‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 275 sur 348 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Visconti rend visite à chacun des légats.— Dans quel élut il trouve les affaires. — • Murmures qu'il entend contre la cour. — . Ordre du pape aux légats sur la session qui venait d'être tenue. — Demande qua lui adresse le cardinal de Mantoue. — Elle est refusée. — Nouvelles instances de sa part. — Il consent à demeurer à trois conditions,

1. A cette époque î'évêque de Vintimille arriva à Trente {Lettre de Visconti au cardinal Borromée, du 18 juin 1562); il s'acquitta de suite de sou message auprès du cardinal Altemps; il n'avait aucun rapport avec le concile et devint inutile, le passage des troupes, qui en était le fondement, étant abandonné; il reniplit sa mission pacifique auprès des cardinaux Hosius et Simonetta. Ce dernier le dissuada de parler pour le moment de questions épineuses avec les cardinaux de Mantoue et de Salerne, pensant qu'ils n'étaient pas alors bien disposés. Mais l'évéque de Vintimille se donna plus de liberté auprès de Srarampi , évêque de Noie, qui étant natif d'Acqui, dans le Montferrat , était le confident du cardinal de Mantoue , comine étant né sujet <ie sa fanuUe ; profitant de l'occasion qu'il eut de faire iionuaître à I'évêque Scarampi les plaintes dont il élait l'objet à Uome , il lui énuméra les griefs bien plus grands que l'on y avait contre le premier légat, et il se dit chargé par le cardinal de Gonzague, soi neveu , de lui en faire part au nom de tout le sacré collège. Il ajouta que l'union et la confiance entre les légats auraient été les seuls moyens de calmer cette agitation {Lettre du même au même, du 22 juin). 11 parla ensuite de cette union avec le cardinal Simonetta, et lui exposa que s'ils avaient été unanimes, ils auraient pu de concert calmer et réunir les esprits de tous

les Pères ; car on voyait bien que ceux-ci étaient portés à disputer plutôt par amour de la chicane que par conviction, et que sj les guides eussent marché tous d'un commun accord par la même voie, l'assemblée n'aurait pu prendre des sentiers différents.

2. Le cardinal Simonetla montra, non-seulement des dispositions , mais un vrai désir d'arriver à celte union , et il engagea le prélat Visconti à en faire l'ouverture au cardinal de Mantoue; ce que l'évéque exécuta: carie cardinal de Mantoue lui ayant demandé de lui dire en ami ce qu'il avait ouï sur son compte, il saisit l'occasion de lui raconter librement, comme pour lui obéir, et par conséquent avec tout le respect possible, les murmures qui éclataient à Rome sur la proposition qu'il avait faite au sujet de la résidence, sur l'ajournement indéfini de cetle proposition, et enfin sur la promesse qu'il avait faite qu'elle serait traitée avec le sacrement de l'ordre, et aussi parce qu'il avait négligé de faire déclarer dans la dernière session que le concile n'était que la continuation du précédent , lorsqu'après l'insistance chaleureuse de l'orateur espagnol on aurait pu très-promptement et avec calme le décider, sans en parler aux ambassadeurs

impériaux.

3. Le cardinal remercia Visconti de ses confidences ; il chercha à se justifier en détail : il dit qu'il avait envoyé ces mêmes justifications, dans un très-grand détail, au cardinal Borromée , et qu'il les avait de plus présentées à Sa Sainteté par un envoyé chargé de les lui exposer de vive voix (c etait, disait-il, son gentilhomme Arrivabene); qu'il connaissait bien d'autres calomnies qu'on lui avait imputées , mais qu'il se confiait en la bonté et !a prudence du saint-père sur l'esprit duquel tout cola ne ferait aucune impression. Et en effet le souverain pontife , dans les lettres publiques écrites en son nom par le cardinal Borromée aux légats, n avail donné aucun signe de mécontentement, il approuvait même le résultat de la dernière session ; il aurait désiré seulement que dans le décret on eût spécifié les dogmes qui devaient être définis dans la session suivante , afin que la continuation du concile y parut en quelque sorte décidée. C'était bien la aussi ce que les légats avaient désiré, ainsi qu'ils le répondirent, mais ils en avaient reconnu l'impossibilité, parce que les Espagnols et ceux qui appuyaient leur sentiment sur la résidence, n'auraient jamais voulu consentir à aucune proposition des articles à trailer, sans que celui-là y fût réuni.

