‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 332 sur 348 · LIVRE DIX-HIITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HIITIEME

de ces peuples et delà sienne; et il était retourne à sa mission avecles lettres dont nous venons de parler. Le pape en cette occasion, comme l'a observé Eiiée Siberiisdans son livre de l'Origine dos Bohémiens, le pape sachant qu'il ne se trouvait pas dans le pays un nombre suffisant de prêtres qui pussent faire l'office en latin, pour que les vérités saintes de notre toi pussent prendre racine et s'étendre dans le pays, autorisa un usage qui n'était pas opposé à la religion , en permettant de célébrer la messe et réciter les offices en langue vulgaire. 11 approuva de même un recueil de poésies ou cantiques divins jadis composé dans leur idiome par un certain philosophe appelé Constantin. Tout cela prouve que la langue vulgaire n'était pas admise généralement dans les offices de religion , sans un privilège accordé par le pape , autrement saint Méthodius ne serait pas venu lui faire une demande inutile.

La seconde lettre que nous oppose Soave est de Grégoire VII écrite pour le même pays mais deux siècles après , dans un temps où la religion s'était dilatée, et avec la religion la connaissance des saintes Ecritures et l'étude de la langue latine. Dans cette Epître le pape répond à Uralislas duc de Bohème , qu'il ne peut consentir à la demande faite par lui en faveur de son peuple , qui était de célébrer les divins ofticesen langue vulgaire, et voici la raison qu'il endonne : Ceux, dit-il, qui s'appliquent à l'étude des divines Ecritures comprennent que ce n'est pas sans cause que Dieu a voulu qu'elles fussent obscures en certains endroits et pour certaines personnes; car si les livres saints étaient à la portée de tout le monde les oracles divins seraient avilis et méprisés, ou bien la parole de Dieu mal entendue par les idiots les ferait tomber dans l'erreur; il ajoute que la permission et la tolérance accordée dans une autre occasion n'était pas une raison pour accorder de nouveau bien des choses sur lesquelles l'ancienne Eglise fermait les yeux, et qui depuis (jue le christianisme est solidement établi, ont été soumises à un nouvel examen, et corrigées quand il a fallu.

4. Quelle est donc cette contradiction qui se trouve, ou entre Grégoire Vil elJean VllI ou entre ces deux papes et le concile de Trente ? Grégoire a-t-il nié ? le conCile a-t-il nié ce qu'avait écrit Jean VIII ? que l'Eglise peut en toutes les langues louer Dieu et célébrer les saints mystères, que Jésus-Christ n'a pas attachés à un seul langage , mais à tous les idiomes. Bien loin de le nier ils l'affirment, puisque Grégoire VII dit que l'église avait autrefois toléré cet usage; or l'Eglise ne peut tolérer dans les rites ce qui est mauvais par hii-même, il faut qu'elle l'interdise, ou du moins qu'elle le désapprouve. Le concile est dans le même senliment, lorsqu'il dit dans le huitième chapitre qu'ilne juge pas opportun que le sacrifice de la messe soit communément célébré eu langue vulgaire. Du reste il paraît que Soave ne parle que pour ceux qui ne savaient rien de plus que leur langage grossier et vulgaire; car il dénature cette let-

tre de Grégoire lorsqu'il s'écrie : Les bonnrs inlruclions sont traitées (Vubus que l'antiquité seule a pu tolérer ; et les abus qui ont pris leur place sont canonisés; et on les appelle des corrections parfaites.

Quanta la première partie de l'invective , où est-ce que Grégoire traite de corruption cet usage de dire la messe en langue vulgaire il lui préfère l'usage contraire qui avait prévalu; et lorsqu'il dit que l'ancienne manière a été corrigée, il ne veut pas dire qu'on a passé de ce qui était défendu à ce qui était permis, mais que ce qui était permis ou plutôt toléré à été remplacé par un usage meilleur et plus convenable. lien est ainsi de toutes les institutions purement humaines; c'est une façon de parler reçue parmi les docteurs, lorsqu'ils disent, par exemple, qu'une loi du Digeste a été corrigée dans le code, ou dans les Authentiques, ou bien qu'un canon des plus anciennes Décrélales a été corrigé dans le Scxle de Boniface.ou dans quelque autre conlitutution plus moderne. Tout cela ne signifie pas que telle loi. ou tel canon fût corruption , ou abus. La seconde partie de l'invective n'est ni moins injurieuse , ni moins fausse, on ose qualifier d'abus nouvellement introduit que la messe ne soit pas communément célébrée en langue vulgaire , trouve-t-on dans tout l'Orient, ou du moins dans la plus grande partie, d'autre liturgie ancienne pour la célébration de la messe, qui ne soit grecque, ou chaldéenne, deux langues qu'on ne parle plus depuis longtemps. Trouve-t-on dans tout l'Occident d'autres missels que des missels latins? langage qui n'a jamais été vulgaire en Allemagne non plus qu'en France, ou en Angleterre, ou en Pologne. Comment donc un Soave calomniateur veut-il faire passer ce rit ancien pour corruption et abus nouvellement introduits?

5. Passons à une autre question. Pourquelles raisons certaines parties de la messe se disent elles à voix basse (rit approuvé par le concile au même lieu) ? Les raisons de ce silence ne sont pas celles qu'il a plu à Soave d'imaginer; il s'est fait un faquin de bois pour le battre à son aise. Pour nous les raisons véritables, légitimes et édifiantes, ont été d'augmenter dans les fidèles cette vénération que produit le secret dans les choses divines et cette dévotion que fait naître et entretient le silence dans les cérémonies religieuses. Ce silence donne au prêtre qui célèbre et aux fidèles qui entendent la messe plus de facilité pour méditer attentivement les mystères qui y sont représentés. Celte réunion du secret et du silence nous est montrée par le commandement que Dieu en avait fait dans l'ancienne loi. Au chapitre XVI du Lévitique où se trouve décrit le sacrifice solennel de l'encens, il est marqué que le prêtre passera derrière le premier voile, où sans qu'il soit vu sa prière sera e/itendue. Les païens eux-mêmes conduits par les seules lumières de la nature et de la raison, alTeclaieut le secret et le silence dans leurs sacrifices, Dailleurs si cet usage n'était pas une suite de la tradition et du respect pour les anciens

IIISTOIRE DU CONCILE DE TUENTE.

iôl6

Pères (!c l'Eglise, qni l'ont pratiqué, si cet iis.igc ne s'était introduit que par des motifs diîiiérêl, ou des maximes mondaines, comme Suave le suppose, le trouverait-on encore clahli chez les Grecs schismatiqucs, dcjjuis si ionglciiîps séparés de l'Eglise romaine? ?il:iis (lu'avons nous besoin de ces observalions, si nous trouvons le silence expresséuîc>nl ordonne dans les plus anciennes liturgitjs do saint Basile et de saint Jean Chrysoslome? Le rit grec ne diffère en cela du ialin que pour certaines paroles qui doivent se prononcer à haute voix, comme il est dit de celles de la consécration. Mais avançons.

