LIVRE DIX-HIITIEME
met pas à la communion de l'Eglise un concubinaire, jusqu'à ce qu'il ait renvoyé la concubine; ainsi ne doit-on pas admettre à la table du Seigneur ceux qui n'ont pas encore donné des preuves suffisantes d'une véritable conversion.
15. Dans le parti opposé Foscarari répliqua en rappelant un ancien proverbe qui dit : Cest un mal, mais il le faut; que ce fût un mal, il le croyait sur l'autorité de tant d'hommes sages; qu'il fût nécessaire, le témoignage de l'empereur et l'expérience même en était la preuve. Dansles délibérations, ditil, on doit recourir aux sources decetle vertu que les théologiens appellent euthimie (ce fut le nom qu'il lui donna), eulhimie est !a même chose que régularité, proportion. Cette vertu apprend à juger des convenances. Les sources qui dérivent de cette vertu sont le souvenir des choses passées, l'intelligence du présent et la prévoyance de l'avenir.
Sur les choses passées on peut citer plusieurs exemples de l'antiquité. Combien de fois les anciens en faisant dos lois ne les ont laissé durer qu'sulanl que durait le bien qui en résultait. L'ordonnance que firent les apôtres au concile de Jérusalem, et qui défendait de manger les animaux suffoqués a cessé d'être obligatoire, même avant la mort des apôtres. Origène, dans sa dernière homélie sur la Genèse, et saint Jérôme, dans son dialogue d'Atticus et Critobule assurent que dans la primitive Eglise ce dépouillement de tous les biens fut regardé comme une loi par les
compatriotes. Mais cette espérance, nous na l'avons pas aujourd'hui. L'autre point sur lequel étaient d'accord ceux qui tenaient pour le refus de la grâce, c'est qu'ils ne voulaient pas un refus absolu, mais (lisaient à ceux qui la demandaient que cette grâce devait être accordée par un concile œcuménique. Nous savons par des témoignages assurés que c'est ainsi qu'on a parlé de cette affaire au nom du pape dans les diètes d'Augsbourg et de Ralisbonne, et même dans celle où l'on publia l'intérim de Charles V. C'est ainsi encore qu'on en a parlé dans les temps plus anciens, comme nous l'apprenons des auteurs contemporains, dont je ne fais que répéter les paroles. 11 ne paraît donc pas que cette concession soit contraire au sentiment respectable des conciles et des papes. Il nous faut donc passer à la seconde source des conseils, qui est l'intelligence des choses présentes. Celle-ci, les Pères ne peuvent Lavoir que jusqu'à un certain point, et elle se réduit à des faits qui ne se prouvent que par des témoignages. Ceux qui disent que l'étal présent des choses n'est pas favorable à cette concession, n'osent pas l'assurer, tandis que les impériaux donnent pourassurée celte convenance. Ceux-ci, selon les légistes, sont des témoins plus concluants. Le soupçon qu'on pourrait former sur la sincérité de ceux qui demandent la grâce ne mérite pas que l'on s'y arrête. L'exemple de Jésus-Christ qui donna la communion à Juilas nous enseigne qu'il faut préférer la réputation dun scélé-
chrétiens, qui le pratiquaient. Cependant cette rat, qui n'est pas connu pourlel, à l'honneur
coutume s'était perdue du vivant même des apôtres. La même variation eut lieu pour les empêchements du mariage, que l'Eglise a changésoumodifiés plusieurs fois. Mais laissons les exemples des changements qui ont eu lieu sur bien d'autres sujets ; contentonsnous, dit-il, de produire ceux que nous fournissent les histoires relativement à la question présente. Après la prohibition faite par le concile de Constance, le concile de Bâie et Eugène m, et, autant que je puis m'en souvenir, le pape Caiixle jugèrent convenable de déroger à la défense et d'accorder aux Bohémiens l'usage du calice. On me dira: Quel avantage produisit cette concession? Je répondrai par les paroles de l'Apôtre, Multum per omncm modum. L'avantage est grand en toutes les manières; d'abord, depuis le concile deBâle jusqu'au temps du roi Georges, les Bohémiens ont vécu unis à l'Eglise, ce qui leur a épargné des maux infinis. D'ailleurs les anciens qui avaient refusé l'usage du calice convenaient tous sur ces deux points. Le premier était que la défense subsisterait jusqu'à ce qu'on pût obtenir par quelque autre moyen le retour à l'union. Il conste par les écritures du cardinal de Pavie que telle était l'intention de Pie II, de Paul II et de Sixte IV. Ces papes espéraient que sans la concession du calice on pourrait un jour ramener les Bohémiens à 1 Eglise. Leur espérance était fondée sur le petit nombre de ceux qu'on appelait calixlius et qui étaient haïs et persécutés par leurs
du sacrement, dont la pureté ne peut être souillée par l'indignité de ceux qui en approchent. Notre-Seigneur aima mieux souflrir que son sacré corps fût mis dans une bouche sacrilège que de porter atteinte à la rér putation d'un traître dont la trahison était ignorée. Maintenant parle souvenir du passé et par la connaissance du présent on parvient à la connaissance du futur. Nous n'ignorons pas qu'au concile de BâIe on examina la question , et comme les Pères tardaient à donner leur réponse, les suppliants en murmurèrent hautement. Mais si les Bohémiens ont murmuré dans un temps où ils étaient en exécration, qu'arriverait-il dans un temps où ils sont nombreux et bien soutenus ? La grâce refusée par Pie II au roi Georges les fit tomber dans l'apostasie. Ils furent sourds aux raisonnements, et résistèrent même à la force armée. Mais si cela est arrivé dans un temps où ils avaient tout le monde contre eux, il arriverait bien mieux après qu'ils sont renforcés par une puissante confédération. Mais tout le monde crie que si la grâce est accordée, les hérétiques vont triompher. Oui, comme si la matière leur manquait pour invectiver contre l'Eglise. Qui sait £i plutôt ils ne s'attristeraient pas de se voir enlever ce grand nombre de partisans qui se rejoindraient à l'Eglise ? Il n'y a donc pas de quoi nous alarmer pour un triomphe qui serait chanté par iios eimemis, non-seulement avant la victoire, mais encore après la défaite
Timôthée Justiniani, de l'îie de Chio, reli- les tout le venin du nestorianisme ; c'est ce gieux dominicain, évêquc de Calamine , pen- qu'a observ«'î le légat Hosius, dans son dialo
fût répandu une goutte du précieux sang. II y en avait qui communiaient sous la seule espèce du j:rnn ; et parmi ceux-là quelquesuns avec du pain azyme, d'autres avec du pain fermenté : et ces variétés n'avaient jamais amené de discorde. C'était donc sans raison que quelques-uns les regardaient comme des obstacles insurmontables.