LIVRE DIX-SEPTIEME
tait passé et le cardinal de Manloae , qui savait bien qu'on n'avait envoyé de Rome à aucun autre des lettres communes à tous les légats, et qu'on n'y avait tenu aucune congrégation sur les affaires du concile sans y appeler son neveu , le cardinal, dis-je, ne mêla jamais ces faussetés dans les plaintes qu'il fit entendre. Je crois pourtant que ces lettres adressées en particulier au cardinal Simonclta,sans être accompagnées de lettres communes adressées au cardinal de Mantoue, purent donner à ce dernier quelque sentiment de jalousie, et lui faire soupçonner que les affaires étaient confiées à son collègue seul, et que, pour cette raison, on avait rien à écrire à tous collectivement. Cl'est pour cette raison que l'évéque de Vintimille répéta au cardinal Borromée ( Lettre de Visconti au cardinal Borr ornée du 13 juill^i 1562) que si l'on voulait donner pleine satisfaction au premier légat, il était mieux de s'en abstenir par la suite.
2. Soave dit ensuite que le pape ne se montra pas moins irrité contre Camille Olivo, secrétaire du cardinal, parce quil n'avait pas agi suivant les promesses qu'il lai avait faites, lorsqu'il fut envoyé à Rome. Et il ajoute : Cela coûta bien cher au pauvre homme ; car, malgré la réconciliation qui s'était faite entre le pape et le cardinal, Olivo étant retourné à Mantoue après la mort du cardinal , dont il y accompagna le corps, il fut emprisonné par le saint-office sous divers prétextes, kt eut bien des choses à souffrir. Je l'ai con'"u après les persécutions qu'il avait essuyées, et j'ai vu en lui un homme de grande vertu, et qui ne méritait pas ces mallieurs. C'est une chose singulière que ce Soave bâtisse une histoire, non sur les relations qu'il peut se procurer, mais sur les discours dont il est lui-même l'auteur; et dès qu'une fois il se livre à une fausse infortnation, il donna pour des documents historiques tontes les conséquences qu'aurait pu avoir l'événemer.t dont il parle s'il était arrivé. J'ai parlé de ce fait dans mon introduction, et qu.nit à ce que Olivo eut à souffrir de l'inquisition , je n'ai rien autre à dire, ni pour ni contre lui, qu(> ce que j'ai déjà dit.
Tout ce qu'il y a de vrai, c'est que ce n'est pas 0!i\o qui fut envoyé par le cardinal auprès du souverain pontiié , mais Pendasio, comme nous l'avons déjà remarqué , et il ne quitta pas le concile après la mort de son maître, mais il occupa ie mênio posle de confiance sous les légats ; il en fut très-bien traité et largement rétribué, jusqu'à la clôture du concile, comme nous le verrons en plus d'un endroit. Quant à ce que j'avance que c'était Tend îsio et non Olivo qui était chargé de faire pour les légats le trajet de Trente à Home, je suis étonné que Soave ail pu l'ignorer (1), puisque cela peut se voir, non-seule-
(1) Le [icre lo Conriiycr dans les noies de sa ira- (!n< linii française di: Fia Paolo, quoique son défciist;nr, n'a pu ciissimnler ceUe erreur, et il ajonle à la page 2;8: Tout cela est nue suile de l'erreur qui a laii-roire à Fr.i l'aolo que Oiivo avait été envoyé à IVinu; au lieu do Peiiilasn».
