‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 3 sur 348 · LETTRE AU LECTEUR · texte numérisé non relu

LETTRE AU LECTEUR

Qtn se trouvait dans la première puJjlication

de l'ouvrage.

On publia l'année dernière la première miséricorde de Dieu et grâce aux soins de

partie de cette histoire, mais elle vitle jour son vicaire, n'ôta ici qu'à un très-pctitnombre

plutôt pour Rome uniquement que pour le la vie naturelle, priva en quelque sorte tout

monde entier. Car la contagion qui, par la le monde de la vie civile : elle rendit suspect

LETTRE AU LlXTEUn.

l'iibord (le tous, amis comme ennemis, et m<5me le contact avec les choses inanimées. Elle fit éviter comme mortel même ce qui a pour but de prolonger la vie aux mortels eux-mêmes. Néanmoins, comme Rome peut s'appeler un monde en petit, et qu'elle n'est pas tant une ville particulière qu'un composé de toutes les nations catholiques , et par conséquent un tribunal impartial dont Rome elle-même ne saurait obtenir la moindre décision pour se faire absoudre , quand elle doit être condamnée; le jugement qu'on y a porté unanimement de cet ouvrage, peut être considéré comme celui du monde entier, ou au moins comme le gage de ce jugement. De plus, la curiosité que le titre avait excitée dans les autres pays lui ouvrit cependant un passage à travers les barrières qu'on lui opposait. Quelques exemplaires du premier volume, malgré les frais extraordinaires de transport , et l'embarras des fumigations prescrites, parvinrent dans les principales villes d'Europe et entre les mains des hommes les plus renommés comme théologiens ou comme politiques. Il est constant que, de toutes parts on s'est accorde à s'écrier qu'après la publication de ce livre, l'Histoire de Pierre Sarpi demeure convaincue de mensonge et de méchanceté, et que l'éclat de ses beautés est dû non à de vraies couleurs, mais au cinabre et à lusage d'un fard trompeur et dangereux. Ce témoignage ne suffit pas seulement à la cause, il suffit aussi à l'auteur qui ne cherche pas la louange comme un discoureur ambitieux, mais la victoire comme un avocat plein de zèle pour son client. Et la cause étant la même, on se promet le même accueil pour ce second v'olume : on le donne au public plusieurs mois plus tard qu'on avait annoncé , mais la même peste qui a empêché la libre publication de la partie déjà imprimée, a interrompu aussi l'impression de l'autre, qui était écrite d'ailleurs à temps. Néanmoins, le temps étant toujours fécond en bons résultats, surtout pour la manifestation de la vérité, ce retard ne laissa pas de servir dans cette occasion. Un des personnages les plus importants et qui jouait le premier rôle en France , instruit et ayant horreur de la perversité de Sarpi , et surtout des sacrilèges confidences qu'il faisait à Caslrinus dans la correspondance intime qu'il entretenait avec cet hérétique, informa le Père Sforce que Castrinus venait de se montrer digne de l'amitié de Sarpi en allant mourir glorieusement à la potence. En outre, il retrouva les originaux d'autres lettres dont il tira copie. Elles étaient adressées à M. Lisle-Groslot, calviniste décidé, et l'un <les principaux du parti , tant à cause de la qualité de sa famille que par la charge de bailli qu'il remplissait dans la ville puissante d'Orléans : une partie de ces lettres est toutà-fait claire; l'autre conçue en termes plus obscurs finit pourtant par se déchiffrer. Un échantillon de cette correspondance, mis sous les yeux du lecteur, avant d'en venir au sujet, pourra lui faire comprendre de quel mal taient atteintes les entrailles d'un auteur

dont l'haleine exhalait tant de puanteur contre les Pontifes romains et les Pères de Trente. Marc Antoine de Dominis, qui publia à Londres cette indigne Histoire, sentit tout ce que pourrait faire perdre de confiance à l'autour sa haine poussée jusqu'à la rage: aussi eut-il soin d'écrire que Sarpi n'entendail pa^ volontiers parler des humiliations excessives de l'Eglise romaine. La fausseté de cette assertion se démontre par l'ouvrage même de Sarpi , et on en a de nombreuses preuves dans l'introduction déjà publiée de cette histoire. Mais quand on n'aurait que les quelques fragments de ces lettres qu'on citera ci-après, cela suffirait pour en convaincre 1

