‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 34 sur 348 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Dernière congrégation générale ; réception de François de Tolède; quatrième session, et ce qu'on y fait.

1. La veille du jour assigné pour la session, on réunit de nouveau la congrégation (3) générale , afin de mettre la dernière main aux décrets qu'on devait promulguer le lendemain. On décida de plus que le promoteur accuserait de contumace les absents ; car c'était une indignité à quelques-uns qui étaient si rapprochés de Trente qu'on les voyait, pour ainsi dire, des fenêtres de cette ville , d'être demeurés sourds et insensibles à l'ordre du Pontife. Le cardinal de Trente s'opposa fortement à cette accusation ; il sou-

(i| On les proposa dans la congrégalion du 5 avril. (2j Dans la congrégation du 7.

(5) Du même jour.

tint qu'il fallait au moins excepter les Allemands, parce qu'ils avaient une excuse raisonnable dans la diète qu'on tenait pour lors à Ratisbonne, et à laquelleils assistaient pour la défense de la religion et du concile luimême. Mais on lui répliqua qu'il n'était pas question de condamner personne , ni même de nommer quelqu'un; que seulement le promoteur ferait son devoir contre les absents en général, et qu'ensuite le concile n'en viendrait à aucune condamnation qui ne fût trouvée juste après une mûre délibération. L'évêqued'Astorga prétendit que les absents ne pouvaient être accusés de contumace , sans avoir été cités de nouveau , parce que le concile ne s'étant pas ouvert le jour prescrit par la bulle, ils n'étaient plus tenus d'y venir en vertu de cette première citation. Mais l'auditeur Pighini ell'avocat de Grassi répondirent que la première sommation n'obligeait pas seulement à se trouver au commencement , qu'elle obligeait à assister à la tenue tout entière du concile; qu'ainsi quiconque n'y était pas venu le jour de l'ouverture, était encore plus tenu d'y venir après, et que plus il tardait, plus il se rendait coupable: que le retard apporté à l'ouv^erture ne détruisait donc pas l'obligation imposée à tous par la bulle d'assister au concile tant qu'il durerait.

2. Dans cette congrégation, on convint du sens de la réponse à l'ambassadeur François deTolède; il étaitrevenu depuis quelques jours de Padoue, et avait visité de nouveau les légats (1) pour les remercier de la place qu'on lui avait assignée dans les sessions. C'était un banc particulier , au-dessus de tous les prélats, presqu'en face des légats , avec un escabeau où deux personnes (c'est-à-dire lui et son collègue) pouvaient facilement s'agenouiller et s'appuyer : c'était d'abord avec le le cardinal de Trente qu'il s'était entendu là-dessus (2). Il ne manqua pas dans cette visite de renouveler, tant au nom de son maître qu'au sien, les offres les plus magnifiques, et ensuite il se plaignit d'avoir appris que quelques prélats, sujets de l'empereur , étaient quelquefois , dans les congrégations, sortis des bornes d'une sage modération , ajoutant que s'il plaisait aux légats, il désirait assister aux congrégations pour les contenir dans le devoir par sa présence, et montrer à tout le monde que c'était la volonté de l'empereur que les siens fussent les premiers à donner l'exemple du respect envers le Pontife et le Siège apostolique. Les légats lui répondirent, en le remerciant, qu'à la vérité quelquefois les prélats sujets de sa majesté impériale auraient pu se conduire avec plus de circonspection; mais que pour eux, ils n'avaient qu'à se louer de la déférence qu'on avait généralement pour la présidence des légats du souverain Pontife; que néanmoins, si sa seigneurie voulait assister aux assemblées générales , elle leur ferait plaisir.

(4) LeUrc des légats an cardinal Farnèse, du 4 avril

(2) Mémoires de Massarelii.

HISTOIRE Dli COiNCiLE DE TUENTE.

2. II voulut donc paraître publiquement pour la première fois dans les congrégations ; ce fut dans celle du 5 avril. Il attendit dans la chanibredes légats que les Pères, à qui ceuxci avaient exposé la demande qu'il faisait d'une audience , l'eussent fait appeler dans l'assemblée. Il y fut introduit par trois évoques. On V prit lecture de ses lettres de créance et de sa demande, et on lui parla dans les termes les plus honorables. Mais on lui dit que, comme il avait écrit et réfléchi sa demande avant de la présenter, il ne trouverait pas mauvais que les Pères fissent de même pour y répondre. On eut bientôt (1) arrêté cette réponse dans les réunions particulières du 6. On l'introduisit donc de nouveau dans la congrégation du 7, et on lut en sa présence cette réponse qu'on se proposait de lui donner. Les Pères l'approuvèrent, et on décida qu'elle lui serait adressée solennellement le lendemain dans la session. Il fut arrêté aussi dans cette congrégation que la session prochaine se célébrerait le 17 juin, c'est-à-dire le jeudi après les fêtes de la Pentecôte.

