à sou service et que tous les évêques , niêine ceux qui soutenaient Tobligation de droit divin, lui étaient très-sincèrement dévoués , et qu'ils avaient pour le saint-siége de bien meilleurs sentiments que leurs plus obstinés adversaires. Le message étant connu des cardinaux de Mantoue et deSalerne, leur fit éprouver une joie et une reconnaissance telles qu'un cœur noble en éprouve en matière d'honneur d'un témoignage favorableetspoutaué. Quand un prince ne peut absoudre un innocent sans désapprouver le jugement qu'il a rendu contre lui, le simple témoignage de la vérité est un service si extraordinaire, que souvent l'accusé n'oserait pas le demander.