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CHAPITRE III

Demande faite par les impériaux à la congrégation générale pour la concession du calice. — Raisons alléguées pour l'obtenir.

1. On n'avait pas encore achevé de parler sur l'offrande du Sauveur dans la dernière cène , lorsque dans la même congrégation on fit naître une autre question, qui, sans être spéculative comme la présente , était encore plus épineuse. Les impériaux faisaient instance pour que l'on s'occupât de la demande faite par Ferdinand pour l'usage du calice; c'est pourquoi les légats ne purent différer plus longtemps cette affaire.

Et quoique le cardinal Borromée leur eût écrit que, pour rendre cette concession plus facile , il serait à propos de la limiter aux seuls Bohémiens , qui depuis longtemps avaient beaucoup d'éloignement pour la communion sous une seule espèce, ils avaient répondu que la demande de l'empereur étant pour tous les Etats de l Empire , il était à craindre que l'on offensât ce prince , en se restreignant à un seul royaume. En effet, dans le même temps, ils lui furent contraires dans une autre demande faite de la part de Sa Majesté impériale par le nonce Delfini : c'était de différer quelque temps les définitions sur le sacrifice, jusqu'à ce que Ferdinand eût employé tous ses soins dans la prochaine diète de Francfort , pour faire aller les protestants au concile. Ils avaient répondu que, pour les raisons si souvent alléguées , ils ne pouvaient surseoir davantaige, sans le déshonneur et le détriment de l'Eglise; qu'on avait choisi la matière interrompue sous le pontificat de Jules III, ce qui était par le fait une continuation tacite, comme l'empereur et le roi d'Espagne en étaient convenus. Cette réponse négative obligeait les prélats à se rendre moins difficiles et plus expéditifs pour la seconde pétition. Ils la proposèrent dans une autre assemblée, tenue le 22 du mois d'août.

2. Le cardinal de Mantoue représenta , avec toute son éloquence, les mérites de l'empereur Ferdinand et ses bonnes dispositions envers l'Eglise. Il était donc plus que convenable de faire droit à une demande, qui était toute pour l'avantage de l'Eglise, et l'Eglise reposait en paix sous la protection de Sa Majesté. Ces derniers mots furent matière de blâme pour certains esprits pointilleux, à qui il sembla qu'on voulait rabaisser la dignité papale , ou que le légat s'était laissé aller à l'amour des parents en faisant l'éloge du beau-père de son neveu , quoique, à dire vrai, cet éloge n'eût rapport qu'à la protection temporelle , puisque la ville de Trente, où résidait le concile, était sous le haut domaine deFerdinand, et que les provinces confinantes lui appartenaient. Ce qui est certain, c'est que le cardinal de Mantoue , tant que dura le concile, n'eut envers les princes des attentions et des ménagements qu'autant qu'il en devait avoir pour le bien de l'Eglise : ainsi les étoiles envisagent le soleil autant qu'il est nécessaire , non pour augmenter leur propre clarté, mais pour réfléchir sur la terre la lumière qu'elles en reçoivent.

3. Les impériaux avaient composé deux écrits pour arriver plus facilement à leur but, l'un fort étendu, l'autre beaucoup plus court; ils demandèrent aux légats que le second, ensemble avec la supplique, fût communiqué aux Pères, pour être lu; ce qu'on leur accorda. Cet écrit contenait que, depuis la première défense du concile de Constance, les Bohémiens avaient retenu opiniâtrement l'usage de l'une et l'autre espèce dans la communion, et que pour cela on les appelait sub ulraque. Ils ne s'étaient rendus ni aux

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histoihh: du concile de trente.

raisons, m aux conseils , ni même à la force pour avoir désobéi à l'Eglise ; et si la grAce des armes ; el il ne s'agissait pas seulement n'était pas accordée, ce beau royaume de la du peuple, mais des nobles, des barons et de Hongrie peut-être retomberait dans le pagaceux à qui, par une ancienne coulume, il nisme.

appartenait d'exercer la magistrature : c'é- 'V. L'écrit fut communiqué aux Pères ; lait pouricela que le concile de Bâle avait con- après quoi le premier légat, dans la congrésentiàle'urrendre l'usage du calice àcertaincs galion générale, proposa ces deux zirticles. Le conditions. Les papes Paul III et Jules III y avaient condescendu dans les permissions qu'ils donnèrentà leurs nonces dansces provinces, quoique des difficultés survenues en eussent empêché l'exécution. L'empereur Ferdinand, voyant que l'archevêque de Prague, après une suspension de cent quarante ans, par la grâce de Dieu avait repris tous les grades de ses antécesseurs, avait supplié le pape d'accorder au dit archevêque la permission d'ordonner prêtres ceux qui communiaient encore sous les deux espèces, et qu'on appf'lait calixlins. Sa Sainteté , ne croyant pas qu'on pût refuser une demande qui pourrait ramener tout un royaume au sein de l'Eglise, avait renvoyé le suppliant au concile; on pouvait connaître d'ailleurs la bonne volonté de cette nation , en ce qu'elle n'avait jamais voulu admettre que des prêtres non mariés et ordonnés par des évêques catholiques. On faisait publiquement chez eux des prières pour la prospérité du pape, du sacré collège, des évêquos et de tous les ordres ecclésiastiques. Eu accordant la demande, on pourrait aisément ramener ce peuple à la vraie croyance, sur quelques articleii moins importants, oii il s'était égaré. Il ne l^t pas s'étonner qu'ils insistassent si fort sur l'usage du calice , puisqu'il y en a parmi les catholiques qui semblent douter que la communion sous une seule espèce puisse produire autant de grâces que les deux