ment dans un très-grand nombre de lettres , soit du pape, soit du cardinal Borromée (1), écrites aux légats colle< t.vement et au premier légat spécialement, mais encore dans tous les mémoires du te;nps qui nous restent sur ces matières, et qui sont bien plus répandus que les lettres citées. Cela est prouvé i' par les différentes lettres des légats à Rome que j'ai citées, qui font mention de ce fait, et furent écrites en leur nom à Trente par ce ménie Olivo; 2" par la relation de Philippe Musotti , alors secrétaire du cardinal Seripaudi ; 3° par une lettre de l'archevêque de Zara au cardinal Cornaro que j'ai déjà citée; 4° par la pren)ière lettre du caidinai Simone tta au cardinal Borromée que j'ai rapportée dans le iivre précédent {livre XVI, ch. 9), enfin par une autre lettre de l'évéque de Modène au cardinal Morone [du 11 mai 1562j. i
3. Si l'ignorance de Soave au sujet du fait précédent a lieu détonner, je ne suis pas moins surpris qu'il ait ignoré pareillement la mission et les soins d Arrivabenc ; car ceci étant une affaire qui nétail pas commune à tous les légats, la narration en est restée renfermée dans les lettres particulières écrites par le cardinal de Mantoue au saint père et aux cardinaux Borromée et Gonzague , et dans celles qu'il en recevait. Jai fait bien des efforts pour connaître comment Soave s'étant mis dans l'esprit que Olivo avait été envoyé à Rome au lieu de Pendasio, il a bàli un verilahlf? château en Espagne, sur une supposition sans fondement; je crois y étro parvenu. Dans une lettre {Lettre du 16 mai 1562, dans le livre français), qui fut écrite pendant le séjour de Pendasio à Rome, par le sieur Delijlc, orateur français en cette cour, il csl dit au roi qu'il y avait alors à Rome un secrétaire du cardinal de Mantoue qui a\ait été envoyé à cause de ce nouvel embarras au sujet de la résidence. Il est à rcFnarquer que l'ambassadeur Delisle emploie ce titre do secrétaire dans un sens général et très-étendu, dont on se sert en pariant d'une chose qui ne tire pas à conséquence ; et que ne sachant et ne se mettant pas en peine de savoir quel était précisément le litre du messager, il se sert du lerme de secrétaire, comme d'un nom commun à tous les ciuployés de bureau à qui l'on confie iies secrets. Or cette lettre, qui fut ensuite impriliiéi; avec plusieurs autres écrits, a fait croire à Soave, qui savait que Olivo était le se( rétairc du cardinal de Mantoue, que c'était lui qui avait été envoyé à Rome pour celle affaire; et oubliant que dans son histoire il ne (levait faire que le rôle de témoin, il voulut faire le logicien : il on vint jusqu'à se faire conteur de fables , et il est devenu bien jusiement la fable de ses lecteurs désabusés.
k. Voyons encore quelques-unes de ses inventions. 11 raconte que le pape s'était plaint araèrement de plusieurs personnes, non par légèreté d'esprit et inconsidération dans ses paroles, mais parce que tantôt par
(1) Ecrites aux légats du 22 avril, jour de soa arrivée, au 5 mai, jour de son départ.
honte, tantôt par crainte, tantôt par poli- exposé des propositions des légats, qu'en en tesse, il les engageait à présenter leur dé- parlant en son propre nom. Cependant il fense,el que les acceptant un peu à la légère, l'exhorta à ne pas occasionner de troubles il se les attachait. Si cela était vrai, nous ne dans le concile, et ce ne fut pas en vain, car verrions pas qu'il y eût à redire aux yeux l'ambassadeur de Bavière reçut ordre de des hommes sages, car ils savent par expé- céder le pas aux Vénitiens (Lettre des légats rience qu'on n'arrive pas toujours aux résul- au cardinal Borrotnée, des 18 et 28 juin tais les plus avantageux par les chemins les 1562), mais en protestant qu'il ne le faisait plus découverts. Mais pour moi, je vois tout que pour ne pas troubler l'ordre du concile, j le contraire dans la conduite que je vois et sans préjudice des droits de son maître, tenir à Pie IV, surtout lorsque le cardinal En conséquence, il fut reçu dans la congréde Manloue répondant à Arrivabene ne se gation du 27 juin et fit sa protestation ; il plaint riue de ce que le saint-père a mani- fournit plusieurs preuves pour soulenir que festé encore quelques-unes de ses anciennes son souverain devait l'emporter sur celle réplainles sur ^es prétendues infidélités pas- publique, parce que dans sa famille résidait sées, même après qu'il s'est justifié si ample- la dignité électorale, et parce qu'elle avait ment, et qu'il lui a refusé la permission de même possédé la