‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 276 sur 348 · LIVRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME

MU

moines qui ne s'agitaient que par intérêt; que pour l'affaire de la continuation du concile, il avait témoigné aux ambassadeurs de l'empereur trop de confiance et accordé trop de salisfaclion; que cette queslion devait se terminer avant d'en parler: en conséquence si le cardinal voulait se diriger dorénavant suivant les vues du pape (([ui croyait avoir des inlenlions aussi bonnes et aussi (•hréliennes*'que lui qui n'était que son représ! ntant), alors il oublierait tout le passé; que dans le cas contraire il vaudrait mieux qu'il se démît de sa cbarge, parce que autrement le pape serait forcé par sa conscience et sa raison de lui (hmner un successeur.

6. Ce n'était pas seulement au comte Andriano que le pape avait fait connaître son mécontentement, un grand nombre d'aulns personnes en avaient été instruites par lui. Il avait dit entre autres an cardinal dUrbin, que dans la dispute sur la résidence le cardinal de Mantoue avait travaillé des mains et de la têie dans la congrégation générale. Il avait fait dire au cardinal de Gonzague, par le comte Frédéric Borromée, que son oncle travaillait à la ruine du sainl-siége. Le souverain pontife montrait parla qu'il était bien aise que ces seigneurs, amis et alliés du cardinal de Mantoue, l;ii écrivissent et linvilassent à donner sa démission pour prévenir une destitution humiliante. Le cardinal entendait répéter (à tort ou avec raison) que quelques évêques se vantaient de lui avoir attiré ces reproches du saint-père, par les rapports qu'ils avaient faits à Sa Sainteté, et cela lui causait un chagrin Irès-violenl ; parmi les évéques qui se v jntaienl ainsi, il désignait le commissaire du concile Saint- Félix et le frère Thomas Stella, évéque de Capo-d'lstria, surnommé vulgairement, je ne sais pourquoi, le Petit Allemand : il Tedeschino. Ces attaques lui étaient d'autant plus sensibles qu'elles venaientde plus bas, qu'elles étaient accompagnées de jactance et du mépris de ceux qui lui devaient au moins du respect , s'ils étaient mal disposés envers lui. Mais comme nous sommes incomparablement plus jaloux de l'estime de nos égaux que de celle de nos inférieurs, surtout lorsque la distance est très-grande, et qu'il n'y a pas d'offense plus sanglante que celle que nous recevons en présence d'un rival : aussi à cause des anciennes rivalités entre les Gonzague et les Farnèse, rien, à mon avis, ne fut plus sensible au cardinal de Mantoue, que certaines paroles très-violentes que le cardinal de Saint-Ange rapporta sur son compte, comme sorties en sa présence de la bouche du souverain pontife.

7. Le légat n'en avait pas moi ns chargé A rrivabenedefaire, de vive voix, auprès dusouverain pontife, des instanresserrèies, mais trèspressantes pour son rcmplgcement; !e siiinU père, plus promptdans ses' paroles que dansses actions, avait fini par refuser, répondant à toutes les instances qui lui furent faites, que cette démarchecauserait trop descandale; et depuis il parlait du cardinal en termes pleins d'alïection et d'estime, et ajoutait qu'il avait mandé

à ses collègues de lui obéir et de le respecter. Il ne manque pas pour cela di- reno.uveler alors même ses plaintes, et il dit (peutêtre pour mitiger et interpréter la démission que le légat offrait ou plutôt dont il menaçait) que si le cardinal n'avait pas voulu lui obéir ni suivreson seniiment il aurait mieux valu qu'il se retirât. Cette réponse, bien que sous un certain rapport elle fût consolante pour le cardinal, puisqu'elle lui montrait que le pape ne désapprouvait ni sa personne ni sa conduite, ne laissa pasquede l'affliger, puisque d'un autre côté elle lui faisait connaître que ses méu.oires justificatifs n'avaient pas été mis sous les yeux de Sa Sainteté, ou que du moins ils n'avaient fait aucune impression sur son esprit. Il se voyait donc dans la dure nécessité de continuer à supporter les fatigues de son pénible service, sans avoir la consolation de plaire à sou maître.

