CHAPITRE IV
Grande variété de sentiments dans la congrégation générale sur l'usage du calice.
1. On aurait dit que dans une matière où l'intérêt et la passion ne peuvent jeter sur les objets de fausses couleurs qui obscurcissent les plus lumineuses intelligences, où il ne s'agit pas des subtilités scolastiqucs, mais d'une pure grâce demandée par tant d'Etats et de princes, il y aurait sans doute uniformité de sentiments. Le contraire arriva, et dans aucune congrégation les opinions n'avaient été aussi disparates qu'elles le furent dans celle-ci.
Je pense que le lecteur aimera mieux en connaître le détail par ses propres yeux que de le croire, en général, sur mon rapport; d'autant plus qu'il comprendra les motifs qu'avait chacun des opinants pour s'attacher à tel ou tel sentiment. On a quelquefois plus de plaisir à goûter plusieurs fruits cueillis sur différents arbres, et juger par là de la diversités des plantes et de la terre , que de les voir mêlés, dans le même panier, sur nue table. Je me garderai bien cependant de réciter trop exactement des minuties à des lecteurs occupés, qui n'ont jamais assez de temps pour considérer des objets qui se présentent en foule.
2. Le cardinal Madrucci entreprit de prouver que le concile pouvait et devait accorder !a demande, pour ne pas faire dire à l'empereur : Que pouvais-je faire davantage pour 7na vigne que ce que j'ai fait ? Si le concile di' Bâle a permis l'usage du calice, pour faire revenir à la foi les Bohémiens , que ne
i^KC. UB Tre>te. II.
doit pas faire celui de Trente, non-seulement pour rappeler les hérétiques, mais pour retenir les catholiques dans la bonne croyance l.
3. Ce ne fut pas le sentiment d'Elie, patriarche de Jérusalem. Après un éloge pompeux de Ferdinand et dos services qu'il avait rendus à l'Eglise, il se déclara pour la négative; c'est une politique que suivent tous ceux qui veulent dire non, surtout lorsqu'ils s'opposent à la demande des puissants, soit qu'ils comprennent que rien n'adoucit plus l'amertume des contrariétés que le miel de la louange, soit qu'ils veuillent ainsi faire croire que c'est à regret qu'ils ont fait une opposition à laquelle la force seule des raisons le» a portés. Il dit donc que les motifs qui avaient déterminé les Pères de Constance subsistaient encore. Les concessions faites par le concile de Bâle et par le pape Paul III ne furent d'aucune utilité. Georges, roi de Bohême, pour obtenir cette dispense, envoya à Pie II une ambassade composée de sujets qui étaient tous dans les bonnes grâces du pape. Le pape avait été dans le pays avant sou exaltation : en lui exposant l'éïat et les besoins de la Bohême, on ne lui apprenait rien de nouveau ; cependant l'ambassade ne put rien obtenir. Le refus ne venait ni de l'ignorance des faits, ni de la mauvaise volonté ; ce ne fut donc qu'un trait de prudence de la part du pape. Elio conclut donc que pour accorder la grâce il fallait des preuves plus certaines de la dévotion, de l'humilité et de la foi de ces peuples.
