‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 337 sur 348 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Discours mémorable de Dièquo Laine z sur Vintitution des évêques. — Nouveaux mensonges de Soave.

1. Le dernier controversiste fut Dièguo Lainez, général de la compagnie de Jésus»

[Quarante-trois»)

lilSTOIRE DU CONCILE DE TRENTE.

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Il fut le dernier pour le temps (car pour le rang, il n'en avait point ; et les légats, comme il a été dit, lui assignèrent une place séparée); il fit sa dissertation le 20 octobre ,et il occupa seul toute la séance ; son discours fut

à faire : établir la question, faire connaître son sentiment, réfuter les arguments de ceux qui soutiennent le sentiment contraire , prouver le sien par des raisons convaincantes. 11 avoue que plusieurs l'avaient

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CUpa seul luuic la aT;«iiv.v- , jw.. ...--v^v....o ..... v^. -. v, — ^. - -

applaudi comme un des meilleurs qui eussent dissuade de cette entreprise, de peur qu il

été entendus dans le concile. Soave même n'éprouvât le blâme d'avoir voulu faire sa

en a parlé ainsi, il n'a pu s'empêcher de lui cour au pape, mais qu'il ne s'était pas cru

accorder en son propre nom quelques louan- dispensé pour cela de défendre la vérité. Celui

ces et d'avouer celles que lui donnèrent qui doit juger les vivants et les morts lui est

abondamment les prélats qu'il appelle ponli- témoin qu'il parle d'après sa conscience lors-

ficaux,oules évoques du pape. Cependant qu'il assure qu'il n'a jamais proféré aucune

ces prélats étaient en si grand nombre et parole avec intention de flatter qui que ce

d'une doctrine si profonde qu'il n'était pas soitiTrois fois, dit-il, j'ai assisté au concile

facile, et rarement il arrivait, qu'un orateur sous les papes Paul III , Jules III et Pie IV;

eût le'suflVage de tous. Quant à moi, avec je puis me flatter d'y avoir parlé avec sincé-

loutes les recherches que j'ai pu faire, il ne rite et je ne compte pas quitter celte nié-

ma pas été possible d'avoir , ni celle-ci , ni aucune des écritures de Lainez,à part celle que j'ai rapportée lorsqu'on traitait la matière de la justification, à la première tenue du concile, elle était consignée dans les actes authentiques; mais assez souvent les avis de Lainez et des autres orateurs

thode pour l'avenir. Je n'aurais aucune raison de le faire, puisque je n'ambitionne rien, je n'espère, ni ne crains rien.

3 Après ce prologue il aborde la question , et pour l'expliquer il raisonne ainsi: Une chose est de droit divin lorsque Dieu l'opère immédiatement par lui-même ; par contraire

les avis uu Liaiiic^, «-i ">-^ MiAv.v.^ ^ — — - -— — i — — -.„ , j.„. - -

sont rapportés succinctement dans les actes on ne regarde pas comme de droit divin ce

du concile et dans ceux de Paleolto. Au reste l'écriture du père Lainez était plutôt des chiffres connus àlui seul que des lettres formées à la manière ordinaire , et que tout le monde pouvait comprendre. Ainsi, sans le vouloir, il a été cause que de ses doctes fatigues et de ses innombrables écrits , qui sont demeurés dans les armoires , sa compagnie n'a pu ni profiler elle-même, ni donner au public un seul feuillet : ce qui prouve com

qu'il fait par l'entremise des hommes. D'après ceprincipe, quoique toutes les lois viennent de Dieu , comme il est dit au livre de la Sagesse: Cesî par moi que les rois régnent et que les puissants décernent ce qui est selon la justice ; cependant les lois ne sont pas toutes regardées comme étant de droit divin , et ce n'est pas seulement aux lois que s'applique cette distinction. Toute vérité, comme dit saint Ambroise, procède du Saint-Esprit, qui

bien il est imprudent de négliger les arts me- est 1 Esprit de vente. Cependant toutes les caniques et l'industrie manuelle, lorsque vérités ne sont pas des vérités divines. îl

vue des traits assez beaux , je me persuadai que la copie était fidèlement tirée sur l'original , sauf quelques-unes de ces fautes où peuvent tomber les meilleures peintres quand le pinceau ne vaut rien. Mais dans la suite , ayant trouvé, comme par hasard , la dissertation dont il s'agit dans un volume des

nécessaire, nous en avons la preuve dans la matière et la forme de plusieu»rs sacrements, qui ne sont pas exprimées dans l'Ecriture; et cependant elles sont toutes d'institution divine. Que cela ne suffise pas , nous en avons un exemple dans la défense de manger du sang, ou des animaux suffoques.

uisseridiiuii uuiii 11 3 ugii. u^iu n.i ,^.^.^.^ ^^^^ .^^..^^. v.„ ^....p, „ — „ „-. , ,

archives du Vatican, je fus étrangement Cette défense fut faite parles apôtres , comme

surpris delà trouver toute différente du rap- nous lisons au livre des Actes , chap. XV;

port qu'on m'en avait fait. Et comme je ne cependant elle ne fut pas tenue pour loi di-

puis croire que Soave veuille mentir pour vine, autrement elle subsisterait encore. Los

dire du bien , je me persuade que Soave, peu apôtres qui l'établirent, lorsqu'ils ont dit :

scrupuleux quand il veut prendre des infor- Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous,

mations, sou vent croit tirer le vin du tonneau n'ont pas voulu dire que le Saint-Esprit lût

et ne lire que la lie. Je veux donc rapporter auteur de la loi, mais qu'il leur en avait

ici le discours tout entier, afin que les lec- inspiré le dessein. Pareillement lorsque saint

teurs curieux en le rapprochant de ce qu'en Paul veut et ordonne que celui qui est

a dit Soave, puissent former leur opinion choisi pour évêque n'ait qu'une femme, ou

sur la véracité de l'historien. Et moi, pour que les femmes portent toujours un voile sur

