‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 300 sur 348 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Examen aes réflexions que Soave attribue à l'opinion publique sur les décrets de doctrine et de reformations

1. Montrant à sa manière les sentiments du public relativement au succès de cette session, Soave nous dit que jamais le monde n'avait conçu déplus hautes espérances du concile, en voyai»t ce grand nombre de Pères et d'orateurs distingués ; mais que tous d'une commune voix s'accordèrent à le regarder comme la montagne en travail. Pour moi, j'avoue que je n'ai rien vu qui ressemble le moins du monde à cette voix unanime dont les échos auraient dû retentir au loin. Ce qu'il y a de certain , c'est que les articles définis dans celte session étaient le sujet des plus grandes difficultés de la part des hérétiques allemands , et que les réformes qu'elle établit en détruisant l'abjecte mendicité des ministres des autels, les fraudes scandaleuses des quêteurs chargés de publier les grâces spirituelles , les profils pécuniaires des collateurs des saints ordres, la négligence des bénéficiers à remplir les devoirs attachés à leurs prébendes, en pourvoyant à la pénurie de pasteurs qu'éprouvait le peuple fidèle, extirpant l'exemption des licencieux commendataires et établissant d'autres règlements semblables, ont enlevé bien des taches qui défiguraient l'Eglise. Il est vrai, et je n'ai pas cru devoir le dissimuler, que d'abord les Pères auraient désiré qu'on leur proposât dès le commencement des matières plus importantes , dans la crainte où ils étaient alors qu'après ces travaux moins graves, le concile ne fût dissous. Mais ni eux ni aucune personne sage ne regarda comme une chose étrange que les règlements et les décrets commençassent par les matières les plus faciles, ce qui est une préparation aux opérations plus ardues : car au reste c'est là une sage imitation de la nature ( c'est d'elle que j'aime à prendre mes exemples , parce qu'ils sont plus connus, et qu'ils nous viennent d'un auteur infiniment respectable, puisque cet auteur est Dieu lui-même) : elle conmience en effet , par les opérations les plus insensibles, cl en vient ensuite aux plus étonnantes ; c'est ainsi que, d'après un grand nombre de philosophes , une montagne , pour ne pas quitter la comparaison de Soave , une montagne qui s'écroule , en commençant sa chute, y procède par tous les degrés de la lenteur possible avant d'arriver à cette vitesse épouvantable qui renverse les villes, et fait remonter les rivières vers leur source. Celui qui eut patience encore pendant dix-

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