6. Selon le rapport de Soave, on ne fit sur les décrets de la messe que de courtes obscrvalions. Mais la critique et le blâme eurent de quoi s'exercer sur ceux de la réformation. Et d'abord il nous raconte que plusieurs furent révoltés par ce décret qui attribuait aux évêques l'inspection sur les hôpitaux, les écoles et autres œuvres pies. Or pour expliquer la cause d'où leur venait ce mal au cœur, voici comme il raisonne. Toutes les dispositions pieuses faites, ou laissées à faire par les fidèles furent dans le principe assigriées par eux aux hôpitaux, aux écoles, ou à d'autres secours de celte espèce en faveur dos pauvres ; mais les ecclésiasticiues, sous prétexte d'administrer ces fondations pieuses, se les approprièrent sous le titre do prébende-;. Les laïques fondèrent par la suite d'autres hôpitaux, de nouvelles écoles et semblables établissements pour remplacer les premiers dont les ecclésiastiques s'étaient emparés. Ceux-ci au lieu de restituer ce qu'ils avaient mal acquis sur les anciennes fondations , eu s'offrant de nouveau pour maintenir cesœuvres pies veulent s'ouvrir la voie h une seconde usurpation (1). Ce serait le plus abumi- <les peines rigoureuses. Je sais qu'il peut se nable larcin, si cela était vrai; mais les cou- trouver des ecclésiastiques qui s'aveuglent

il les dépeint comme des hommes d'une conscience sincère. En effet ces légats et la plupart de ces évéques ont laissé dans le monde une si belle réputation et une estime si persévérante, qu'un homme de mérite, bien autrement (ligne de foi que Soave, s'efforcerait en vain d'accréditer sur le compte de tous le moindre mauvais rapport, et de rendre croyable le dessein que Soave leur attribue. On le croira encore moins, si l'on fait réflexion que celte malversation ne pouvait avoir lieu de leur vivant, ni à l'avantage d'aucun d'eux en particulier. Dans l'état où le monde se trouvait alors, ni les princes ni le peuple ne l'auraient souffert. Soave lui-même, qui leur prête cette intention, la regarde comme un dessin, ou plutôt une ébauche, qui ne devait prendre couleur qu'après un long espace de temps. Mais, si vous admettez celte supposition, il faut observer que, dans toute autre icpubiique, ceux qui la composent peuvent être portés, par l'intérêt, à préméiiiter des usurpations pour l'avenir, mais non pas dans une république ecclésiastique. Dans les autres républiques, les successeurs sont spécialement iinis de patrie et de sang avec ceux qui les ont précédés : en sorte que l'avantage futur des uns est considéré par les autres comme leur propre avantage. Mais daiis la république ecclésiastique un évêque ne tient par aucune liaison naturelle à ceux qui doivent lui succéder, et qui seront d'un autre pays ou d'une autre lignée. Ce ne sera pas en leur faveur que l'intérêt lui fera commettre des fautes. Mais peut-être bien se montrera-t-il généreux envers ses parents, au préjudice de son Eglise. C'est un désordre qui n'est que trop fréquent, et que l'Eglise a voulu |)révenir par des défenses sévères et

séquences absurdes qui s'ensuivraient nous empêchent de le croire. La {.rcmière conclusion qui se déduit du fait supposé vrai, c'est celle-ci. Les Pères du concile de; Trentts qui d'un commun accord, ont fait ce décret pieux, s'ils n'avaient qu'une intention aussi mauvaise, aussi injuste qu'on la leur attribue, ne seraient plus un sénat respectable, mais une bande de larrons sans foi, sans honnêteté , sans humanité. Atroce imputation ! Mais nous n'aurions besoin pour la repousser que de Soave lui-même; il pourrait nous servir de témoin. Il est bien vrai qu'il se contredirait, mais c'est le propre de tous les menteurs.

sur ce point, soit qu'ils considèrent la mort comme encore bien éloignée, comme s'ils la voyaient par un télescope , soit qu'ils aspirent à laisser après eux une réputation immortelle parmi le peuple, soit que, par trop de zèle, ils veuillent augmenter et ennoblir le grade oùils sont parvenus. Par quelqu'une de ces causes, ils peuvent donner dans quelque excès, ou même commettre quehiue injustice. Néanmoins les lois humaines sont faites pour des hommes à qui l'obligation imposée ne permet plus de faire ce qui est prohibé, mais qui demeurent exempts de cette nécessite qui captive leur libre arbitre ; elles

Ainsi ces Pères du concile, qui tous ensemble doivent donc avoir pour règle la considéran'ont que de niauvais desseins, si quelques- l'oudc ce qui probablement arrivera par l'in-

uns en particulier répugnent à la volonté du pape, ou aux avantages de la cour de Rome,

{{) Celle calomnie est si manifoslcmeiil inju-'^lo , que le père le Cmiraycr in rccoiinaîi cl la lélide .ainsi : Il laiil roiidro celle justice au cl rgé, que la plus grande partie des anciens élablisseinciils de cbarilé Srtiil dus à la lil)éialilé des riches prclals , qui oui [loiirvu à réibicaiion de la jeunesse et aux soins des pauvres et des malades, eu foiidauldes iiô]iilaiix des collég<'s, des sémiMaiics, el d'autres scnd)lables asiles, qui élaieul la ressource de ceux qui manquaient de secours.

clination naturelle, et de ce qui arrive plus Iréquemment, quand la coutume est universelle.

7. Mais les raisonnements sont superflus quand l'expérience n'est pas douteuse. Examinons si , pendant un siècle qui s'est écoulé depuis le décret du concile, les ecclésiastiques s'en sont prévalus, pour s'attribuer les biens des hôpitaux et des écoles, ou si, par contraire, ces biens ont été par là garantis des larcins fréquents qu'en avaient fait, par le passé des administrateurs infidèles. Bref,

LIVUE DIX-llUITIKME.

mettons rnffairc en délibcralion ; faisons passer l'urne d'une main à l'autre, et que les pauvres, en favenr de qui ces œuvres pies furent fondées, donnent leur voix; le nombre des boules noires fera connaître s'ils souhaitent la révocation du décret, dans la crainte que les ecclésiastiques s'en serveiU, pour tirer à eux les revenus des écoles pieuses, et dépouiller les hôpitaux, au lieu d'en cire les gardiens. Mais Soave, après avoir pi:ii(ié la cause des pauvres, se sert d'un personnage emprunté, pour exprimer avec une sensible compassion cet assujélissenient des laicjucs qui, après le décret du concile, ne sont plus maîtres de faire comme il leur plaît les œuvres de la piété et de la charité. Ils ne peuvent l'exercer que sous la direction des ecdésiasliques. Eh bien ? il faut faire ici un iocond scrutin , il faut demander aux fondateurs d'hôpitaux et de collèges, s'ils se tiennent aggravés, parce que le concile, en donnant aux évcques cette surintendance, a sagement pourvu à ce que leurs pieuses dispositions n'aient plus à craindre ni la fraude, ni l'avarice de ceux qui on ont la direction. Voudraient-ils peut-être que l'on abolît le décret, comme préjudiciable à leur liberté ?Pour moi, je crois , comme une chose certaine, que les pauvres et les fondateurs des hôpitaux ne regarderaient pas comme une gène celle prudenlc constitution du concile, mais qu'ils auraient en horreur cette compassion simulée et cruelle de Soave. Du reste, la congrégation des cardinaux, interprètes des statuts du concile de Trente, a déclaré que le décret qu) autorise la fondation de quelque œuvre pie n'a aucune force, si, dans celte fondation, il est dit en termes exprès que l'évéque n'aura aucun droit de visite sur cet établissement, ou, si, sans être exclu en propres termes, il est seulement du nombre des administrateurs, n'ayant qu'une voix comme (liacun d'eux, de telle manière que les condaninalions ou absolutions, ou aulres délibérations quelconques, soient décernées ou prises au nom de tous, et à la pluralité des suffrages. Dans ce cas encore le décret de fondation est absolument nul.

