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CHAPITRE XII

Articles du sacrement de l'ordre proposés aux théologiens. — On leur prescrit des règles pour la distribution des matières et du temps. — Raisonnements de Salmeron, de Soto et de Cornélius. — Question incidente: Si les évêques sont supérieurs aux prêtres de droit divin. — Les légats cherchent à l'écarter, pour ne pas réveiller celle de la résidence. — Difficultés qui se présentent sur ce point du droit divin. — Trois expédients imaginés pour faire tomber Vautre.

1. Les ambassadeurs cherchaient à donner aux Pères de nouvelles occupations pour relarder toujours plus la définition des dogmes. Les légats, au contraire, redoublaient d'application et de diligence pour raccélérer; ils comprenaient bien que si l'on terminait le concile sans avoir achevé la déclaration des dogmes , le concile finirait d'une mort violente et prématurée, tandis que, les canons

ne sont pas prêtres ;

6" Que l'onction n'est pas nécessaire non plus pour conférer les ordres; elle serait piulôt nuisible et méprisable, ainsi que toutes les autres cérémonies; que par l'ordination on ne donne pas le Saint-Esprit, et que c'est sans raison que les évêques, en ordonnant, disent : Recevez le Saint-Esprit ;

7° Que les évêques ne sont pas supérieurs aux prêtres; ils n'ont pas la puissance de faire l'ordination, ou, s'ils l'ont, elle leur est commune avec les prêtres; et les ordina-, lions faites par eux sans le consentement du peuple sont nulles.

2. Comme la brièveté a le double avantage d'économiser le temps et de diminuer les obstacles, elle serl beaucoup à expédier les affaires, non pas en plus grand nombre, mais avec plus de succès. Les légats firent donc deux règlements : le premier fut que les théologiens ne raisonneraient pas tous sur tous les articles, mais que lesdissertateurs seraient distribués en six classes, dans chacune desquelles il y aurait des théologiens de chaque espèce (on distinguait les espèces parmi les théologiens en ce que les uns étaient envoyés par le pape, les autres par les différents princes ; il y en avait de réguliers et de séculiers, d'italiens et d'ultramonlains ), et que dans chaque classe on se préparait à parler en étudiant les articles assignés pour celte classe. Le second règlement fut de remettre l'usage des sabliers de demi-heure pour chaque théologien : espace de temps qui avait paru rai.sonnablo aux présidents, et qui était sul-