Il écrit donc tantôt ce qui suit (i) : Il me sembleque les Huguenots sont très-sages de se tenir en observation pour se conduire d'après les événements. Que Dieu bénisse leurs desseins. Une autre fois (2), montrant qu'il savait bien que le moyen le plus efficace pour amener la ruine de la foi catholique après laquelle il soupirait de tous ses vœux , ce serait d'abattre l'autorité pontificale; et regrettant que les hérésiarques du siècle passé n'eussent pas réuni tous leurs eflorts sur ce seul point, il ajoute ces paroles: «Je me réjouis beaucoup de l'entreprise de monseigneur Gillot qui cherche à unir la liberté de l'Eglise, je n'entends pas de l'Eglise gallicane, mais universelle : et peut-être que Dieu veut éteindre la tyrannie dans ce siècle par des moyens plus doux que ceux dont on a essayé dans le siècle passé. Quand on a commencé à vouloir le faire par le fondement, on n'est pas venu à bout de tout l'ouvrage. Qui sait si en commençant par le toit eomme on fait maintenant, on ne réussira pas mieux? si Dieu bénit l'œuvre, nous pouvons l'espérer. Ailleurs (3j il s'exprime ainsi : Si la guerre a Une en Italie, c'est «n bonheur pour la religion.-et c'est ce que Rome craint. L'inquiétude cessera; l'Evangile aura son cours. Et peu après il déclare qu'iV désire la guerre en Italie, parce qu'il espère qu'elle contribuera à l'honneur de Dieuet à ta propagation de l'Evangile. Dans un autre endroit (4j on lit : La disgrâce de Sully me fait peine ; car je l'aimais à cause de sa constance dans la religion.

On ne rapporte pas ici beaucoup d'autres passages dans lesquels il reproche sévèrement à sa patrie, qui méritait au contraire les plus grands éloges pour cela, tantôt de ne pas se prêter assez à précipiter l'Italie dans cette guerre au moyen de laquelle il espérait y introduire l'hérésie, tantôt de tenir trop à la foi romaine et à l'obéissance envers le Siège apostolique; et d'autres passages du même goût : car il a lui-même, dans cette détestable histoire, reproché à sa propre ville d'avoir, soit que ce fût crainte ou vénération, hésité à le reconnaître ouvertement pour son fils, quoique pourtant ses procédés équivoques n'eussent pas laissé de doutes là-

(1) 3 août 1610.

(2) 20 jnillcl 1009.

(5) 27 avril 1010.

(ij y novembre IGIO.

HISTOIRE or CONQLE DE TRENTE.

davantage la correction du texte, fait comprendre que ce qui en diffère, vient delà faute des ouvriers et non de la volonté de l'écrivain. On n'a donc inséré dans l'errata,

dessus aux contemporains; ce n'est pas A -.\ous d'(Mor le rideau pour découvrir la vérité à la postérité.

Je ne veux pas répéter beaucoup d'autres choses que j'ai déjà dites aux lecteurs dans que quelques fautes seulement qui gâtent l'épîlre placée à la tête du premier volume : ou altèrent la pensée, et aussi quelques pasmais j'y ajouterai seulement quelques lignes, sages où l'auteur aurait fait quelque chan- On promettait dans cette épître une table gement, si déjà les feuilles ne fussent sorties des erreurs qui ne se révélaient pas d'elles- de la presse; c'est ce qu'il ne manque jamais mêmes à tout lecteur intelligent, et aussi de de faire, même dans la première et dans la celles qu'on avait corrigées exactement dans seconde épreuve de la correction , et ce qu'il tous les exemplaires; or, l'auteur n'a pas ferait soigneusement pour cet ouvrage et

pensé que ce fût la peine de signaler quelques fautes d'orthographe qui se rencontrent en très-petit nombre dans l'ouvrage : parce que polir jusque dans les moindres détails est ce qui convient pour des villa délicieuses plutôt que pour des tentes militaires , et parce que dans ces mots où l'orthographe n'est pas arbitraire, le mode usité le plus communément par les imprimeurs , surtout dans le second volume où le retard qu'on a été obligé de mettre, a permis de soigner

pour les autres qu'il a publiés , s'il lui était donné de pouvoir les retoucher. Mais la brièveté et l'incertitude de la vie autorisent à négliger en quelque chose ce qui est plus parfait , pour pouvoir gagner en vitesse ; et quand il e&t question de remédier au poison, il y aurait peu de bon sens à différer longtemps la potion , sous le prétexte de la préparer plus délicatement et de la présenter au malade dans un beau vase.

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