dignité impériale. Celte prose retirer; et je vois que le souverain pon- teslalion fut suivie d'une conlre-opposilion life a tenu la même conduite envers les que présenta Nicolasdu Pont {il Diario),prc~ autres. mier ambassadeur de Venise, où il disait que 5. Enfin il affirme que les légats, lorsque cette préséance était un honneur qui avait les orateurs impériaux leur montrèrent l'é- toujours été dû à sa république, et non une crit que Ferdinand les avait chargés de pré- condescendance passagère ( Voyez une lettre senter au concile , prirent pour prétexte que de Vévêque deModène au cardinal Morone,du devant en ce moment, sur leur propre de- 23 mars 1562). Ces deux prolestalions furent
mande, traiter la question si l'on pouvait accorder le calice , on ne pouvait pas examiner simultanément tant et de si graves propositions, mais que leur tour viendrait ; que les ambassadeurs reconnurent que ce
consignées dans les actes du concile, et la jalousie fut poussée au point que l'ambassadeur de Bavière refusa la copie de son discours, parce que, dit-on, celui de Venise avait refusé le sien. Mais celte démarche de
n'était là qu'une ruse pour ne pas publier cet 1 ambassadeur de Bavière fil plutôt changer
écrit dans une congrégation, et pour gagner qu'assoupir la discussion à son égard, car
du temps; que cependant ils gardèrent le i! avait reçu ordre de se retirer, s'il n'oble-
silence, mais que l'archevêque de Prague ju- nail la préséance sur les représentants des
gea à propos de se rendre en poste à la cour Suisses et des Florentins; enfin les légats à
impériale, pour l'informer tant de cela que force d'instances obtinrent le désistement de
de tout ce qui concernait le concile (1). Mais nous avons vu au contraire que les légats expliquèrent aux orateurs impériaux l'inconvenance de la proposition qu'ils présentaient, et que l'archevêque, persuadé par leurs paroles, suspendit de lui-même celte demande, et étant sur le point de partir pour la cour, afin de sacrer, selon le droit de son siège, le roi de Bohême, il se chargea de dissuader l'empereur de ce dessein; et il le fît effectivement.
6. Après avoir relevé les erreurs de cet historien, poursuivons notre histoire. Le souverain pontife eul recours à la médiation de l'empereur ( Lettre du cardinal Borro-
l'ambassadeur des cantons , dont les ordres étaient, comme nous avons dit, de ne pas se présenler, jusqu'à ce qu'il eût informé de cela ses commettants, et qu'il eût reçu de nouvelles instructions : les légats prièrent lo pape d'intervenir auprès du duc de Côme, dont l'orateur assistait au concile en l'absence (le celui des treize cantons.
7. Les légats étaient cependant encore plus peines de la contestation qui allait s'élever entre les ambassadeurs de France et ceux d'Espagne , parce qu'ils regardaient comme impossible à exécuter le parti qu'avait proposé le cardinal Borromée dans une lettre à ce sujet. Ce parti était que l'ambassadeur
mée aux légats, rfu 27 mai 1562 ) pour termi- du roi catboliijue s'abslînt de paraître aux ner le différend qui s'était élevé entre les cérémonies publiques, ainsi qu'il le faisait Vénitiens et les Bavarois, et l'engagea à à Rome, le marquis de Pescara s'étanl dérappeler au duc Albert, son gendre, que la claré très éloigné de celle espèce d'abandon république de Venise avait vraiment loules de ce qu'il croyait ses droits, quoique d'autre
les attributions royales et que ses ambassa deurs étaient en possession d'avoir le pas immédiatement après les autres rois. Mais dans ce procès, qui comme tous ceux de ce genre touchait à la partie la plus sensible chi'Z les grands, il refusa sa médiation ( Lettre de Vempereur aux ambassadeurs,
part, il eut île son roi des ordres Irès-modérés , afin d'éviter toutes les contestations , toutes les fois qu'il le pourrait honorablement, n'attaquant jamais, pour être préféré, mais se défendant seulement pour ne pas être placé après les Français (1). Les présidents du concile s'adressèrtMit donc au souverain
(/u 29 jum 1562). Cependant il fit quelques pontife, pour délier ce nœud gordien. Sa
démarches officieuses, mais trop vagues, et
plutôt en écrivant à son gendre le simple (1) Leiires du cardinal Borromée au cardinal de
^,^ , Manloue, du il uvril, el aux légals du 25 mai, ;<u
(I) Le lout est dans la lettre déjà cilée, écrite par cardmal de Manloue du nicmi> jour, cl aux légals des
les légals au cardinal Borromée, le 10 juin 1562. 27 mai el 8 juillet 1562.
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