‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 31 sur 348 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

c'était le décret qu'il fallait corriger ou l'évêque de Chioggia qu'il fallait punir. A cette proposition, Naclantus commença à reculer, mais sans pourtant encore se rétracter entièrement. Qu'on les convoque, dit-il, les théologiens. Ce n'est pas tout le décret, ce n'en est que quelques paroles que f ai traitées d'impies, et par impies je n'ai pas voulu dire hérétiques, mais inhumaines, en ce sens qu'elles nous imposent un fardeau trop lourd. Enfin, se voyant pressé par tant de raisons, et en butte au reproche que chacun lui faisait d'avoir eu la hardiesse de venir les qualifier tous d'impies, lui qui était un des derniers à parler, il sut (1) faire ce que souvent empêche de prendre sur soi une faiblesse qu'on prend faussement pour du courage; et tandis que l'indignation n'avait pas encore pénétré au fond des cœurs, il déclara qu'il était fâché et repentant de la légèreté qui les avait scandalisés, et qu'il était prêt à recevoir avec respect et à approuver le décret, puisqu'il était maintenu par une assemblée aussi imposante. Son aveu fut suivi du pardon auquel tout le monde applaudit. Je ne dois pas dissimuler que longtemps après il s'éleva de forts soupçons en matière de foi contre cetévêque (2), et qu'on donna, de Rome, commission d'informer contre lui dans les états de Venise à Ange Mas- 6arelli,secrétairedu concile qu'on avait transféré à Bologne. Mais il faut bien qu'il ait été trouvé innocent, puisque plusieurs années après, lorsque le concile entreprit ses sessions sous Pie IV, il y assista non pas comme simple membre, mais comme membre actif que les présidents employèrent avec succès dans les affaires (.3) difficiles et importantes, qui avaient besoin d'être conduites par les hommes les plus réputés, moins encore par leur zèle et leur piété que par leur jugement et leur prudence.

5. Nous n'entrerons pas dans plus de détails sur l'acceptation des Ecritures ; ce que nous laissons est trop peu intéressant pour être rapporté. 11 y en eut (4) qui demandèrent que les Psaumes ne fussent pas appelés généralement Psaumes de David , puisque bien des auteurs pensaient qu'ils n'étaient pas tous de lui. L'évêque deFellre, qui s'était servi de cette expression dans la rédaction du décret, répondit qu'il l'avait tirée du concile de Florence; et Musso ajouta que la dénomination de tous se prenait du caractère du plus grand nombre. La majorité, cependant, se prononça (5) de préférence pour la qualification de Psautier Davidique. On arrêta pareillement que les Actes des apôtres, au lieu de suivre

(I) LeUrc des Icgals au cardinal Farnésc, du 5 avril 154!).

C-i) Voyez !e Journal do MassareHi.moisde sepîcml)re 1548 el de janvier lo49.

<5) Voyez le livre 17, çli. 8.

(4) Dans la congrégation particulière du 23 mars , devant le cardinal Cervini, el dans les Mémoires de Massarelli ; les points qm furent portés dans la congrégation générale, pour élre mis en délibération, après celle congrégation pariicnlièrc, se Irouvent diin^ le livre des Mémoires de Seripandi.

(oj Dans la congrégation du l'-" avril.

les Épîtres de saint Paul , comme on l'avait décidé d'abord, les précéderaient.

6. La discussion s'échauffa quand on en fut à l'anathème dont on devait punir les violateurs des livres saints et des traditions apostoliques, comme parlait le décret. Seripandi(l) objectait que cet anathème ne se lit ni dans le concile do Laodicée, ni dans ceux de Carthage et de Florence, ni dans les décrets d'Innocent et de Gélase , et que tout au plus on devait infliger l'excommunication qui n'a son effet qu'après la sentence du juge, et non celle qui s'encourt par le seul fait ; qu'on trouve à la vérité l'anathème dans le décret du septième concile, rapporté par Gratien (2); mais que ce canon, loin de s'étendre aux violateurs des livres particuliers , ne porte que contre ceux de toutes les traditions écrites ou non écrites en général; et, quoiqu'il y en eût qui soutinssent que le texte de ce décret ne peut s'entendre que d'une excommunication qui a besoin de la sentence du juge pour avoir son effet , on leur répondit que l'opinion commune des canonistes sur ce même canon du septième concile , est l'opinion contraire que combat le cardinal d'Alexandrie, connu vulgairement sous le nom du Maître. On ne crut pas devoir pour cela changer le décret ; on pensa qu'on n'a pas trop de tout le poids des expressions pour établir solidement un point sur lequel roule la foi tout entièie.

7. Une dernière objection de Seripandi eut plus de partisans ; il prétendit que le mot de violateurs était trop général et trop vague , qu'il semblait subordonner à l'anathème les transgresseurs de tout commandement que nous tenons de tradition apostolique. Et quoique l'archevêque de Matera répondît que cette expression se lisait aussi dans le septième concile, Seripandirépliqua que c'était aux modernes à expliquer ce qu il y avait d'am bigu dans ce qu'avaient dit les anciens ; qu'on a quelquefois des raisons de déroger aux usages , combien n'en a-t-on pas plus de déroger aux mots? On finit donc par arrêter qu'à la place de violateurs on substituerait ceux qui ne recevraient pas les livres saints et qui mépriseraient sciemment les traditions. C'est ainsi que de ce confiit des intelligences, quand c'est la vertu qui le règle, il résulte les plus sages délibérations; comme naissent de celui des éléments, lorsque c'est la nature qui le dirige , les plus admirables effets.

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