être plus fidèle , je veux rapporter la disser- leurs têtes , ces ordonnances ne sont pas de

talion comme je la trouve écrite, et non droit divin. Il observa encore que comme il

comme je suis sûr qu'il l'a prononcée. Car y a beaucoup d'oeuvres que l'Ecriture attri-

l'auteur, avare du temps, aura restreint son bue à Dieu, parce qu'il y concourt, quoiqu'il

écriture' à quelques phrases, tandis qu'il agisse par les causes secondes, comme, par

laissait couler avec profusion les fleuves de exemple, lorsque le Psalmiste dit que c'est

son éloquence. Voici donc en substance le Dieu qui donne aux animaux leur pâture,

résumé de ce magnifique discours. ou qui forme les membres de notre corps :

2. L'auteur annonce qu'il a quatre choses de même il y a des commandements et des

LIVRi: DlX-Hl ITŒME.

lois qui s'attribuent à Dieu . et qui ne viennent pas immédiatement de lui , et partant ne sont pas de droit divin. C'est ainsi que saint Basile appelle le jeûne du carême une loi divine, parce que Dieu commande la mortification du corps en général et donne aux homuies le pouvoir d'en déterminer la manière , de prescrire telle ou telle mortification et le temps où l'on doit l'exercer. C'est ainsi encore que saint Paul a dit : Personne ne s'attribue l'honneur à soi même , mais seulement celui qui est appelé de Dieu , comme Aaron. Et cependant Dieu ne choisit pas, ou n'appelle pas par lui-même , mais par ceux qu'il a chargés de ce ministère. Par contraire il y a des choses que l'on distingue par le nom de telle ou toile personne , quoique Dieu en soit l'auteur ; parce qu'il s'est servi de celte personne pour exécuter ses desseins. C'est ainsi que l'on dit : le baptême de Jean , la loi de Moïse; et on entend la loi cérémoniale qui fut rédigée par Moïse. Quant à la loi morale contenue dans le Pentateuque,on l'appelle loi divine, parce qu'elle vient immédiatement de Dieu. Mais Dieu est l'auteur de l'une et de l'autre.

k. Maintenant, d'après ces exemples et cea comparaisons diverses, on peut établir une règle fondée sur l'observation, la convenance cl la ressemblance avec les opérations naturelles, savoir : que les lois que Dieu a établies pour être toujours subsistantes, il les a faites par lui-môme; celles qui étaient susceptibles de changenient, il les a intimées par ses ministres. Les lois de l'Evangile sont donc immuiibles, puisqu'elles ont été immédiatement promulguées par Jésus-Christ.

5. Après avoir posé ces principes, il poursuit en disant qu'il y a dans la société des hommes deux puissances. L'une est la puissance civile, qui a pour fin le règlement des mœurs ; et sur celle-là il n'y a pas de dissertation à faire pour le présent. L'autre est la puissance ecclésiastique, qui a pour fin la sanctification des âmes, et celle-ci se subdivise encore, en ce qu'elle les sanctifie, ou immédiatement par la vertu des sacrements, ou par le moyen des censures et des autres lois ecclésiastiques. La première est la puissance de l'ordre, dont le caractère s'imprime par la consécration, et qui est directement instituée pour sanctifier bien des choses qui servent a la sanctification des aines. La seconde est la puissance de juridiction. Celle-ci ne se donne pas dans la consécration, mais par la volonté du supérieur et par une simple commission de sa pari : de sorte qu'elle peut être communiquée à un simple clerc, ou même à un laïque. Ces deux puissances qui, par leur nature et par leur objet, tendent vers le ciel, en viennent aussi ; de môme que l'eau descend toujours d'aussi haut qu'elle doit remonter ensuite. Elles sont cependant différentes sous plusieurs rapports. La puissance de l'ordre ne sGcommunique pasàcelui quieslordonné, selon la volonté de l'évoque qui ordonne, mais selon la mesure et la règle que Dieu a établie, pour montrer que celte puissance est divine. C'est pour cela que le démon, jaloux

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et rival de la puissance divine, a inventé les encliantemenls et la magie. Il veut être honoré autant (jue Dieu môme, qui lui seniblo avoir aussi ses enchantements par l'effet quo produisent les rites et les p.u-oles sacramentelles. Pour la puissance de juridiction, Dieu n'a marqué aucun rit : elle se communique selon la volonté et de la manière réglée par le supérieur ecclésiastique. En outre, àla pre- ' mière puissance l'honnne ne fait que prêter son ministère. Les effets qui en résultent ne le regardent pas : c'est Dieu qui les produit. Dans la seconde l'homme agit avec empire et exerce son autorité, c'est lui qui est la cause, immédiate des pouvoirs qu'il accorde. La première étant immuable, aucune puissance humaine n'en peut empêcher les effets; on peut cependaTit en défendre l'usage à celui qui en est revêtu. La seconde, qui n'est pas irrévocable, peut être enlevée par la simple volonté de celui qui a une juridiction supérieure.