fisaut à l'orateur pour dire tout ce qui était l'impression d'un nouveau caractère. Il usa uiile à son sujet, pourvu qu'il eût l'attention encore ici d'une cérémonie particulière, puisl'omettre tout ce qui ne l'était pas. Les pré- qu'il souffla sur eux; et ce fut en soufflant sidents avaient à cœur de recommander eette sur eux qu'il leur donna la puissance et le brièveté, depuis que le pape, empressé de caraclèrc. C'est le sentiment de saint Augusvoir la fin du concile, s'était plaint dans sa tin. — Celte puissance est celle que les pré- , réponse de ce que les théologiens avaient 1res exercent sur le corps mystique de Jésustransgressé les ordres qu'il avait donnés à Christ, l'autre est sur son corps nature! et ce sujet. Mais avec tout cela on ne put obte- vérit-ible. — Enfin lorsqu'il fit ce qui est rapnir que le règlement fût observé, soit parce porté par saint Marc, au dernier chapitre, que ceux qui avaient la parole ne se rési- c'est-à-dire qu'i7 les mena hors du cénacle et gnaient qu'avec peine à sacrifier les produc- les bénit. Ce fut alors qu'il les fit évêques, lions chères et laborieuses de leur intelli- comme l'affirme saint Augustin et saint Clégence, en supprimant par le silence des phra- ment de Rome, au livre VIII des Constitutions ses qui leur avaient tant coûté ; soit parce «posioh'çMcs. Ce qui confirme leur sentiment, que les présidents, quand on en vint à l'exé- c'est que Jésus-Christ, envoyant ses apôtres culion, ne voulurent pas qu'on pût dire que à une prédication générale, devait leur donla lassitude d'entendre et l'impatience de ner une autorité nouvelle et plus élendiie. finir avaient été plus fortes en eux que le zèle Cette autorité , c'est l'épiscopat. Encore aud'examiner exactement et complètement la jourd'hui, à ceux qui sont créés évoques on définition des mystères. dit : Allez, prêchez. Outre que Jésus-Christ, 3. La première congrégation générale des en les bénissant et levant ses mains sur eux, théologiens fut célébrée le 23 septembre ; elle leur communiqua sans doute la grâce. fut composée des légats, des ambassadeurs 4. Une autre preuve que l'ordre est un saimpériaux, français et vénitiens, outre l'am- crement se tire de l'institution des diacres, bassadeur de Portugal et celui des Suisses ; Voici ce qui est dit au sixième chapitre des il y eut trois patriarches, dix-huit archevê- Actes : Il n'est pas convenable que nous laisques, cent quaranle-six évêques, deux ab- sions la parole de Dieu, etc.; nous lisons dans bés, cinq généraux d'ordres, quatre-vingt- ce chapitre toute la cérémonie de l'institution quatre théologiens, plusieurs docteurs, beau- des diacres, auxquels les apôtres imposèrent coup de gens de noblesse et une infinité les mains ; et par cette imposition la grâce d'autres personnes. Les trois premiers arti- leur fut communiquée, puisqu'il est dit de clés avaient été assignés à la première classe; saint Etienne , qu'il était rempli du Saint-Esils furent traités par trois théologiens de cette prit et prêchait avec zèle. L'orateur confirma classe : Salmeron, théologien du pape; Fer- sa preuve par plusieurs passages de saint dinand de Bcllosiglio, et Diego Payna, tous Paul à Timothée et à Tite ; il fit voir que les deux clercs séculiers, envoyés, l'un par le diacres ne furent pas institués pour servir roi Philippe, et l'autre parle roi Sébastien, aux tables terrestres, comme prétendaient les Le discours de Salmeron est rapporté dans le hérétiques, mais encore et surtout à la table journal; en voici la substance : Le sacrifice céleste ; car pour députer les diacres au seret le sacerdoce ne sont pas seulement U'.iis vice des premières, il n'était pas nécessaire entre eux, mais inséparab'es : à la doctrine que les apôtres jeûnassent et imposassent les de l'un devait donc succéder la doctrine de mains sur eux, ni que les diacres fussent l'autre.- Luther, qui voulait renverser l'E- remplis du Saint-Esprit. Les diacres avaient glise, a nié que l'ordre fût un sacrement. — donc été ordonnés pour être ministres de Le nom d'ordre a plusieurs significations; l'eucharistie; ainsi l'ont déclaré Clément, tantôt il se prend pour la disposition ou l'ar- Evariste, le martyr Ignace, Cyprien, Jérôme, rangement des choses, comme l'a pris saint le concile de Néocésarée et Bèdc. 11 est bien Augustin, au livre XIX de la Cité de Dieu; vrai que dans quelques-uns des canons du tantôt il signifie un grade éminent dans l'E- sixième concile, l'institution des diacres seraglise, comme lorsque nous distinguons le ble réduite au service des tables et pour les diaconat de la prêtrise, et la prêtrise de l'é- veuves, mais ces canons sont de ceux que piscopat; tantôt nous appelons ordre cette l'Eglise n'a pas reconnus. La même preuve cérémonie religieuse qui confère une puis- lui servit pour prouver l'ordination des évèsance dans l'Eglise, selon la définition qu'en ques, puisqu'on lit également dans les Actes adonnée le Maître des sentences. L'ordre, des apôtres un semblable jeûne accompagné pris dans cette dernière signification, est un de prières , et la même imposition des mains sacrement, et le premier article avancé par faite par les apôtres sur Paul et Barnabe, qui les novateurs est une hérésie. — Ce sacre- furent ordonnés évêques avec ces paroles : ment a été institué par Jésus-Christ (comme Allez, prêchez ; et il est dit ensuite de Paul et les saints Pères l'enseignent et qu'il a été Barnabe, qu'en plusieurs villes ils établisdéclaré dans la précédente session) lorsqu'il saient des prêtres, ce qui n'appartient qu'aux dit ces paroles rapportées par saint Luc, cha- évêques. Il prouva encore que l'ordre est un pitre XXII : Faites ceci en mémoire de moi. sacrement, par ces paroles de saint Paul à ' '" ~ ... . Jimolhée : Ne négligez pas la grâce qui est en

