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CHAPITRE VII

Plusieurs évéques se plaignent de ce que la réforme est trop superficielle. — L'arrivée prochaine des évéques français fait naître des soupçons. — La demande des ambassu' deurs de France pour différer les décisions du concile est refusée à Trente; à Rome elle est renvoyée aux présidents. — La même demande est faite par les impériaux

1. Les questions proposées sur la réformation, peu considérables en elles-mêmes, paraissaient encore plus petites aux yeux de ceux qui, par l'excès du désir, ou par le manque d'expérience, attendaient de voir bientôt sortir de celte grande assemblée une nouvelle hiérarchie, un nouveau monde : et la réforme parut encore plus amoindrie , quand on en eut retranché les trois chapitres importants dont nous avons parlé. Il ne semblait pas que le concile, après plusieurs mois de résidence et plusieurs sessions, dût mar-

dévotieuses, et que l'une ne nuise pas à l'autre, ce qui arrive lorsque le fracas des instruments absorbe les voix. Enfin, l'on bannit du sacrifice tous les entretiens profanes, promenades, bruits et clameurs, pour que la maison de Dieu soit et puisse être appelée avec vérité une maison de prières.

IB. Pour retrancher toute superstition, on ordonna aux prêtres de ne point célébrer la messe hors des heures convenables; de n'y employer que les cérémonies reçues, et de ne point s'attacher à un certain nombre de messes et de luminaires. On leur enjoignit d'instruire les peuples du fruit du sacrifice, et à cette occasion les exhorter à fréquenter leurs paroisses, au moins les dimanches et les fêtes niajeures. Plusieurs étaient d'avis qu'on abolît ces messes qu'on appelle sèches, et qu'on dit avec certaines prières et cérémonies, sans conservation. Mais Drascovizius, évêque des cinq Eglises, s'y opposa, parce qu'on avait remarqué qu'en certaines occasions, comme

faut. Aussi ces questions, dans l'assemblée, fuient pour plusieurs un sujet de plaisanterie, ou d'indignation, plutôt que la matière d'un examensérieux. Le cardinal Borromée en fut informé par un billet de Visconti, ou même plus ouvertement par les lettres ordinaires des légats. Ceux-ci étaient bien aises que le pape, pour sa propre réputation (car cette jalousie de l'honneur est une passion par laquelle sont toujours dominés ceux qui dominent les autres), piqué d'honneur, envoyât ses ordres au cardinal Simonelta, premier architecte de ce grand édifice, pour qu'il le fit sortir de terre. Il en était temps, s'il ne voulait pas qu'on lui appliquât ce proverbe : Qui donne tard a resté longtemps sans vouloir donner. Les critiques les plus hardis et les plus caustiques étaient les ultramonlaiqs (les différents pays. Ils étaient tous, parleur eloignemenl de Rome, peu informés de ce qui se p.issait dans cette cour, pour laquelle aussi ils s'intéressaient peu. L'évêque de

dans les navigations, ou lorsqu'on manque Paris disait à qui voulait l'entendreque, l'ande prêtres, ou d'ornements nécessaires pour née précédente, on avait fait, dans une asdire la messe selon les formes , celte sorte de . . . . -^ sacrifice, ou plutôt cette représentation du sacrifice, contribue beaucoup à exciter la

piété et la dévotion, non-seulement dans l'esprit des ignorants et du peuple, mais dans le nôtre en général. Nous avons tous besoin de quelque chose sensible, pour nous élever audessus des sens.

19. On ajouta, en terminant le chapitre, qu'outre les facultés ci-dessus exprimées, le concile donnait aux évéques, comme délégués du siège aposlolique, le pouvoir d'établir ce qui serait convenable en cette matière, «l d'y obliger leurs diocésains par les cen-

semblée de France, une reforme bien plus belle et plus importante. Sa critique amère faisait même un rapprochement injurieux des bagatelles dont on s'occupait à Trente, avec les matières graves qu'on avait traitées à Bàle. Ajala dit qu'il lui semblait voir des empiriques, pour une maladie qui veut de» remèdes puissants, ordonner seulement quelques frictions, ou des onctions sur la peau. Le frère Jean Suarez, religieux augustin, évêque de Coïmbre, dit, ainsi que celui de Paris, que la réforme de l'Eglise devait se faire dans le chef et dans les membres. François Blanc, évêque d'Orense, parla dans le

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mcrne sens, lorsqu'il dit que le pape luimême était soumis aux lois du concile, non par la force coaelive, mais par la puissance directive, comme parlent les canonistes. Ce n'est pas que le concile ait aucune autorité sur celui qui en est le chef, mais parce que le chef, selon la loi naturelle, est tenu de se conformer aux membres, en tout ce qui ne répugne pas à sa condition spéciale de chef. Or comme c'est l'ordinaire que, dans une assemblée où plusieurs ont la parole, le nombre même des orateurs inspire une hardiesse merveilleuse à la langue de chacun; les évêques passèrent des affaires du concile aux intérêts de leurs princes temporels, etcensunîrent leur conduite avec beaucoup de liberté. Blanc, reprenant la parole , désapprouva fortement le privilège abusif de la croisade. Le pape avait déjà pensé à le restreindre, comme nous l'avons vu. Mais il aurait souhaité, ou que ce fût avec le consentement du roi calholique, ou que le concile de lui-même s'y déterminât. Drascovizius, qui en d'autres occasions avait parlé contre les élections des évêques, qui n'étaient pas toujours bien faites (et il en avait été repris par les présidents), se rétracta alors, et dit qu'il avait voulu parler des nominations aux èvêchés faites par les princes séculiers, qui plus d'une fois avaient nommé aux Eglisesdes personnes ignorantes et de mauvaise conduite. Ce qui obligeait le papeà récuser la nomination; car plutôlque de donner la mitre àde tels sujets, il aurait mieux fait de la mettre sur le front de quelqu'un de ses palfreniers. 2. Tous ces propos, et plusieurs autres que nous avons rapportés ailleurs, étaient cause que l'arrivée du clergé de France, que le pape avait tant sollicitée, et cjue les légats désiraient avec impatience, était maintenant pour le pape et pour les légats un sujet de crainte. Ils avaient peur que les Français, ensemble avec les Espagnols et les autres ultramontains , fissent (juclque tentative pour obtenir ce qu'il ne convenait pas de leur accorder. Par des lettres venues de France et d'Anvers, le bruit avait couru à Trente que le cardinal de Lorraine, non-seulement s'emploierait de toutes ses forces, pour obtenir la concession du calice, mais (ju'il deMnanderait encore l'abolition des images. Des rapports très-désagréables étaient parvenus au pape sur les desseins de ces prélats et du cardinal qui les amenait. Des prélats en quantité, suivis des plus savants docteurs, venaient se joindre à ceux des différentes nations, pour faire la loi aux Italiens. Cependant le cardinal de Ferrare avait écrit le contraire, et assuré Sa Sainteté que les Français n'avaient en cela d'autre but que de surpasser, ou du moins égaler le nombre des Espagnols. En effet, l'évéquc de Limoges, de retour de son ambassade d'Espagne, avait r.ipporté à Paris qu'une autre troupe d'évêques espagnols se préparait à partir pour Trente; mais que pour lui, il n'en croyait rien, après qu'il y avait eu tant de peine pour y faire venir les autres. Les Français n'avaient Joncplnsà l'égarddcs Espagnols lemotifdola CoNC DE Trente. 11.

rivalitéouledésirdelessurpasseren nombre.