k. Daniel Barbaro, nommé patriarche d'Aquilée, fut du même sentiment qu'Elio. Il dit, comme lui, que les intentions de l'empereur étaient bonnes, sans doute, mais que peutêtre on ne pouvait pas en dire autant de ceux qui lui faisaient faire cette démarche; il rapporta comment Pierre de Dresde, natif de la Misnie, avait commencé, vers l'an H14, à enseigner, entre autres erreurs, que la communion sous les deux espèces est absolument nécessaire au salut ; il avait joint cette hérésie à celles de Viclef. Jean Hus et Jérôme de Prague avaient suivi et prêché celte doctrine ; et Jacobel, compatriote de Pierre de Dresde et son associé, avait écrit un livre sur cette matière. Ce dogme faux n'avait pas introduit en Bohême l'hérésie, qui s'y Irouvait déjà; il ne servit qu'à l'accroître et à la confirmer. Si donc on accordait aux Bohémiens ce qu'ils demandaient, il était à craindre qu'ils n'en prissent occasion de se confirmer dans leurs sentiments, et qu'ils ne raisonnassent sur les paroles de Jésus-Christ comme ils avaient raisonné d'autres fois, après une pareille concession: ils en avaient conclu qu'il n'y avait sous l'espèce du pain que le corps, et sous l'espèce du vin que le sang ; outre qu'on ne connaissait pas les dispositions de ceux qui demandaient, on ne savait pas de qui i s voulaient l'obtenir. Etait-ce du concile? Personne n'y avait paru pour exposer leur demande. Etait-ce de l'empereur? qui se ch;irgerait de la leur obtenir? quelle marque donnaient-ils de leur humilité et de leur sounaission à l'Eglise? Si les Pères avaieitl pour
[Quarante.)
eux cette complaisance, bientôt les autres nations demanderaient la même faveur, qu'elles croiraient mériter autant que les Bohémiens. Elles se croiraient d'autant plus dig'^es du bienfait spirituel qu'elles auraient été plus soumises, plus obéissantes envers l'Eglise. Le mal ne s'arrêterait pas là; si l'on lionnait une fois cet exemple de condescendance sur une loi purement ecclésiastique, pour contenter les princes et tenir en repos les peuples, bientôt on verrait reparaître la question du mariage des prêtres demandée avec instance. On mettrait en avant que sans cela les prêtres ne peuvent fréquenter les maisons cies laïques sans réveiller la jalousie, et sans perdre beaucoup eux-mêmes de la confiance qu'exige leur ministère; on mettrait en avant l'inclination du peuple à l'idolâtrie pour ôler des églises les images des saints: ainsi, pour calmer les flots d'une rivière, on soulèverait tout l'Océan, et l'on troublerait l'Eglise universelle; au reste la grâce obtenue par l'empereur ne serait rien moins qu'avantageuse à lui-même. Si avant celte concession, qui ne leur était pas due, et qui ne provenait pas de la puissance temporelle du prince, les Bohémiens ne se déterminaient qu'avec peine à lui donner des subsides contre les Turcs , après celte espèce de conquête de la grâce obtenue, ils auraient connu leur force, et ils apprendraient, par
aurait pas eu d'autre matière à traiter, lo pape aurait dû assembler un concile, afin qu'une question si grave, et qui intéressait toute l'Eglise, fût décidée par les suffrages réunis des plus excellents hommes que l'Eglise possède. Que pour lui, il n'avait pu encore se déterminer, et il voulait du temps pour y réfléchir; ce qui l'arrêlait ce n'était pas le danger de l'efl'usion du calice, puisqu'il était prouvé que celte elTusion arrive très-rarement, lorsiju'on fait prendre le vin pour l'ablution aux communies; et, sans doute, on prendrait encore plus de précaution pour ne pas répandre le sang de Jésus- Christ. Ce n'était pas non plus le grand uo,!!bre de ceux pour qui on demandait la grâce ; car si cette grâce devait opérer le retour des héréliques, il n'y avait pas à balancer, puisque il ne s'agissait au fond que d'une variation dans le rit, que l'Eglise peut sagem; ni changer, lorsqu'il en résulte l'avantage spirituel des fidèles. Une seule chose le tenait en suspens : c'était la crainte qu'après cette grâce accordée on n'en demandât d'autres plus excessives; il aurait donc souhaité qu'on examinât un peu mieux si celte condescendance était opportune. Pour cela il fallait mettre en œuvre tant les moyens spirituels, prières, jeûnes, aumônes, pour obtenir les lumières divines, que les secours humains, en prenant les conseils des évoques d'Allemagne qui , n'ayant pu assister au concile, pourraient se
leurvictoire, à donner la loi à Ferdinand luimême, tant au spirituel qu'au temporel ; car réunir avec leurs métropolitains , examiner la contumace des peuples est comme une soif l'affaire et faire part au concile de ce qu'ils d'hydropisie, qui ne s'éteint que par la pri- auraient jugé selon leur conscience. Au cas vation du boire. Il ajouta pour sa conclusion que le concile se décidât pour la concession, qu'il avait entendu dire que la demande du on pourrait toujours la restreindre à la seule calice était pour toute l'Allemagne ; et dans Bohême.