6. Après avoir expliqué les termes et établi la règle générale, l'orateur passa à la seconde partie du discours, où il devait déclarer son opinion. Il affirma que la puissance de l'ordre épiscopal vient de Dieu immédiatement pour chacun des individus. Celle de la juridiction vient de Dieu immédiatement, mais d'une manière générique. Ainsi elle est immédiate dans Pierre et ses successeurs , et selon lui dans tous les apôtres par un privilège spécial. Mais dans les évoques en particulier, elle venait de Dieu médiatement et immédiatement du pape. Celle manière était conforme à la règle et à la convenance dont il avait parlé dans l'article précédent , en co. que le pape, tant qu'il est pape, a sa juridiction fixe et invariable; et ainsi l'avaient les apôtres. Celle des évoques peut varier, ou être altérée par le pape, non pas selon sa fantaisie, mais pour dos causes légitimes.

7. L'opinion de Lainez ainsi énoncée , il ne lui restait plus qu'à la prouver, après avoir détruit les objections de ses adversaires : il les avait déjà ébranlées par les principes établis dans sa première partie. Oii lui avait opposé que les paroles de Jésus- Christ, selon saint Basile el saint Ambroise, ne s'adressaient pas à Pierre seulement, mais à tous lesapôtres qui étaient présents, et dans leur personne à tous les évêques : les évoques ont donc reçu immédiatement de Jésus- Christ la juridiction comprise dans la puissance de paître le troupeau. Il est aisé de répondre que ces paroles furent dites à tous les apôtres , non pas pour tous les apôtres, mais pour Pierre seulement. Pierre ne pouvant par lui-même paître le troupeau entier devait être nécessairement aidé par ses collègues. Celte interprétation est tellement vraie que si on expliquait ces paroles différemment, il s'en suivrait une hérésie. Car en vertu des paroles de Jésus-Christ les apôtres recevaient une juridiction sur les brebis qu'ils étaient obligés de paître et sur chacune d'elles, puisqu'il n'y avait pas de restriction. Or Pierre était une de ces brebis dont les apôtres devaient avoir soin. Si donc les i)a-

HISTOIRE DL CONCILK DK TRENTE.

rôles eussent été adressées directement et rieurs. II est donc le seul qui tienne de Dieu immédiatement aux apôtres , ils auraient eu immédiatement sa juridiction. 11 en est ainsi commission de paître et de gouverner Pierre dans les grandes monarchies, où le vice-roi.

encore, qui parla serait devenu leur sujet.

8. Quelques-uns lui objectèrent dans le même sens ces autres paroles : Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et encore : Les péche's seront remis à ceux à qui vous les remettrez. L'une et l'autre promesse est adressée sans doute à tous les apôtres et à leurs successeurs. Mais, dit-il, cela ne forme pas de difficulté : dans l'un et dans l'autre passage, il s'agit de la puissance de l'ordre, en vertu de laquelle les péchés sont remis, et non pas de la puissance extérieure de juridiction. C'est pourquoi saint Thomas affirme que les clefs et la puissance des clefs.

revêtu par leroi même d'une puissance entière et souveraine, choisit, place et déplace les gouverneurs particuliers des villes et des provinces.

10. En quatrième lieu, on alléguait contre lui plusieurs passages de l'Ecriture où l'on attribue à Dieu l'institution des évêques : comme lorsque saint Paul dit aux Ephésiens : Que Dieu a mis dans son Eglise des pasteurs; et dans les Actes des apôtres, chap. XX: Que le Saint-Esprit a mis les évêques pour régir l'Eglise de Dieu. Ajoutez la parabole du servileur fidèle et prudent que le maître a établi sur toute sa famille (ce qui marque sans

qui est celle de juridiction, furent données à doute juridiction ). Cependant cette parabole

saint Pierre, pour qu'elles passassent de lui aux apôtres. Pour soutenir cette interprétation , il observa que lorsque Jésus-Christ dit aux apôtres : Ce que vous lierez , etc., Ce que voies remettrez, etc., Pierre n'était pas encore constitué chef de l'Eglise universelle : il ne lui avait pas encore été dit : Paissez mes brebis : il n'était donc pas vraisemblable que .Tésus-Christ voulût former une Eglise et une hiérarchie dont la juridiction s'étendît sur plusieurs de ses membres principaux , sans en avoir désigné le chef. Et d'ailleurs, même en supposant que les paroles citées annoncent une juridiction , il nous sera toujours permis de répondre que cette juridiction ne fut pas donnée alors, mais seulement promise aux apôtres, pour être exercée par eux sur les membres de l'Eglise, avec la soumission au chef qui leur serait donné : les apôtres devaient être établis juges , mais ils ne l'étaient pas encore : de même que celui à qui Dieu daignerait adresser ces paroles. Tu seras roi, aurait tort de se croire aussitôt investi de la royauté et n'aurait que l'espérance certaine qu'elle lui viendrait par le choix dos hommes.