3. Sur le cardinal de Lorraine et ses intentions secrètes, il y avait bien d'autres ombrages. Il fiiisait entendre lui-même qu'il ne voulait pas se charger de la commission; mais celle dissimulation ne servit qu'à faire croire que ses desseins, dont à peine il laissait apercevoir la surface, n'en avaient que plus d'étendue et de profondeur. Car on savait, à n'en point douter, que non-seulement il viendrait à Trente, mais qu'il se flattait d'y être le chef, non-seulement des Français qu'il y amenait, mais encore des Allemands, et même des Espagnols. Il était presque sûr d'y parvenir, après les démarches qu'avait faites M. de Lansac, pour faire nommer cardinal l'archevêque de Grenade, qui ensuite, conjointement avec le cardinal de Lorraine, aurait été envoyé légat au concile. Mais ce qui augmenta le plus les soupçons contre ce cardinal, ce fut une lettre tombée entre les mains du pape, que le cardinal avait écrite de sa propre main au duc de AVurtemberg. La lettre, pleine de politesse, de dévouement et de soumission, avait pour objet de rassurer le duc, en lui faisant savoir que, dans le conseil du roi, ce qu'on avait délibéré sur les prédicanls n'avait pour but que de régler l'état civil et maintenir l'autorité royale. Ace but, on pourrait arriver, moyennapt une assemblée bien composée, d'où sortirait une réforme durable et fructueuse. Le cardinal témoignait le désir qu'il avait d'y concourir dans quelque diète, où l'empereur aurait convoqué les princes d'Allemagne. Du reste il assurait que dans le concile il n'y aurait rien de décidé sur les controverses du dogme jusqu'au printeiups prochain; que lui-même ferait tout son possible pour faire différer cette décision, et que les ambassadeurs français au concile avaitînt sur ce point les mêmes instructions. Tout cela était écrit par le cardinal, c'esl-à-diro par un homme avide de gloire, qui voulait être regardé comme l'auteur de la tranquillité pubiiciue; et ou le vit par ses œuvres. Mais tout cela renforçait encore plus les soupçons qu'on avait formés contre lui. On craignait qu'il n'eût des vues secrètes d'introduire des nouveautés, auxquelles auraient concouru la puissance royale, et cette longue suite de grands seigneurs et de prélats ullramonlains. Les uns et les autres, loin d'apporter aucun secours au concile, venaient lui donner le plus terrible choc. Voilà pourquoi l'arrivée ducardinal était pour le pape et ses ministres un objet d'horreur et d'elTroi ; et les plus effrayés étaient ceux qui avaient le plus de zèle pour la religion. Aussi le cardinal Seripandi, dont le désintéressenicnt était connu, et qui péchait plutôt par trop de zèle, fut lui-môme d'avis qu'il fallait, ou que le concile fût terminé avant l'arrivée des Français (l),ou du moins que le concile fût transféré à un lieu où le pape pût se trouver présent. La majesté de la tiare, tempérée par la douceur de son caractère, gagnerait assurément le cœur de tous les évoques, et le peu

(1) Dans sa IcUrc il iiidi(|iiail :ui eardiiiMl BoirO' jnéc les moyens de liàtor celle coneltision.

[Quarante cl une.}-

HISTOmE DU COiNClLE DE 1 RENTE.

qu'il leur donnerait de sa propre main les rendrait plus contents que l'abondance qu'il aurait laissée à leur discrétion. Pour lui, si le concile devait se prolonger, soit qu'il lût las du minislère, ou qu'il eût des sujets de crainte, il demandait qu'on le remplaçât, puisque les matières dogmatiques, auxquelles seules il se sentait propre, allaient être bientôt terminées.

4. Seripandi, obligé de mettre sous les yeux de la cour de Rome les rumeurs que produisait dans le concile la prochaine arrivée des Français, saisit cette occasion pour faire au cardinal Boriomée l'éloge de celui de Mantoup, qui, deux fois sollicité par M. de Lansac pour la prorogation de la session, l'avait refuséesi franchement, et avec tant de force et de dignité, que Seripandi disait dans sa lettre : J'aurais voulu que tout le sacré collège fût présent à cette réponse. Voici comment la chose se passa.

5. Lansac avait fait savoir aux présidents qu'il avait l'assurance qu'avant la fui d'octobre le cardinal de Lorraine serait au concile avec soixante évoques pour Je moins, accompagnés de quelques docteurs les plus renommés de la Sorbonne; il leur faisait les plus instantes prières, de la part du roi, pour que la définition du dogme fût diiïérée pour ce court espace de temps. Cette prorogation n'empêcherait pas, disait-il, que les opérations du concile ne marchassent avec la même célérité, puisqu'on pouvait tenir prêtes, et comme en réserve, les matières déjà disculées, pour en faire ensuite une plus copieuse définition. Au reste, pour écarter le principal obstacle qui s'opposait à sa demande, il avait dit tout ce qui pouvait faire croire aux présidents que le cardinal cl les évêques qui le suivaient venaient tous dans la disposition de ne faire qu'un avic eux, et

aurait distribués en deux sessions rapprochées l'une de l'autre , de telle manière que les Français n'arrivassent au concile qu'à la fin de l'action ou à la dernière scène.

6. Les légats, (jui avaient déjà fixé la réponse qu'ils voulaient faire à l'ambassadeur, demandèrent comme de coutume un délai, qu'ils employèrent à méditer tous les niotifs qui pouvaient justifier le refus, et lui rendirent de vive voix, par le cardinal de Mantoue, une réponse qui fâcha beaucoup Lansac.