son patriarcat , qui s'étendait au loin en Allemagne, il y avait beaucoup de pays qui ne voulaient pas cet usage du calice. Dans une terre, entre autres, fort peuplée il y eut un soulèvement des paroissiens contre leur curé, qui voulait, malgré eux , leur donner la communion sous les deux espèces.
5. Aux deux patriarches de Jérusalem et d'Aquiléc se joignit celui de Venise, Jérôme Trivigiani. L'archevêque d'Otranle était davis qu'on accordât la demande; mais il y mettait trois restrictions : la première, de limiter cette concession à ceux qui communieraient dans la célébration de la messe, pour qu'on ne fût jamais au cas de garder l'espèce du vin consacrée; la seconde, que cela ne serait que pour les jours où personne ne communierait sous une seule espèce , c'était pour éviter la diversité qui produit souvent la désunion ; la troisième restriction ou condition était que le privilège ne serait accordé qu'avec le concours et l'approbation du pape, comme souverain recteur de l'Eglise, et qu'on suppose toujours mieux informé.
6. Tout au contraire, l'archevêque de Grenade n'était pas d'avis que l'affaire fût remise au pape, comme celui d'Otrante l'avait proposé, et d'autres le voulaient aussi. Pour
lui, il était si loin d'approuver cet expédient eusuvciies; uu resie i ngiise avait eie p( que, pour ce seul objet, quand même il n'y à retrancher le calice par la crainte que le
7. Jean-Baptiste Castaneo ramassa tous ses arguments pour s'opposer à la concession; il dit que l'Eglise avait eu plus d'une raison pour interdire l'usage du calice aux simples laïques, et ces raisons étaient soutenues par une autre extrêmement forte, savoir, que dans tous les gouvernements, et surtout dans celui de l'Eglise, il est important de ne faire aux lois aucun changesnent; que s'il faut éviter le changement dans les lois , pour ne pas les rendre méprisables aux peuples, encore moins faudra-t-il changer le rit de l'eucharistie dans un temps où il s'était élevé contre l'auguste sacrement tant de nouvelles hérésies, auxquelles les chanj^ements tolérés par l'Eglise donneraient une apparence de vérité. Cette nouvelle raison, si forte par elle-même, ne doit pas faire oublier les anciennes. On se souvient que Neslorius,oulreses erreurs sur l'incarnalion, allaquait encore reucharislie : ii ni.iit que Jésus-Christ fût tout entier sous chacune des deux espèces; il voulait que le corps séparé du sang se trouvât sous l'espèce du pain, et le sang séparé du corps sous l'espèce du vin ; c'est de là que vint le rit de la communion sous une seule espèce. Cette obstination à les vouloir toutes deux tendrait à ressusciter les erreurs de Nestorius depuis longtemps ensevelies; au reste l'Eglise avait été por(03
vin consacré ne se répandît , ou ne s'aigrît jusqu'à causer des nausées à ceux qui le boiraient, ou à produire même d'autres effets contraires à la dignité de ce vénérable sacrement. Et comment pourrait-on l'éviter, puisque le nombre des fidèles commis à un seul curé n'est pas modique comme dans les premiers siècles; on pouvait alors , sans inconvénient, donner la communion avec le calice. Mais aujourd'hui il y a des pays où un seul curé compte, dans sa paroisse, plus de cent mille personnes [par exemple dans le diocèse de Paris . comme l'évéque le lui avait assuré) : que de burettes il aurait fallu 1 un tonneau n'aurait pas suffi pour communier tant de monde. Laconcession que l'on demandait servirait moins à guérir qu'à augmenter la faiblesse de leur foi : s'ils avaient eu une véri-
ces, de l'état et des besoins de tel ou tel peuple, selon les temps et les circonstances, donnera ou révoquera les privilèges particuliers sans en faire une loi perpétuelle et commune.