9. Los partisans de l'opinion contraire faisaient une troisième difficulté en disant : Les apôtres ont reçu immédialoment de Jésus- Christ leur juridiction ; les évêques, qui leur ont sticrédé , doivent l'avoir de même. La conclusioi". est fausse, comme elle le serait si vous disiez : Adain eut un corps formé de la main do Dieu; pour()uoi les hommes, qui lui ont surcédé, n'auraienl-ils pas la même origine? C'est une règle des légistes, que la personne subrogée ne participe à la nature de celui qu'elle remplace que jusqu'à suffisance. Les évêques ne sont pas pleinement et en tout successeurs des apôtros : nous en avons la preuve et l'exemple dans les apôtres mêmes. Ainsi, quoiquelesévêques d'Anlioche aient succédé à saint Pierre et ceux d'Ephèse à sain! Jean, jamais on n'a reconnu dans aucun d'eux cette plénitude de juridiction qu'avaient les deux apôtres Pierre et Jean : d'où il suit que les évêques n'ont succédé aux apôtre» que pour la puissance de consacrer ( (jui est la puissance d'ordre ), tandis que le pape a succédé à saint Pierre dans tous ses pouvoirs, et il en fait part aux prélats infé-

est communément appliquée aux évêques , puisque dans la cérémonie de leur consécration, on fait pour l'élu cette prière : Qu'il soit le serviteur prudent et fidèle, que vous établirez. Seigneur, sur votre famille. Lai nez répondit que de tous ces témoignages aucun ne prouvait ce que soutenaient les adversaires, et toujours d'après les observations qu'il avait faites en commençant. Venant ensuite au détail, il répondit au premier : que Dieu avait établi les pasteurs comme il a établi tout ce qu'il y a de bon dans les créatures, ou par lui-même ou par les autres. C'est dans ce sens qu'il est vrai de dire que les princes et les magistrats séculiers sont établis de Dieu, mais non pas tous immédiatement. Passant au second, il demanda comment le Saint-Esprit avait mis les évêques dans l'Eglise pour la gouverner : les avait-il transportés et placés de sa propre main sur le siège épiscopal? Non, sans doute : le peuple les avait élus, et le consécrateur leur avait donné le caractère épiscopal. lis n'étaient donc pas placés immédiatement par le Sainl-Espril. Au troisième passage, il répondit que la force de l'objection venait de la parabole prise, ou dans le sens littéral, ou selon sa signification. Ce n'est pas dans le sens littéral, puisqu'on y parle, non de l'opération de Dieu, mais de la sollicitude d'un père de famille. S'il s'agit de la signification et de l'application qu'on en fait aux évêques, on ne peut rien conclure, puisque l'application a toujours lieu, de quelque manière que Dieu mette les évêques, ou par lui-même, ou par l'élection canonique.

11. Ce fut à pou près la même réponse qu'il donna à d'autres passages do l'Ecriltiro. Entre autres on lui opposait que Jésus-Christ avait désigné les évêques, on disant que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, qu'il les appelle par leur nom et les fait sortir de la bergerie. Mais s'il a voulu, disaient-ils, que les évêques fussent pasteurs, il a voulu qu'ils eussent la juridiction. Mener les troupeaux aux pâturages est un exercice de juridiction. Sa réponse fut que Jésus-Christ a voulu assurément que les évêques eussent la juridiction; mais il n"a pas voulu la leur donner immédiatement par lui-même| comme il a voulu encore d'autres

15G1 LIVRE mX-HIJITIEME.

ehoses dont il a établi les causes immédiates. Un autre passage qui lui fut opposé, c'est celui où saint Paul exige, parmi les qualités nécessaires à un évêque, le bon gouvernement de sa maison : car celui qui n'a pas su mettre l'ordre chez lui, comment fera-t-il observer ce bel ordre qui doit régner dans l'Eglise de Dieu? Les adversaires inféraient que d'après saint Paul, la fonction de gouverner est inséparable de l'épiscopat. Or gouverner, ou exercer la juridiction, ce n'est qu'une seule chose : donc la juridiction attribuée aux évêques par l'Ecriture est de droit divin. L'orateur nia cette conclusion, qui ne pouvait pas être véritable selon l'explication donnée précédemment, savoir : qu'il n'y a de droit divin que ce qui vient de Dieu directement cl sans l'entremise d'aucune cause inférieure. Dieu a bien voulu que les évêques eussent la juridiction : il exigeait d'eux qu'ils fussent capables d'en user sagement ; mais il n'a pas voulu la leur donner d'une manière immédiate; il ne les a pas députés lui-même aux fonctions du gouvernement. Tout de même, lorsque l'Ecriture marque les qualités que doit avoir le bon serviteur, il est toujours vrai de dire que ce n'est pas une nécessité que le serviteur soit établi et député par le maître au ministère qu'il doit remplir. Par cette méthode, de plusieurs difficultés n'en faisant qu'une, Lainez se débarrassa aisément de plusieurs autres passages des divines Ecritures.

12. Cette méthode ne lui réussit pas moins pour répondre à ceux qui lui opposaient les témoignages des Pères , et en particulier Ambroise, Basile, Léon le Grand et Eusèbe d'Emesse, qui tous affirment que l'autorité des évêques vient de Dieu, comme les évêques eux-mêmes. Il observa que ces auteurs n'avaient jamais employé ce mot: immédiatement, ou quelque autre d'égale force, tandis que plusieurs avaient dit, en termes exprès, que la juridiction des évêques leur vient du pape. Cela étant, dit-il, qu'on me permette de raisonner, comme raisonna le cardinal Bessarion, contre les Grecs au concile de Florence. Voici son argumenlation : Les Pères de l'Eglise latine les plus sages et les plus savants ont écrit que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Leur dirons-nous anathème? non, certainement : nous ne pouvons pas non plus le dire aux Pères grecs, qui ont écrit qu'il procède du Père, sans faire mention du Fils. Mais, puisque nous ne voulons condamner ni les uns ni les autres, tenons-nous-en à cette interprétation, qui seule peut les mettre d'accord, et disons que les Grecs n'ont pas prétendu, dans leur profession de foi, exclure la personne du Fils, mais qu'ils ont voulu signifier que le Saint- Esprit procède du Père, même par l'origine qu il lire du Fils. Eh bien 1 le cas est le même, disait Lainez : quelques-uns des Pères du concile soutiennent que la juridiction des évêques vient de Dieu ; d'autres veulent qu'elle vienne du pape. Nous voilà réduits à l'alternative, ou de confesser qu'il y a répugnance et contrariété entre eux, et qu'une