Celui-ci voyant la masse encore contuse des matières préparées pour la session et l'impossibilité de les mettre en ordre, dans le peu de temps qui restait jusqu'au jour où elle devait se tenir, en concluait la nécessité de la prorogation; mais voyant, d'un autre côte, les diligences extraordinaires par lesquelles on voulait suppléer le teinps qui allait expipirer, il commença à soupçonner ( et il ne se trompait pas) que, bien loin de vouloir temporiser et ralentir leur marche pour attendre les Français, comme des troupes auxiliaires, les légats, au contraire, voulaient h s prévenir, comme on prévient un adversaire qui est à craindre. Il lit part de ses soupçons à jM. Delisle, résident à Rome, se plaignant beaucoup des légats, qui, par cette politique, faisaient injure à ces bons évê(iues de France et aux mérites de ce grand cardinal.

7. Cependant les légats à Trente s'aperçurent bien que leur détermination avait causé un déplaisir extrême à M. do Lansac, quoiqu'il n'en montrât rien au dehors. 11 sentait toute l'amertume du refus, et lempressement des légats à prévenir les Français lui paraissait une injure pour son roi et pour sa nation. Il s'était acquitté de son ambassade avec autant de modestie qu'il y avait mis de vigueur et d'autorité; mais il y avait lieu de croire qu'il n'avait parlé si

de s'employer dans le même esprit et avec la modestement que i)our donner plus de force

même affection pour la gloire de Dieu et le bien de l'Eglise. Mais les légats avaient , comme il a été dit, leurs propres sentiments, et des ordres de Sa Sainteîé bien contraires à cette demande. Ainsi les moyens qu'on employait pour les retenir leur servaient plutôt d'éperon, et l'avis qu'on leur donnait que les Français ne tarderaient pas d'arriver, ne les rendait que plus empressés à prévenir cette arrivée; ils y étaient excités par des lettres du cardinal Borromée, dont i!s n'avaient pas besoin sous ce rapport. Ils savaient d'ailleurs qu'à Rome on n'avait pas approuvé le parti qu'ils avaient pris de faire précéder les canons par des chapitres sur la doctrine. On regardait ces chapitres connue un bagage lourd et gênant, qui retardait la marche du concile; il avait même été question d'omettre pour l'avenir ces chapitres doctrinaux : on en fit un règlement qui ne fut pas longtemps observé. (Cependant pour contenter au plutôt l'empereur, on avait extrait du livre qu'il avait envoyé divers articles qui seraient proposés dans la session suivante, où l'on voulait réunir les deux sacrements qu'on n'avait pas encore traités, l'ordre t'ilc mariage; ou tout au plus on les

a ses raisons, pour gagner la bienveillance des légats cl pour obtenir pius sûrement ce qu'il demandait; aiais que lorsqu'il faudrait en venir au fait et que les prières n'obtiendraient rien , l'ambassadeur p;isserait des prières aux protestations et finirait par se retirer avec indignation , au risque d'uu schisme : à cela se joignait la nouvelle qui avait couru, que les impériaux viendraient faire aux légats la même demande. On ajoutait que le cardinal Borromée avait envoyé de Rome la copie d'une lettre écrite par rcnipercur aux légats (quoiqu'ils ne l'eussent pas encore reçue), et par laquelle il les priait trèsinslaînment de relarder cette définition sur les matières dusr.crifice, jusqu'à la conclusion de la dicte qui aurait lieu à Francfort ; l'on pi ésumaitque le motifqui le faisait agir ainsi, c'était,comme nous lavons déjà indiqué, la crainte que cette définition, si on la faisait avant la diète, ne pût choquer les électeurs protestants et les indisposer contre lui , ce qui renverserait son projet, qui était de fiireélire son fils, roi des RoDiains dans celle diète ; et ce qui donnait le plusàpenser, on ajoutjùt dans la copie de cette lettre que tous les princes avaient la même intention que Ferdinand, ce qui doiinait

LIVBr {^iX-HUITIEME.

aenlentlro que l'emporeur était d'accord avec les Français, ot peut-être avec d'autres que l'on ne connaissait pas encore.

8. Les présidents crurent que leur devoir en celte conjoncture était d'expédier en diligence un courrier pour informer de tout le souverain pontife ; mais pour ne pas diminuer d'estime et de faveur auprès du saintpère, s'ils se montraient timides et chanceîanls après des ordres précis et plusieurs fois répétés , ils lui écrivirent en ces termes : qu'ayant de Sa Sainteté un commandement exprès de ne mettre aucun délai, pas mônie pour une heure, à la réquisition de qui que ce fût , c'était bien ce qu'ils étaient disposés de faire, s'il ne leur venait aucune révocation : aussi se pressaient-ils de lui notifier l'incident qui élait survenu, afin que si après celte information il voulait donner de nouveaux ordres, ou modifier les premiers, il en eût le temps. Notez que le pape avait en même lentps reçu une semblable requête de M. Delisle, mais il l'avait refusée pour les mêmes raisons que les légats à Trente avaient eues de refuser celle de M. de Lansac.

9. Le pape, peu de jours auparavant dans le consistoire, avait fait l'éloge du cardinal de Mantoue, à la sagesse de qui, disait-il , il était redevable de la parfaite concorde qui régnait parmi les Pères à Trente. Il s'était môme montré plus favorable que de coutume envers les évêques ; plus d'une fois il leur avait laissé la collation des bénéfices qui avaient vaqué dans les mois dévolus ;m saint- siège. Plusieurs regardaient cela comme une polilique du pape qui avait ses raisons pour répandre ainsi ses bienfaits ; cela n'empêchait pas que ceux qui les recevaient lui en eussent obligalion : puisque enfin nous sommes portes à aimer ceux qui ont des complaisances pour nous.

10. Mais le nouveau courrier des légats, arrivé à Rome , mit le pape dans un grand souci ; après avoir balancé de part et d'autre le mal et le danger, il prit le parti le plus modéré, et fît répondre aux légats que pour lui il ne croyait pas que les Français dussent arriver sitôt. Il avait cependant fait réflexion qu'il vaut mieux excéder en politesse, même envers ceux qui n'en ont guère pour nous, surtout dans les événements qui peuvent avoir des suites si importanles pour le service de Dieu et pour le bien public ; outre cela il voyait que c'était là encore le désir do l'empereur, et par le fait il no paraissait pas qu'il y eût un si grand mal de retarder les définitions sur le sacrifice et de !:>s romeltre à la session prochaine, pour '..uiuelle, ni plus ni moins, on préparait les .".ulres matières , ce qui ne prolongerait pas le concile. Il finissait en remettant le délai an jugement des légats et des Pères du concile, dans le même sens que de Lansac l'avait demandé : pour lui il ne désapprouvait pas cette condescendance.

