‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 317 sur 348 · Ils ont apprisj disent-ils, à leur grand · texte numérisé non relu

Ils ont apprisj disent-ils, à leur grand

(1) Le père le Coiirayer, quoique irès-favorablc à Soave, n'a pu sVitipêclier de recounaîlre ici le meiiïoiige de Fr» Paolo, que S(»ave a copié. Voici comme il s'explique à la page 287 : i C'csi ici cerlaiiiemeiit

< une erreur de Fia Paolo, puisque dans leséiiiiioiii i du concile les plus anciennes, cnmnie dans les nou- I voiles, son nom se reirouve avec les autres. S'il est « omis dans quelques-unes (ce que j'ignore), Soave f ne devait pas en tirer la conséiiaence qu'il en lire :

< car eidiu l'omission ne peui pas èlrc allribuée à « Lainez, qui était mort avant ([uc ees édiiious eust seul paru, i

regret, qu'on avait injustement et sans raison fait courir des bruits dans les provinces, qui accusaient le jésuite Lainez de s' être introduit dans la congrégation du concile contre la volonté des prélats, et qu'il avait fuit tout son possible pour être placé au-dessus des généraux des ordres monastiques ; Vun et Vautre est absolument faux. Il est entré dans la congrégation générale pour donner son suffrage définitif, non-seulement sans que personne s'// soit opposé, mais bien plutôt désire par les prélats, avec un ordre du pape, et selon le cérémonial usité de tout temps vour les généraux d'ordre. On était indécis sur la place que devait lui donner le maître des cérémonies : serait-ce après les autres généraux, vu que son ordre était plus moderne, ou bien serait-il au-dessus, comme chef d'un ordre de prélr\s ( et les prêtres ont le pus sur les moines) ? Pour lui, il lui suffisait que sa compagnie fût reconnue pour un ordre de prêtres. Du reste sa grande modestie et l'amour de la paix lui faisaient désirer la dernière place, et il l'avait même demandée; mais les légats, qui ne pouvaient se régler en ce point sur aucun concile précédent (1), lui donnèrent une place séparée hors du rang où se mettaiint les généraux ; pour que de celte place il pût dire son avis, après les généraux et sans préjudice des prêtres; ce qu'il avait fait avec une tranquillité et une modatie édifiantes, depuis /e21 août qui fut le jour de son entrée.

7. Toi fut le témoignage public que lui rendirent les légats. Peu de jours après son arrivée, ils écrivirent au cardinal Borromée qu'ils l'avaient jugé digne de la meilleure place et qu'ils avaient voulu la lui donner; mais les généraux des autres ordres s'y étaien! opposés; il leur fut répondu, d'abord par Borromée, qu'à Uome on examinerait la chose pour leur marquer ce qu'ils avaient à faire; mais qu'en attendant, avec leur discrétion accoutumée, ils tinssent les deux partis en repos. Il ajouta que le saint-père était bien sûr que Lainez accepterait le rang et la place qu'on voudrait lui donner, et même il avait appris avec plaisir que les légats lui avaient assigné une place séparée, et tout le monde avait approuvé cet arrangement.

Après tout cela disons que Lainez, comme beaucoup d'autres , quant à la réputation, est redevable à Soave, puisque ses calomnies m'ont fait écrire avec sincérité, et le lecteur ne sera pas fâché d'apprendre plusieurs actions louables de ce saint homme. Ce sont des particularités, ce sont des minuties qui ne méritent pas d'être admises sur le grand théâtre de l'histoire pour illustrer le héros; mais s'il s'agit de le défendre ou de le justifler, elles sont à leur place.

8. Voici donc de quelle manière Lainez traita la question proposée : il la considéra comme une question purement de fait, et qui par conséquent ne pouvait pas être définie par

(1) Celle religion de nrêires, (|ui déjà s'étendait au loin d:ins les pays cliréliens et même cliez les infidèles, pMir l'avanMge spirituel des uns cl des autres, n'avait paru qu'après le dernier concile deLairan,

le raisonnement, mais par l'autorité et les témoignages des Pèros. Après en avoir cité un 'jon nombre, il dit que puisque nous trouvons plus de quarante Pères, grecs et latins, anciens et modernes , dont plusieurs sont presque contemporains de Jésus-Christ , et par conséquent bien informés de l'histoire de sa vie, qui tous affirment qu'il s'est immolé dans la cène, il ne voit pas comment on

par l'autorité de saint Thomas , et plus ouvertement par un passage d'OEcumenius que. le légat Hosius avait cité au chapitre 53 de sa confession de foi.