8. L'archevêque de Prague distingua quatre sortes de personnes : les vrais catholiques ; les hérétiques manifestes et déclarés , qui ne demandaient, ni les uns, ni les autres, le calice; les catholiques feints et dissimulés, qui parla croyaient se concilier la faveur de l'empereur et des autres princes, et à ceux-ci il fallait refuser ; les catholiques faibles et chancelants dans la foi, qui demandaient le calice par ignorance, le croyant nécessaire, et à ceux-ci encore il fallait refuser, parce que leur demande était plutôt un manque de foi qu'une véritable dévotion ;
table croyance que Jésus-Christ tout entier car la plupart d'entre eux croyaient aller au
et toute l'essence du sacrement se trouve dans chacune des deux espèces, ils n'auraient pas été si entêtés à vouloir l'une et l'autre. Cela lui rappelait, dit-il, le fait que quelquesuns attribuent à saint Léon, qui , i)0ur arrê-
supplice, lorsque l'Eglise les obligeait à la confession ou à la communion annuelle. La qualité des suppliants n'était connue ni au pape, ni au concile; il fallait donc envoyer chez eux, de la part du pape et du concile,
ter les progrès que faisait l'hérésie des ma- au moins dix personnes choisies, qui feraient nichéens, avait ordonné que tous les com- ce qu'ils croiraient plus convenable et plus muniants prissent aussi l'espèce du vin , pour utile au salut de ces peuples.
faire comprendre aux plus ignorants que Jésus-Christ avait un corps véritable et non un corps fantastique et privé de sang. Il ne garantissait pas cette histoire, parce que le quatrième sermon sur le carême, qu'on cite pour la prouver, si l'on veut le lire attentivement, ne donne pas cette signification; mais,
Bolanus, évêque de Brescia , se joignit à l'archevêque sur ce dernier point; mais il était d'avis qu'on suppliât le pape de faire lui-même le choix et la mission de ces dix commissaires.
9. L'archevêque de Lanciano fut d'un avis tout contraire : il dit qu'il fallait s'accom^
quoi qu'il en soit de l'aulhenlicitc du texte nioder à la faiblesse de ces nations, et ne pas et de la vérité du fait, l'exemple s'applique user avec elles d'un régime qui, au lieu de très-bien au sujet : car comme, en ce temps, guérir leur faiblesse et leur maladie, les cou- Luther avait enseigné que tout le sacrement duirait à la mort. Moïse en fit de même, lorsque Jésus-Christ avait institué n'était pas qu'il permit aux Juifs le divorce. Saint Grécontenu sous une seule espèce, il n'y avait goirc est du même sentiment dans son Epître pas de moyen plus efficace pour enseigner à l'évéque de Mayence
aux idiots la vérité contraire que de la leur faire pratiquer en communiant. Pierre de DresdeetJacobelli, pour aliéner les peuples de l'Eglise romaine, n'avaient pas employé d'autre moyen que celui-là, c'est-à-dire d'accuser d'impiété l'Eglise romaine qui, par une violation manifeste de l'Evangile, ne donnait aux fidèles que la moitié du sacrement que Jésus-Christ leur a laissé. Tout l'avantage qu'on tirerait des conditions opposées au privilège ne compenserait jamais le dom-
Octavien Precone, de l'ordre des franciscains, archevêque de Palerme, confirma ce sentiment en faisant remarquer que tous les maux présents de la religion étaient venus de la dureté avec laquelle on avait rebuté les désirs ardents de certaines âmes faibles dans la piété, mais capables d'un vif ressentiment.-Luther , à qui l'on ne voulut pas commettre l'office de publier les indulgences, pour venger cot affront, bouleversa toute l'Eglise. Le duc de Saxe, à qui l'on ne vou-
ma'^e qui s'ensuivrait de cette loi du concile, lut pas accorder certaine dispense, se mit du
Il y a une grande différence entre une loi et côté de Luther , et le protégea fortement,