m Notre-Seigneur joignit à ces paroles une ^rémonie particulière, comme Cajétan l'a

VOUS et qui vous fut donnée par Vimpos.ition expliqué. Le Sauveur donna à ses apôtres, des wows dfs prêtres; et pareillement à ïimocomme prêtres, une autre puissance dont il ihéc: Réveillez la grâce, etc.; et encore :Prsesl parlé au chapitre XX de sau\t Jean, avec nez garde d'imposer les mainsàpersotine avant

HISTOIRE nu CONCIIJ; i)£ TRENTE.

le temps. Tout cela était soutenu par la tradition appuyée sur le quatrième concile de Carthage, celui de Florence, le concile même de Trente sous Paul III , outre les autorités des papes saint Clément, Innocent I", saint

I Grégoire , Innocent III, saint Denvs, saint Augustin, saint Jérôme.

j 5. Salmeron passa ensuite au caractère imprimé par le sacremont. Il en prouva la vérité par plusieurs témoignages des Pères, et poursuivant toujours son premier objet de convaincre les novateurs que l'ordre n'était pas simplement un choix de minisires pour la divine parole, comme il était dit dans le premier article , ni une Action humaine , comme portait le second, mais un sacrement et un caractère imprimé par l'Eglise , à qui Dieu en donnait la puissance; il passa au quatrième article, laissant le troisième à discuter à ceux de sa classe. Il réfuta ceux qui prétendent que les magistrats séculiers peuvent instituer des prêtres et des diacres, tandis que les uns et les autres sont revêtus d'une puissance surnaturelle, qui a rapport à la fonction de paître le troupeau qui fut commise à Pierre. Aussi cette élection ou institution est interdite aux laïques par le huitième concile, par celui de Latran et celui de Florence. Que si quelquefois le peuple avait choisi ses pasteurs , c'était avec le consentement et par l'autorité du siège apostolique ; comme lorsque saint Pierre dit, Âct. 6 : Choisissez parmi vous sept hommes d'une probité reconnue , etc. ; et ailleurs , afin qu'ils aient bon témoignage. Le peuple était donc présent à l'élection et y concourait par le bon témoignage qu'il rendait au candidat ; l'Eglise le permettait, afin que le peuple obéît plus volontiers à celui qui serait élu , mais le droit de confirmer les élections a toujours appartenu à l'Eglise.

6 Les dissertateurs de la première classe s'expédièrent en deux jours, pour faire place à ceux de la seconde. Le premier était Pierre Solo, religieux dominicain, aussi théologien du pape. Tout ce qu'il dit sur le quatrième et et le cinquième article fut pareillement inséré dans le journal. Sommairement : il y a dans l'Eglise une hiérarchie, c'est-à-dire une puissance et une prééminence de gouvernement, car l'Apôfre dit: Obéissez à vos conducteurs ;el ailleurs : Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établie évéques pour gouverner l'Eglise de Dieu. Saint Denys parlant de cette hiérarchie, l'appelle une sacrée principauté à l'instar de la céleste ; celle-ci se divise en trois degrés d'anges ; dans la terrestre, on dislingue les évéqu3s, les prêtres et les ministres , selon que l'explique le même saint, particulièrement dans le troisième et cinquième chapitre, où il fait voir de quelle manière les ordres mineurs ou inférieurs appartiennent à ce sacrement. Tout cela est confirmé par ce que dit saint Paul auxEphésiens , ch. IV : Pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère... il n mis quelques-uns pour être apôtres, etc. ; les chrétiens ne sont donc pas tou.s prêtres, conrlmc portait l'article soumis à

