‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 33 sur 348 · LIVRE SIXFÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXFÈME

pensèrent qu'on ne (levait pas conûer ce soin généralement aux ordinaires , dont plusieurs n'auraient ni assez de science pour juger , ni assez de courage pour conlraindre. D'un autre côté, on crut qu'il y aurait trop d'inconvénients à obliger les auteurs à envoyer leurs livres à Rome, pour y être examinés par des hommes que le souverain Pontife aurait désignés. Il fut donc question de donner provisoirement cette charge aux inquisiteurs.

Il n'y a pas de champ plus fertile au monde que celui des abus , et nulle part ailleurs on ne fait une aussi abondante moisson que là , quand on prend la peine de les recueillir , à cause du penchant qui nous porte à remarquer les défauts d'autrui , et à nous constituer les censeurs de la société. Aussi les Pères délégués (1) pour cela avaient-ils déjà préparé de concert une longue liste de ces abus , et chacun désirait-il que ceux qu'il avait signalés fussent redressés dans la prochaine session. Mais quand on ne peut tout faire, il arrive souvent qu'on ne fait rien. Il était impossible d'embrasser uijt aussi vaste lâche en aussi peu de temps (2), car on était à la veille du jour désigné pour la session , et il ne convenait pas de la proroger, surtout quand le concile était honoré de la présence de l'ambassadeur de l'empereur, et que le nombre de ses membres s'était augmenté par l'arrivée de beaucoup d'autres évéques espagnols, grecs et italiens. On se contenta donc de pourvoir encore à un seul abus , celui des applications peu respectueuses del'Ecriture. Chaque abus peut se détruire, mais non tous ni le plus grand nombre , et quand on resserre les hommes par la prohibition efûcacc d'un abus, il faut permettre à leur nature corrompue de se dédommager en s'abandonnant plus librement à un autre. La multitude qui ne les considère que un à un, et à qui ils semblent tous réformables, envisagés ainsi l'un après l'autre, tombe dans une erreur : de ce qu'on peut réussir en les attaquant séparément, elle conclut qu'il est possible de les faire disparaîti'e tous , et alors elle les impute généralement à la négligence des gouvernements.

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