CHAPITRE X
Des oppositions faites , ou rapportées par Soave, contre la défense de célébrer la messe en langue vulgaire. — Des oraisons qui se disent à voicc basse. — De Vaulorité donnée aux évéques sur les hôpitaux et les autres œuvres pics. — Du pouvoir de commuer les dernières volontés. — Et des dispenses réservées au pape.
1, Les décrets sur le sacrifice de la messe lie fournirent pas matière aux raisonnements. Soave l'a remarqué, et il en explique la cause. Ils étaient, dit-il , écrits d'un style si obscur qu'on ne pouvait deviner le sens de la phrase. Vraiment il y a de quoi s'étonner, que les hérétiques ultramontains , qui semblent se plaire aux livres les plus obscurs et les plus difficiles, qui les citent souvent, qui lès éclaircissent par des commentaires et qui les suivent dans la pratique, n'aient pu entendre ces décrets du concile de Trente qui, chez nous, n'excèdent pas l'intelligence bornée des plus médiocres personnes. Il ajoute que les protestants se permirent seulement quelques observations contre la défense de célébrer en langue vulgaire. Mais ces observations faites en passant, ont été comme une vapeur qui est nmntée au cerveau de Soave, où elle a produit l'effet de la foudre. Car de tous les sujets qui, assez souvent, lui échauffent la bile, aucun ne lui a jamais inspiré une haine aussi enragée contre l'Eglise et les papes, il va jusqu'à dire qu'ils ont mis leciel sous la terre, étrange façon de parler, qui ne prouve pas seulement sa rage, mais l'aveuglement qui l'accompagne presque toujours, lise tue à faire voii que toutes les langues ont été vulgaires pendant certain temps : et par conséquent que la messe a été quelquefois dite en langue vulgaire. Et qui est-ce qui le nie ? Ce n'est pas le concile , dont le décret ne défend pas celte célébration coanne mauvaise par elle-même. Le dernier canon déclare excommunié celui qui oserait soutenir que la viesse ne doit être dite quen langue vulgaire. Pareille affirmation est une faussolé sacrilège, on ne saurait en douter si l'on fait réflexion cà l'ancienneté du rit selon lequel on célèbre la messe en grec, ou en latin, quoique depuis tant de siècles ces deux langues ne soient plus vulgaires. Mais venons à ce qui fait le sujet de l'accusalion. Dans le chapitre huitième il est dit -.Les Pères du concile n'ont pas jugé opportun que la messe fut célébrée communément en langue vulgaire. Aucun esprit sage et sincère jamais ne niera que celle prohibition ne soit convenable, vu la mulliplicité du langage dans le monde et les variations fréquentes et inévitables des langues vivantes ; ce qui provient de trois causes principalement.
2. La première c'est que bien souvent il est impossible d'exprimer parfaitement dans un langage ce qui est signifié par l'autre; en sorte que s'il fallait en diverses régions , ou dans la même, en diiîérenls temps, célébrer la messe dans leurs dilTérenls idiomes , il serait très-difficile de conserver l'identilé
des sentiments et par conséquent l'unité do l'Eglise. On serait toujours en peine, et ce serait un grand travail, et les controverses seraient interminables par la nécessité d'examiner et de corriger les nouvelles traductions ou interprétations qu'occasionneraient la différence des pays et les changements introduits dans la langue vulgaire, el ne voyonsnous pas combien d'ouvrages il a fallu composer, combien de dissertations, de commentaires et d'apologies pour la seule traduction de la Bible en lalin? C'est pour la même raison que les livres des lois, qui sembleraient devoir être traduits en langue vulgaire à la portée (lu peuple, pour qui elles sont faites, ne l'ont jamais élé. On a toujours laissé les lois dans la même langue où elles furent écrites.
La seconde raison c'est de faciliter la communication des prêtres qui vont d'une province à l'autre, car si chaque province tenait le service divin dans son langage, les prêtres ne pourraient plus dire la messe hors deleur pays natal.
La troisième c'est de se préserver des hérésies el surtout des nouvelles, caries hérétiques font comme les plaideurs, lorsque ceux-ci poursuivent une mauvaise cause, ils sont bien aises d'avoir pour juges des ignorants. Ainsi les hérétiques soulèvent la multilude des idiots, et flattent leur vanité , en les établissant juges des choses divines. C'est donc une mesure de prudence d'empêcher que les mystères de noire foi nesoient avilis; et ils le seraient si on les faisait retentir chaque jour aux oreilles du peuple en langue vulgaire. On ne doit le faire que lorsque la parole de Dieu est mise à la portée du peuple, par la sagesse du prédicateur et par l'explicalion qu'il en donne.
3. Ce que Soave ajoute pour nous faire tomber en contradiction, est bien comme on dit tiré avec les dents , mais cruelles et malignes, il nous allègue deux lettres de deux papes, le premier c'est Jean VIII, écrivant à Etienne le Beau, prince des Slaves, et qui lui marque qu'il n'est pas opposé à la foi et à la sainte doctrine de dire la messe, ou réciter les heures canoniales, dans la langue populaire des Slaves, parce que le même Dieu qui a fait la langue hébraïque, la grecque et la latine, a fait pour sa gloire toutes les autres encores. Ces mots paraissaient une réfutation tacite de quelques-uns, qui tenant trop àl'antiquité, regardaient comme iliicile la récitation des offices divins dans une autre langue que les trois que nous venons de dire, ces trois langues étant comme sacrées, pour avoir élé employées au titre qui fut mis sur la croix. Or après la supposition que ces pratiques et cette récitation ne fussent pas contraires à la foi , le pape avait-il tort de les permettre, pour attirer encore plus le peuple des Slaves à l'amour et à l'élude de notre religion, ainsi qu'à l'obéissance au siège apostolique ? Ils étaient depuis peu C(mvertis par les prédif-alions de saint Mélhodius , l'apôtre de cette province, qui était venu à Rome, pour rendre compte au pape de la croyance