‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 285 sur 348 · Mais les légats, avec cette franchise que · texte numérisé non relu

Mais les légats, avec cette franchise que

de proposer aux Pères les quatre canons ar- , ^ ^ „.,...-

rêtés par les théologiens du second ordre, et donnent et une cause juste et le témoignage

ils firent connaître aux ambassadeurs aile- d une bonne conscience déclarèrent qu lis

mands la nécessité où ils se trouvaient de ?^'"ent disposes a ne plus renvoyer aune

différer la décision. Ils étaient déterminés par les mêmes motifs qui avaieiit porté le pape à leur recommander par écrit, ces mêmes jours, une conduite semblable {Lettre du cardinal Borromée aux légats, du 8 juillet 15G2). dans une lettre secrète au cardinal de Mantoue ( ce qu'il faisait pour lui montrer un retour sincère de confiance particulière) : il disait qu'ils cherchassent par les moyens de la charité la plus entière à consoler les provinces germaniques, et à user de toute la condescendance possible à l'égard d'un si pieux empereur; cependant il voulait que tout se fît canoniquement, et selon 1': vis des Pères et des théologiens ; que si les légats s'apercevaient que les Pères témoignaient de la répugnance pour ces concessions, ils cherchassent adroitement à gagner du temps, afin que, pendant ce temps-là, les peuples ne perdissent pas l'espérance, et que l'enipereur luimême ne fût pas porté par ce refus à se départir de l'affection et de la protection qu'il avait vouées au concile, et que tous les fruits qu'on voyait sur le point de leur maturité ne lussent pas perdus en herb*'. En conséquence, dans le cas où ils pressentiraient des difficultés, les légats auraient soin de terminer les autres affaires avant de proposer les questions où ils craindraient un refus; mais qu'après tout, sur ce point et sur tous les autres, on devait procéder en règle et sin-

heure ni le temps, ni les opérations de la session, parce que après tant de délais tout nouveau roiard serait contraire à la dignité du concile, et que ni les ambassadeurs euxmêmes, ni personne autre, ne pouvaient soutenir qu'iis eussent aperçu le moindre signe, soit uu saint-père, soit de ses légats, contre ces concessions.

i. Les impériaux ajoutèrent qu'ils étaient décidés à protester si l'on venait à procéder à quelque autre discussion, sans parler de leurs articles, et firent pressentir la dissolution et la ruine du concile. On prévoyait que dans l'éclat qu'ils feraient ils seraient secondés des Français et des Bavarois, qui les avaient déjà soutenus dans leur requête. Mais les légats, quoique intimidés intérieurement, montrèrent un visage ci.lme, et résolurent de demeurer fermes au moins quelques jours, sachant bien que souvent, lorsqu'on diffère de céder, on évite cnlièrement la nécessité de le faire. Ils ue négligèrent pas cependant de montrer aux ambassadeurs qu'ils s'échauffaient pour obtenir leur condamnation en obtenant cette célérité dans la discussion de leurs propositions, cl qu'en ce cas le refus qu'ils recevaient des légats était un bienfait, parce que les demandes de choses difficiles à décider, lorsqu'on les adresse à des assemblées nombreuses, ne réussissent jamais si les difficultés

cèrement, et ne rien décider que selon l'avis "^ ^°"* aplanies peu a peu par la force de )a

persuasion et laide du temps; que Us reso-

(1) Toni cela est consigné dans les lettres des Intions les plus faciles, et par conséquent

légais an pape ei aucardinal Uorromée, du 2et du 9 celles que l'on prend le plus souvent en

juillet 1S63. commun, consistent à refuser et à ne rien

innover. Pourquoi pre>ser si inconsidérément les Pères à prononcer? c'est les porter à se débarrasser de ces importuniîés pnr un refus. Qu'attendre de celle violence faite au concile, sinon qu'elle excite une indignation générale et qu'elle trouble cette source limpide où ils désiraient puiser celte eau si propre à satisfaire à leurs besoins? Les ambassadeurs allemands commencèrent enfin à se raviser, mais s'ils furent moins menaçants, ils n'en furent pas mieux disposés; en conséquence, ils diront aux cardinaux Hosius et Seripandi (qui avaient été chargés spécialement, comme théologiens distingués, de traiter avec eux de ces affaires au nom de tous les légats) qu'ils connaissaient la vérité de ce que leur avaient dit quelques évêques qui, en leur proposant un projet de décret, les avaient bien assurés qu'ils n'obtiendraient rien de plus, et ils montrèrent ce projet. Ces évêques étaient (1) Thomas Caselius Pompée Zambeccari. Les légats se plaignirent amèrement de la conduite de ces deux prélals dans une lettre qu'ils écrivirent au cardinal Borroméc, les .-tccusant d'avoir usurpé les fonctions do légats, et même celles du saint-siége ; et ils ajoutèrent que si cette témérité n'était pas réprimée, on ne pouvait plus espérer d'eux, ni de bion d'autres, aucun respect ni aucune soumission. Le pape chargea en conséquence Visconti de faire de vifs reproches à ces deux évêques.