Foscarari s'approchait de ce sentiment, en ce qu'il observait que le sacrifice eucharistique de pures louanges et actions de grâces était le plus noble par sa nature , comme étant un holocauste rapporté tout en-

i)Ourrait éluder leur téuïoignage. La figure liera l'adoration de Dieu. La moindre goutte

"àe Melchisédech et de son sacrifice n'a pas élè accomplie sur la croix , elle l'a donc été dans la cène. Saint Léon, dans son septième Sermon sur la cène du Seigneur, et d'autres avec lui, expliquent ces paroles '.Faites ceci, en ce sens que Jésus-Christ voulait que ses apôtres fissent ce qu'il avait fait lui-même. Mais si Jésus-Christ, dans la cène, n'a point offert de sacrifice, 1 Eglise, qui sacrifie en consacrant l'eucharistie, ferait ce que Jésus- Christ n'a point fait. 11 passa ensuite aux propriétés du sacrifice ; il l'appela purgatif, c'est-à-dire propitiatoire : premièrement parce

du sang de Jésus-Christ aurait suffi, disait-il, pour racheter le monde entier ; mais la justice divine avait voulu que la mort fût abolie par la mort, comme chante l'Eglise. OEcumenius n'est pas seul de ce sentiment, et je ne craindrais pas de jurer que saint Augustin en est aussi.

André Mocenigo , évêque de Nîmes, dit qu'il était certain que le sacrifice de la cène, comme toutes les autres actions du Sauveur, nous est propice et favorable ; mais Jésus- Christ n'a obtenu pour nous la rémission des péchés que par la croix : c'est là qu'il a

que les paroles de l'Evangile où Jésus-Christ remporté une victoire complète. Avant sa

annonce que son sang serait répandu pour nous, dans le texte grec se traduisent aussi par le présent et signifient qui est répandu pour nous, ce qui n'aurait pas été vrai si l'offrande de la cène n'avait pas éié propitialoire pour le salut des hommes; secondement parce que si les prêtres, comme dit saint

mort , il n'avait fait, pour ainsi dire, que chasser l'ennemi de plusieurs postes importanl»; en sorte que, si, après la cène et avant le moment décisif de sa mort sur la croix , quel<iu'un de ses disciples fût mort , il n'aurait pas trouvé une entrée libre dans le ciel , qui n'était pas encore ouvert. Diego de

Paul aux Hébreux, chap. V, offrent pour les Léon, religieux augustin, évêque de Coïm-

péchés, encore plus Jésus-Christ dans le sa- bre, tenait le même sentiment pour véritable

crifice qu'il a laissé pour modèle aux prê- et certain.

1res inférieurs. Tout cela fut prouvé encore 10. Les prélats de la troisième classe

par plusieurs témoignages des Pères , et en étaient d'avis que l'on mît dans les chapitres

même temps il marqua plusieurs différences de doctrine que Jésus-Christ s'était offert à

entre le sacrifice de la cène et celui de la son Père dans la cène, sans dire de quelle

croix. Il finit son discours par cette considérationtque l'Apôtre attribue en général l'exaltation de Jésus-Christ et la récompense qui lui fut donnée au mérite de son obéissance; or Jésus-Christ a obéi non-seulement par sa mort, mais par toutes ses opérations, et puisque l'exaltation de Jésus-Christ et sa récompense ont été le salut des hommes, il n'y a aucune de ses actions «jui ne nous ail été salutaire, bien que tout soit aUribué à sa passion, comme au dernier acte fait en notre faveur.

9. Passons au second sentiment, ou à la seconde classe parmi Ici prélats. On y voyait les archevêques de Grenade , de Brague, de Lanciano , qui voulaient bien accorder que le Rédempteur, dans la cène, eût offert un sacridce, mais purement eucharistique, c'est-à-dire de louanges et d'actions de grâces, et non pas de purification et de satisfaction. Ils craignaient d'ailleurs que ce sentiment ne dérogeât au sacrifice de la croix ; ils ne convenaient pas non plus que Jésus-Christ, dans la cène, se fût offert luimême.