.proposai premier fut :

Si l'usage du calice, demandé par Sa Majesté impériale pour tout l'Empire et pour ses Etats patrimoniaux, devait s'accorder aux conditions suivantes :

Que celui qui voudrait communier sous les deux espèces reçût et professât de cœur el de bouche toute la doctrine et tous les rites de l'Eglise romaine et lous les décrets passés et fulurs du présent concile, pour les observer entièrement ;

Que les pasteurs et les prédicateurs des nations ci-dessus mentionnées croiraient et enseigneraient la coulume approuvée par l'Eglise romaine de communier sous une seule espèce , comme bonne el louable et digne d'être observée , toutes les fois que cette Eglise n'en dispenserait pas ;

Qu'ils professeraient l'obéissance au souverain pontife, comme au chef de l'Eglise ;

Qu'ils rendraient pareillement l'obéissance qu'ils doivent à leurs autres prélats;

Que cette faveur ne s'accorderait qu'à ceux qui seraient contrits et confessés, selon le rit de l'Eglise, et que les ordinaires auraient soin d'éloigner de cette dislribution du calice tout ce qui aurait apparence de sacrilège ou de profanation.

Le second article proposé fut : Si ce pouvoir devait être accordé aux évêques, comme délégués du siège apostolique, lesquels dans leurs diocèses pourraient commettre ce même pouvoir aux curés avec les conditions ci-dessus exprimées.

5. Avant que les Pères donnassent leurs avis dans les congrégations suivantes, les ambassadeurs furent informés que quelquesuns alléguaient que la demande proposée avait trop d'étendue; et que, comme elle regardait tous les Etats de l'Empire, il faudrait y comprendre Sienne et plusieurs autres villes d'Italie, outre différents endroits de l'istrie , de la Dalmalie et même la ville de Trente; c'est pourquoi on la restreignit à l'Allemagne et la Hongrie seulement. La veille du jour où l'on devait recueillir les voix des Pères , l'évêquedes cinq Eglises fit auxPèresun discours oii il amplifia les raisons que nous avons .sommairement rapportées^ Il dit qu'il n'y avait pas à craindre que l'empereur, déjà avancé en âge, à la veille de paraître au tribunal du souverain juge, voulût demander des choses qui ne tourneraient pas à la plus grande gloire de Dieu; on ne pouvait enc'ore les deux évêques procureurs de tous pas davantage s'imaginer qu'un prince d'un les prélats de la Hongrie; ils représentaient jugement aussi solide, avec une si longue que dans ce royaume on faisait violence aux expérience du gouvernement, pût ignorer ce prêtres , pour qu'ils donnassent les deux qui était utile et profitable à ses vassaux espèces ; en sorte que parmi les prêtres ceux dans l'ordre dn saKut. Le prince ne demanqui craignaient ces violences abandonnaient dait que ce qu'on pouvait lui accorder sans le ministère. Ceux qui donnaient les dfiux blesser l'honneur de l'Eglise, pour laquelle, espèces étaient chassés par leurs évêques, s'il le fallait, il donnerait sa vie; mais dans les

espèces réunies; il fallait donc prendre garde qu'une sévérité excessive ne les poussât à la secte des luthériens. Au reste, cette demande n'était pas une fantaisie de quelques hommes déréglés et libertins , mais le vœu d'une infinité d'hommes pieux et sages répandus en Hongrie, dans l'Autriche, la Silésie, la Styrie, la Carinlhie, la Carniole, la Bavière et autres pays d'Allemagne. On ajoutait que Paul III avait accordé à tous les évêques de la Germanie de donner la communion sous les deux espèces à ceux qui la demanderaient par un motif de piété, bien que ceci encore par divers obstacles n'ait jamais été mis en pratique; on ne demandait pas cette faveur pour des hérétiques, qui ne reconnaissent pas l'autorité du concile, mais pour des catholiques, enfants obéissants delà sainte Eglise. 11 y avait lieu d'espérer que cette concession ramènerait même des hérétiques, et plusieurs avaient manifesté cette disposition. A cette supplique souscrivaient

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matières arbitraires , sur lesquelles Dieu n'a rien , prescrit , l'Eglise modifie ses lois, selon que les circonstances l'exigent. Le concile fit sur ce sujet la première prohibition. Celui de Bâle en modéra la vigueur ; mais Pie II la remit dans toute sa force; les papes Paul III et Jules MI permirent d'en accorder la dispense. En attendant, on avait accordé aux Grecs, non-seulement l'usage du calice, mais encore d'autres cérémonies différentes de celles de l'Eglise latine ; et cela pour des raisons de prudence, à l'exemple de Moïse, qui permit beaucoup de choses aux Juifs , à cause de la dureté dejleur cœur. La seule raison que l'on pouvait opposer, c'était le danger de verser le précieux sang de Jésus- Christ: c'était aux pasteurs d'empêcher par leur vigilance un si grand malheur. Mais après tout, puisque Jésus-Christ avait voulu lui-même répandre tout son sang pour le salut des âmes , il pardonnerait facilement quelque effusion involontaire , qui pouvait arriver dans le sacrifice , si ce sacrifice procurait le salut d'une infinité d âmes rachetées par ce même sang. Tel fut le discours de i'évêque des cinq Eglises, en faveur de tout ce peuple qui voulait qu'on accordât leur demande. C'est ainsi que des malades frénétiques veulent à toute force qu'un médecin charitable et discret accommode à leur goût le remède qui doit les guérir.

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