une grâce particulièreaccordéepar le prince: L'exemple du roi d'Angleterre est trop connu
si la grâce est conditionnelle, les conditions pour qu'on ait besoin de le rappeler,
venant à manquer, la grâce est nulle ; mais 10. Nos lecteurs doivent se rappeler ici de
ime loi est perpétuelle de sa nature et parle l'avis que je leur ai donné précédemment, et
toujours. Les conditions opposées peuvent bien être négligées et aller en désuétude ; mais l'ordonnance du concile est une loi qui doit toujours durer, elle est comme affichée aux colonnes de lEglise universelle, exposée aux yeux de la postérité. Au reste ce n'est pas l'usage des conciles de faire des ordonnances particulières pour quelque peuple, mais générales pour toutes les nations. Il vaut donc mieux renvoyer l'affaire au pape, qui, après s'être in^nuié , par ses non-
ne pas me compter pour une faute si en r;icontant les discours des opinants dans les congrégations, j'expose quelquefois des raisons moins valables, et appuyées sur d.'s foiulements moins solides , soit pour le fond de l'histoire, soit pour la science, qui doit les faire valoir. Cette vérité à laquelle est tenu celui qui raconte, ce n'est pas la conformité des paroles qu'il cite avec leur objet, mais la conformité ue sa narration avec les paroles citées. Je me garderais»bie» pour défvMidre
une vérité, d'en dissimuler une autre , puis- De là , les évêquos des autres nations disaient
que entre deux vérités il ne peut y avoir que ce n'élait pas sans de fortes raisons
répugnance. Il y a eu dans le concile des qu'un concile célébré dans cette province,
orateurs, je veux bien l'avouer, qui sont auquel l'empereur et les princes allemands
tombés dans diverses erreurs, ou sur les avaient pris tant d'intérêt , avait refusé net
faits, ou sur la doctrine, ou sur la manière l'usngo du calice.
de l'exposer : que si chacun d'eux eût été 13. D'autres néanmoins furent d'un avis
exempt d'erreur, il n'aurait pas fallu en différent : Naclanlus,évêque de Chiozza , dit
convoquer plusieurs, pour que les uns éclai- qu'il fallait considérer six choses: 1° ce qu'on
rass3nt les autres , et jamais il n'y aurait eu demandait : et c'était une chose licite et
entre eux de contradiction. Mais poursui- que l'Eglise avait permise pendant quelque
vons. temps; 2" celui qui faisait la demande : et
11. Ce qui étonna beaucoup , ce fut qu'en- c'était l'empereur, un grand prince, un Ire les Alleniands que l'on croyait tous dési- excellent prince; 3° quels étaient ceux en reux d'obtenir la demande, il y en eut qui faveur de (jui l'on demandait: ce n'étaient s'y opposèrent. Entre autres Léonard Hailer, pas des hérétiques contempteurs de l'Eglise, évéquo de Philadelphie et suffraganl de l'é- mais des catholiques qui respectaient sa juvcque d'Eislal : il disait que la concession ridiction : on espérait même que plusieurs , du calice serait dangereuse, mais la rcfu- attirés par celle condescendance , revienserserait bien plus nuisible; que les fonctions draicnt<le leurs erreurs; 4° à qui demandaitdu coniile sont de maintenir les usages légi- on la grâce? à un concile œcuménique réuni tim 'S et reçus partout, et de s'opposera ce sous la dépendance du pape, chef de l'Eglise; qui est nouveau et singulier. Il assembla, 5° dans quelle forme faisait-on la demande? pour le prouver, tant de raisonnements qu'on on y mettait d'excellentes conditions , lesaurait cru que c'était le sentiment de toute quelles venant à manquer, la concession sa nation; et comme il ét.iil connu pour un était nulle; 6° enfin , en quel temps faisaithomme de conscience sincère, son témoi- on la dem îude? et ce n'était que