4. Le lendemain matin (2) l'ambassadeur sollicita auprès des légats le retrait de l'accusation de contumace contre les absents, parce que l'empereur pourrait s'en offenser. On crutque ce coup venait du cardinal de Trente, et qu'il en avait donné le conseil par la crainte qu'il avait que ses Allemands ne se fissent de la peine de cette accusation. Néanmoins, on désira ne pas se brouiller pour une chose qui , quoique raisonnable, était au fond peu importante. Les légats, avant de partir pour l'Eglise , firent part de la demande qu'on leur faisait au cardinal de Trente lui-même, à Pacheco et ensuite à plusieurs évêques qui s'étaient réunis auprès d'eux pour les accompagner ; et d'après l'avis du plus grand nombre, et surtout des Français, on enjoignit au secrétaire de passer la lecture de ce décret. On vint ensuite à l'église; la messe solennelle fui célébrée par l'archevêque de Sassari, c'est ainsi qu'il se nomme, et non l'archevêque de Torre (3), comme, dit Sarpi. Le général des Servîtes prêcha en latin; ensuite on lut ce qu'on avait déjà dressé de décrets , et ils eurent l'approbation générale, à quelques voix près, puisque tous y donnèrent simplement leur assentiment , sauf le petit nombre d'opposants que voici : l'évêque de Capaccio répondit que le fond des décrets lui plaisait, donnant à entendre par là que le titre ne lui eu plaisait pas. Celui de Fiésole remit, comme à l'ordinaire, son billet sur le titre du concile , et celui de Badajoz, suivi de Pierre Augustin, évêque d'Osca, nouvellement arrivé, ditque les décrets lui plaisaient, pourvu qu'il demeurât loisible au concile de prendre le titre de

(1) Mémoires de Massarelli.

(2)'LeUrc des légats au cardinal Farnèse, du 8 avril i5i6.

(3) Epkcopus TurrUanm signifie maintenant évoque de Sassari, et non de Torre. II y a longtemps nue cette dernière ville a été détruite.

Représentant V Eglise universelle , quand il le voudrait. Celui de Chioggia ne répondit pas il me plaît, mais f obéirai, faisant allusion à ce qu'il avait dit peu de jours auparavant dans la congrégation, quand il n'avait pas voulu de l'égalité de respect qu'on établissait entre les traditions et les Ecritures; Victor Soranzo, alors coadjuteur de Bergamo, dit aussi quelque chose contre cette assimilation.

5. L'omission du décret d'accusation contre les absents, dont la plupart des évêques n'avaient pas été prévenus, excita (1) parmi eux plus de rumeur. Ils en furent irrités et il s'éleva un murmure de mécontentement contre les légats qu'on accusait de déroger à leur gré aux décisions prises par l'assemblée. Le promoteur leur en donna avis. Ils n'auraient pas été fâchés de se voir, à l'occasion de cet incident, pour ainsi dire contraints à la promulgation du décret, sans que les impériaux eussent lieu de leur en savoir mauvais gré; ils informèrent ces derniers de ce qui se passait. Mais l'ambassadeur de Tolède, aussi bien que les cardinaux de cette faction, insistèrent pour qu'on ne lût pas le décret. Alors les légats exposèrent publiquement aux Pères que des personnes de grand savoir et de grande autorité, et particulièrement de Tolède, au nom de l'empereur, leur avait conseillé et demandé, après la congrégation , l'omission de ce décret , et qu'eux y avaient consenti, d'après l'avis de deux autres cardinaux et de beaucoup de Pères. Cette communication mit fin à la susceptibilité et au tumulte; et l'omission fut approuvée des évêques, sauf quelques-uns en petit nombre qui voulaient que l'accusation fût maintenue au moins contre les Italiens. Mais la majorité demeura convaincue que dans une cause qui regardait tout le monde, il ne fallait pas faire de distinction de nations. Enfin , on lut les lettres de créance de l'ambassadeur de l'empereur, et la demande qu'il avait adressée au concile, ainsi que la réponse qu'on y avait faite; et ce soulèvement public pour une cause aussi légère, qu'on considéra d'abord comme fâcheux, parce qu'il indiquait qu'il y avait défaut d'accord parfait dans l'assemblée, est devenu depuis un fait dont nous nous réjouissons, parce qu'il est la preuve de la liberté illimitée qu'on y avait. C'est ce qui était arrivé plusieurs années auparavant dans une élection où il s'agissait de choisir un premier magistrat à une république; on avait donné ouvertement une boule noire au grand citoyen qui était le premier sur les rangs.

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