troupe considérable de prélats est dans l'erreur sur un article aussi important que la hiérarchie, sentiment qui ne serait ni probable ni édifiant ; ou, pour les mettre d'accord, de reconnaître la vérité dans l'une et l'autre sentence, ce qui peut se faire si on les interprète favorablement et si l'on réduit les deux sentences à cette proposition : que les évêques viennent de Dieu, par l'entremise du pape.

13. L'orateur, poursuivant son raisonnement, dit qu'on ne pouvait disconvenir qu'un grand nombre de saints docteurs soient de ce sentiment; et d'abord plusieurs scolastiques distingués enseignent que la puissance des évêques dérive du pape. On pourrait objecter que ces scolastiques ont erré sur plusieurs points; mais qu'on fasse attention que tout homme est capable d'errer ; et si cette raison était toujours valable , elle rendrait nuls tous les arguments, toutes les preuves fondées sur l'autorité des hommes. D'ailleurs ils avaient erré en matières légères, et leurs conclusions étaient le plus souvent justes et sûres, principalement lorsque plusieurs ensemble sont de même avis. Leur doctrine est suivie en plusieurs académies qui les révèrent comme des auteurs savants et pieux , et leur style simple et négligé ne rend pas leur doctrine moins estimable. Il en nomma trois, dont chacun était chef d'une école particulière ; de tous les trois il cita des passages : d'abord saint Bonaventure , dans son livre intitulé Bréviloque, où il fait voir que le pape est la source, l'origine et la règle de toutes les puissances; Durand, sur le livre des Sentences, à la dist. 24 ; et saint Thomas à la même distinct., et ensuite à la Seconde, quest. 39, art. 3. A la suite de ces scolastiques il fil venir quelques-uns des anciens Pères : saint Léon le Grand, qui est rapporté à la dist. 19, parlant de la mission donnée par Jésus-Christ aux apôtres, s'exprime ainsi : « Dieu voulut que le mystère de celle mission fût attribué à tous les apôtres, de telle manière que la charge principale reposât sur le bienheureux Pierre, qui était le plus élevé en dignité, et que de lui, comme de la tête, les dons de Dieu se communiquassent à tout le corps. »Le même saint Léon, dans le sermon troisième de son exaltation nu pontificat, parle ainsi de saint Pierre : Dieu voulut bien que quelques-unes des preroç/alives accordées à Pierre lui fussent communes avec les autres princes ( c'est-à-dire les autres apôtres, princes de l'Eglise ) ; mais ce qu'il n'a pas donné aux autres n'a été accordé que par lui. 11 cite encore saint Grégoire le Grand, qui, dans le chap. Quanto, à. la dislinct. 63, commence ainsi : Autant le siège apostolique^ par V institution divine, a la prééntinence sur les autres Eglises, qui toutes lui sont inférieures, autant les soucis et les inquiétudes qui accompagnent notre ministère ne sont pas comparables à la sollicitude et aux craintes que nous éprouvons lorsqu'il nous faut consacrer un évêque, ou qu'on demande notre consentement pour le consacrer. Je sais qu'on pourrait ici à saint Grégoire le Grand opposer Grégoire lui-même, qui ne voulut jamais

mSTOIRR DU CONCir.E OE TRENTE.

prendre le tilro A'évéque universel, ni même "ponse que Ihérésie d'Aëriiis consistait à dire permoUre qu'on l'appelât ainsi ; mais Inno- que tous les prêlres êlaient égaux par le cent III y a pourvu, en déclarant sous quel droit divin : il y comprenait donc aussi le rapport le pape peut ou ne peut pas êtreap- souverain pontife qui, par le droit divin, es', peié évêque universel. La remarque en avait supérieur a tous. Pour ce qui est de la bulle été faite par un des prélats. Le pape est évé- de Martin V, il observa que l'Eglise conque de Rome : comme tel il a autorité sur damne aussi bien comme hérétiques ceux plusieurs évêqucs ses suffragants. Le pape qui disent ou qui font quelque chose conesl primat, et comme tel il avait autrefois traire au droit ecclésiastique, lorsque, en le exercé sa juridiction sur plusieurs provinces, et à lui se référaient beaucoup de causes majeures de toute l'Italie, de l'Afrique et d'autres pays lointains. Enfin il est pape, et en cette qualité supérieur général et chef

faisant, ils manifestent des senliments contraires à quelque vérité de droit divin, qui se trouve renfermée dans celle qui est de droit ecclésiastique. C'est ainsi (ju'on a condamné comme hérétiques les iconoclastes, de toute l'Eglise. Cependant Innocent dit que parce que la profanation des images renferle pape, étant évêque dans son Eglise de me le mépris de Dieu et des saints. C'était Rome, doit permettre que les autres soient donc avec raison que Ion condamnait comme évéques dans leursEglises.il est universel, à hérétiques ceux qui ne reconnaissaient pas la vérité, et quelque cause majeure qui se dans les évéques une juridiction supérieure présente, il a le droit d'en connaître ; mais il à celle des prêtres , en ce que par là même ils lîe lui convient pas d'ôter, sans raison, aux ne reconnaissaient pas l'autorité qui est de évéques cette juridiction qu'il leur a donnée droit divin dans le pape, et par laquelle il sur des raisons légitimes. communique d'une manière inégale la juri-