8. Nous avons parlé du présent et de Tavenir; que dirons-nous de ces premières usurpations que Soave dit avoir été faites anciennement par l'Kglise, sous le prélexte de surveiller et de maintenir les œuvres fondées rn vue des pauvres? Il pourrait bien arriver peut-être que son audace lui servît de preuve, cl que, sur sa parole seule, ceux qui liraient son Histoire voulussent ajouter foi à ces nombreux et abominables larcins, dont il charge l;'s anciens ecclésiastiques. Je craindrais que son effronterie ne lui réussît à l'égard de plusieurs. L'homme est porté à croire les plus détestables forfaits, quand on les attribue à ceux dont la profession est plus sainte. Je le craindrais, dis-je, si la fausseté ne s'apercevait pas au premier coup d'œil. En quel siècle est-il jamais arrivé qu'une magique Circé ail transformé tous les laïques en autant de troncs d'arbres, pour qu'ils se laissassent tous dépouiller de ces biens imn»enses, .v

situés en autant de provinces différentes? Et quels seraient les déprédateurs ? ce seraient des gens sans armes, qui ne feraient aucune résistance, pas le moindre murmure. Est-ce l'usage que les historiens gardent le silence sur la conduite des ecclésiastiques ? n'est-ce pas au contraire sur leurs actions que la critique maligne s'exerce, amplifiant les mauvaises et prenant toujours les douteuses en mauvaise part? Et pourtant, de toutes ces fraudes, de tant de larcins, ils ne disent pas un mol. Mais voulons-nous avoir une preuve plus certaine de cette vérité, attachons-nous à considérer les lieux où le clergé domine avec plus de liberté; où, par conséquent, les ecclésiastiques pourraient à main sûre faire ces usiir|)ations ; voyons comment vont les choses en ce pays-là. S'il y en a un où il soit permis aux ecclésiastiques d'altérer à leur avantage ces établissements, ce sera celui qui est appelé, môme pour le temporel, Etat ecclésiastique, et dont les ecclésiastiques sont possesseurs. Arrêtons-nous à celui-là : Roine en est la capitale; mettons-la en comparaison avec les autres villes du monde. J'ose assurer qu'il n'y en point qui puisse montrer lant de fondations, tant de gros revenus destinés et employés à l'entretien des hôpitaux, collèges, écoles ou aulres œuvres pour secourir les indigents.

9. Je ne veux pas m'arrêter à cette sorte de preuves que l'école appelle a posteriori, qui sont cependant les plus évidentes, quoique les moins scienlifiques, en ce qu'elles concluent par les effets et non par les causes. Elevons un peu plus le raisonnement, pour argumenter, comme on dit, a priori : si nous voulons supposer dans ceux qui donnent à Dieu ce qu'ils possèdent une piélé accompagnée de la prudence, nous ne croirons jamais qu'en faisant leur don à l'avantage des pauvres, ils aient voulu exclure toute louable intention de libéralité chrétienne, comme serait de gratifier les hommes vertueux et savants, entretenir ceux qui chantent dévotement les offices divins, concourir à ce qui augmente la dignité épiscopale, et, en peu de mots, tout ce qui contribue à augmenter le nombre et soutenir l'honneur de la république chrétienne, dont l'unique emploi est le culte delà religion, sa conservation et son accroissement. C'est de quoi on ne peut douter, surtout si l'on considère que cette république n'est pas une nation séparée des laïques, comme disent ceux qui veulent exciter contre elle l'envie. Les laïques ne sont pas le clergé, mais le clergé est composé de leurs enfants, de leurs frères, de leurs parenls, et la porte est ouverte aux laïques qui voudraient y être inscrits. Je puis ajouter que les donateurs, en se proposant ces autres intentions, pourvoient encore mieux au secours des pauvres, que s'ils leur avaient tout donné. Voici comment je le prouve. Premièrement, ces prélats, ces hommes de lettres, ces prêtres, amplement pourvus par les do~ nations pieuses, en emploient une grande pariie au secours des indigents, les uns par charité, les aulres par réputation, et tou»

pour cette raison, que là où se trouve l'abondance, le riche ne pouvant pas tout manger doit nécessairement faire part aux pauvres de son superflu. Secondement, ils conservent et ils augmentent par leur autorité et par leurs discours la foi et la certitude d'une autre vie; par là ils empêchent que la source de la miséricorde vienne jamais à tarir, ni même à diminuer; par là, ils procurent aux pauvres de nouvelles aumônes, et toujours abondantes : car ce sont les moyens que la religion nous propose pour obtenir, avec le pardon des péchés, la félicité éternelle. Ainsi, quand on ne considérerait la chose que selon les effets qui s'ensuivent, rien ne porterait à soupçonner dans les ecclésiastiques des usurpations qu'on leur attribue gratuitement. Mais si l'on pèse bien les raisons d'honnêteté et de prudence qui ont excité la dévotion et la bonne volonté des anciens bienfaiteurs, il n'est pas à croire que leur générosité ait voulu se restreindre à la seule assistance des pauvres, ce que Soave donne pour certain et indubitable.

10. Il faut maintenant répondre aux accusations intentées contre le sixième chapitre, parce qu'on y suppose que l'Eglise a le pouvoir de commuer les dernières volontés.

Nous en avons parlé en d'autres endroits, où Soave prétendait qu'un semblable pouvoir n'existait pas dans le monde. Selon lui, commuer les volontés des défunts, c'est la même chose quesi on enlevait aux vivants les biens qu'ils possèdent. H admet ici l'existence du pouvoir, mais il l'attribue uniquement aux princes temporels; il y a pourtant bien de la différence entre l'autorité du pape et celle des princes et des rois : la distinction est claire el bien marquée. Ces derniers représentent Dieu même, en tant qu'il gouverne les hommes en leur état naturel et terrestre; leurdevoirest de diriger la république vers la félicité naturelle et terrestre, et leur juridiction s'étend sur les testaments et autres dispositions de leurs sujets, vivants ou morts, qui ont rapport à cette fin. Mais Dieu a établi en même temps un vicaire général qui le représente en tant que gouverneur d'une cougrégation particulière d'hommes, qu'on appelle V Eglise, et qui, par la foi et le baptême, deviennent capables de la félicité éternelle et céleste. C'est pourquoi il appartient à co vicaire de Dieu de régler les actions des fidèles, qui tendent à cette fin, et conséquemnient de changer, même après leur mort, les dispositions qu'ils ont faites pendant leur vie relatives à cette fin. Or telles sont les fondations pieuses que la puissance ecclésiastique peut annuler et remplacer par d'autres œuvres plus convenables a cette même fin. Mais l'usage de cette puissance au tribunal de Rome est aussi sobre et aussi discret qu'il peut l'être; nous en prenons à témoins tous reux qui ont eu l'occasion d'y recourir pour de semblables commutations.