l'examen. On ne peut pas non plus alléguer en contraire les paroles de saint Pierre, qui appelle les chrétiens wne nation sainte, un sacerdoce royal , vu qu'il est question en cet endroit d'un sacerdoce mystique et spiritual^ et non d'un sacerdoce, proprement dit , corporel et visible. Le baptême donne à celai que l'on baptise une nouvelle naissaîice, mais il ne lui donne ni pouvoir, ni autorité. Dans l'ordre de la grâce, comme dans celui de la nature, il y a une gradation ; et il serait absurde que la naissance et la perfection ne fussent qu'une même chose.

7. Soto, d'un raisonnement à l'autre parvenu au cinquième article, prouva par les textes de saint Ambroise, de saint Cyprien et du concile de Nicée, qu'il y a dans l'Eglise un sacerdoce extérieur et visible, et pour expliquer ce qui regarde le troisième grade de la hiérarchie, il observa que les ministères inférieurs , bien qu'en certaines manières ils soient exercés par tous les chrétiens, ne le sont pas toujours de la manière la plus légitime et la plus convenable; car pour les exercer ainsi, il faut une puissance surnaturelle même pour les fonctions les plus basses. Or cette puissance ne peut être donnée que par ceux qui ont le gouvernement de l'Eglise. C'est pourquoi la coutume qui s'est introduite de laisser exercer par de simples laïques les ministères ecclésiastiques, quoique les plus communs et les moins importants , n'est pas louable ni conforme à l'ancien usage. Aussi le pape Caius avait ordonné par un décret , qu'on n'élèverait à l'épiscopat que ceux qui auraient passé par tous les ordres, majeurs et mineurs ; et le pape Sirice avait réglé le temps qu'il fallait demeurer dans chaque ordre5 11 attaqua ensuite cette fausse définition du même article cinquième, que le sacerdoce daiis l'Eglise n'est autre chose que la fonction de prêcher l'Evangile. Il fit voir que cette fonction n'était essentiellement propre qu'aux seuls évéques, selon ce que l'Apôlre disait de lui-même : que le Soigneur ne l'avait pas envoyé pour baptiser , mais pour prêcher ; et Jésus-Christ lui-même disait aussi : // faut que je prêche l'Evangile aux autres cités encore, car je suis envoyé pour cela. De là vient que le concile de Chalcédoine ordonne aux évéques de s'abstenir du détail des aflaires domestiques, pour vaquer à la prédication. Il ne faut pas cependant en conclure pour les évéques, ce qui est dit des prêtres à la fin de l'article : Et celui qui actuellement ne prêche pas, parce que Dieu ne lui en a pas donné le talent, ne laisse pas pour cela d'être évêque. Nous en avons l'exemple dans Valère, évêque d'Hippone.

8. Soto, revenant au quatrième article, en attaqua la dernière partie , où il est dit que la puissance de l'ordre peut être donnée par le peuple, ou par le magistrat laïque; car comment peuvent-ils donner un pouvoir qui est surnaturel? Cette faculté n'appartient qu'à ceux qui l'ont reçue de l'Eglise dans leur ordination. Il est bien vrai, dit-il, que dans les premiers temps on exigeait l'élection du peuple, ce qui se voit dans saint Cyprien et

LIVUE DIX-HIJITIEMK.