11. Cette réponse arriva à Trente, le matin du ik septembre , c'est-à-dire trois jours avant celui auquel on avait fixé la session. Le cardinal de Mantoue en fit part aussitôt

à Visconti, et celui-ci employa tout ce qu'il avait d'éloquence pour persuader aux légats qu il ne fallait pas différer la session. Les légats, après s'être longuement consullés entre ceux, se réunirent dans ce sentiment; ils écrivirent au cardinal Borromée qu'après avoir confronté la dernière lettre du pape avec les instructions précédentes qu'il leur avait données, ils avaient vu que l'inlentiou du pape était qu'on ne différât pas de publier le décret sur le sacrifice, hors d'un obstacle fort et pressant; mais que dans une nécessité aussi urgente que celle qui était survenue, le pape ne condamnerait pas le délai. Ils allaient donc agir selon les intentions connues de Sa Sainteté, espérant que les difficultés survenues ne seraient pas insurmontables, cl bien résolus à tenir secrets les derniers ordres qu'ils avaient reçus. Le secret fut en effet gardé par les présid'énts : ce qui prouve que Soave est tout à fait dans l'erreur lorsqu'il avance, non-seulement que si le pape laissa cette affaire à la discrétion des légats, ce fut à la prière de l'ambassadeur résidant à Rome , mais lorsqu'il ajoute que le pape répondit à M. Delisle qu'il laissait la chose à la disposition des Pères du concile ; tout au contraire, parles Actes dePali'ollo il conte qu'à la demande de M. Delisle, le pape répondit négativement; mais comme Soave n'a jamais vu ces Actes, non plus que la correspondp.nce de lettres entre les légats et le cardinjil Borromée , ils lui arrive ce qui arrive aux mariniers qui naviguent sans boiissoie: ils ne savent pas où il vont et prennent souvent un p^ys pour un autre.

12. Les légals donnèrent au pape (par leur lettre au cardinal Borromée) l'espérance de ne pas être retenus par les obstacles, parce qu'en effet, lorsque la réponse du pape leur parvint le 14 septembre, la crainte du tumulte pour la session était bien diminuée, les Français ne faisaient plus de menaces. La lettre qu'oii attribuait à l'empereur pour les légals ne leur avait pas été rendue, et l'évoque des cinq Eglises s'était beaucoup modéré :ceux qui sont réduits aux prières pour obtenir ne s'avisent plus de crier. 11 était plus que jamais ardent à demander le calice, et cherciiait tous les moyens de l'obtenir ; mais après la résistance que lui opposaient les évêques, il avait mis toute sa confiance dans la laveur des présidents; il ne lui convenait plus de les imiter en devenant leur antagoniste , puisque dans une autre affaire il avait besoin de leur protection : un caractère prompt comme le sien, qui ne pouvait souffrir aucun délai, n'était guère propre à une manœuvre secrète, d'où serait venu le retardement de la session. Cette impatience du retardement, dont nous comprendrons bientôt la cause, le porta à livrer l'assaut, sans attendre que l'armée fût complète: car si la position eût été faite après l'arrivée des Français, l'autorité et le nombre de ceux qui la favorisaient en auraient facilité la concession, il dirigea donc tous ses efforts à obtenir une prompte victoire , dau s l'espérance (juo le concile par lui-même accorderait le

HISTOIRE DU CONCILE DE TREiNTE.

calice, au moins pour les Bohémiens : c'avait été précédemment l'intenlion du pape, mais les légats n'avaient pas voulu s'y conformer, parce que c'était trop peu pour contenter les impériaux. Drascovizius, qui dans celle entreprise navait rien négligé pour la faire réussir, fut blâmé par quelques-uns de ce quil n'avait pas eu assez de prudence pour modérer ses prétentions; s'il s'était d'abord restreint à la seule Bohême, la requête ainsi conçue aurait eu en sa faveur ceux des Pères qui l'approuvaient sans exception : et ceuxci, joints à beaucoup d'autres qui la voulaient limitée, auraient fait un corps assez considérable pour entraîner même plusieurs de ceux qui demeuraient encore indécis, si l'on considère surtout que l'exemple du concile de Bâle n'était applicable dans toute sa force qu'aux seuls Bohémiens , et que le

loncossion. Ils ''.] qui avait le

la pJiis grande

à l'espérance probable d'une l'exhortèrent à tenter le pa moins de difficulté, et auquel partie semblait se ranger : c'était de fcmellre l'affaire au pape; le pape pouvait plus franchement condescendre à la demandi^', exprès que le concile n'avait pas, à la vérité, accurdé la dispense, mais ne l'avait pas improuvôe; il la laissait au jugement du pape, et le pape sans cela ne s'en serait pas chargé. Il n'aurait pas voulu qu'on lui reprochât d'avoir dérogé à la loi établie par un concile, sans l'aveu d'un autre concile actuellement assemblé; mais l'avidité passionnée du superflu et de l'excessif emuêche souvent d'acquérir le nécessaire et le suffisant. Drascovizius, après avoir longtemps réfiéchi, demanda qu'au moins cette nouvelle proprosilion que Paleolio avait déjà rédigée selon l'iniention

pape s'était déclaré pour ce parti; les légats des présidents, fut corrigée de telle manière

n'avaient donc plus rien qui les empêchât de le favoriser de tout leur pouvoir; l'exemple des légats aurait gagné encore ceux qui avaient opiné pour renvoyer l'affaire au pape, et qui devaient sans doute se diriger d'après son jugement. Ces motifs paraissaient d'ailleurs suliisanls à l'empereur, que les Bohémiens fatiguaient par les demandes les plus outrées : au surplus voici ce que nous lisons dans la relation de Musotli , qui était entré au service du cardinal de Lorraine après la nu)rt de Seripandi. Il nous apprend que son maître l'avait envoyé à Komc, comme il sera dit par la suite, pour faire savoir au pape que la cause majeure qui faisait désirer à Ferdinand l'usage du calice, c'était d'attirer par ce moyen à la communion son fils aîné, Maximilien, qui depuis deux ans ne s'était pas approché de la sainte table ; d'oii l'on peut conclure (s'il faut ajouter foi à ce récit, que je n'ose pas garantir) que la communion accordée aux Bohémiens, suffisait à remplir l'intention principale de Ferdinand; quelques-uns ont cru que Drascovizius amplifiait exprès ses demandes, pour obtenir plus sûrement, et qu'il faisait dans les négociations politi(iues com.iic on fait dans certains contrats, où pour avoir la valeur do la chosv^ vendue on en demande un prix excessif. Mais d'autres, qui raisonnaient plus finement, observaient au contraire que cette méthode peut être bonne, quand les demandes se font d'un prince à un autre : celui à qui on a déjà fait une demande qu'il n'a pas voulu écouter, après avoir refusé le plus, pour adoucir l'amertume de son refus , se rend plus traitable pour accorder le moins ; mais il n'en est pas ainsi quand la demande est faite à une assemblée. Si les conseillers

