‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 301 sur 348 · LIVRE DIX-SEPTILME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTILME

sept mois , vit que son attente n'était pas frustrée, mais surpassée par de si importantes définitions et par des reformes telles et en si grand nombre, qu'elles ont surpassé ce qu'avaient fait plusieurs conciles réunis, et par une si grande amélioration dans la religion chrétienne, que peut-êlre il ne s'en est jamais vu d'exemple depuis la publication de l'Evangile.

2. Examinons donc en détail les critiques de Soave. Voici les propres termes : On remarque surtout l'ajournement des deux articles; car il paraît étonnant qu'ayant fait quatre articles de foi par autant d'anathcmes , te concile n'eût pu venir à bout de décider que Vusagc du calice était du ressort du droit ecclésiastique. Plusieurs pensaient même que cet article aurait dû être décidé le premier, puisque, s'il avait été admis, toute discussion était terminée.

Ce n'est pas là ce qu'on appelle raisonner, mais déraisonner par méchanceté. Ouelic sublile conclusion 1 On a pu décider facilement qu'une chose peut être faite sans précepte divin qui y oblige : donc on doit pouvoir décider, avec autant et même plus de célérité, si les lois humaines doivent la permettre ou la défendre I Si ce raisonnement était admis, toutes les délibérations des sénats et des républiques seraient expédilivcs, car ordinairement on est assuré que les matières qui y sont proposées ne sont ni prescrites ni prohibées parla loi divine. Lorsque nous serons arrivés à cet article et que nous examinerons les raisons très-puissantes qu'on alléguait de part et d'autre, il deviendra clair comme le jour qu'il fallait du temps pour décider une pareille question. Mais en vérité cette multitude à qui il semblait que, ce point décidé, toute dispute aurait cessé, devait être une multitude de marchands et de femmes ; car c'est à celte espèce de personnes que les hérétiques adjugent le droit de régler les controverses en matière de religion. Supposons que l'Eglise permît maintenant l'usage du gras pour tous lesjours de l'année, cela feraitil cesser la dispute qui est aujourd'iiui entre elle et les novateurs, pour décider si elle aie droit de défendre cet usage à certains jours, comme elle l'a fait jusqu'ici? D'ailleurs, il ne s'agissait d'accorder l'usage du calice qu'à quelques nations; les autres ne le demandaient ni ne le voulaient: comment donc aurait cessé par rapport à ces dernières la difficulté de sa voir si elles manquaient ou non au précepte divin?

3. Il ajoute : Le troisième chapitre de la doctrine fut très-remarquable dans sa conclusion qu'en recevant seulement le corps de Jésus- Christ, le fidèle n'est privé d'aucune grâce nécessaire, ce qui semble avouer qu'on est privé des grâces non nécessaires. Et à ce sujet on demandait s'il est une autorité humaine qui puisse empêcher la grâce de Dieu surabondante, et non nécessaire : et en supposant qu'il en fui ainsi, si la charité ne s'opposait pas à cette soustration d'un si grand bien.

Ou'cUe est admirable, celle dialectique

dont se sert Soave, non-seulement ici, mais encore dans plusieurs circonstances semblables I On décide que celui qui est privé de la communion sous l'espèce du vin n'est pas pour cela privé d'aucune grâce nécessaire au salut. Mais si quelqu'un ayant vu Pierre il y a un mois, disait : Il y a un mois que Pierre n'était pas mort, s'ensuivrait-il qu'aujourd'hui Pierre est mort? N'est-ce pas là la manière ordinaire de s'exprimer, nonseulement dans les écoles et les tribunaux, mais même dans les conversations ordinaires, que d'affirmer ou de nier une chose sur un des points où l'affirmation et la négation sont incontestables, et de laisser indécis ce qui n'a point de rapport avec celte circonstance ? J'ai vraiment honte d'arrêter le lecteur sur de pareilles minuties, d'autant plus qu'on a su alors et toujours que tel avait été le sentiment des Pères, puisque le plus grand nombre avait été contraire à cette inégalité de grâces ; ce qui a fait que depuis lors, la plupart dos docteurs catholiques (1] ont tenu sans peine ce sentiment, sans croire que les paroles du concile leur fussent en opposition. Et même le cardinal Bellarmin enseigne (L/v. IV, de l'Eucharistie, chapitre 23) comme une opinion probable qu'on peut inférer des paroles du concile que la grâce est pareille dans l'une et l'antre manière de conmmnier , et que ce sentiment est appuyé sur des autorités si fortes qu'on peut sans difficulté la soutenir hardiment en chaire. En voilà plus qu'il ne faut pour prouver l'ineptie des attaques de Soave ; mais je veux en montrer la fausseté sous d'autres faces.