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dans la tradition apostolique ; et même que c'était une véritable élection et non un simple témoignage en faveur {contre ce qu'avait dit Salmeron) ; et que le clergé s'unissait au peuple, afin que l'élection fût faite par toute la multitude des chrétiens. C'est en ce sens que les apôtres avaient dit : Choisissez sept hommes d'entre vous, d'une probité reconnue. Il ajouta qu'il est toutefois permis au souverain pontife de suppléer à l'élection du peuple , quand il le juge avantageux à l'Eglise ; car quoique cette manière d'élire soit de tradition apostolique, cependant ces traditions, qui ne regardent que le gouvernement de l'Eglise, peuvent être changées , mais il n'en est pas de même pour ce qui est de l'essence du sacrement , qui est immuable. Ainsi les pontifes romains ont pu varier les éleclions, eu égard aux divers temps , et les accorder tantôt aux chapitres, tantôt aux princes ou à d'autres personnes. Tel fut en substance le discours de Pierre Soto.

9. Des orateurs de la troisième classe, à laquelle étaient réservés les deux derniers articles, je n'ai trouvé qu'un seul discours couché tout au long dans le journal ; c'est celui de Melchior Cornélius, prêtre séculier, envoyé au concile par le roi de Portugal. Il remarqua que l'erreur de Wiclef et des autres hérétiques qui avaient vécu deux cents ans avant lui, était contenue dans le sixième article, qui refuse à la cérémonie de Tordre la vertu de produire la grâce , ainsi qu'on le pouvait inférer de l'homélie 66' de saint Bernard sur le Cantique des Cantiques. 11 répondit ensuite aux objections des adversaires ; il appuya la vérité catholique du témoignage de saint Léon et de saint Ambroise, du concile de Chalcédoine, du onzième concile de Tolède et de plusieurs autres, et enfin de celui de Florence ; il dit que les ordres mineurs étaient des sacrements qui produisaient la grâce , qu'à la vérité les apôtres les avaient établis, mais qu'ils ne laissaient pas d'avoir pour instituteur Jésus-Christ, qui avait prescrit à son Eglise ces ordres inférieurs ; la première tonsure n'était pourtant pas un ordre, puisqu'elle ne donnait aucune puissance. Quant à l'onction, que les hérétiques traitent d'inutile et de pernicieuse, elle se trouve mentionnée par le pape Fabien et par saint Denys, outre Innocent III , qui en parle dans le premier chapitre sous le titre De sacra unclione, 11 parla ensuite sur le dernier article, et montra que les évêques étaient au-dessus des prêtres. Il répondit à la célèbre sentence de saint Jérôme, citée par les hérétiques, où ce Père assure qu'entre les évêques et les prêtres , il n'y a en soi aucune différence , mais seulement une prérogative établie sur la coutume. 11 fit voir que ce saint assure positivement en plusieurs endroits que cette prérogative convient à l'épiscopat par son institution même ; par conséquent, dans l'endroit cité, il faut entendre la chose suivant le sujet dont il s'agit, c'est-à-dire suivant la juridiction extérieure, qui est prescrite par la loi ecclésiastique. Il prouva que l'épiscopat était un ordre particulier; il se fondait

pour le dire sur la raison de Cajélan, que l'évêque a un pouvoir particulier d'administrer les deux sacrements de la confirmation et de l'ordre, et qu'il les administre en vertu de son ordination et de son caractère , et non pas de sa juridiction, puisqu'en effet il ne peut pas commettre cette administration à des grands vicaires. Il réfuta ensuite ce que Soto avait dit contre Salmeron , qu'anciennement le peuple concourait à élire véritablement les prêtres et les évêques, et non pas à donner un simple témoignage de leur conduite. Il montra le contraire par la même autorité de saint Cyprien dans sa quatrième lettre du premier livre que Solo avait produite. Après Melchior Cornélius , les autres de la troisième classe exposèrent leurs sentiments jusqu'au second jour d'octobre, auquel jour se terminèrent les réunions des théologiens du second ordre ; les trois autres classes étaient réservées pour le temps où il serait parlé du sacrement de mariage.