que ce ne fût plus une rémission pure et simple, mais qu'en remettant l'aflaire on conseillât ou l'on exhortât le pape à la concession. Les légats, qui par leurs propres iL'mièros et par des avis qu'ils avaient reçus prévoyaient déjà la négative, voulurent bien contenter l'orateur et consentirent à cette altération. Ils voyaient bien que Drascovizius ne connaîtrait pour bon l'expédient qu'il rejetait, que lorsqu'il verrait que le sien n'avait pas réussi. La proposition fut donc refaite en celte forme : Que le concile voyant bien qu'il ne pouvait présentement par luimême terminer cette affaire, la remettait au jugement du souverain pontife ; lequel après les recherches qu'il croirait opportunes ou avec les conditions déjà mentionnées, et d'autres selon sa prudence, accorderait la grâce, la croyant convenable, d'après l'avis, le conseil et l'approbation du concile.

Il est souvent plus nécessaire pour le bien public (|ue telle ou telle personne nous veuille du bien, (jue s'il obtenait lui-même le bien qu'il désire , il est donc honnêie de le satisfaire, même dans les choses qu'on sait devoir être un obstacle à son propre bien.

CHAPITBE VIII.

Dispute sur la concession du calice et son résultat. — Les ambassadeurs se réunissent chez l'archevêque de Prague. — Diversité de sentiments parmi eux. — Signification faite aux légats, avant la dernière congrégation. — Réponse des légats. — Difficultés qui s'élèvent dans la congrégation an sujet de la doctrine.

1. La proposition du calice, rédigée dans une nouvelle forme, fut exposée dans la congrégation du 15 septembre; mais elle trouva

se décident pour un de ces deux extrêmes, sur les mêmes obstacles, etpeut-être, plus qu'elle

les raisons qui ont été apportées, ou pour le refus ou pour la concession, ceux qui sont du sentiment contraire, avec toute leur éloquence, ne les feront pas revenir.

13. Or telle était alors la disposition du concile, et les légats le savaient bien. Ils détournèrent donc Drascovizius, quoique avec beaucoup de peine, (le l'épreuve qu'il voulait faire; mais ils ne purent réduire sa demande

n'en avait trouvés précédemment pour la concession absolue : car les raisons qui avaient dissuadé les Pères de faire cette innovation dans le concile, ne leur permettaient pas de la conseiller au pape; à quoi plusieurs ajoutèrent que c'est une témérité de donnef à son supérieur un conseil qu'il ne demande pas. Ainsi quand on recueillit les suffrages, il y en eut soixante-neuf qui consentirent |

soixante-dix-neuf furont pour la négntive, et quatre furent douteux : plusieurs même de ceux qui approuvaient la concession, y mettaient des conditions si dures qu'ils semblaient plutôt la désapprouver.

2. Drascovizius, abattu parce contretemps inattendu, se réfugia auprès du cardinal de Mantoue : celui-ci, passant lout de suite au dernier bureau, fit écrire à la liâle un autre décret, tout simple, conçu en ces termes : Le concile ayant réservé pour un autre lempx, la définition ainsi que l'examen des deux articles susmentionnés sur Vusage du calice , et voulant poxir le présent pourvoir, dans la meilleure forme, au salut de ceux pour qui la grâce était demandée, se décide à rapporter l'affaire tout entière au jugement du pape ; lequel, selon Véminente sagesse qui le caractérise, fera ce qu il jugera profitable à la république chrétienne, et salutaire à ceux qui demandent Vusage du calice. Ce qui est digne de remarque dans ce décret, c'est que la formule voulant pourvoir dans In meilleure forme, ci ce qui vient après, fût mise exprès pour faire entendre que ces pî^uples s'étant trompés en ce qu'ils n'avaient pas voulu recourir à l'autorité du pape, on ne pouvait mieux corriger l'erreur qu'en les y envoyant.

3. Ce décret fut porté à la congrégation, le matin du 16 septembre , où Drascovizius ne se trouva pas. Le cardinal de Manloue dit en peu de mots, mais très-expressifs, qu'à la veille de tenir la session , les léRals étaient vraiment cbagrins des plaintes que faisait l'évcque des cinq Eglises, de la part de l'empereur, dont l'ambassadeur reprochait que l'autorité avait été, non pas négligée par l'indifférence , mais avilie par des refus de la part du concile, au lieu qu'on aurait dû la respecter et soutenir un prince qui mettait tous ses soins à l'avancement de la religion chrétienne: c'était pour cela que l'évêque ambassadeur n'avait point paru à cette congrégation, et ne voulait pas davantage paraître à la session du jour suivant. Les légats, pour se conformer au temps et à la nécessité présente et pour obtenir la tranquillité universelle, présentaient aux Pères du concile une nouvelle forme de décret, qui remettrait entièrement l'affaire au souverain pontife. Les Pères ne devaient pas douter que Sa Sainteté ne prît en bonne part leur délil)ération : ils devaient donc prendre on considération une affaire si importante, et se souvenir que le concile avait le plus grand intérêt à être en bonne intelligence avec un empereur qui ne cherchait pas sou propre avantage, mais celui de la république (hrélienne.

k. On ne saurait croire combien ces paroles du premier président chagrinèrent les prélats ; ils les regardèrent comme un reproche qu'on leur faisait de ce qui s'était passé, et une menace de restreindre pour l'avenir la liberté du concile. Les archevêques de Rossano et de Zara témoignèrent leur étonnement de ce que l'empereur voulait em-

ployer contre eux la violence et ta crainte. Gaspard Cervantes, Espagnol, archevêque de Messine, se plaignit de la proposition qu'on leur faisait, comme injurieuse au concile. L'évêque de Paris déclara qu'il voulait suivre avant tout les mouvements de sa conscience, qui ne lui permettait pas de consentir au décret. Antoine Augustini, Bzovius et Campège rejetèrent aussi la proposition présentée sous cette forme. Martin , de Cordoue, dominicain, évêque de Tortose , s'expliqua par les termes de l'école et dit que le décret ne lui plaisait pas selon la conscience, et lui plaisait selon les hommes, comme un mélange de volontaire et d'involontaire. Gilles Falcella , évêque de Caurli, dit que si l'on recevait ce décret, il protesterait de sa nullité et quitterait le concile ; bientôt on en vint des plaintes aux murmures contre l'empereur; mais le cardinal Simonetta, pour arrêter le tumulte, représenta prudemment et gracieusement aux Pères que l'empereur se plaignait avec raison de ce que le concile, qui à sa prière s'était réservé ces deux articles , ne daignait pas maintenant y répondre. Il ne s'agissait donc que de dire en paix leurs sentiments, chacun selon ce qu'il croirait plus convenable à la dignité du synode et au bien de l'Eglise.