4. Supposons avec Soave que, dans cette session, le concile eût décidé et défini le contraire, de quelle utilité serait cette décision pour son dessein? On doutait, dit-il, si l'Eglise pouvait, sans outre-passer ses pouvoirs ou sans manquer à la charité, faire une loi qui privât quelqu'un d'une grâce surabondante. Tout homme, tant soit peu instruit, voit que ce doute n'est affecté que pour éblouir et induire en erreur les ignorants. L'on pourrait en effet élever le même doute sur la défensf> que fait l'Eglise de communier plusieurs fois dans le même jour ou sans être à joun (excepté pour ceux à qui la maladie ne permet pas de garder jusque là le jeûne naturel), parce que tout cela prive d'une grâce surabondante. L'on fera encore naître le même doute sur la défense faite aux prêtres d'offrir plusieurs fois le jour le saint sacrifice, comme elle le permet le jour de Noël ; la même difficulté paraît encore pour la défense de donner la communion aux malades lorsqu'il y a à craindre des vomissements et celle qui est faite de recevoir la communion lorsqu'il n'y a pas de prêtre de la main de qui on puisse la recevoir, et pour la défense aux laïques de communier le vendredi saint. Et en effet, puisque c'est un sentiment probable et suivi par

(1) Le cardinal Bellarmin, Yasquez, Suarez e< pres<|iio tous les autres,

des théologiens de marque , que l'eucharislie produit un accroissenieni do grâces, nonseulement au moment de sa réception, muis tout le temps que les saintes espèces demeun-nt dans Itstomac, on pourrait aussi, d'après Soave, douter si l'Eglise a outre-passé ses pouvoirs, ou au moins agi contre la chariié eu ordonnant de consacrer et de distribuer la communion sous l'espèce du pain avec des particules si petites et si minces. Tout théologien et même tout homme de bon sens a assez de lumières pour voir que de pareilles lois sur les rites de l'eucharistie n'ont pas immédiatement et seulement rapport à l'augmentation de la grâce dans celui qui reçoit le sacrement, mais encore à la dignité et à la vénération de ce même sacrement. J'ai dit immédiatement, parce que si l'on examine plus attentivement on découvre que la vénération augmente la dévotion dans celui qui communie, et que celte dévotion compense souvent avec avantage la diminution des grâces que le fidèle aurait gagnées par un usage trop familier et sans les rites prescrits par 1 Eglise. Il est naturel de penser que la suppression du calice dans la communion du laïque est une de ces pratiques qui appartiennent à la vénération de la sainte eucharistie C'est ce que a démontré Gerson, chancelier de Paris, et ce que nous aurons bientôt lieu d'examiner. Mais suivons encore Soave dans ses critiques.

5. Voici donc comment il s'exprime: Deux choses surtout donnèrent beaucoup à parler; la première, robligation de croire que l'antiquité ne regardait pas comme nécessaire la communion des enfants, parce que lorsque Von parle de fait historique, cela étant une chose faite et passée, Vautorité n'y peut rien, ne pouvant altérer les choses passées ; mais c'est un fait connu de quiconque a lu saint Augustin, que dans neuf endroits il parle non en passant , mais ex profésso de la nécessité de l'eucharistie pour les enfants ; et dans deux de ces endroits il déclare cette obligation égale d celle du baptême. Il déclare même que l'Eglise romaine l'a ainsi tenue et définie nécessaire au salut des enfants, et il cite en preuve le pape Innocent dont l'épître, qui s'en exprime clairement, subsiste encore; et l'on s'étonne comment le concile s'est sans nécessité jeté dans cette alternative à laquelle il ne peut échapper d'entendre dire que le pape Innocent, ou le concile, a erré.