11. Pour la dernière observation qu'il dit avoir été faite sur ce chapitre { c'est toujours ainsi qu'il tourne sa critique), on remarqua, dit-il, qu'anciennement la faculté de dispen-

ser était inhérente àl'épiscopat. m&islepape, en beaucoup d'affaires, se l'était réservée, sous prétexte que la matière était grave et difficile; mais lorsqu'on vit que le concile avait statué que les dispenses accordées par le pape seraient remises, pour l'exécution, aux ordinaires des lieux, tout le monde comprit que ces réserves au pape n'étaient qu'une cérémonie pour obliger les impétrants a prendre les bulles à Rome. Sottise el malice ! Ce sera donc la même chose que le pape commette à un évêque la connaissance d'une affaire et l'exécution d'une dispense, que s'il lui laissait prononcer sur la cause un jugement libre et absolu ; et, sans la réserve, il en aurait le pouvoir. L'esprit le plus médiocre mettrait une différence entre ces deux choses. Il est certain, au contraire, si l'on réfléchit sans prévention, que les réserves attribuées au pape, et ledécrel du concile, concourent admirablement pour empêcher qu'il n'y ait supercherie dans les dispenses. Une dispense accordée discrètement, et le poing serré, fortifie la loi, en ce qu'elle la rend supportable ; si on l'accorde facilement, légèrement et sans mesure, on lui fait perdre cette vénération et cette observance exîicle qui en sont la force. Quant à l'utilité publique de la réserve, nos lecteurs se souviendront de ce que nous avons dit ailleurs , que si la clef des dispenses est dans une main faible, les dispenses s'accordent facilement,et les grâces sont fréquemment obtenues par la faveur ou par les prières, et quelques fois extorquées par la crainte. Aussi, dans les républiques bien organisées, le pouvoir de dispenser, en matière grave, n'est confié qu'aux magistrats suprêmes dont la puissance ne craint personne et n'a besoin de personne, et qui sont les plus sûrs conservateurs de la loi. Cette considération n'empêche pas que le décret du concile n'ait toujours son utilité, lorsqu'il confie aux ordinaires des lieux l'examen de la cause et l'exécution de la dispense. Car il faut observer en général que le prince ou le premier magistrat demeure en uu lieu seulement; et comme il est éloigné des pays particuliers, il est moins informé des cas particuliers que ne le sont les magistrats inférieurs qui résident en ces lieux. Mais, si le prince a, d'un côté, moins de ménagements à garder, de l'autre il est plus exposé à être trompé. Il est donc à propos qu'après que le suppliant aura fait entendre les raisons qui justifient sa demande, et obtenu la dispense, comme raisonnable et légitime, si l'exposé est véritable, celte vérité soit discutée et prouvée pardevant le magistrat qui, mieux que tout autre, peut en avoir la certitude; et tel est l'ordinaire du lieu. L'Eglise ne pouvait donc li'ouvcr un moyen plus efficace, pour le mainlien de ses lois et de sa disriplinc, que de réserver ses dispenses sur les matières les plus importantes au gouverneur suprême, qui est le pape, de telle manière, cependant, que J'examen et la vérification des raisons alléguées pour la dispense soient faits par le juge particulier du lieu, qui est l'évéaue.

iZU

12. Deux choses (qui d'ailleurs n'ont pas de rapport avec ce que nous disions tantôt) sont échappées à la plume de Soave, contre son intention. Je ne veux pas qu'elles m'échappent aussi de la main : car un écrivain menteur diffère des autres en ce que l'on doit tenir pour vraies les phrases incidentes qui lui échappent, et non pas celles qu'il choisit et qu'il arrange lui-même. La première est que le pape fit faire à l'ambassadeur portugais, à celui des Suisses et au secrétaire espagnol des remercîments de ce que, dans leur réunion, ils avaient calmé la fougue des impériaux et des Français. Il remercia de même l'orateur de Venise et celui de Florence, qui n'avaient pas voulu s'y trouver. Mais il les pria en même temps, si une autre réunion avait lieu, d'y aller au contraire, comme des hommes dont la présence ne pouvait qu'être avantageuse au siège apostolique, en empêchant les mauvais desseins qui pouvaient se former. Et il obtint de tous (ce sont ses propres termes) la même promesse , qu'ils étaient disposés à le faire; connaissant bien que dans les temps critiques, le service divin veut que l'on défende l'autorité pontificale. Mais puisque tous ces ambassadeurs faisaient paraître ces sentiments, qui étaient sans doute ceux de leurs princes, quelle est donc la témérité, quelle est la méchanceté d'un Soave, sujet d'un de ces princes, et salarié par lui, et qui prend à tâche de renverser l'aulorilé pontificale, essayant non pas de lui rogner les ongles et raser les cheveux par quelques articles appartenant au for ecclésiastique ; mais il ne veut rien de moins que de lui couper la tête ei percer les entrailles en ôtant à l'Eglise sa primatie, et à la foi son intégrité.

13. La seconde chose que je ne veux pas oublier, c'est que Soave en cet endroit, c'est-à-dire au commencement de son septième livre, s'excuse de n'avoir pas rapporté assez en détail les opérations du concile, sur ce que, en beaucoup d'endroits et sur plusieurs objets, il n'a pu avoir des notions suffisantes; et il n'est pas surprenant, ajoutet-il, que les notices lui aient manqué, parce qu'il y avait dans le concile des hommes d'une prudence raffinée, qui prenaient leurs précautions pour que tout demeurât sous le plus grand secret. Profitons de l'aveu que nous fait Soave. Il n'a pas eu connaissance de plusieurs mémoires concernant les opérations du concile. II en a ignoré la plus grande partie. Quelle qu'en ait été la cause ( sur laquelle nous reviendrons plus bas), il y en a assez pour lui faire perdre le titre de bon historien. Pour le prouver j'emploierai une similitude que d'autres ont employée pour un sujet différent, comme je l'ai remarqué ci-dessus. Quelqu'un qui examine l'anatomie de la main , sans connaître la construction des autres membres, ne pourra jamais rendre raison, ni connaître l'utilité des ressorts dont la main est composée, vu que sa fonction est de diriger tout le corps, Conséquemmentil n'y a pas lieu d'admirer celte nature intelligente qui a si bien arrangé et

CoNc. DE Trente. II.

organisé la main, si on ne la considère dans ses proportions avec tout l'ensemble du corps. Il en est de même d'un édifice et de tout autre travail. Ainsi pour appliquer la comparaison, un historien ne pourra jamais traiter en détail, ni justement apprécier une action détachée de quelque entreprise civile, de manière à montrer la bonté ou là malice, la prudence ou l'imprudence de l'action, s'il ne connaît et ne développe les autres parties de l'entreprise : vu que les œuvres humaines sont spécifiées par la fin qu'on se propose , et la réunion de toutes les circonstances en fait la malice ou la bonté.