Ces parolns contentèrent les prélats et semblèrent leur rendre cette liberté dont les assemblées sont toujours jalouses. Le tumulte fut apaisé, et l'on recueillit tranquillement les voix, dont quatre-vingt-dix-huit furent pour approuver le décret, "et trentehuit seulement pour le rejet(;r. Ainsi les diverses apparences d'un seul et même objet dépendent de la direction selon laquelle l'image de cet objet entre dans les yeux de l'esprit ou du corps.

5. 11 ne paraît pas que les impériaux se soient montrés reconnaissants envers les légats qui avaient fait réussir leur projet, car le même jour, presque au sortir de l'assemblée, ils firent avertir les ambassadeurs des princes de se rendre tous au logis de l'archevêque de Prague , le premier des orateurs, pour une affaire, direnl-ils, qui les intéressait tous. Les ambassadeurs de Venise et celui de Florence refusèrent l'invitation : celui-ci pour cause de la contestation qu'il avait eue avec l'ambassadeur suisse, au sujet de la préséance (du moins les légats le crurent ainsi); ceux de Venise, parce qu'ils n'avaient pas des ordres du sénat pour assister à ces sortes d'assemblées. Pour le florentin même on cite une lettre qu'il écrivit au duc de Florence pour lui exposer la véritable cause qui le retint chez lui . c'est que l'assemblée devant se réunir à l'insa des légats , il craignait fort qu'on y traitât quelque mauvaise affaire. Peu de jours auparavant, dans une autre lettre au grand duc, il disait que , autant à son propre jugement qu'à celui de beaucoup de personnes prudentes, il croyait entrevoir dans les ultramontains, sous le manteau d'une salutaire

rétoi'me, une intention secrète de rabaisser l'autorité du siège apostolique, du sacré collège et de la cour de Rome : ce qui lui paraissait contre toute convenance et spécialement contraire à la gloire de lltalie. C'était peut-être une jalousie cachée de cette gloire

sion,etàne changer aucunement les matières qui y seraient traitées , il importait, (lirciilils, aux ambassadeurs d'en avoir quelque connaissance, pour en informer leurs princes en temps opportun. I!s priaient donc les légats de leur dire à quel temps ils avaient

qui portait les uUramontains à cette odieuse fixé la session qui devait suivre, et quelles

entreprise.

6. Cette réunion d'ambassadeurs fut donc composée des ambassadeurs impériaux et français, de celui de Portugal , de Pagnano, secrétaire d'Avalos. L'ambassadeur de Bavière était absent, son prince l'avait rappelé pour quelque temps, et il n'était pas encore revenu. Drascovizius, les excita par un long discours à s'unir entre eux et à presser les légats pour qu'ils s'occupassent de réformes plus sérieuses, et les proposassent : le concile, dit-il, a été jusquict infructueux. Les Pères au lieu de traiter les (jucstionsde pratique, qui sont bien plus nécessaires et plus aisées en même temps, s'en sont débarr.issés pour se mettre aux définitions spéculatives, qui sont superflues pour les catholiques et inutiles pour les protestants. Il faut donc que les ambassadeurs aillent tous ensemble demander aux légats que. dans la session qui va avoir lieu, on mette de côté les discussions sur l'ordre et le mnriage, et qu'on ne s'occupe qu'à purger l'Eglise de tant d'abus déplorables, et de cette corruption de Uîœurs qui la déshonore.

7. Ce discours persuada aisément l'ambassadeur français, qui était déjà disposé à cette démarche hardie. Mais l'ambassadeur de Portugal, celui des Suisses et le secrétaire Pagnano ne le secondèrent pas. Comme ils n'étaient pas aussi passionnés que lui, l'amorce leur manqua, et ils ne purent prendre feu. Ils travaillèrent même à l'éteindre ou à le modérer dans leurs collègues , et ils n'y travaillèrent pas inutilement : car les Français et les impériaux, réflexion faite, crurent qu'il valait mieux aller en plus grand nombre, mais avec plus de modestie, faire des remontrances qui auraient leur effet, que si quelques-uns seulenient, malgré l'impétuosité de leurs prétentions, se voyaient honteusement rebutés. Ils résolurent donc d'aller parler aux légats avec plus de soumission, et d'un ton moins élevé que celui qu'ils avaient d'abord voulu prendre; mais ils ne purent pas venir à bout d'y conduire le secrétaire d'Espagne. La raison qui le retenait, et qu'il avoua dans la suite à Lansac, c'était la crainte que la demande que ses collègues voulaient faire du renvoi des matières dogmatiques à une autre session ne portât préjudice à la protestation de son maître au sujet delà continuation du concile. Car demander ce renvoi, c'était demander que le concile procédât autrement qu'il n'avait été réglé sous Paul III, qui faisait marcher ensemble le dogme et la réformation.

8. Nos ambassadeurs étant donc allés chez les présidents ce même jour avant la dernière congrégation, exposèrent ainsi l'objet de leur visite : Puisque les légats étaient absolument décides à ne point différer la ses-

matières y seraient traitées , quels articles y seraient définis, et de plus quels sujets ils voulaient proposer à l'assemblée des Pères rel;'.tivement à la réforme , pour que les ambassadeurs pussent confronter avec les sujcis les commissions qu'ils avaient de leurs jtrinces. A celte occasion ils parlèrent longuement sur les articles qui d'^vaient occuper la session du lendemain. Ils les appelaient des articles légers et frivoles, qui n'étaient ni dignes d'un pareil concile, ni proportionnés aux besoins de l'Eglise.