14. Pour ne rien laisser en arrière , Lainez diction aux prêtres et aux évéques.

voulut encore répondre aux instances des adversaires et aux conclusions faussement déduites d«s véritables principes. Quelquesuns disaient que si la puissance des évéques ne vient pas (!e Dieu, ils ne peuvent rien définir en concile, et que ce qu'ils définissent n'est pas de foi. Lainez répond que celle (ju'ils ont du pape leur suffit, et do là vient qu'il n'y a point (le concile légitime si l'autorité du pape n'y inl(îrvient; et les décisions des conciles sont le jugement de Dieu même, en tant

15. Lainez, en établissant la question et en répondant aux difficultés, avait lieu de croire son sentiment en grande partie prouvé et démontré, comme cela arrive plus d'une fois : car une question clairement établie a déjà l'apparence de la vérité, et la solution des difficultés en écarte tou.^ les soupçons de fausseté et d'erreur ; aussi il expédia assez brièvement la dernière partie, et n'insista pas sur les preuves directes de son opinion; il se contenta de dire que les saints Pères qu'il

qu'elles viennent du pape, qui a l'assistance avait cités étaient tous d'avis que la juridic-

du Saint-Esprit.

Les adversaires reviennent à la charge.

L'épiscopal est un sacrement : il est donc de droit divin ; or la juridiction est inhérente à l'épiscopat: elle est donc aussi de droit divin. Plusieurs nient la première proposition, ne croyant pas que l'épiscopat soit un ordre sacramentel distingué de la prêtrise. Lainez la croit vraie, mais il nie la conclusion, en ce que tout sacrement peut subsister sans communiquer aucune juridiction à celui qui le reçoit. On lui opposait encore l'exemple des premiers temps, où les évéques étaient élus par le clergé et par le peuple et confirmés ensuite parles primats; mais cet exemple prouverait précisément le contraire de ce qu'on veut établir ; car il est certain que les primats, en tant que primats, n'étaient pas établis de Dieu immédiatement, et leur primatie venait du pape.

lion des évéques peut se perdre entièrement , qu'elle peut leur être ôtée : elle n'est donc pas de droit divin, puisque ce qui est d'institution divine n'est point variable, ni dépendant de la volonté et de la puissance des honunes. 16. C'était sans aucun fondement que des théologiens avaient soutenu que la juridiction des évoques était de droit divin, mais que le pape en assignait la matière et 1rs lieux où elle devait s'exercer, comme Josué avait partagé la terre que Dieu avait promise et récemment donnée aux Hébreux ; car de cette distinction, il s'en suivrait que le pape ne faisait rien de plus dans l'Eglise chrétienne que ce que faisaient les magistrats des gentils, lorsqu'ils mettaient en un lieu des flamines, en un autre des archillamines, et en un autre des proloflamines, sans plus se mêler de rien, ni exercer sur eux aucune autorité, aucune surveillance. Bien plus, il soutint.

Beaucoup de théologiens faisaient un rai- comme très-vraisemblable, que si la juridic

sonnement dont ils ne croyaient pas qu'on pût se tirer, en disant : On a réfuté, dans les premiers siècles, comme une hérésie, l'opinion d'Aërius, delà secte des ariens, savoir,^ que les évéques n'étaient pas supérieurs aux prêtres, de droit divin. Martin V, dans une bulle publiée au concile de Constance, condamne comme hérétiques ceux qui nient que la juridiction des évéques soit supérieure à celle des prêtres ; cependant il n'y a d'hérésie que lorsqu'on souti.ont des opinions con—

tion des évéques était de droit divin, la matière le serait aussi, et la circon-cription des diocèses serait invariable, car la juridiciion est une espèce de relation. Or toute relation a une cause ; et la même cause qui lui donne l'existence détermine encore son étendue ou les termes entre lesquels elle est renfermée; or les termes de la juridiction épiscopale sont ces deux mots : supérieur cl sujet. Si donc les évéques reçoivent de Dieu leur juridiction, ils reçoivent de Dieu

trairesau droit divin. Lainez donna pour ré- »■ les sujets sur lesquels il faudra l'exercer; et

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ce ne sera plus le pape qui assignera leurs diocèses, et il ne pourra plus les déposer, ni • les faire passer d'un diocèse à un autre. 11 alla encore pjus loin, en disant: Si les évoques i'eçoivent de Dieu leur juridiction, il la leur donne limitée ou illimitée. Dans le premier cas, la même difficulté revient, savoir: que le pape ne peut plus ni resserrer ni étendre les limites de leurs diocèses. Dans le second cas, la juridiction des évoques s'étend dans tous les pays de la chrétienté, et il n'y aura plus un seul chef dont la puissance s'étende aussi loin (jue le christianisme ; mais chacun des évcqucs sera un prince universel, qui aura des sujets partout.