14. Lorsque par la suite Soave affirme gratuitement que les mémoires où étaient consignés les événements du concile avaient été cachés avec soin, il me semble entendre cet homme dont on raconte qu'un soir la cataracte lui étant tombée sur les yeux, subitement privé de la vue, il se plaignait de ce qu'on lui avait éteint toutes les chandelles. Du concile tenu sous Paul III, outre les écritures que Soave a pu voir, il est resté aux mains de plusieurs personnes les registres du cardinal Cervini, les lettres que lui écrivaient les cardinaux Farnèse et de Santa Fiora, les actes du secrétaire Massarelli et son journal, matériaux d'instruction que Soave n'a jamais lus. De la reprise du concile sous Jules III, qui ne fut que pour peu de temps, et où l'on ne traita que des matières peu importantes, il resta peu d'écritures, hors les actes, les sommaires de plusieurs discussions entre les théologiens, et les originaux de quelques lettres écrites par le pape au légat Crescenzi ; écritures toutes fort secrètes a la vérité, et que non-seulement Soave n'a jamais lues; mais les dernières surtout, qui sont rares et peu importantes pour Ihisloiro du concile, ne m'étaient pas connues quand je commençai à donner au public la première partie de mon ouvrage. Quant au dernier concile sous Pie IV, ou il se passa tant de choses importantes, on trouve dans plusieurs librairies les actes de Palcolto, le journal de Servanzi, les lettres des légats au cardinal Borromée, celles de l'empereur à ses ambassadeurs, et de ceux-ci à l'empereur ; celles de Foscarari au cardinal Morone, de Strozzi au duc Côme, et du cardinal Seripandi au cardinal Amulius, avec d'autres relations détaillées et assez étendues, où il parle de la première et de la dernière réunion du concile, s'étant trouvé à l'une et à l'autre, quoique différemment employé. On peut ajouter à ces documents les actes de l'évêque de Salamanque. Ces actes que j'ai cités plusieurs fois en passant, et j'avais promis d'en parler plus en détail par la suite, se conservent effectivement en Espagne, et la copie que j'en ai est prise sur l'original, qui se trou- 1 vait entre les mains de maître Gilles Gon- \ zalèsd'Avila,chroniste. Il en fut tiré l'an 1622, par le père provincial des prêcheurs en Castille, Dominique Pinatelli, qui depuis fut élevé sur le siège de Cordoue, et envoyé par le roi catholique comme ambassadeur auprès du pape Urbain VIII. De la charge d'anîbas-

{Quaranle-deux.}

HISTOIRE DU COiNClLE DE TRENTE.

nu

( sadeur il passa à la dignité d'archevêque de Séville , et parvenu enfin au cardinalat, il revint à Rome, moins pour prendre sa place dans le consistoire, que pour fixer sa demeure dans lo tombeau. Il ne vécut que quelques mois après son retour, et laissa à Rome des exemples d'une piété signalée.

15. De tant de mémoires instructifs , et de notices remarquables, Soave n'a jamais rien su ; non plus que de tant d'écrits particuliers qui nous apprennent tel ou tel événement particulier du concile. Ces écrits cependant subsistent encore, et ils ne sont pas cachés: de leur assemblage on forme aisément un tableau général et magnifique de ce grand édifice. Je ne parlerai pas des lettres de l'archevêque de Zara au cardinal Cornaro, parce qu'elles n'ont été connues et publiées qu'après la création du pape Alexandre VU, par le don qu'en firent les héritiers, comme je l'ai dit en son lieu. Or les papes pouvaient sans doute très-facilement supprimer en grande partie le témoignage de ces actions dont la relation était entre les mains de personnes sujettes à leur puissance temporelle, et qui ne cachaient pas ces papiers par crainte du gouvernement, mais les communiquaient librement à des amis qui les leur demandaient. Dans ces relations on n'a pas oublié même ces petites faiblesses auxquelles furent sujets soit les Pères du concile, soit les légats, ou même les souverains pontifes. On en rapporte même de trèsremarquables. Pour nous , il a fallu les écrire , parce que nous devons la vérité à nos lecteurs, et si Soave n'en a point parlé, c'est qu'il n'en savait rien; mais c'était sa faute, et il a eu tort de se plaindre qu'on avait coupé les conduits, lorscju'il a vu que de temps en temps sa fontaine demeurait à sec. Mais continuons notre narration, et faisons-lui voir que les conduits ne sont pas coupés etqueles notices decetteœuvre mémorable ne sont pas ensevelies. Disons plutôt ensevelies et mortes depuis longtemps celles où Soave a puisé pour fabriquer son Histoire, et qui sont véritablement corrompues par le mensonge, et puantes par leur malignité. CHAPITRE XI.

Nouvelles demandes des Français et des impériaux pour le délai et pour la ré formation. — Réponse des légats. — Ils écrivent au pape sur le second point. —Instructions données aux légats en commun, et au cardinal Simonelta en particulier.

1. Les légats avaient à peine goûté quelques moments de joie pour la tenue de la session, que cette joie fit place à de nouvelles inquiétudes, causées par les démarches brusques des Français et des impériaux; ils vinrent séparément faire leurs demandes , mais les sentiments qu'ils exprimaient étaient si uniformes, qu'on voyait bien que c'était un entendu. Les Français dirent qu'il leur était venu un courrier dépêché par Sa Majesté très-chrétienne, pour qu'il arrivât, s'il était possible, avant la session. Les ambassadeurs,» qui le roi donnait commission de la

faire proroger, lurent aux légats le contenu de la lettre. Elle portait que Sa Majesté, informée de ce qu'avait fait le concile jusqu'à la dernière session du 16 juillet, soit en se téservant la délibération sur la demande du calice, soit en proposant par la suite les articles du sacrifice , ne pouvait que louer cette intention pieuse, qui tendait à extirper l'hérésie. C'était sans doute une pure calomnie, ce que disaient quelques-uns, savoir: que les Pères s'empressaient pour la décision des dogmes, sur lesquels ils étaient tous d'accord ; mais qu'ils négligeaient, ou du moins faisaient traîner beaucoup la réformation des mœurs. Cependant pour le salut de son royaume, où, sans un prompt secours, il serait très-difficile aux catholiques de se maintenir dans la foi, Sa Majesté voulait et entendait que ses orateurs exposassent aux légats les considérations suivantes :

2. Depuis plus do trente ans on avait employé sans fruit contre les hérétiques les châtiments, ou plus sévères ou plus modérés , ce qui avait déterminé le roi à chercher un remède qui lui serait donné par le concile général. Les guerres civiles jusqu'alors avaient empêché les prélats français de s'y rendre. Mais pour obtenir la fin* qu'on se proposait, il était essentiel que le concile, qui avait commencé depuis peu, s'abstînt de faire aucune action d'éclat qui pût aigrir ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise. 11 fallait les inviter avec bonté, et s'ils venaient, les Pères du concile devaient les traiter comme leurs enfants. C'était la seule manière qui pût donner espérance de leur conversion. Cet examen des dogmes que l'on pressait avec chaleur semblait non-seule ment superflu, mais comme étranger et déplacé, à l'égard des catholiques, qui persistaient dans la doctrine de l'Eglise : il ne servirait de rien pour les hérétiques, qui ne manqueraient pas de se récrier de ce qu'on les condamnait sans les entendre, et feraient bientôt paraître de nouveaux libelles pour leur défense. C'était donc -à la réformation qu'il fallait s'appliquer: travail utile, et que tout le monde approuverait. Le roi cependant, en même temps qu'il envoyait à ses orateurs la présente instruction, soumettait cette instruction, et se soumettait lui-même, comme il le devait, au jugement sage et pieux du concile.