10. Les discussions étaient finies , et les légats croyaient être arrivés au bout d'un long et pénible voyage, lorsqu'ils virent sur leur chemin un éboulement et des précipices qui les forçaient de s'arrêter, sans qu'il leur fût possible de se frayer une route vers le terme tant désiré ; ils ne devaient y parvenir qu'après des travaux et des dangers si longs et si terribles, que tout ce qu'ils avaient eu jusque-là de contradiction et de difficultés , n'était qu'un jeu en comparaison. 1! me faut donc revenir sur mes pas pour faire connaître la première cause d'un obstacle si considérable et si fort, que, peu s'en fallut que l'espérance qu'on avait conçue du rétablissement de l'univers catholique ne se changeât en désespoir. Le dernier article , selon la forme où on l'avait réduit au temps du légat Crescenzio sous Jules III, contenait une erreur qui devait être censurée, savoir : que les évêques ne sont pas supérieurs aux prêtres de droit divin ; mais les légats avaient retranché les derniers mots , de peur que ce ne fût une occasion pour rallumer le feu des disputes sur la résidence. Quelques Espagnols qui auraient bien voulu qu'on définît cet article, s'avisèrent de l'artifice et s'en plaignirent, à tel point que les ambassadeurs français, sous l'apparence d'une feinte amitié, vinrent avertir les présidents des murmures que la formule ainsi mutilée avait occasionnés. Les légats, dissimulant la véritable cause, répondirent qu'on verrait bientôt si les légats cherchaient à éloigner la question de la résidence , puisqu'ils allaient la proposer dès qu'on traiterait les matières du sacrement de l'ordre, comme ils l'avaient promis plusieurs fois ; et c'était véritablement leur intention , car ils ne se flattaient pas de pouvoir éteindre le feu de cette controverse, ni de la faire oublier, mais ils voulaient empêcher que )a nouvelle définition sur l'institution de.s évêques , n'obligeât de terminer aussi par une définition la controverse précédente , extrêmement liée avec celle-ci. Du moins il était à craindre qu'on tirât de celle-ci les mêmes conclusions qu'on avait voulu éviter en éloi-

gnant celle de la résidence. Sansac, qui était venu avec les autres donner l'avertissement, répliqua (et sa réplique fit grand plaisir aux présidents) qu'il s'embarrassait peu de quel droit on déclarerait la résidence, pourvu qu'on

de la vérité, comme on s'en éclaircit par la suite), portaient que cette question de la supériorité, sous la présidence du légat Crescenzio, avait été disculée à plein ; et qu'on était sur le point de la promulguer , si la

trouvât moyen de la faire observer; car une guerre n'avait pas fait subitement dissoudre

grande partie des désordres qui régnaient dans l'Eglise venait certainement de l'absence des évoques qui abandonnaient leurs diocèses. 11. Les ambassadeurs étaient à peine sortis, lorsqu'on vit arriver les arcbevêqucs de Grenade, de Braga , de Messine, avec l'évêque de Ségovie,qui se plaignirent amèrement du retranchement des deux mots à l'article rédigé par le légat Crescenziu ; ils firent voir que le motif du retranchement était aussi manifeste qu'il était odieux aux prélats , et tout le monde en était scandalisé ; car les légats semblaient dire qu'il ne fallait plus leur parler de la résidence, quoiqu'ils en eussent promis solennellement la définition. Les présidents répondirent avec franchise que les effets montreraient bientôt la sincérité de leurs intentions, lorsqu'on verrait qu'euxmêmes mettraient en avant l'article de la résidence ettiendraientexactementleur parole.