9. Les légats comprirent bien que le but principal des orateurs, en exposant leurs demandes, était de savoir dès lors le jour fixé dans l'intention des légats pour la session (jui devait suivre; et s'ils voulaient connaître ce jour, ce n'était pas pour l'annoncer à leurs princes (ce qu'ils auraient aussi bien {)U faire après la session du lendemain) ; mais ils craignaient que les légats dioisis.sent à dessein un jour assez rapproché de la session précédente pour prévenir encore l'arrivée des Français ; auquel cas les ambassadeurs français et les impériaux devaient se tenir prêts à s'y opposer et à prolester contre les sessions précipitées de ces légats empressés : ce serait le moyen d'empêcher le décret qui en allait être fait, sans doute, dans la congrégation, pour être publié <lans la session du lendemain ; mais les légats , vu la masse copieuse et embrouillée des questions qui restaient encore, n'avaient pu mettre dans leur travail cette célérité redoutée par les orateurs. C'est pourquoi d'après la délibération qu'ils avaient eue ensemble ils répondirent que la session serait annoncée pour le 12 novembre. Les Français n'avaient rien à répondre, puisqu'ils avaient donné parole que leurs prélats seraient tous à Trente avant la fin d'octobre. Sur les articles qui seraient définis dans la session du 12 novembre, les légats répondirent en géuéral qu'on s'occuperait de ceux qui restaient encore. Enfin, sur les matières qui seraient le sujet de la réforme, la réponse fut encore plus générale, les légats ayant répondu qu'ils lâcheraient de ne rien omettre de ce qu'ils jugeraient convenable à l'office dont ils étaient chargés.

10. Après celte réponse les ambassadeurs se retirèrent; mais les légats n'eurent pas seulement le tomps de respirer \m peu après l'assaut qu'ils venaient de soutenir. Au même temps que les ambassadeurs sortaient de chez eux, survint l'archevêque de Grenade. Son premier mot fut d'avertir les présidents <|u'il y avait bon nombre de Pères qui s'étaient munis d'une chandelle pour venir à la congrégation ; car ils étaient résolus, si la nuit les y surprenait, de ne pas en sortir jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu la suspens*

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LIVUE DIX-HUITIEME.

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sion du canon qui déclarait l'institution des prêlrcs faite par Jésus-Ciirist dans la dernière cène, et qu'on en eût renvoyé l'examen à l'époque où l'on devait traiter du sacrement de l'ordre. Pour lui il avait, dit-il, refusé ia cliamlelle qu'on lui offrait, mais il en Iroiivet-ait bien une en cas de besoin , quand même il faudrait y passer la nuit. Les légats mirent tout en œuvre pour lui faire entendio raison. Ils firent valoir la doctrine et l'aulorilé de ceux qui soutenaient le senliment contraire au sien, les règles de la prudence qui no lui permettaient pas de combattre lui seul l'opinion générale , ni de s'ériger en censeur de ses confrères, au mépris de tout le concile : une telle rodomontade diminuerait sans doute son crédit cl lui ferait perdre la bienveillance des Pères , ce qui le rendrait incapable d'employer sur d'autres matières ses grands talents au service de l'Eglise : mais tout fut inutile. Il garda ses opinions, et entra avec elles dans l'assemblée générale. Le cardinal Seripandi s'en absenta en ce jour pour une autre raison : il n'avait jamais voulu admettre cette définition que Jé- .sus-Clirisl se fût offert lui-même dans la Cène. C'était, selon lui, la définition d'une chose qui n'était appuyée clairement ni sur l'Ecriture sainte, ni sur les sentiments des saints Pères , ni suffisamment éclaircie , faute d'avoir été bien élmliée et bien examinée dans le concile par la dispute. Au reste, le jour même de la dernière congrégation, il exigea du premier légat une déclaration authentique des sentiments qu'il lui avait fait connaître. Le but qu'il se proposait (comme il paraît par les lettres particulières et secrètes entre lui et le cardinal Amulius) était de se réserver la faculté de manifester au pape les raisons qui lui faisaient contredire cette opinion; car tant qii'elle ne serait pas confirmée par le pape, il lui était libre et permis de penser et d'écrire contre elle. 11 voulut pourtant que tout ceci fût fait en secret , sachant bien qu'il y avait beaucoup de bonnes œuvres qu'il faut cacher à la multitude : le peuple, qui est souvent mauvais juge , pourrait confondre les circonstances et en tirer des conclusions sinistres. Au reste Seripandi donna dans celte occasion (comme on le voit par les lettres qu'il écrivait au cardinal Borromée, et celui de Manloue l'avait inséré dans son attestation) , il donna tant de preuves d'une véritable charité, et d'une parfaite intelligence avec ses oe.nfrères, que la diversité de ses opinions ne fit aucun tort, ni au sentiment de ses collègues, ni à l'estime publique envers celui qui était maître et juge des uns et des autres.

11. Aussitôt qu'on eut expédié dans la congrégation les choses les plus faciles, l'archevêque de Grenade, qui le matin avait demandé permission de parler hors de son rang, fit un long discours pour combattre le canon ci-dessus, comme contraire à saint Denis dan? son traité de la Hiérarchie céleste, à saint Maxime et à saint Chrysostomc (jui rapportent la collation du sacerdoce à, ^^

ces paroles de Jésus-Christ aj)rès sa résurrection : Recevez le Saint-Esprit, etc. Mais les Pères, ennuyés de tous ces discours et de l'opiniâtreté d'un homme qui contrariait le sentime-.it de tous les autres, s'écrièr(!nt tous qu'il fallait s'en tenir à ce qui était décidé. Le légat Hosius crut devoir dire quelque chose on f.jveur d'une opinion qui était la sienne, et qui devenait maintenant le sentiment approuvé et unanime de tout le concile. C'est pourquoi il distingua deux puissances données par Jésus - Christ à ses apôtres. L'une regardait son corps véritable, et l'autre son corps mystique, composé de tous les fidèles. 11 dit que la première puissance, qui est celle de consacrer, leur avait été conférée dans la dernière cène, et qu'il n'y avait aucun Père qui le niât. La seconde, qui est le pou\oir d'absoudre, fut communiquée aux apôtres par le Sauveur, après sa résurrection.