3. Des ordres si respectueux envers le concile, tant de religion dans un si grand prince, étaient bien dignes de remarque. Soave n'en dit pas un mot dans le mince rapport qu'il a fait de cette commission, qui est pourtant imprimée. Bien plus, pour prêter au roi des intentions peu religieuses, au lieu que le roi dit que l'examen du dogme est peu appartenant aux catholiques, c'esl-à* dire peu important pour les catholiques , traducteur infidèle, il se sert du terme italien impertinente, qui en italien, comme en français, impertinent, présente une signification désagréable aux lecteurs.

4. Dans la suite du mémoire il était encore parlé du délai de la session, qu'il fallait

LIVUl;: DIX-HUITIIlMI:.

obtenir, ou du moins faire retarder la proinulgalion des décrets sur le sacriOce, jusqu'à la fin d'octobre, où tous les prélats français seraient rendus à Trente. En attendant, on s'occuperait sérieusement de la réforme importante de la discipline. Le roi ayant entendu dire qu'on avait un peu altéré à Trente l'usage des anciens conciles, dans lesquels il était permis aux princes et à leurs ambassadeurs de faire connaître les différents «sages, ainsi que les besoins de leurs provinces respectives , demandait que ce droit lui fût conservé, et que si on avait pris des mesures conlraires, elles fussent révoquées. Ici encore Scave est en faute, ou plutôt en fraude, puisque la demande du roi, qui était conditionnelle, il la suppose absolue, on dirait presque impérieuse.

5. Les ambassadeurs ajoutèrent que la reine mère avait aussi écrit au pape sur cette affaire. Mais comme les dépêches qui demandaient le retard avaient été tellement retardées, qu'elles ne pouvaient plus rien obtenir, les ambassadeurs restreignaient leurs demandes à ce que les discussions sur les deux derniers sacrements fussent totalement suspendues , jusqu'aux premiers jours de novembre, ou que du moins il ne fût traité que du sacrement de l'ordre; ou que si on voulait faire marcher ensemble les deux sacrements, on pourrait donner alternativement un jour ou deux à examiner la doctrine, et pendant deux jours aussi, les Pères tiendraient conseil sur la réformation. Des demandes les orateurs passèrent aux plaintes, sur ce que les articles de la réformalion étaient remis si tard aux prélats, que^ le temps ne leur suffisait pas pour une mûre délibération, et surtout ils insistèrent pour que les articles, avant détre proposés en congrégation, fussent communiqués aux ambassadeurs, afin qu'ils pussent facilement représenter à l'assemblée ce qui leur paraîtrait plus avantageux, ou à leur pays en particulier, ou au bien général du christianisme. Telles étaient les intonlions de leurs princes.

6. Drascovizius confirma la proposition des Français , en montrant une lettre de l'empereur; elle contenait en somme que le pape avait promis à l'ambassadeur impérial, résidant à Rome , d'établir une réforme pleine et entière. 11 remerciait môme l'empereur des instances qu'il faisait pour l'obtenir. Après cela il renouvela l'instance pour que les légats proposassent, ou permissent aux orateurs allemands de proposer au concile le livre que l'empereur avait envoyé. Il finit en disant que si l'on voulait que le concile eût une heureuse fin, il fallait changer l'ordre des délibérations, il fallait désormais compter les suffrages par nations et non par têtes.

Les légats répondirent en peu de mots que les demandes ne paraissaient pas raisonnables, mais que bientôt, après quelques réflexions, ils feraient connaître distinctement ce qu'ils pensaient sur chacune. Pour le moment ils se contentèrent de dire qu'il

y avait dans ce livre plusieurs articles qui ne méritaient pas même d'clrc proposés , tels que le mariage des prêtres , l'abandon des biens ecclésiastiques aux usurpateurs qui les retenaient, et l'administration des sacrements permise aux hérétiques, à défaut de prêtres catholiques pour les conférer. De pareilles demandes ne seraient jamais écoutées; outre que la proposition qu'on en ferait seulement rendrait méprisable au monde, et très-odieux au concile le nom auguste de Sa Majesté impériale. Mais Drascovizius ne laissa pas de répliquer qu'encore que les propositions dussent être infailliblement rejetées, et non-senlementcelles-là, mais d'autres encore, comme celle qui parlait de réduire les cardinaux au nombre de vingt-six, néanmoins les présidents devaient les proposer, quand ce ne serait que pour montrer les égards qu'on devait avoir pour l'empereur et pour ses instances.

7. Ces paroles de Drascovizius, jointes à d'autres conjectures, firent penser aux 'égats que tant les impériaux que les Français cherchaient moins à réformer la discipline qu'à prolonger le concile. C'aurait été au moins pour deux ou trois ans, à en juger par la grosseur du volume dont on proposait l'examen; de sorte qu'ils auraient tenu le concile ouvert pendant tout ce temps, comme on tient une bombarde chargée pour effrayer l'ennemi, et les princes auraient profité de la circonstance pour traiter plus avantageusement avec leurs sujets rebelles. Ces réflexions faites, les légats envoyèrent en diligence un courrier au cardinal Borromée, pour l'informer de tout, et Musatto, secrétaire du cardinal Seripandi, fut député pour porter la réponse aux ambassadeurs. Il signifia aux Français que les théologiens commenceraient le jour suivant à parler sur le sacrement de l'ordre et qu'après ceux-là on commencerait à traiter de la réformation des abus relatifs à ce sacrement, et qu'entre les conférences sur la doctrine et celles de la réformation il s'écoulerait assez de temps pour que les Français pu si nt arriver au concile avant la définition. Avant de proposer les réformations on les notifierait aux ambassadeurs, afin qu'ils pussent faire part à rassemblée des idées que leur aurait suggérées leur propre jugement ou les instructions reçues de leurs maîtres; on les priait en attendant de vouloir bien donner par écrit les sujets qui leur paraissaient le plus à propos, pour que l'on pût en délibérer avec plus de considération, et tout ensemble transcrire sur le papier ce qu'ils avaient lu aux légats de la commission royale et ce qu'ils avaient ajouté de vive voix ; car il en est des objets que l'esprit aperçoit comme des corps sur lesquels se porte la vue: ceux-ci doivent être fixes pour que la vision ait lieu ; de même les objets intellectuels doivent être présentés à l'esprit, non par des paroles dont le son se perd aussitôt, mais par des écritures que l'on peut considérer à loisir.

8. Les ambassadeurs répondirent que sur le premier article ils n'avaient rien à ajouteri

IllSTOmE DU CONCILE DE TRENTE.

iv,n

sinon do prier les Pères de conduire si bien les délibérations que les Français, à leur arrivée, ne trouvassent pas les livres fermés; et puisqu'ils étaient contents sur ce point, ils n'avaient point d'autre écriture à donner outre celle du roi, dont la copie avait été, par Musatto, présentée aux légats. Sur la réformalion ils n'avaient rien de particulier à dire; ils s'en remettaient au zèle et à la sagesse des Pères, outre qu'il ne leur convenait pas d'en parler avant que leurs évêques fussent arrivés ; ce qu'ils auraient à mettre en avant, ce serait tout au plus de demander l'observation des anciens usages pour les conciles et de les renouveler s'ils s'étaient perdus ; ils rappelaient en même temps aux légats la proposition du volume envoyé par l'empereur, et ils croyaient devoir le faire en vertu d'une commission générale qu'ils avaient reçue de seconder les demandes des autres ambassadeurs et en particulier des impériaux quand elles leur paraîtraient raisonnables.