le concile. Mais à ce sujet, Seripandi, écrivant au cardinal Amulius, observa dans sa lettre, que dans ladécision de la résidence, il ne s'agissait que d'un article, mais que la supériorité de droit divin était une question complexe qui tenait à plusieurs autres, et qu'elle pouvait servir d'exemple pour montrer que, nonseulement les théologiens et les religieux s'embrouillent quelquefois, mais que les plus excellents canonistes font quelquefois des bévues. Il faisait allusion aux propos qu'on avait tenus dans Rome, en le comparant au cardinal Simonetta, relativement à l'affaire de la résidence ; il voulait faire observer que dans une affaire bien plus importante et plus difficile que la résidence, il avait mieux raisonné, lui religieux et théologien, que Crescenzio, légal du pape et grand canonisie. Cependant, bien que Seripandi et ses collègues eussent fait jouer tous les ressorts de leur

Mais sur le changement de l'article de la su- industrie, pour mettre de côté une matière si

périorilé, comme ils ne voulaient pas en dire difficile, avec tous les secours que put leur

la véritable raison , ils en donnèrent une qui prêter le secrétaire Pagnano , qui n'épargna

ne pouvait contenter les prélats, en disant passes bons offices auprès des Espagnols,

qu'ils avaient dû abréger la formule, parce pour les dissuader de réveiller la dispute, on

qu'eneffetil n'yavait point d'hérétique qui ne n'avait pu empôcherquequelques théologiens

convîiitavecnous que l'institution des évêques (un entre autres de l'archevêque de Grenade),

est de droit divin : en sorte que condamner a l'occasion du septième article, ne se fussent

le sentiment contraire, ce serait tirer une flè- avancés jusqu'à la grande question de l'insti-

che contre le vent. Les prélats répliquèrent tution des évêques et de leur supériorité sur

que cette doctrine contraire avait plus d'un les prêtres par le droit divin. Drascovizius

seclateur. Les légats, pour gagner du temps, demeurèrent d'accord qu'on chercherait les auteurs qui enseignent cette fausse doctrine, cl qu'on les leur montrerait. Les mêmes prélats, peu de temps après, firent une nouvelle visite au cardinal Seripandi, comme à un

lui-même semblait avoir oublié la question de la résidence pour s'occuper de celle-ci ; toutes ces contestations firent comprendre aux légats que la fin que les évêques se proposaient dans ces deux chapitres était la même, et qu'il fallait, une foi^; pour toutes, terminer le

homme qui pour la science théologique, allait premier, qui était comme la racine du second.

de pair- avec le légat Hosius , mais qui avait plus d'activité et d'autorité que lui pour les délibérations. Ils s'attachèrent à lui faire voir que les hérétiques modernes avaient ajouté celte erreur à loutes celles qu'ils enseignaient sur la hiérarchie ecclésiastique. La réponse de Seripandi fut que ces hérétiques dans les l)as9ages qu'on lui avait allégués, ne niaient pas que Dieu même eût institué le grade épiscopal ; ils disaient seulement que les évoques actuels n'étaient pas ceux dont il est parlé dans l'Ecriture, puisqu'ils n'exercent jjas les ministères que l'Ecriture leur attribue. Or, en s'exprimant ainsi, ils semblaient plutôt reconnaî- Ire l'institution divine ; ce n'était donc plus le zèle de condamner des opinions erronées qui les faisait parler, mais plulôtune adresse pour en venir indirectement à la définition du chapitre de la résidence, quoiqu'ils sussent que telles n'étaient pas les intentions ni les sentiments du roi catholique.

12. Seripandi, qui penchait à faire décider larlicle de la résidence, était au contraire très-opposé à celui de la supériorité par le

il y eut donc un conseil entre les présidents et quelques-uns des prélats les plus affidés ; on y proposa trois expédients, et un courrier fut dépêché au cardinal Borromée, pour lui en donner connaissance et prendre son conseil. Les légats souhaitaient de l'avoir avant que les Pères eussent fini d'expliquer leurs sentiments et donné leur suffrage sur la doctrine, car, ce terme passé, les légats -étaient tenus d'accomplir leur promesse.