17. Il attaqua ensuite la sentonce que quelques-uns avaient soutenue, qu'ils n'était p<'!s donné au pape d'ôler aux évêques cette juridiction qu'ils ont reçue de Jésus- Christ, mais seulement l'exercice de cette juriiliclion que Jésus-Christ ne leur avait pas donné'. A quoi bon , dit-il, cette espèce de juridiction impuissante par elle-même el qu'on rie peut librement exercer? Un don qui, par lui-même, n'est d'aucune valeur, ne serait pas digne de Jésus-Christ ; et pour tout dire en peu de mots, ces paroles : Paissez mcsbrebis, furent adressées, ou àsaint Pierre seulement et à ses successeurs, ou à tous et à chacun des évêques. Si Jésus-Christ n'a parlé qu'à saint Pierre, il a voulu marquer la plénitude de juridiction qui réside dans le chef de l'Eglise, et qui est l'unique source de laquelle tous les évêques tirent leur autorité. Si Jésus-Christ a voulu parler aux apôtres, et dans leur personne à tous les évêques, on ne peut plus dire avec fondement ce que les opposants reconnaissent comme nécessaire , savoir : que la matière de la juridiclion a été mise par Jésus-Christ entre les mains du pape, qui la distribue aux évêques; el si celle opinion est admise, on ne sait plus où appuyer l'unité de l'Eglise et un gouvernement monarchique. Enfin , il conclut que celte manière de penser et de dire, que le pape donne seulement la matière, est une opinion nouvelle que les docteurs les plus renommés n'ont point adoptée, et qu'il faut éviter, comme dangereuse.

18. Tel fut dans le discours de Lainez le plan et le dessin que sa plume avait tracé, et que sa langue orna des plus vives couleurs, lorsqu'il le prononça dans celte respectable assemblée. Le discours totalement différent que Soavc lui a suppose offre de beaux endroits ; mais on ne peut avec honneur accepter les présents d'un ennemi; et les plus belles narrations, si elles sont fausses, défigurent l'histoire.

Nous nous garderons encore plus d'accepter comme des présents les autres mensonges que Soave entrelace dans sa narration. Il nous apprend d'abord que les légats, après la seconde congrégation générale, comprirent que cette définition du droit divin causerait au siège apostolique el à la cour de Rome plus de préjudice qu'ils n'avaient cru , et qu'ils en seraient repris comme d'une faute très-lourde, ils Iravaillèreut donc à en de-

tourner les Pères, el firent mêii'e proposer aux prélals espagnols, par renlremise de Pierre Soto, un canon qui déclarerait que les évoques, pour ce qui est de l'ordre, sont in- î slilués par Jésus-Christ, sans parler aucune- > ment de la juridiclion, laquelle, de cette ma- : nière(et c'est ce qu'on voulait faire entendre), viendrait toute du pape. Mais les Espagnols, ayant rejeté le canon, on eut recours à cet expédient, de faire prononcer au père Lainez sa dissertation sur cet article. Les légats espéraient que plusieurs prélals qui, malgré leurs bonnes intentions à l'égard du pape , s'étaient jetés dans l'opinion contraire , par l'éloquence du père Lainez , seraient ramenés à leur premier sentiment. Soave ajoute quo cette harangue fut préméditée el délibérée entre quatre jésuites qui étaient là présents, qui furent, comme lui-môme l'a dit en un autre endroit, outre le père Lainez, deux autres théologiens du pape, Salmeron et Torrès, auxquels se joignit Cavillonio, théologien du duc Albert de Bavière. Voilà une fausseté (1) pure et sans m.élange ; je dis sans mélange, car il n'y a pas une ombre de vérité. Et pour commencer par cette dernière circonstance, nous dirons que les jésuites n'étaient pas au nombre de quaUe, et Torrès était théologien séculier, nous lavons fait voir en plus d'un endroit; el de plus, il fut très-opposé à l'opinion do Lainez, comme il l'avait été à Salmeron sur l'article de la résidence. On trouve même, parmi les mémoires du cardinal Seripandi, une longue écriture de Torrès qui réfute 1(; raisonnement de Lainez. En second lieu, la proposition que les légats firent, par l'entremise de Solo, aux prélals espagnols, du canon ci-dessus mentionné, et le refus qu'ils en essuyèrent, n'ont pas été et ne pouvaient pas être le motif qui les fit recourir à celle harangue copieuse du père Lainez, comme un accident qui arrive aujourd'hui ne peut être la cause de ce qui a eu lieu dans la semaine précédcnle. Or le discours de Lainez, comme Soave lui-môme l'assure, fut prononcé le -20 octobre, et le message de Soto aux Espagnols, de la part des légats, est du 28 octobre, comme il conste par une lettre des légats au cardinal Borromée, datée de ce jour. Troisièmement, ces prélats estimables de la définition dune partie du dogme exprimée n'en inféraient pas la définition contraire de ce qui n'était pas exprimé, comme Soave le suppose malicieusement en cet endroit et ailleurs; ce ne fut pas cette raison qu'ils donnèrent de leur refus, mais ils refusèrent

(1) Le père Le Coiiraycr n'conii.-.îl aussi ceUe ca- ....niiie de Soave, lorsqu'il (lit (pag. 390, n» l-l) : Ce ne fui pas itvanl le discours de Lainez que Solo proposa aux Espagnols le canon doiil il s'agit, puisque, selon Visconli dans sa loUre du 27 oclol)re , ce fui ce join' là u'éiiie que les légals, de couccrl avec l'eveque de Patli, cliaigèreiil SoU) de celle iiégociauon , el Lainez avait parle le 20 d'octobre. Ce ne fui donc p:.s le refus des Espagnols (\m obliQ;ea les legals à faire parler i.aiuez aussi copieusemeul , mais en général le désir qu'ils avaient de ramener au senUmeu" du plus grand nombre du moins une partie des op pdsauls.