k. L'évéque de Vintimillc usant de la même liberté avec laquelle il avait fait connaître au cardinal de Mantoue les griefs qu'on avait contre lui, et qu'il avait appris, soit de vive voix à Rome, soit depuis son départ, par les lettres qu'il en recevait, écrivit au cardinal Borromée les discours qu'il avait pu recueillir contre lui et contre son oncle, depuis le peu de temps qu'il était à Ticnlc. On disait que des remercîments adressés à ceux gui étaient opposés à la résidence , et des

plaintes contre ses partisans paraissaient autant d'atteintes portées à la liberté du concile. C'est pourquoi il était très-circonspect dans les fréquentes relations qu'il avait avec les prélats et dans les remercîments qu'il adressait, au nom du souverain pontife, à ceux qui, d'entre les Espagnols ou les Italiens, s'étai»'nt montrés le plus dévoués au saint siège, afin que ces actes ne reçussent pas de la renommée et de l'envie des interprétations mensongères et fâcheuses. On faisait courir le bruit que le cardinal de Mantoue avait demandé son remplacement (1); on on assignait deux causes: la première que les lettres de la cour romaine , qui d'abord lui avaient été adressées à lui-même, comme premier légat, l'avaient été depuis quelque temps au caidinal Simonelta; la seconde que le cardinal son neveu n'était plus appelé par le saint-père aux congrégations qui se tenaient sur les affaires du concile, comme cela se faisait auparavant; on disait que le remplacement du cardinal de Mantoue serait une affaire considérable, tant à cause delà vénération dont tous les prélats l'entouraient, que du respect que lui témoignaient tous les princes; ce respect était, suivant l'opinion presque universelle, la seule cause qui eût empêché le roi d'Espagne d'envoyer au concile l'orateur Vargas , qui était peu agréable au saint-siège et peu disposé à entretenir la paix dans le concile.

5. Ce bruit de la demande du cardinal n'était pas dénué de fondement, quoique Visconti [mêmes iellres) lui en ayant d'abord parlé sur quelque vent qu'il en avait eu, le cardinal eiJl nié fortement et se iûl troublé, voyant avec la plus grande peine qu'on en pût pari; r avant la réussite. Il considérait coîume un manquement grave au respect qu'il devait au pape de répandre celte demande avant qu'elle eût clé accordée, car s'il arrivait que Sa Sjîiiiteté s'y refusât, il semblerait que le légat avait voulu faire parade de son ressentiment contre son prince, et faire savoir que son souverain pliait en quelque sorte devant lui. Mais il arriva dans celle affaire ce qu'on éprouve ordinairement, que les véritables motifs paraissent moins que les effets. Ce sont ces derniers et non les motifs que la renommée avait transmis à l'évéque de Vintimillc. Voici en effet ce qu'on lui avait rapporté (2) : que le souverain pontife avait dit en dernier lieu , au confie François Andriano, orateur du duc d'Urbin, que lui et loul le sacré collège avaient vu avec peine la conduite qu'avait tenue le cardinal de Mantoue, son ambassadeur et sa parole vivante , qui devait représenter la pureté des sentiments que Dieu excitait dans son âme, et non point sa manière de voir particulière ; que celui-ci, au sujet de la résidence, avait trop écoulé, et conlre toute raison, quelques

(1) Deux Iellres de Visconli au cardinal Borromée, ' du 15 juin 156^.

(2) Èxlraii d'une leilre de Rome, 17 juin 1562, et d'une ;uiire du cardinal de iManlone à Arrivahcr!;-, du Gjuillel 15G-2, dans les adtlilionsà laiclulioii du seiré laiicdu cardinal Scripandi,

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