13. Un de ces expédients (conforme aux intentions que le pape manifestait dans sa letlreàSimonetta, dont nous avons parlé par anticipation, et qui n'était pas encore arrivée), un de ces expédients était de proposer au concile de renvoyer l'affaire au pape ; au- / quel expédient on assurait qu'un très-grand : nombre d'évêques aurait consenti , mais i avec celte différence que les uns auraient l approuvé le renvoi de l'affaire simple et ab- 1 solu , et que les autres, tenant pour certaine ' la nécessité d'une définition du concile, auraient consenti àcequecettedéfinilion, qu'elle soit affirmative ou négative, fût soumise au

droit divin. Certaines relations (fort éloignées jugement du pape. De cette manière on oblj

. geait le pape à décider par lui-même ce qu'il 'no voulait pas qu'on décidât dans le concile : et qui pis est , si Dieu, par une inspiration véritable , lai eût fait prononcer que la résidence n'était qu'une loi ecclésiastique, celte décision qui , émanée du concile , aurait satisfait tout le monde, venant de Sa Sainteté en pareille conjoncture, aurait fait peu d'honneur au siège apostolique. Mais supposé que l'avis des premiers l'emportât, pour une rémission pure et simple, les légals faisaient encore deux observations, l'une que, comme on avait déjà remis au saint-père la concession du calice, le monde prendrait en mauvaise part qu'on lui remît encore l'affaire de la supériorité jointe à celle delà résidence; le concile aurait l'air de se débarrasser de toutes les affaires épineuses, et ne serait plus qu'un canal qui porterait à Rome toutes les délibérations un peu importantes ; l'autre observation était l'opposition à laquelle il fallait s'attendre. Quarante évoques, pour le moins , auraient refusé leur suffrage. Cette contrariété à laquelle on n'eut pas égard dans l'affaire du calice était beaucoup plus à considérer dans la circonstance actuelle , soit parce que ce serait la seconde affaire remise au pape,soitpour les rumeurs qu'elle avaitdéjàexciléesdans le christianisme. Ajoutez à cela que les Français pouvaient bien arriver avant la session, sans laquelle aucun décret n'avait force, et que pour lors si les Français se mettaient avec les opposants , leur nombre et leur autorité rendraient l'opposition formidable.

14. Le second expédient était de proposer dans le concile la nécessité de la résidence, en imposant des peines à ceux qui y contreviendraient et en accordant des privilèges à ceux qui se soumettraient , afin que l'espérance et la crainte fissent observer le décret. Parmi les peines, quelques-uns voulaient qu'il fût défendu d'absoudre ceux qui ne résideraient pas; mais cet expédient présentait une grande difficulté, savoir si en proposant la loi on devait exprimer qu'après la publication on ne parlerait plus de procéder à la définition du dogme. Si on l'exprimait , il n'était pas certain que la loi fut approuvé, si on n'en parlait pas l'expédient devenait inutile.

15. Enfin le troisième expédient était qu'un grand nombre d'évoqués (une centaine et plus) s'unissent pour demander aux légats qu'à leur prière ils engageassent le concile à renvoyer cette affaire au pape , pour éviter le trouble, la discorde et la perte du temps dans les disputes. Ce parti était plus convenable que si les légats, en leur nom, faisaient la proposition au concile. Mais il y avait un inconvénient. On devait craindre que ceux qui n'étaient pas du nombre des cent s'y opposassent , les uns pour être de sentiment contraire , les autres auraient soupçonné quelque trame, et peut-être il s'en serait trouvé qui auraient mieux aimer jouer noblement le rôle d'adversaire que celui de sectateur. 11 en serait donc résulté qu'au lieu de guérir la blessure on n'aurait fait qu'a-

grandir la plaie, tant il est vrai que la défiance qu'on a d'une personne augmente, surtout si elle refuse un acte particulier de confiance qu'on lui aura demandé.

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