9. Les mômes réponses que les présidents avaiont rendues aux Français furent portées par Musotli aux impériaux, mais ceux-ci ne les reçurent pas d'aussi bonne grâce ; ils témoignèrent leur mécontentement de ce qu'on avail eu si pou d'égard à la demande de l'empereur pour le délai de toutes les matières du dogme, ce qu'on devait faire surtout en faveur dos prélats français et de plusieurs autres prélats allemands et polonais dont la venue était prochaine; ils finirent en renouvelant les plaintes et les instances déjà faites plus d'une fois.

10. Les légats voulurent que Musotli , qui avait été chargé de ce message, en écrivît une relation succincte et qu'il la communiquât aux ambassadeurs, de peur qu'il n'y eût diversité sur le fait, et après qu'il l'eût rédigée dans une forme approuvée par eux, la copie en fût envoyée à Rome. Les légats, après ces démarches, ne craignirent plus d'écrire librement au cardinal Borromée que les impériaux et les Français ne finiraient pas de se plaindre jusqu'à ce qu'on leur eût promis de proposer et d'établir quelques-uns des articles contenus dans ce livre que les Allemands avaient apporté, ou ceux dont les Français s'étaient occupés dans l'assemblée de Poissy. Les uns et les autres se moquaient dos réformes publiées jusque-là; ils les méprisaient comme trop légères et indignes d'un si grand concile. Pour réduire au silence les détracteurs, qui ne cessaient de dire que le pape ne voulait pas sincèrement la réformation, le moyen le plus efficace c'était que le pape examinât avec soin les propositions de ce livre et les articles qu'on avait traités à Poissy; qu'il en ôtât tout ce qui était contraire à l'autorité pontificale, ainsi que les autres points ci-dessus mentionnés, dont à peine les luthériens oseraient faire la demande et contre lesquels les légats se seraient déclarés, au risque même de leur vie; sur tout le reste ils étaient d'avis qu'on pouvait contenter ces princes et les provinces qui leur apoartenaiont, et enfin tout le uioudr.

auquel on ferait voir, par le grand nombre des articles accordés, que si les autres ne le furent pas, la raison seule et la- nécessité en furent la cause; le pape aurait acquis par là le plus grand honneur qu'il soit possible d'acquérir sur la terre, celui de réformer l'Eglise et de la réunir autant qu'il serait en son pouvoir; mais il fallait pour cela envoyer à temps les décrets auxquels les légats devaientdonner leur approbation pour qu'ils eussent, dès le commencement des discussions, une règle qui les dirigeât et qu'ils pussent, en temps opportun, communiquer les questions préparéos aux prélats et aux ambassadeurs, comme ceux-ci l'avaient demandé. Ces lettres échauffèrent, pour ainsi dire, et firent valoir celles que les légats avaient écrites précédemment, c'est-à-dire quelques heures avant la visite des ambassadeurs; elles étaient adressées au cardinal Borromée, à qui l'on marquait certaines choses que les Pères auraient bien voulu effectuer. Le cardinal avait averti les légats que les moyens qu'il fallait prendre, pour aplanir les difficultés de la résidence, étaient un travail que le pape s'était réservé, et que par conséquent ils pouvaient s'en épargner la peine; néanmoins, vu les instances qu'on leur faisait de toute part, ils n'avaient pu se dispenser de remplir encore ce bon office.

11. En effet, le pape, que les tumultes excités par la définition do la résidence, et les propos exagérés des Français et dos impériaux avaiont mis de mauvaise humeur, avait résolu de se montrer un peu sévère envers le concile sur cet article. Il voulait donc agir de sa propre main, dont il était sûr, plutôt que de la main d'un autre, qui, emporté par sa fougue, passerait au delà des bornes, il espérait d'ailleurs que dans cette affaire les princes ne lui seraient pas opposés , puisque en effet, par des bulles sévères, mais bien conçues, il avait corrigé et corrigeait encore les différents tribunaux de Rome. 11 avait déclaré par ses ordonnances qiîc si les règlements qu'il établissait mécontentaient le monde, il tâchei*ait de satisfaire aux nouvelles demandes qu'on lui forait, pourvu qu'elles fussent en forme de prières et qu'on no prétendît pas le contraindre. C'est dans cet esprit qu'il avait donné et confirmé ensuite les pouvoirs aux présidents du concile; mais les nouvelles lettres qu'il reçut d'eux changèrent ses dispositions, surtout lorsqu'il apprit de Visconti que Drascovizius, deux Jours après son entretien avec les légats, avait saisi l'occasion d'une congrégation tenue dans l'église pour mettre encore la discorde. La congrégation finie, il était resté à l'église et avec lui les prélats hongrois, polonais et la plus grande partie des espagnols. Il les avait exhortés à tenir forme dans la demande d'une réformalion pleine , entière et parfaite de toute 1 Eglise. A celte réformation , dit-il , l'empereur donnera sans doute les mains ; libre désormais des soins de la guerre par la trêve conclue avec les Turcs, il vous favorisera do tout son poiivi.ir. pourvu «luo vous

i.iv!;!': i)i\-iiiim(.MF,.

soyez d'accord cl que vous mettiez du zèle à celle entreprise. L'archevêque de Grenade avait répondu par des remercîments aux exhortations de Drascovizius, ajoutant qu'il voulait s'arrêter encore un peu pour conférer avec ses collègues. On élait allé encore plus loin, en désignant six d'entre eux qui auraient soin de préparer les propositions les plus opportunes. Et voici ceux qu'on avait choisis : Guerrero lui-même en éfait un; on lui avait associé l'archevêque do Messine et l'évêque de Ségovie, lorsque frère Martin de Cordoue, évêque de Tortose, fit échouer l'entreprise en disant que tuul cela n'était qu'une fine politique de Drascovizius qui avait pour objet, non de réformer la discipline, mais de se servir d'eux pour mettre le pape à l'étroit, et tirer de lui par ce moyen cette concession du calice, contraire à leurs sentiments et à leur volonté.

12. Cependant le pape vit bien par ces relations que tous demandaient la réforme au concile, ou faisaient semblant de la désirer pour inspirer à lui-même des crainle-s. Ils voulaient par ce moyen prendre le dessus pour traiter plus avantageusement avec lui. 11 prit donc la résolution de mettre la main à la bonne œuvre pour contenter ceux qui la désiraient par un véritable zèle, et confondre en même temps la politique dissimulée des autres. Il répondit donc par différentes lettres, dont quelques-unes en son nom et de sa propre main, d'autres, écrites par le cardinal Borromée aux légats, contenaient les instructions suivantes : Pour le délai des définitions le pape avait été, encore la veille, sollicité parl'évêque d'Auxerre, ambassadeur français, et lui avait donné pour réponse que le concile était libre, et que c'était là qu'il fallait s'adresser. En attendant il signifiait aux légats que son intention était que l'on poursuivît avec vigueur et en diligence les définitions et la réforme, selon qu'il était expédient pour le service de Dieu et convenable à tous égards, après tant d'inutiles retardements. Le pape avait lu attentivement le volume envoyé par l'empereur et les articles convenus dans l'assemblée de France, ainsi que les propositions du livre indiquées par les légats et qui leur semblaient pouvoir être accordées. Sur quoi voulant contenter ces princes et leurs nations, il avait usé de condescendance au delà de ce que les légats lui avaient demandé. Tout cela était marqué dans un papier joint à la lettre. Si les orateurs n'étaient pas contents après ces concessions, le pape laissait la liberté aux légats, et au cardinal de Mantoue en particulier, d'aller encore plus loin qu'il n'avait été lui-même, pourvu que ce fût sans aucun préjudice du siège apostolique; que si les impériaux, après tant de condescendance, voulaient encore presser les légats de faire lire dans une congrégation générale le livre de l'empereur, il ne faudrait pas non plus le refuser; toutefois on ne devrait pas le lire comme une doctrine proposée avec obligation de délibérer, et recueillir les suffrages sur chacun des nombreux chapitres qui le com-

posent (et il y en a quelques-uns qui ne méritent pas d'être lus), mais comme une simple lecture, après laquelle on pourrait députer des prélats de diverses nations, qui l'examineraient et feraient des extraits de ce qui leur paraîtrait digne d'être discuté et passé aux suffrages.

