‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 30 sur 348 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

on arrête le mode de rédac-

On discute et

tion du décret pour Vacceptalion des Ecritures et des traditions.

1. Voilà où l'on en était pour la réforme. Quant à l'autre article, celui des dogmes, la rédaction du décret proposée (1) par les légats portait qu'on recevrait conjointement avec les livres saints, celles des traditions que les apôtres tenaient soit de la bouche de Jésus-Christ, soit de l'inspiration intérieure du Saint-Esprit, et qui s'étaient conservées jusqu'au temps présent. Un membre s'opposa à cette restriction; elle devait devenir, selon lui, un sujet de dérision pour les hérétiques qui ne manqueraient pas de dire que nous ne voulons recevoir que les traditions qui nous plaisent, et que nous nous débarrassons des autres en les laissant tomber en désuétude; que c'était reprocher indirectement à nos ancêtres d'avoir, par leur négligence, laissé périr quelques-unes de ces traditions dont l'Eglise est redevable à son céleste législateur. Seripandi,au contraire, pensait qu une telle acceptation allait trop loin ; qu'elle embrassait dans sa généralité jusqu'aux canons des apôtres; que pourtant, dans le dernier de ces canons, le livre de l'Ecclésiastique , reconnu pour canonique

gitimc in trullo devait être rejeté par le concile de Trente, comme il l'avait été de ceux de Carthage et de Florence.

3. Le décret portait qu'on recevrait les Ecritures et les traditions avec un sentiment égal de piété et de respect. Cette égalité ne plaisait pas à quelques-uns et surtout à Bertano; parce que, disait-il, encore bien que les unes et les autres vinssent de Dieu, c'est néanmoins un caractère commun à toutes les vérités d'être une émanation de la vérité première, et on ne se croit pas pour cela obligé de révérer toutes les vérités à l'égal de l'Ecriture sainte ; Dieu n'a pas voulu doter les traditions d'une aussi grande stabilité, puisque nous en voyons qui ont disparu : il n'attend donc pas de nous non plus que nous ayons pour elle une aussi grande vénération. Mais Musso, appuyé de l'assentiment de la majorité, répliqua que toute vérité est bien émanation de la vérité première, mais que toute vérité n'est pas parole de la vérité première, et que par conséquent toute vérité n'a pas droit également à nos respects. Que les traditions sont, aussi bien que les Ecritures, parole de Dieu et principes fondamentaux de la foi ; qu'il n'y a entre elles que la différence purement accidentelle; que les secondes sont écrites aussi dans les livres qui nous les conservent, tandis que les premières ne

par le présent décret, était mis au nombre de le sont que dans les cœurs ; qu'elles ne diffè-

ces livres qui peuvent être lus avec profit par les jeunes gens ; qu'en se bornant à proclamer ainsi son utilité, c'était en méconnaître indirectement la canonicilé.

2. Ces objections toutefois ne firent pas revenir la majorité sur le sentiment (ju'elle avait adopté. On répondait à la première en faisant observer qu'on unissait dans ce décret les traditions et les Ecritures ; que parce qu'elles étaient, les unes aussi bien que les autres, les fondements de la foi et par conséquent de la révélation divine ; que quelquesunes de ce nombre qui avaient rapport aux mœurs n'avaient point été données de Dieu aux apôtres pour des lois immuables, mais seulement pour des lois convenables à ces temps-là ; qu'on avait aussi là-dessus le témoignage de la tradition de l'Eglise ; que cette dernière ne peut se tromper, assistée divinement comme elle est, et qu'il n'est pas probable non plus, humainement parlant, qu'elle puisse tromper, àcausede la réunion innombrable de témoins qui la composent ; que ce n'était donc pas par négligence, mais par discrétion que nos ancêtres avaient pu laisser tomber de telles lois , et que l'Eglise s'abstenait de les relever toutes présentement. On répondit au doute soulevé par Seripandi,que le dernier canon des apôtres était évidemment pcirmi ceux que Gélasc traite d'apocryphes, puisqu'on y voit figurer au rang des divines Ecritures les constitutions de Clément, livre, écrit après le temps des apôtres ; qu'ainsi ce canon, nonobstant l'approbation qu'il avait reçue du concile illé-

(1) Les congrégations générales à ce sujet eurent lieu le 27 mars et les 1, 3, 5 et 7 avril.

rent pas autant qu'on le suppose; que la vérité des unes, comme des autres, est immuable, tandis qu'au contraire les lois sont également variables, qu'elles aient leur fondement dans les Ecritures ou dans la tradition, comme on le voit par rapport à la circoncision cl à tant d'autres rites exprimés dans le vieux Testament. Il est étonnant que Mussus qui avait pour lui la bonté de sa cause, la force de la raison et le nombre des suffrages, ail abandonné dans la congrégation suivante l'opinion qu'il avait si heureusement défendue, et qu'il soit venu proposer de substituer au mot égal celui de semblable : proposition au reste qui ne fut pas agréée.

4-. Naclantus,évêquedeChioggia, s'éleva (1) en termes encore plus durs contre une telle parité. U ne considérait pas les traditions comme révélées ; elles n'étaient à ses yeux que des lois, et des lois dont le poids lui paraissait insupportable, ainsi quenousl'avons déjà dit. Quand on en vint à cette acceptation générale, il s'écria qu'une telle assimilation des Ecritures et des traditions lui semblait impie. Cette expression excita dans l'assemblée un étonnement mêlé d'horreur ; mais on se contint jusqu'au moment où les suffrages furent tous recueillis. Alors les évêques de Badajoz et de Bertinoro protestèrent avec indignation contre cette sortie, et on en demanda la punition. Naclantus persistait toujours dans son sentiment; c'est pourquoi le premier légat dit qu'il croyait à propos de convoquer les théologiens ; qu'ils entendraient d'abord le décret, puis les raisons de Naclantus, et qu'alors ils jugeraient si

(I) Dans la congrégation du b avril 154C.

Page 1