8. il se plaignit donc amèrement que le pape ajoutât plus de foi à des détracteurs de ce genre qu'à sa qualité, à sa vie passée et au témoignage de tant de prélats et de cardinaux illustres qu'il alléguait pour se justifier, et entre autres le cardinal Altemps, neveu du souverain pontife lui-même. Ses ennemis étaient si hardis qu'ils disaient qu'au premier jour le pape allait lui adjoindre, sans consulter personne, des collègues qui auraient plus d'autorité que lui. Quant aux ordres que Sa Sainteté avait envoyés en sa faveur à ses collègues, il ne désirait aucune autre prééminence que celle que lui donnait sa promotion, désirant ne pas paraître le supérieur de ses collègues, mais n'être qu'une seule et même choseavec eux. -11 avait fait preuve de ce désir en ne traitant rien à leur insu, ni sans leur consentement; et même dans leurs conférences particulières, il n'avait cessé d'être d'accord avec eux, ainsi que le cardinal d'Aliemps pouvait l'attester. Quant à l'ordre que lui intimait Sa Sainteté de rester à la tête du concile, il se soiiinetlail humblement et il obéissait, mais il osait supplier le saint-père de vouloir bien accepter trois conditions, qu'il regardait comme trois grâces qui lui étaient nécessaires pour être propre à le servir , le bien ne pouvant se faire longtemps lorstju'on le fait ave(; répugnance et lorsqu'on est évidemment exposé à un grand danger tel que celui de perdre les bonnes grâces de son maître, qu'il regardait comme son plus grand bien.

9. La première condition était que Sa Sainteté prît les informations les plus exactes possible sur les griefs qu'elle avait contre son légat, et cela de la manière qui lui paraîtrait le plus convenable; la seconde que si Sa Sainteté le trouvait innocent, si elle ne voulait pas sévir contre les calomniateurs , qu'au moins elle n'ajoutâtplus aucune foi aux accusations que l'on pourrait faire contre lui sans les lui communiquer et sans entendre sa justifi. cation, et que si au contraire, ou pour le passé ou dans la suite, tdle le trouvait coupable ou de peu d'obéissance en ts "Ile, ou de manque de zèle pour la dignité du saint-siége, elle

le soumît aux châtiments les plus sévères j

HS5

IHSrOmE DU CONCILE DE TRKNTE.

la troisième que Sa Sainteté daignât s'occuper de le décharger de ce fardeau à la première occasion qui s'offrirait et de la manière qu'elle jugerait le plus profitable au saint concile, parce qu'il se voyait si fatigué de corps et d'esprit par ce ministère pénible , qu'il se sentait hors d'éiat de durer longtemps. Ce ne serait pas, ajoutait-il, la première fois que pareille chose arriverait : le cardinal Polus avait obtenu la permission d'interrompre sa légation pour aller se justifier, et ne l'avait pas reprise. J'espère, disait-il en finissant , que le très-saint père, dont la bonté m'est connue, daignera m'accorder ce soulageminl nécessaire à la conservation de ma vie, à laquelle je sais que Sa Sainteté attache quelqueprix, et qui, pour longue qu'elle soit, sera toujours consacrée à son service. C'est en ce sens qu'était conçue la lettre du cardinal de Mantoue, il n'était pas pourtant éloigné de demeurer au concile, ainsi que l'évêque de "Vintimille le reconnut (1), pourvu que le pape lui montrât une véritable confiance.

10. Ces querelles domestiques nuisaient beaucoup à la réputation du coiîciie; car les évéques de différentes opinions ne voyaient que des adversaires dans leurs collègues et se blâmaient réciproquement; il arriva qu'à la fin tout le concile fut soumis au blâme ; car la minorilé ne pouvait attaquer la majorité qui l'emportait dans les délibérations, sans accuser le corps tout entier. Les serviteurs surtout, gens si faciles à épouser les querelles de leurs maîtres et si difficiles à les oublier, faisaient encore plus de mal que les prélats; car dans ces occasions la malignité du cœur et de la langue se montre avec ostentation, comnTc une preuve de courage, de fidélité, de reconnaissance. On pubiia entre autres choses (2) une lettre anonyme que l'on supposait écrite par une personne do Trente à un de ses amis à Home, et que l'on feignit avoir reçue de celte dernière viiIe;eHe fut envoyée au seigneur de Lansac par l'ambassadeur français résidant à Venise. CeUe lettre étant ainsi rcntiue publique , le seigneur de Lansac, soit par lui-iné:nc auprès des légats {Lettre des légats au cardinal Borroince du ^20 juin 1562 ), soit auprès de Sa Sainteté par le secours de l'ambassadt'ur de France près le saint-siége, se défendit fortement et insista vivement pour qu'on ne crût pas que les serviteurs du roi très-chrétien étaient capables de noircir la réputation du concile. Dans cetîe lettre, suivant l'usage des sntiriques anonymes qui se cachent dans l'ombre pour échapper aux poursuites et parier avec plus d'audace, on publiait miile mensonges contre U' concile, et l'on concluait que puisqu'on ne pouvait espérer obtenir de lui l'union dans l'Eglise, il était expédient d'en

exemple de la nécessité qu'il y a pour les sénateurs de pouvoir parler librement avant les délibérations, et de se soumettre et de gar. der le silence après les décisions prises paî la majorité. Cette déférence pour le sénat doif être un acte de soumission de la vcilonlé cl de l'esprit, déférence qui n'est pas impossible, vu l'obscurité et l'incertitude des jugenients humains, qui nous laissent grande liberté de croire ce qui nous plaît.

Page 1