13. Quant à ces réformations que les légats avaient indiquées au pape comme désirées par le plus grand nombre des Pères, le pape donna aussi sa réponse, qui fut affirmative presque pour toutes; et quoique Sa Sainteté fût d'avis, et les légats en jugèrent de même, que les grâces accordées étaient non-seulement suffisantes, mais encore abondantes, il fut permis au cardinal de Mantoue d'aller encore au delà. Le pape déclara qu'il avait en lui une confiance pleine et entière, se contentant de lui recommander en général la dignité du siège apostolique et la conclusion aussi prompte qu'elle pourrait l'être de cette sainte entreprise.

Le pape écrivit encore de sa propre main une lettre au cardinal Simonetla, où il disait avoir vu son jugement sur les propositions de l'empereur et de l'assemblée de Poissy, et sur les écritures relatives à la réformaiion. Ensuite, après avoir loué le zèle du cardinal et lui avoir recommandé la dignité du pape, il ajoute : Aii reste, faites ce que vous croirez être pour le mieux. Il ne tiendra pas à nous qu'on accomplisse promptement ce qui sera jugé appartenir au service de Dieu et au bien public. Si l'article de la résidence ne petit se terminer sans de grandes altercations, faites en sorte qu'on le remette ànous. Car, quocumquc jure sit residenlia (c'est-à-dire, sur quelque droit naturel, ou ecclésiastique, ou divin que se fonde la résidence), nous ferons en sorte que tous résident, sans excepter même les cardinaux. Quant au livre de l'empereur, nous sommes bien aises qu'on le lise aux Pères ; mais il faudra lire aussi la lettre de Sa Majesté impériale par laquelle elle s'en rapporte à noxis entièrement. Il conclut sa lettre en disant : Nous vous exhortons beaucoup à persévérer dans une affaire si suinte ; l'heureuse fin qu'elle aura sans doute, nous la devrons, après Dieu, à vous et au cardinal de Mantoue principalement.

14. Mais voici Soave qui en revient toujours à faire entendre à ses lecteurs que le concile n'était pas libre, et qu'on se serait bien gardé, dans quelque matière que ce fût, de s'écarter d'un pouce des lignes tracées par la cour de Rome. Cette opinion s'était répandue même pendant la tenue du concile; on ne s'en défit qu'aux derniers mois, pendant lesquels le fleUve de la réformation rompit ses digues et laissa un champ libre à mille remontrances, observations et contradictions. Je veux donc essayer aussi de donner, comme un échantillon, des preuves certaines que nous avons du contraire, et que je me propose de fournir avec abondance, selon que l'occasion le demandera. Quelques semaines après que le pape eut envoyé aux légats ces notes ou instructions sur les articles qu'ils lui avaient exposés, le cardinal

Borromée leur écrivit en ces termes : Les notes qui ont été faites sur quelques articles de la réforme n'étaient que pour vous faire savoir ce qusn pense Sa Sainteté. Du reste, elle se remet znlièrement à votre prudence, étant bien assurée que tout se passera chez vous d'un commun accord et à la satisfaction de tout le monde. Il est bien vrai que pendant longtemps ils usèrent très-sobrement du pouvoir qu'on leur laissait : la matière élant exlrêment grave, ils ne voulaient rien proposer en concile sans avoir pressenti les intentions du pape. Ils s'affranchirent à la Gn de celle crainte respectueuse, d'après l'ordonnance expresse et réitérée qu'il leur en fit; nous le verrons en son lieu. Reprenons la suite des événements.

15. Les légats, satisfaits des réponses, s'appliquèrent au travail avec autant de promptitude que de secret ; ils ne se mirent pas en peine de faire lire dans une assemblée tout le livre de l'empereur, ni de choisir en céré-

sur le dogme une fois publiés, la durée du concile devenait arbitraire et libre. En conséquence, le jour même que les ambassadeurs étaient venus demander la prorogation, les légats avaient commis aux théologiens l'examen de sept articles enseignés par les novateurs sur le sacrement de l'ordre , savoir :

1° Que l'ordre n'est pas un sacrement, mais un certain rit ou cérémonie par laquelle sont élus et institués les ministres delà parole et des sacrements;

2° Que l'ordre non-seulement n'est pas un sacrement, mais n*esl qu'une fiction humaine, inventée par des personnes pou instruites dans les choses ecclésiastiques;

3° Que l'ordre n'est pas un seul sacrement, et que les ordres moindres ou inférieurs ne sont pas des grades pour monter au sacerdoce;

4" Qu'il n'existe point de hiérarchie ecclésiastique, mais que tous les chrétiens sont monie une députation pour l'examiner; mais, également prêtres; que pour l'usage et l'exésans bruit et à Tinsu des autres Pères, ils en cution il faut la vocation du magistrat et le laissèrent le soin au cardinal Simonetta, ac- consentement du peuple, et que celui qui a coutume à ces sortes d'expéditions. Ils ne lui été fait prêtre peut redevenir laïque; donnèrent pour adjoints que quatre person- 5° Que dans le Nouveau Testament il n'y a nés enraiement propres à de semblables affai- point de sacerdoce extérieur et visible, ni

res, savoir : Castaneo, Buoncompagno, Pa- Icolto et Gastello. Rien ne manquait à ces coopérateurs ni pour l'intelligence, ni pour le bon sens, ni pour la fidélité. Celte dernière qualité, qui est la plus nécessaire, est aussi

aucune puissance spirituelle, ou pour consacrer le corps et ie sang du Seigneur, ou pour faire l'offrande, ou pour absoudre des péchés réellement et devant Dieu , maià seulement la fonction et le ministère de prêcher

la plus difficile à connaître, et par conséquent lEvangile ; et que ceux qui ne prêchent pas la plus rare ; elle se trouve souvent dans un sujet sans qu'on puisse en avoir des preuves assurées. Enfin, après beaucoup d'observations et de conseils tenus entre eux, les légats se trouvèrent prêts à communiquer aux Pères et aux orateurs les propositions relatives à cette réforme si désirée, ou du moins si souvent demandée ; car tous les hommes aspirent à la gloire de procurer la réforme ; beaucoup sont bien aise de la voir observée par les autres , mais il y en a bien peu qui se piquent de l'effectuer dans eux-mêmes.

Page 1