A ceux-ci se joignit Albert Duinio , évêque de Veglia, qui distinguait en Jésus- Christ deux sortes d'oblations : l'une générale, qui comprenait toutes les œuvres de la vie; l'autre particulière pour la réraission

manière il l'avait fait : car, comme c'est ce qui est en question et qu'il n'y a point de témoignage évident de l'Ecriture pour l'appuyer , il n'est pas à propos de faire aucun canon ou décret là-dessus , à moins que la chose n'ait été examinée et discutée avec soin par les théologiens. Tel était l'avis de DrascoviziusetdeNaclantus, et plusieurs des partisans de la seconde classe se rangèrent de leur côté.

11. 11 y avait encore une quatrième classe, composée de Pères qui voulaient, par des opinions moyennes, accorder les deux partis. Cette classe se divisait en plusieurs autres , vu que chacun disait son sentiment particulier, et n'avait point d'autre adhérent que soi-même. Dans cette classe passèrent encore quelques-uns qui avaient soutenu le second sentiment. D'aller maintenant rechercher et examiner leurs diverses opinions , ce serait s'ennuyer beaucoup et à pure perte.

12. Le résultat fut autre qu'on ne l'avait attendu : car au lieu qu'un grand nombre ne voulait pas d'abord entendre parler de celte offrande du Sauveur, à la dernière cène, de quelque manière qu'on'l'expliquâl, il arriva à la fin de la congrégation le contraire de ce qui a coutume d'arriver dans les disputes les plus subtiles. Comme chacun aime ses

des pécnés, qui n'avait pas elé faite avant la propres idées, la dispute finie, chacun garde croix. II s'appliqua à fortifier sou sentiment ses opinions. Ici, au contraire, presque tous

«e rangèrent à l'afOrmative, mêoie ceux qui l'avaient le plus fortement contredite.

13. On passa ensuite aux. autres articles, et spécialement à celui qui regarde la célébration de la messe en langue vulgaire. Un des évéques dit qu'il ne trouvait pas condamnable l'usjige établi dans la Dalmalie, où «Tprès que lEvatigiie a été lu en latin à la messe, on le fait relire en langue sclavonne pour l'instruction du peuple. Tous, cependant, approuvèrent beaucoup la défense de célébrer la messe en langue vulgaire. Bien plus, l'évêque de Nîmes rapporta que dans son diocèse les hérétiques, qui y sont en grand nombre , après avoir fait beaucoup de dommage aux catholiques, après s'être emparés des biens appartenant aux Eglises, offrirent de les rendre à certaines conditions et en particulier à celle du service divin en langue vulgaire : ce qui leur fut refusé.

On proposa encore transitoirement la question : S'il fallait donner aux décrets la même autorité qu'aux canons du concile.

Foscarari et Blanc, qui n'étaient pas de cet avis , disaient que dans cette matière il y a plusieurs degrés ; c'était assez que ceux qui violeraient ces décrets fussent réputés téméraires , scandaleux , mais non pas hérétiques. Hosius, évêque de Rieli, était de sentiment contraire ; toutefois on n'alla pas plus loin, et la question ne fut examinée ni mûrement, ni en plein conseil.

Blanc avait fait une dernière opposition pour qu'on ne mît pas dans les canons, comme un article de foi, que Jésus-Christ avait ordonné prêtres ses apôtres , en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi. Les synodes, disait-il, déclarent les vérités de la foi ; mais ils ne fixent pas le sens qu'il faut donner aux passages de l'Ecriture ou aux sentences des saints.

Ce furent là les observations principales sur les chapitres et sur les canons. 11 fut convenu que ces derniers seraient accourcis et retouchés avec soin ; en sorte qu'on n'y mettrait que ce qui serait au gré de tous et qu'on ôterait ce qui pouvait déplaire à quelques-uns. Si Ton veut que dans les communautés ou les assemblées les particuliers se conforment à ce qui fut agréé par le plus grand nombre des conseillers , il faut que ceux-ci condescendent aux particuliers, en se relâchant sur les petites choses.

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