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le canon parce que, au Jiou d'un silence qui ne décidait rien, ils voulaient une déclaration précise. Enfin les conclusions que pouvaient lirer quelques esprits turbulents de cette définition, qui attribuait aux évêques une juridiction immédiatement donnée, ne furent pas ignorées par les légats aussi longtemps que Suave le suppose : non-seulement après les deux premières congrégations, mais ayant qu'on les eût commencées, ils s'en étaient aperçus ; c'est pour cela qu'ils avaient ôlé les derniers mots du canon dressé au temps du légat Crescenzio. Ce fut même au sujet de ce canon que le cardinal Seripandi se permit un petit trait de satire, contre le même Crescenzi dans une de ses lettres à Amulius ; cette lettre, ci-dessus mentionnée, lut écrite avant que les Pères tinssent la première congrégation sur cette matière.

19. Après avoir démenti les faussetés, il faut maintenant réfuter les calomnies. Une des plus furieuses et des plus extravagantes, est celle que Soave invente contre l'évéque de Paris, et par laquelle il se sert d'une main étrangère pour battre Lainez avec tous les ordres religieux et toute l'Eglise : il a osé dire que l'évéque, demeuré chez lui pour cause de maladie, lorsque Lainez prononça son discours, sur le rapport qu'on lui en fit, éclata en injures et en invectives très-fortes, non-seulement contre Lainez, mais contre toute sa compagnie; et d'une injure passant à une autre, il dit contre les ordres monastiques en général, et contre le saint-siège apostolique, ce qu'à peine auraient dit les ministres huguenots, et ce qu'on ne pouvait pas attendre d'un prélat aussi respectable pour sa piété et pour sa doctrine. Entre autres ^otlises qu'il invente, il lui fait dire que l'opinion de Lainez touchant l'autorité du pape sur les conciles, dont on n'avait pas ouï parler dans les siècles précédents, fut inventée par Cajétan pour avoir un chapeau: propos indignes qui prouvent son ignorance. Il ne sait donc pas que deux siècles avant Cajétan celte sentence fut écrite et enseignée par un docteur français très-estimé, Noël Hervé, et, un siècle après, par un autre docleur espagnol non moins fameux, qui fut le cardinal de Turrecremata, et, peu de temps après, par un Allemand illustre, Gabriel Biel, sans compter Albert, saint Bonavenlure, Durand et d autres des temps anciens, qui, sans la professer ouvertement, en parlent d'une manière Irès-lavorable; et qu'il ne simagine pas que depuis Cajétan jusqu'au temps du concile cette sentence ait été abandonnée et oubliée, puisqu'elle était suivie par Dominique Soto, conlesseur de Charles V, et grand théologien, auquel on pourrait joindre le cardinal Jaccovaccio et beaucoup de canonistes. Ce qu'il dit du chapeau de Cajétan aurait quelque ombre de vraisemblance si on ne connaissait pas la sainteté d'un personnage si éloigné de toute ambition ; s'il fut fait cardinal, ce fut par un pape en faveur de qui il avait écrit contre le concile schismalique de ?ise; encore ne le fut-il que plusieurs années après, et contre son attente, comme l'ont

attesté les écrivains du temps On peut dire même que Dieu a voulu donner, dans ce siècle et dans le suivant, deux exemples mémorables, qui font connaître avec quelle sincérité on distribue les grades et les récompenses dans l'Eglise romaine. Le premier fut dans la personne d'Enée Silvius. Dans ces temps nébuleux du christianisme, il assista au concile de Bdie, et y demeura jusqu'à la fin, soutenant le concile contre le pape Eugène. Cela n'empêcha pas que, pour ses talents et ses vertus, il ne fût orné de la pourpre par le pape Calixte, et, après la mort de Caiixte, élevé par les cardinaux au trône pontifical. L'autre exemple, au temps même de Cajétan, et en partie sous le pontificat de celui qui l'avait fait cardinal, fut dans la personne d'Adrien, Florentin, qui, dans ses ouvrages, avait soutenu la supériorité du concile*sur le pape, et cependant il fut mis au nonibre des cardinaux par Léon X, et après la mort de Léon, Cajétan lui-mên)e contribua beaucoup à le faire noinmer pape. Ce fut Adrien Vl.

En second lieu, pour ce qui concerne les ordres religieux, Soave ne parviendra jamais à me faire croire que l'évéque de Paris ait voulu remettre au jour ces maximes erronées, pour lesquelles Guillaume de Saint- Amour et autres de ses consorts furent tenus pour hérétiques, et réfutés comme tels par saint Thomas. Nous avons prouvé ailleurs que même les politiques les plus impies, tels que Nicolas Machiavel, confessent que ces ordres religieux ont conservé à l'Eglise sa vigueur.et à la foi sa pureté. Au contraire, la France, plus que tout autre pays, se glorifie de ce que plusieurs fondateurs d'ordres et beaucoup de ces hommes du premier mérite qui ont fait honneur à leur institut, ont pris naissance chez elle, ou bien ont été nourris et élevés par elle. Mais au lieu qu'un (1) poète, par une allégorie fondée sur la vérité, compare l'institution religieuse à une Bérécynte ou Cybèle, mère des dieux de la fable, notre historien Soave, par un mensonge perfide, la représente comme une Médée qui sévit contre ses enfants les plus aimables et ses plus chers nourrissons.

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