5, Dans ce projet de décret, il était dit ( comme il paraît dans les actes de Pahotio), que l'Eglise pouvait, pour de bonnes raisons, et selon les circonstances des lieux et des temps, accorder aux laïques l'usage du calice, les Pères se réservant d'examiner si les circonstances à l'égard des Bohémiens ou d'autres peuples étaient telles qu'il convînt d'user de ce droit. Mais les ambassadeurs impériaux ne se fatiguèrent pas beaucoup pour obtenir ce décret conditionnel, et qui n'aboutissait à rien. C'est pourquoi, dans la persuasion que l'inclination des Pères n'était pas favorable pour le moment, et craignant de ne pas réussir en demandant un nouveau délai de la session, ils consentirent à sa célébration, pourvu qu'on leur promît de ne pas entièrement passer sous silence cet article, mais de le tenir en suspens, et de déclarer que les deux articles qui restaient des cmq, seraient examinés au plus tôt, et à l'occasion la plus favorable; les légats promirent de recommander au saint-siége les réclamations des ambassadeurs, ce qu'ils ne manquèrent pas de faire ( Lettres des tenais au pape, du 9 juillet 1562 ).

6. On proposa en attendant ( Actes de Pnleotto et du château Saint-Ange, du ^0 juin), comme nous l'avons dit, les quatre canons dans la congrégation générale. Tous furent a accord sur les deux premiers, mais au troisième, qui déclarait que Notre-Seigneur est reçu tout entier sous l'espèce du pain, l'éveque Guerrero dit que cela avait déjà été

(l) On le Ydit dans nnc lellre secrèle du cardinal lionon^ee à Yisconli. du 18 itiillel 1562.

défini dans l'assemblée sous le pape Jules, puisqu'on y avait déclaré que Jésus-Christ est contenu tout entier sous chacune des espèces, et que si l'on prenait la décision proposée, ce n'était plus continuer les décisions précédentes, mais y revenir pour les confirmer.

7. Le cardinal Seripandi, qui était l'auteur de cet article, craignant que l'opposition soulevée par l'archevêque de Grenade ne fil quelque impression sur les esprits, répondit subitement par un discours très-savant, et montra la différence du décret du pape Jules avec celui qui était proposé; il dit que les hérétiques avaient erré sur deux points, au sujet de l'eucharistie : d'abord sur la chose contenue dans le sacrement, ensuite sur l'usage du sacrement ; que la condamnation déjà prononcée par le concile atteignait les erreurs de la première espèce, et qu'il avait prudemment agi en différant de s'occuper des secondes. Car, dans la nourriture corporelle, autre chose est le mets placé sur la table, autre chose est la manducation de ce même mets; c'est contre cette manducation que pèche l'hérésie nouvelle de Luther, puisqu'il blâmait la coutume de l'Eglise catholique, comme si, en ne donnant qu'une seule espèce, elle ne satisfaisait pas pleinement à l'institution de Jésus-Christ, qui a institué ce sacrement sous les deux espèces. 11 cita les propres paroles de Martin Luther, et conclut en faisant voir que le canon proposé avait pour but de condamner cette erreur.

8. Des raisons aussi fortes satisfirent un grand nombre de Pères, mais quelques-uns regardaient comme superflu de rechercher si minutieusement si Luther avait produit une nouvelle hérésie sur ce mystère. II est certain, dit Jean, palriarche'de Venise, que la présence entière de Jésus-Christ sous chacune des deux espèces avait été définie au concile de Florence, et qu'elle a été de nouveau définie à Trente, sous le pape Jules; il est certain que l'erreur de ceux qui disent que la loi divine ordonne la communion sous les deux espèces, a été proscrite au concile de Constance, et qu'aujourd'hui on la proscrit de nouveau dans le premiercanon : pourquoi donc; ne voudrions-nous pas recevoir ici , pour plus ample confirmation et plus de clarté, le troisième des canons qui nous sont proposés? Pour le croire utile, ne suffit-il pas que, dans les paroles de Luther, il se rencontre quelque indice de la nouvelle hérésie que l'on réfute dans ce canon, et qui n'ait pas été réfutée expressément et dans sa teneur, dans la dernière réunion du concile? Ainsi parla le patriarche, et la majorité des Pères était de son avis, depuis que les paroles du cardinal Seripandi avaient fait abandonner à plusieurs lavis de l'archevêque de Grenade, pour l'opinion qui lui était oppo- ?f*^! '.* f P'Tnni ceux-ci l'on remarqua Jérôme Trivigiani, évêque de Vérone, qui non-seulement se laissa persuader par le cardinal Seripandi, mais qui se donna toutes les peines possibles pour faire embrasser aux Pères son nouveau sentiment. Cela n'est pas

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