là qu'on gnage contre le vœu de ses compatrioti s pa- trouvait la difficulté, attendu que l'hérésie, rut irrécusable et Ht nne vive impression révoltée contre l'Eglise, étant alors plus audans l'esprit de ses collègues , surtout lors- daeieuse et plus corrompue que jamais, en «[u'on vit qu'il n'ét;iil pas le seul prélat aile- accordant on aurait l'air de céder à des remand qui s'opposât à la concession : car le belles insoN-nts, qui demanderaient ensuite frère Jean Colosvarino, dominicain, évê(|ue avec arrogance de nouvelles concessions et deChonad, lorsqu'il s'ouvrait sur cet article des grâces qu'on ne pourrait accorder; nt;ildans les entreliens familiers, se montrait in- gré cela, disail-il, il se sentait porté à conoertain sur la convenance de la demande, tenter les suppliants par trois motifs : par la Hercule Bettingher, évêque de Lavenmuntz, loi de charité, qui veut que nous fassions lorsque l'on commença à parler de cette tout ce qui dépend de nous pour le salut de affaire, quitta le concile et retourna en Aile- nos frères; par l'autorité de l'empereur, dont magne; on jugea qu'il avait pris ce parti l'habileté et l'expérience ne permettent pas pour ne pas être dans la nécessité de gêner de croire qu'il se soit trompé, et avec la piété la conscience de ses compatriotes, ou la sincère dont il fait profession, on ne saurait sienne propre. craindre qu'il veuille tromper ; il avait pour
12. Les procureurs de quelques évêques dernier motif les exemples du concile de Bâle allemands, qui étaient survenus, n'avaient et du pape Paul III, qui avaient accordé la pas de voix dans les délibérations publiques. grâce dont il était question.
Ce fut une politique des légats, qui môme ik. Ce dernier motif lui fut contesté par
firent des reproches au secrétaire Massarelli, Beroald, évéque de Sainte -Agathe. Il prouva
qui les avait admis à dire leur sentiment au contraire que la concession de Paui J!I fit
dans la congrégation du 20 juillet. Massa- plus de mal que de bien , puisque la déela-
relli ayant voulu se justifier sur un bref de m.ition d'un seul héréti<]ue empêcha tout le
Paul III , qui accordait le droit de suffrage fruit qu'on en attendait. 11 ne fallait donc pas
aux procureurs allemands, les légats sus- prendre pour exemple une démarche qui
pendirent cette permission , et bientôt après avait si mal réussi.
ils demandèrent et obtinrent de Pie IV la ré- Stella opposait encore cette parité : si un vocation spéciale de ce privilège. Trivigiani, infidèle demande le baptême, on ne le baptise évêque de Vérone , les y avait portés en les pas sur-le-champ, mais on éprouve sa confaisant souvenir du préjudice qu'avait causé slance et on l'instruit sur la foi; de même au concile de Bâle la multitude de ces pro- ceux qui ont été jusqu'ici désobéissants encureurs d'évêques. Mais sur cet article on vers l'Eglise doivent être mis à l'épreuve prit dans la suite de nouveaux arrangements, pour quelque temps, afin que l'on puisse comme nous dirons en son lieu plus en dé- s'assurer de leur obéissance et rectifier leur tail. Les procureurs allemands , se voyant entendement, avantquede mettre à leur disdans l'impossibilité de dire publiquement crétion le calice du sang de Jésus-Christ. -^ leurs avis, ne laissaient pas de faire connaî- Martin d'Ajala, évêque de Ségovie, qui tro en particulier et dans les conversations, était pareillement de cet avis, fit souvenir et par là même avec plus de liberté , leur qu'en matière de sacrement on ne saurait y sentiment sur la dispense. Ils ne la croyaient apporter trop de pureté, et qu'il ne faut pas pas utile au bien spirituel de l'Allemagne. les administrer avec des conditions. On n'/"»-