Avant de passer à la seconde chose que Soave nous prépare je m'arrêterai à cette première qui donne plus justement matière àii parler beaucoup contre son animosué et non pour deux raisons seulement, mais pour une infinité. Je ne l'accuserai pas de mensonge pour avoir dit que ces observations ont été laites par beaucoup de personnes , mais jcraccuscr;.:, preuve en main, de témériié en les prônant comme évidentes et convai niantes,

G.- D'abord, si par hasard Soave a prétendu ( comme ses [>aroles semblent vouloir le donner à croire) que l'Eglise ne peut déîinir cumme article de foi ia vérité on !a fausseté

d'un fait, comme n'étant pas dans l'Ecriture sainte,dont elle est l'interprète, et parce qu'étant une cliose passée elle n'est soumir)e à aucune juridiction , on voit bien alors qu'il est aussi ignorant que mal intentionné sur l'autorité de l'Eglise. Elle ne pourrait (U sic pas déclarer qu'il est de foi qu'une telle chose n'est pas arrivée à tel particulier, i rsque Dieu nous assure dans lEcnlure que telle chose n'arrivera jamais à personne , connue par exemple qu'un saint n'est pas du ciel tombé en enfer? Or Dieu ayant révélé dans les saintes Ecritures que lEgiise est la colonne et le soutien de la vérité, ct-quelle ne se trompe jamais sur la foi , en vertu de cette divine révélation, le concile aurait pu justement définir que l'Eglise, quoique dans les preauers siècles elle ait été dans l'usage de donner la communion aux enfants, n'a pas pourtant été dans l'erreur en changeant cette coutume, parce qu'elle n'a pas cru qu'elle était nécessaire pour leur salut.

7. Mais j'ai dit tout cela plutôt pour prouver riguorance de Soave que pour défendre les paroles du concile; quel que soit le sentiment de qui'lques-uns, il est toujours vrai que le concile ne s'occupa jamais de l'intention et de l'opinion des anciens Pères sur la communion des enfants, mais il dit que comme ces saints Pères eurent des motifs probables pour en agir ainsi de leur temps, l'on doit croire fermement qu'il est hors, de doute qu'ils le firent sans aucune nécessité pour le salut des enfants. Le concile ne parle donc pas de l'mtention et de l'opinion de ceux qui agissaient ainsi, mais il enseigne que cette pratique n'était pas nécessaire pour le salut. Et c'est ainsi que furent entendues ces paroles, surtout par Claude Sainte, évéque d'Evreux, qui étant venu au concile avec les théologiens du roi très- chrétien, peu de mois après la publication des décrets, put très-bien en connaître le sens. Ce prélat dans son ouvrage très-érudit un'ii a inlilulé Jlecherches sur les matières controversées sur l'Eucharistie, ne craint pas de dire qu'il pense ( dans la recherche 6) que cet usage où étaient certains Pères anciens de donner l'eucharistie aux enfants venait du doute ou des scrupules qu ils avaient sur la nécessité de ce sacrement, même pour les enfants, et qu'ils en usaient ainsi pour ne pas exposer le salut de ces âmes : et cette opinion de l'évêque d'Evreux quoiqu'elle ait été attaquée par François Suarez {Disput. 'i, de Eucharist. sect., k.) et même réprouvée pailui , ne l'a pas été comme hérétique ni comme contredisant les paroles du concile sur ce point, mais seulement parce qu'elle est opposée à une autre partie du décret du concile oîi ii est dit que ces saints Pères ont eu des raisons probables de leur conduite selon le temps. Cette raison probable n'est pas reconnue par Claude Sainte, puisqu'il attribue ce fait à l'erreur, il est vrai qu ila laprécaution de ne pas attribuer cette erreur à l Eglise univ rselle, qui parla protection assurée de Dieu ne peut pas errer, mais seulement à ces Pères particuliers qui observaient celle

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