12. Frère Martin de Cordoue, dominicain, évêque de Tortose, prévoyant les objections que Guorrero ne manquerait pas de faire, était venu en disposition de les réfuter par le témoignage des plus grands docteurs , qu'il rapporta en effet, et particulièrement celui de saint Thomas, au k' des Sentences à la dist. 22", et encore dans la III* partie du 1" art. de la quest. 82'. Pierre-Antoine de Capoue, archevêque d'Olranle, et Jean-Antoine Pantusa, évêque de Lettere , en firent de même : mais comme la dispute très-animée était presque changée en débat et en coiifusion , le cardinal de Mantoue leur enjoignitde donner leur avis par ordre, et chacun en son rang. Presque tous furent favorables au canon, et ceux qui s'y opposèrent étaient partagés en deux classes. Les uns , comme l'archevêque de Braga, les évéques de Ségovie , d'Almeria , d'Orense , de Sinigagiia, d'Ossuna, de Léon, de Lérida, de Famagouste et de Saint-Paul, dont nous avons déjà parlé , et Jérôme Savorgnani , évoque de Sebenico en Dalmatie, ne rejclaiont pas le canon, comme contenant une fausseté; mais ils prétendaient qu'il était hors d'œuvre, et qu'il îie convenait pas de le publier. D'autres doutaient qu'il fûl vrai ; et spécialement Guorrero et Foscarari. Ce dernier dit que ce canon lui paraissait contraire au pape Alexandre dans sa première Décrétale, à saint Augustin dans ses Questions sur l'Ancien et le Nouveau Testament, et à saint Thomas dans cette même distinction 22", que l'évéque de Tortose avait citée en faveur du sentiment contraire. Cependant il était déjà une heure de nuit, et les argumentations des deux parties contraires, qui se succédaient sans interruption, se multipliaient, et par là môme se prolongeaint indéfiniment : c'est ce qui arrive toujours dans ces réunions. Le premier légat fut donc obligé, pour en venir à la conclusion, d'ordonner que les défenseurs du canon , qui étaient on très-grand nombre, donnassent leur sulïrago par une simpleaffirmation, tandis qu'il permettait aux contradicteurs, qui étaient bien moins nombreux, *l'exi)osor les

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raisons du refus , pour essayer de gagner ceux du parli opposé. Mais les premiers, échauffés par la dispute, se récrièrent sur cette loi injuste,seloneux,cl qui pouvait nuire à leur cause. Le cardinal Simonetta pour les tranquilliser, avec plus de liberté que de prudence, les exhorta à ne rien craindre en leur citant ces paroles de l'Ecriture : Deus non, mutatur. Dieu ne change pas. Mais

d'Otrante , et Charles Visconli, évéque de Vintimille, fit le sermon latin. Les légats prirent cette occasion pour faire au cardinal Borromée l'éloge de ces deux prélats d'une manière assez distinguée. Du premer ils témoignèrent que dans les congrégations tenues les jours précédents il avait fait preuve d'une science, d'une sagesse el d'une probité réglées par la prudence et relevées

(juand un grand feu est allumé, l'eau qu'on par l'affabilité de son caractère. Du second

y jette, au lieu de l'éteindre, l'enflamme. Celle parole de Simonetta n'éteignit donc pas le feu de la dispute; elle rendit seulement plus vive l'indignation du parli opposé. Car comme c'est l'ordinaire que ceux qui perdent prennent tout en mauvaise part, et que tout leur est suspect, ainsi les opposants au canon, entendant ces paroles, crurent que le légat, connaissant la disposition de ses adversaires, avait voulu encourager et affer-

ils dirent que sa harangue avait élé pleine de douceur et de piété, aussi intéressante par sa composition que par la manière dont elle fut prononcée ; enfin que son discours lui avait acquis la bienveillance générale , plus qu'il ne l'avait auparavant. Par ces derniers mots les légats voulaient, je pense, indiquer la jalousie que quelques-uns avaient conçue envers lui, pour cette confiance particulière dont Sa Sainteté l'hono-

niir les siens en leur promettant la victoire, rait. Il y en avait même plusieurs autres A la fin le parti qui soutenait le canon devint dont l'amitié pour Visconti s'étai.t refroidie si nombreux qu'à peine se trouva-t-il lorsqu'ils avaient appris sa communication trente opposants (1). Le premier légat con- intime avec le pape. Peut-être pensaient-ils dut la séance en exhortant les Pères à être que le moyen le plus efficace pour gagner

les bonnes grâces du prince, c'est de lui rapporter sur chacun de ceux qui l'entourent ce qu'on sait lui déplaire,

2. La publication des décrets ne trouva pas dans les Pères celte uniformité de sentiments que les légats leur avaient demandée. Cela est vrai, mais dussé-je ennuyer mes lecteurs, je ne craindrai pas de répéter encore ce qui est mon grand argument, lorsqu'il me faut combattre Soave. Je dirai donc que ces variétés, ces contrariétés entrent dans les vues profondes de la providence de Dieu,

surtout d'accord et unanimes dans la solennité du lendemain :ils devaient le montrer en se dirigeant tous ensemble où les pousserait le souffle du Saint-Esprit, qui est l'Esprit de vérité ; ils devaient adopter respectueusement le sentiment qui serait général dans leur assemblée, c'est-à-dire dans l'assemblée la plus respectable qu'il pût y avoir sur la terre; ils devaient, pour en maintenir la réputation, ne rien laisser apercevoir au peuple qui eût la moindre apparence de discorde : car la discorde entre les

supérieurs diminue toujours le respect qu'on Cette dissonance inflexible d'opinions, si leur doit, puisqu'elle ne peut se trouver en- odieuse aux prudents, et cependant manifestre des esprits dont aucun ne serait infecté tée au public, Jors même qu'on n'espérait pas d'erreur : ainsi lorsque les juges ne sont pas delà voir finir, celle manifestation dont les unanimes, la sentence qu'ils prononceront auleursétaientdesévéquesplus queles autres à la pluralité des voix ne laissera pas en relation avec la cour de Rome, tout cela d'être légitime et bien fondée ; mais la di- servait à faire connaître que les juges de la versité des sentiments suppose l'erreur foi étaient libres dans le concile, et leurs judans quelques-uns de ceux qui l'ont pro- gemenls à l'abri des soupçons.

On commença donc la lecture des chapitres de la doctrine, qui trouva des oppositions. Les deux articles qui avaient élé si longtemps contestés dans les congrégations le furent encore une fois, savoir, l'institution du sacerdoce dans la dernière cène et l'offrande que Jésus-Christ y fit de lui-même à son Père; au second article deux prélats seuls s'opposèrent, Guerrero archevêque de Grenade, el Duinio évêque de Veglia, Mais au premier article, ils ne furent pas seuls à protester, même par écrit, ce que firent aussi Ajala et Gado, Blanc et Bovio. De ces six évêques les quatre premiers rejetèrent le canon, comme douteux et contraire au sentiment de plusieurs Pères des plus anciens. Les deux derniers, en reconnaissant la vérité du canon, prétendirent qu'il n'avait pas été suffisamment examiné et discuté par les théologiens. Ajala garda aussi son opinion sur le sacrifice de la messe, qui ne pouvait être olîert pour aucune nécessité huniaine différente de la rémission des péchés Où

noncee.

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